16902ème jour

Adriana Mater

Pour être sûr s'être à l'heure à la première d'Adriana Mater, je prends le métro depuis chez moi. Arrivé dans la station Bastille, mon téléphone vibre. C'est Edouard qui m'annonce qu'il y a grève à l'Opéra Bastille. Ces deux derniers jours auront décidément été parfaits.

16901ème jour

Eindhoven Paris

Vers huit heures quinze je sors de la douche, mon téléphone sonne déjà. C'est mon collègue néerlandais qui s'étonne de ne pas me voir dans le hall d'accueil du client. "Mais le rendez-vous est à 9h30!" - "Non à 8h30!" répond-il étonné. Le temps de boucler mes bagages et de constater que j'ai laissé la jolie boîte de mon casque dans le train à Eindhoven, le temps d'attendre un taxi vingt minutes devant l'hôtel, le temps d'arriver avec trente minutes de retard chez le client, le temps de faire une présentation en beaucoup moins de temps que prévu, le temps de rater à deux minutes près le train pour Sittard, le temps de prendre celui pour Maastricht, le temps de faire la queue au guichet pour me faire dire que si je prends le train pour Liège, j'y raterai le Thalys, le temps, comme la veille de prendre un taxi entre Liège et Maastricht, le temps d'écouter deux Gran Partita entre Liège et Paris, et me voici sur le quai de la gare du Nord en me disant que c'est bien la dernière fois de ma vie que je vais à Eindhoven en passant par Liège.

16900ème jour

Paris Eindhoven

Lorsque j'ai appris que, grâce à sa situation de monopole, Air France facturait 700 euros un vol aller retour entre Paris et Eindhoven, j'ai décidé que je partirais en Thalys et j'ai fait réserver une voiture de location à Liège pour parcourir les derniers cent kilomètres. J'arrive à Liège vers 21h30. Un panneau m'indique que l'agence Avis se trouve à quelques patés de maison de là. Il me faut en réalité un bon quart d'heure pour rejoindre l'agence à pieds et me rendre compte qu'elle a fermé ses portes à 18 heures. Je reviens sur mes pas en maudissant mon agence de voyage et en détestant cette ville que je considérais déjà comme l'une des plus laides du monde. Je demande à un chauffeur de taxi combien il m'en coûterait pour qu'il me conduise à Eindhoven. "Deux cents Euros!" me répond-il avec le sourire gourmand de celui qui a trouvé le gogo du jour. Je rentre dans la gare, demande s'il existe un train pour Maastricht. Il y en a un, en effet, mais si tard qu'une fois arrivé, je n'aurai plus de train pour Eindhoven. Je trouve le numéro de téléphone de l'aéroport d'Aix La Chapelle, mais on m'annonce que son agence de location de voiture est elle aussi fermée. Je reviens vers les chauffeurs de taxi et négocie avec l'un d'eux de m'emmener à Maastricht pour 70 euros. Sur la route je me remémore qu'à l'issue de ce week end raté à Cologne, j'avais déposé tigger à Maastricht et que nous avions eu le plus grand mal à lui acheter un billet de train, les distributeurs n'acceptant que les pièces et les cartes MasterCard.
Trente minutes plus tard je suis dans la gare de Maastricht et rien n'a changé. Le guichet est fermé à cette heure tardive et les distributeurs n'acceptent toujours pas la carte Visa. Il y a un train cinq minutes plus tard pour Sittard. C'est dans ma direction. J'échange un billet de dix euros contre huit euros en pièce à une passante, j'achète un billet et je saute dans le train.
La contrôleuse est aimable, elle m'indique que le train va jusqu'à Eindhoven mais que je dois soit descendre à Sittard, soit m'acquitter d'une amende de 35 euros, en plus des onze euros pour le billet Sittard Eindhoven. "I'm sorry!" me dit-elle en s'éloignant. "Me too..."
Après avoir traversé Roermond et Weert, bourgades tristes de la campagne hollandaise, le train jaune me dépose enfin à Eindhoven. Je vais à pieds à l'hôtel, la Gran Partita aux oreilles, dans un froid sibérien.

16899ème jour

Adieu

La première fois que je l'ai vu, c'est il y a sans doute vingt ans. Il n'y avait que lui dans ce grand appartement vide de la rue de Sontay qui accueillait nos chaudes nuits de ce début de passion. Je n'avais pas l'habitude d'un format pareil mais je me suis vite habitué. Je le revois voyager sur une petite Renault 5 orange tandis que je suivais avec la mienne, d'un doré de mauvais goût. Il a d'ailleurs suivi tous mes déménagements, fidèlement, onze fois. A force de passer avec moi toutes mes nuits, il était complètement défoncé et j'ai décidé de m'en séparer après toutes ces années passées ensemble. Son successeur est arrivé ce matin, jeune et ferme. Et dans la nuit, presqu'honteux, je suis allé le déposer sur le trottoir en bas de chez moi. D'abord le matelas, puis les deux sommiers...

16898ème jour

Louis au Nouveau Casino

Une impression de revenir 739 jours en arrière en entrant dans la salle du Nouveau Casino. Toujours les mêmes spectateurs, une faune bariolée et branchée, très jeune, malgré deux vieilles aux chapeaux exhubérants qui sont sagement assises dans un coin. Jérémy Chatelain promène sa casquette et son sourire ravageur près du bar. Après une première partie à laquelle nous ne prêtons guère attention, Louis arrive sur scène pour une heure trente de chansons extraites essentiellement de son nouveau disque, quelques unes du premier et trois reprises dont une, étonnante, de Music de Madonna. Le groupe a changé, deux femmes, l'une au piano, l'autre à la guitare, participent à l'accompagnement vocal, une basse, une batterie. Louis aussi a changé, il a un peu perdu de la jeunesse magique qu'il promenait insolemment à ses touts débuts. Il a l'air heureux d'être là, mais le sourire a quelque chose d'indéfinissablement triste, il bouge toujours aussi bien, habité par sa musique, mais il fume cigarette sur cigarette, les roulant nonchalamment entre deux titres.
Il y a eu des passages sublimes pendant le concert. Opium fumée de rêve, vieille chanson de 1930, jadis reprise par Dutronc et maintenant par Louis... Et puis aussi Mon bel assassin, avec un accompagnement de piano et de violoncelle.
On va rapidement dîner chez Justine, juste en face du Nouveau Casino. La violoncelliste débarque avec des amis et pose délicatement son instrument dans un coin. Au moment où nous partons, Louis débarque dans son caban bleu. Je vais discuter quelques instants avec lui. Il m'écrit quelques mots sur la carte postale de son spectacle. Plutôt que d'attendre encore 700 jours, j'ai presque envie d'y retourner demain.

16897ème jour

Dupond-Dupont II

L'affaire Manolarakis-Karamanolis m'a rappelé cette histoire très célèbre au sein de la première société dans laquelle j'ai travaillé et dont on m'a juré qu'elle était véridique.
L'action se situe donc au sein d'une grosse multinationale américaine. Un ingénieur-commercial a en vue une affaire importante avec un grand client et décide d'y emmener son Directeur Commercial pour boucler le dossier. Une réunion de préparation est organisée, on décide des messages clefs à faire passer, tout semble se présenter au mieux. Le commercial indique toute fois à son boss : "Méfie-toi, le DG s'appelle M. Falopard. Il est très sourcilleux par rapport aux blagues faciles que l'on peut faire sur son nom. Donc fais bien attention que ta langue ne fourche pas et ne dis surtout pas "salopard" dans la conversation."
Le jour du rendez-vous client arrive, la visite se passe à la perfection, et le Directeur Commercial se contente de dire "Monsieur", afin déviter tout dérapage. Très satisfaites du résultat, les deux parties s'apprêtent à se séparer lorsque le Directeur Commercial, heureux du dénouement annoncé de l'affaire, réfléchit bien à deux fois et se décide à saluer son interlocuteur en disant : "A très bientôt, Monsieur Faligaud!!"

16896ème jour

Pleins feux

Je me rends en fin d'après midi à l'invitation d'Edouard aux Pleins Feux sur Adriana Mater organisés en introduction à la première à laquelle nous avons prévu d'aller jeudi prochain. Sur la scène, Kaija Saariaho la plus parisienne des finlandaises, compositrice, Amin Maalouf, le librettiste et Peter Sellars, cheveux en pétard, veste chinoise en soie, collier de perles et chaussures Adidas noires à rayures rouges.
Au milieu de propos finalement assez peu intéressants, cette remarque d'Amin Malouf qui indique qu'il a quitté son pays, le Liban à cause de la guerre et qu'aujourd'hui, alors que la maladie de la guerre s'étend à toute la planète, il n'y a plus d'endroit pour fuir. Et puis cette jolie explication de Kaija Saariaho sur ce qu'elle a ressenti la première fois qu'elle a eu une échographie et qu'elle a vu ce petit coeur battre en elle et l'idée musicale qui en a résulté.
Très en retard, Gérard Mortier se joint à la table ronde et monopolise le reste du débat en prenant un malin plaisir à nous raconter la fin de l'opéra qui doit pourtant être apprécié comme une surprise dramatique.
Je quitte la salle en me disant que j'aurais sans doute trouvé plus de plaisir à assister à une conférence de presse de Richard Strauss et Oscar Wilde à Graz, un jour de 1906.

16895ème jour

Kebab

Dans l'avion de retour d'Istanbul, le passager du rang devant moi juste de l'autre côté de l'allée est probablement chirurgien. Il passe les trois heures du vol à regarder des DivX de chirurgie du genou. Le spectacle consiste en de longs plans fixes (quinze minutes) espacés d'un panneau rustique de présentation (Chapitre 2 La rotule). On ne nous épargne rien, le scalpel qui déchire la peau et les chairs, les muscles écartés, l'os d'un blanc brillant.
Je devrais regarder devant moi, me concentrer sur la Gran Partita. Mais rien n'y fait. Je suis fasciné par ce spectacle de boucherie.

16894ème jour

Dupond-Dupont I

Mon client de Bucarest est une société roumaine rachetée par des grecs. Mon interlocuteur principal s'appelle M. Manolarakis et son chef s'appelle M. Karamanolis. Quand je m'adresse à l'un d'entre eux, j'ai un petit papier devant moi pour être sûr de ne pas me tromper.

16893ème jour

Bucarest Istanbul

Ce matin à Roissy, j'avais en tête de n'enregistrer mon bagage que jusqu'à Bucarest, mais on m'a proposé de le faire jusqu'à Istanbul. "Comme celà, vous n'aurez pas à le trimballer toute la journée à Bucarest!" J'ai hésité, puis accepté. Et en effet, j'étais bien content de ne pas le récupérer à Bucarest et de filer à peine arrivé chez mon client.
Le soir je retourne à l'aéroport prendre l'avion d'Istanbul. La fille de Turkish Airways n'a pas l'air trop sûre d'elle. Elle me dit que ma valise sera sur la piste et que je devrai aller m'assurer qu'elle est là. Je file au salon très inquiet.
Lorsque le bus nous emmène près de l'avion, il fait nuit. L'hôtesse d'embarquement me fait signe d'avancer vers l'escalier mais je m'approche de l'avion. Sur la piste et il y a une grosse valise bleue et mon sac de cuir marron, mon vieux sac qui depuis deux ans et demi s'est enfilé pas mal de kilomètres en soute.

16892ème jour

Presque rien

Que se rappeler de ce jour? Rien, vraiment rien, sauf une bonne nouvelle, qui m'ôte le stress de ces deux dernières semaines.

16891ème jour

Maastrirt ou Maastrikt?

Un allez retour en voiture dans la journée. Une route que je connais bien, celle de Cologne et des ses nuits, celle de Berlin et de ses sons. mais à Liège, on bifurque vers le nord en direction d'Eindhoven et l'on arrive dans cette poche néerlandaise coincée de toute part par l'Allemagne et la Belgique.
Réunion de travail assez agréable avec deux clients hollandais qui sont sidérés que je puisse aller régulièrement écouter à Amsterdam un orchestre qu'ils n'ont jamais entendu eux mêmes.
J'apprends dans la discussion que, comme en turc, il existe en neerlandais de nombreux mots français, résidus de la période napoléonienne, comme garde-robe, trottoir ou jus d'orange. Je leur demande quelques cours de prononciation de Maastricht qui se prononce plutôt à l'allemande avec un CH tendant à aller vers un R léger. Quant à ce cher Bolkestein, il convient de prononcer son nom Bolkest'n...

16890ème jour

Où j'entends enfin en concert la Gran Partita

Les quatre places m'attendaient bien au contrôle du Théâtre. Quatre bons fauteuils du quatrième rang d'orchestre, en plein centre. Première partie assez proche de celle de la veille avec un Divertimento de jeunesse pour dix instruments à vent, où plutôt neuf puisqu'un des bassonnistes est inexpliquablement absent. Puis, toujours comme la veille deux trios pour cors de basset. Le cor de basset est une sorte de clarinette alto qu'affectionnait particulièrement Mozart. Les deux trios donnent une impression de magie, avec des sons tendres et graves, et des consonnances parfois très modernes.
Et puis c'est enfin la Sérénade Gran Partita. Ils sont bien là tous les treize. De gauche à droite au premier rang les deux hautbois, les deux bassons, les deux cors de basset et les deux clarinettes. Et derrière, la contrebasse et les quatre cors. J'ai passé quarante minutes de rêve. Non pas en raison d'une interprétation parfaite loin s'en faut. Juste parce que j'entendais enfin cette oeuvre magique, parce que je la visualisais, parce que je comprenais enfin que des parties que j'affectais aux clarinettes sont en fait jouées par les cors de basset, parce qu'il y avait des regards complices entre un père clarinettiste et son fils au cor de basset, parce que son collègue cor de basset avait tellement de bonheur à jouer qu'il en levait par instant son instrument du sol, comme une clarinette naturelle.
En bis les treize compères nous ont donné l'andantino et sa première variation. J'ai longtemps applaudi. J'aurais tant aimé rester là toute la nuit.

16889ème jour

Où Mozart me joue un tour...

Je dois bien l'avouer la Gran Partita a pris un côté un peu obsessionnel ces derniers temps et il ne se passe pas de jour sans que je ne l'écoute. Aussi, découvrant qu'elle était au programme du Théâtre des Champs Elysées ce samedi, j'y entraine ma fille aînée et trois amis, leur vantant longuement tout le génie de l'oeuvre. Nous arrivons sur place, le concert commence par des divertimenti de jeunesse faisant la part belle au cor de basset. Et soudain, j'aperçois dans le programme que la deuxième partie n'est pas la Gran Partita tant attendue mais la Sérénade K375, fort belle, mais néttement moins aboutie que le K361 et que l'on pourrait volontiers qualifier de Piccola Partita. Je m'inquiète un peu de l'état de mes neurones, mais non, le site web du Théâtre des Champs Elysées indique bien la Gran Partita pour le 18 au soir. Je passe pour un cornichon auprès de mes amis, je vais grogner à l'entracte au contrôle où je me fais rembarrer : le site internet n'a qu'un caractère informatif sans engagement de quelque nature me dit-il tout fier de son sabir juridique. Tout énervé, je remonte au balcon pour une Sérénade moyennement interprétée.
A l'issue du concert, nous partons nous réconforter au Bar des Théâtres. Une grande table nous est refusée car soit disant réservée et j'attaque mon steak tartare sous les derniers quolibets de mes compagnons de concert. Soudain, un groupe entre dans le bar. Nous reconnaissons les musiciens qui s'installent à la grande table réservée. J'en profite pour m'approcher, leur dire combien j'ai apprécié le concert mais aussi combien j'étais déçu de ne pas entendre la pièce initialement prévue.
Au moment du café, une jeune femme s'approche de moi et me demande: Pourriez vous me donner votre nom s'il vous plait. Quelque peu interloqué je lui demande pourquoi. Elle m'explique que les musiciens nous invitent au concert du dimanche.
Je vais donc enfin entendre en concert la Gran Partita.

16888ème jour

Londres-Paris

Ma réunion avec le client se termine vers 16h00 à l'angle de Long Acre et de Garrick Street. Mon avion décolle dans deux heures. Je récupère vite ma valise Shaftesbury Avenue et je saute dans un cab. Dès que l'on atteint la banlieue ouest, le traffic est terrible. Le chauffeur est sympa, il s'inquiète de mon heure limite d'embarquement, 17h30. Il fait le maximum, double tout le monde dans les files de gauche avant de se rabattre à droite pour faire le tour des ronds-points englués. Il me dépose à 17h30 pétantes devant le Terminal 2 d'Heathrow. Je cours à l'enregistrement d'Air France où je me fais jeter, pour trois minutes de retard. C'est la deuxième fois de ma vie que je rate un avion.
Une heure d'attente, celà permet d'acheter en dutie free le casque de ses rêves.
Une heure d'attente, celà permet d'écouter tranquillement la musique de ses rêves.
Et puis on décolle.
Pendant le vol, l'avion fait tout d'un coup un saut brutal, comme si, en voiture, on passait à toute allure sur un corps couché sur la route. "C'est le blast d'un avion qui nous précède", explique le commandant de bord aux passagers inquiets.
Je rentre chez moi et je retrouve Anakine.

16887ème jour

Tournis

Lever à 7h00. Petit déjeuner. Départ en taxi. Alors que je tends au chauffeur la carte de visite du client, je me rends compte que l'adresse qui y figure n'est constituée que d'une boîte postale. J'arrive néammoins à l'heure à 9h30 pour la réunion de travail avec mon client. A 11h00 je pars pour l'aéroport. Il fait 30°C par un beau soleil. 12h50 départ du vol Air France pour Paris. En vol, je vois pour la première fois en entier Beakfast at Tiffany's avec la merveilleuse Audrey Hepburn. Je réalise que la musique de Henry Mancini est en fait la chanson Moonriver que mon père adorait écouter dans l'interprétation sirupeuse de Mantovani. Arrivée à 17h00. Il fait 5°C. Je passe quand même la douane afin de récuperer des cartes de visite apportées par un coursier. Je retourne dans le salon Air France pour une heure d'attente. 19h00 départ du vol pour Londres. Arrivée à la même heure par la grâce du fuseau horaire. Il fait 0°C. Je rejoins Soho en taxi. Un peu d'internet à l'hôtel. Une visite au Virgin Megastore de Picadilly où je trouve un nouvel enregistrement du LSO live. retour à l'hôtel avec un stop au Village. Il est minuit à Londres. Quatre heures du matin à Dubai. Il y a vingt trois heures que je m'agite.

16886ème jour

Indigo

Dîner très agréable hier soir à l'Indigo, le meilleur restaurant indien de Dubai, et le meilleur restaurant indien que je n'aie jamais fréquenté. Décoration très moderne et de grand luxe. Eclairages subtils. Personnel stylé. Autour de la table, trois français, un anglais à l'accent cockney, un indien et mon client avec qui j'avais tardivement déjeuné à Paris un mois plus tôt. Alors qu'à Paris il était tiré à quatre épingles en costume de businessman, il est ce soir en tenue traditionnelle des émirats avec son keffieh blanc. On parle beaucoup de la décision des américains d'empêcher leurs ports d'être gérés par P&O après son rachat par une société des émirats. Au dessert l'invention du chef : le samosa au chocolat. Etonnant. Avant de se séparer, nous allons visiter la décoration invraisemblable du Buddha's bar, copie beaucoup plus réussie que l'original.

16885ème jour

Un diamant, un dragon et du brie

Ce matin alors que je suis en réunion avec mon client, celui-ci est appelé d'urgence et revient dix minutes plus tard. L'un des émirs des Emirats Arabes Unis était en train d'acheter un diamant à sa femme. La transaction de 400.000 dollars demandait une autorisation spéciale de sa part. "Une minute de retard de plus et j'étais viré", me dit-il soucieux...
Au déjeuner, je contemple un plateau de fromages français. Au dessus d'une belle part de roquefort, trône une étiquette BRIE.
A la fin du repas, dans ma salade de fruit, il y a un fruit bizarre, au goût de kiwi, à la chair blanche couverte de petits points noirs. "It's a dragon fruit!" me dit un serveur. J'en demande un entier. On m'apporte un fruit à mi chemin de l'ananas et de l'artichaud, dans des couleurs roses et vertes chatoyantes. Je le découpe avec plaisir.

16884ème jour

La folie des grandeurs

Après une journée de travail dans des buildings climatisés, un collègue m'emmène dîner sur la plage privée d'un hôtel incroyablement kitsch près du Burj el Arab : en allant sur la plage, nous traversons des salons invraisemblables de marbres et de stucks aux colonnes gigantesques, couvertes de dorures à profusion, des allées monumentales, des temples des mille et une nuits...
Après le dîner, nous traversons en voiture la Marina Dubai, gigantesque chantier hérissé de quatre vingt sept gratte-ciel en construction, folie monumentale des hommes, véritable tour de Babel grouillante comme une fourmillière de travailleurs indiens et pakistanais nuit et jour. Qui habitera demain ces villes démesurées et monstrueuses? "Les russes" me répond mon collègue. Je reste sceptique et contemple ce royaume de la folie et de la démesure qui grandit et s'enfle pour mieux s'écrouler un jour.

16883ème jour

Quelques degrés

11h30 : Sur l'autoroute du nord, le tableau de bord de la voiture indique une température extérieure de 0°C.
21h00 heure de Paris : je sors de l'aéroport de Dubai. Bien qu'il soit minuit, il fait encore 25°C ici...

16882ème jour

Le récital de Philippe Jaroussky au Théâtre des Champs Elysées

J'avais envie depuis fort longtemps d'entendre Philippe Jaroussky en concert, en tout cas depuis que j'ai entendu le Sol da te de son Orlando Furioso. Foule des grands soirs tout à l'heure au théâtre des Champs-Elysées. Un mélange de vieux fortunés, de vrais mélomanes et des inévitables garçons lyrico-sensibles. L'orchestre d'Astrée nous offre un concerto de Corelli en guise de mise en bouche. Puis Philippe Jaroussky apparait pour des airs d'opéra dont le fil directeur est le castrat Giovanni Carestini. Première partie autour de Porpora, Capelli et Hasse. La voix sait se faire tendre et caressante et parfois aussi pleine de vaillance et virtuose. De temps à autre, Philippe Jaroussky se laisse aller à danser sur scène dans une sorte de swing syncopé sur les rythmes baroques. Il est totalement habité par ces musiques et jamais nous ne ressentons d'ennui ni de monotonie dans ce récital. L'orchestre nous offre ensuite l'extraordinaire virtuosité du concerto "Le grand mongol" de Vivaldi par les doigts magiques de Stéphanie-Marie Degand. La seconde partie est essentiellement consacrée à Haendel et l'on se rend immédiatement compte combien l'immense compositeur écrase de son talent les précédents, Vivaldi excepté. Philippe Jaroussky nous offre le célébrissime Scherza infida extrait d’Ariodante, puis l'air d'Aci Qui l’augel ou la voix entre presque en duel avec la flûte, les deux complices arrivant même à faire rire la salle en en rajoutant dans la compétition.
A l'issue d'un concert marathon de trois heures, une foule sage fait la queue jusqu'à minuit dans le hall pour faire signer son programme par le héros du soir.

16881ème jour

Trucs de voyage I

Avoir toutes ses affaires de toilette en double. Un exemplaire dans la salle de bains. L'autre dans la trousse de toilette dans la valise.

16880ème jour

Gaucherie

En récupérant hier ma petite Fiat Panda (on ne se moque pas), je m'approche d'elle sur le parking et je peste en constatant qu'elle a été garée de façon à ce que la portière colle la voiture voisine. Je me serre, j'entrouve la porte, et je parviens à me glisser difficilement sur le siège ...passager...

16879ème jour

Une soirée à Birmingrad

Pour se rendre dans le trou du cul du monde, plutôt que de passer par Londres, il est plus logique d'aller à Birmingham et de louer une voiture. C'est ce que j'ai fait aujourd'hui. Et comme j'avais le temps, je me suis rendu au Symphony Hall, et j'ai pris un billet pour le concert du soir.
Le Symphony Hall de Birmingham a été inauguré en 1991. Il était le point culminant des dix huit années passées par Simon Rattle à la tête de son orchestre. La salle est immense, l'acoustique vraiment exceptionnelle même si l'on atteint sans doute la taille limite de ce que peut emplir un orchestre symphonique, mais la décoration intérieure est de mon point de vue vraiment très laide, avec un mélange de rouge criard, d'acier brillant, de crème et de gris.
Le concert démarre avec le Premier Concerto de Beethoven, joué par Mc Leon Cawley de façon très propre mais un peu maniérée. Andrew Litton accompagne le pianiste avec beaucoup de soin, nous étonnant cependant dans le finale avec un fracas de timbale capable de faire effondrer les murs de la salle. Je profite de l'entracte pour m'installer au premier rang entièrement vide, juste derrière le chef dont je constate qu'un petit régime améliorerait nettement la silhouette.
La deuxième partie est consacrée à la symphonie Leningrad que je suis heureux de réentendre après le concert de Saõ Paulo d'il y a quelques mois. Ca me fait vraiment plaisir d'écouter la symphonie d'aussi près, même si de ma place, les cordes sont vraiment privilégiées par rapport aux vents et percussions. J'en profite pour observer certaines techniques d'archet demandées par Shostakovich pour obtenir des sons étranges, comme ces coups d'archets frappés si fort que la corde claque sur la touche. Je pense à Alban Berg qui a joué cette même symphonie une semaine plus tôt et qui a du y trouver du plaisir. Et puis il y a le deuxième mouvement à l'atmosphère si mahlerienne. La salle très attentive et silencieuse pendant tout le concert, fait un triomphe à "son" orchestre. Je reprends ma petite Fiat Panda (on ne se moque pas) dans une rue proche du Symphony Hall, je trouve sans peine la M5 et je parcours sans encombre dans la nuit les 50 miles qui me séparent du trou du cul du monde.

16878ème jour

Les variations Goldberg de Benjamin Alard au Temple des Billettes

Dix jours après celles de Martin Stadtfeld, c'était donc au tour de Benjamin Alard de nous offrir son interprétation des variations Goldberg. J'attendais beaucoup de ce concert qui était pour moi la première occasion d'entendre cette oeuvre dans sa version originale au clavecin.
Hélas, le concert partait lui même d'une erreur de base : le choix d'un instrument au timbre subtil, mais si fragile qu'il se perdait totalement dans le Temple des Billettes, pourtant pas immense, mais clairement plus grand que la chambre à coucher du comte von Keyserling.
Benjamin Alard court plutôt qu'il n'arrive près de son instrument. Le jeune homme pressé, maigre dans son habit noir, s'installe et démarre l'aria dans un tempo d'une extrême lenteur. Il ne quittera plus ce lent tempo tout au long de l'oeuvre, ce qui nous permet d'apprécier moults détails, mais aussi les nombreuses fausses notes. Et surtout, la faiblesse du volume sonore reçu, malgré la concentration très grande du public, m'a laissé un sentiment de frustration, pour ne pas dire d'ennui. Benjamin Alard part et revient pour saluer, toujours pressé, et nous offre trois bis mieux réussis que ses variations.

16877ème jour

Deux Deux

Le site de la saison de réouverture de la Salle Pleyel a été mis en ligne hier. J'ai ressenti un certain plaisir en constatant que le concert d'inauguration verra l'orchestre de Paris interpréter la Deuxième Symphonie de Mahler le 13 septembre prochain.

Mais j'ai surtout été pris d'une envie inextinguible en découvrant que cette même Deuxième Symphonie sera également interprétée dans l'après-midi du 4 mars 2007 par des interprètes de luxe : Simon Rattle dirigera ses Berliner Philharmoniker, avec pour solistes Dorothea Röschmann et la mezzo préférée du chef, Magdalena Kozena.

16876ème jour

Balistalgie

Alors que je déjeune avec mes filles dans un restaurant japonais près de la rue Sainte-Anne, je discute avec Michael sur msn messenger. Il est chez Made's Warung. Une bouffée de nostalgie nous envahit, moi et mes filles. Nous demandons des nouvelles du petit chaton fauve qui ronronnait sur nos genoux pendant nos dîners là bas. Il est toujours là. Michael lui transmet une caresse de notre part, à 10.000 km de distance...

16875ème jour

F. (la fin)

A l'issue du voyage en Egypte, on s'est perdus de vue. Il est peu après parti vivre à Montpellier. Deux ou trois ans plus tard, le soir de ma rencontre avec A., j'étais allé dans les toilettes de ce bar qui ont la particularité d'avoir deux urinoirs dont les deux utilisateurs se tournent le dos mais peuvent se regarder dans les yeux, en pleine action, par le biais de deux caméras et de deux petits écrans video. Alors que je pissais, je regarde mon écran et qui aperçois-je? F.

16874ème jour

F. (la suite)

Puisque j'ai commencé à parler de F., je me remémore cette période où nous avons passé un peu de temps ensemble. F. était un ex de P. On l'avait rencontré par hasard au B Bar à New York en 2000, et il est probable que j'ai cultivé son amitié en partie pour agacer P. avec qui mes relations commençaient à se détériorer.
J'avais proposé à F. de m'accompagner pour une semaine au Caire, à un moment où j'avais vraiment envie de me changer les idées. J'étais passé le chercher en taxi en bas de chez lui vers sept heures du matin pour aller à l'aéroport. Il avait passé la nuit à faire la fête et était rentré dans le taxi à moitié ivre. Il m'avait montré fièrement deux billets de cent francs en me disant que c'était pour me faire un cadeau là bas. A peine arrivé à Roissy, il avait entamé mon cadeau en s'offrant cinquante centilitres de bière pression (à huit heures du matin). Puis il avait appelé sa mère pour lui annoncer fièrement son départ pour l'Egypte. La pauvre femme a du en être plutôt affolée. Et moi je le contemplais en me disant : "Eh merde, je vais devoir supporter ça une semaine."
Notre cohabitation s'est passée moins mal que je ne l'imaginais. Comme il dormait beaucoup, je m'éclipsais le matin en douce et profitais de la piscine. Il m'a souvent énervé avec ses débardeurs provoquants dans un pays musulman ou par son assaisonnement au ketch-up des mezzés mais c'était somme toute peu de chose.
C'est au cours de ce séjour qu'il nous est arrivé l'histoire de la Grande Pyramide.
Au moment du retour, il a décidé d'affecter la somme réservée à mon cadeau pour s'acheter des cigarettes à l'aéroport. Il a donc changé ce qui restait des 20O francs en livres égyptiennes. Moi je me me marrais déjà. Et lorsqu'il est revenu vers moi dans la zone dutee free pour m'annoncer que les commerçants ne prenaient que des dollars, j'ai pris mon air le plus navré et je lui ai dit : "Ah oui? Merde!"

16873ème jour

Histoires de taxis

Je suis rentré du trou du cul du monde à Londres. 160 km en taxi. Cela peut sembler étrange mais le voyage était beaucoup plus rapide qu'en train. Et à peine plus cher. 90£ à comparer aux 60£ qu'il en coûte pour se rendre, toujours en taxi de la City à Heathrow. Le chauffeur avait un gros accent des Midlands, il était assez bavard et dès notre arrivée dans Londres, était totalement perdu. C'est moi qui le guidais.
Pendant le trajet, je me suis rappelé une autre histoire de taxi, survenue il y a quelques années. Je m'étais rendu à Amsterdam avec F., un ami, mannequin raté mais joli garçon. On était sorti le soir à the iT qui était la boîte à la mode à l'époque. Il y était tombé raide dingue amoureux d'un grand hollandais assez sympa. Hélas, nous devions rentrer le lendemain sur Paris et leur rencontre en était restée là. Une semaine plus tard, F. m'annonce que le hollandais n'en peut plus, qu'il veut absolument le revoir, et le jour même. Ne trouvant (bizarrement) aucun vol ou train disponible, il décide de venir à Paris en taxi. J'avais un peu de mal à y croire, mais le hollandais appelait de temps à autres pour nous dire où il en était. Breda, Anvers, Bruxelles... Lorsqu'il a passé la frontière française, nous avons décidé d'aller à sa rencontre avec la lada. On s'appelait régulièrement pour être sûrs de ne pas se dépasser. Puis vers Compiègne, je suis sorti de l'autoroute, j'ai fait demi tour en direction de Paris et je me suis arrêté à la première station service. Un quart d'heure plus tard, le taxi amstedellois débarquait, incongru. Le chauffeur était ravi d'éviter les derniers kilomètres. Il nous a confié que tous les camions hollandais qu'il avait croisés lui faisaient des appels de phares d'encouragement. Puis il est reparti vers le nord.
Quant à moi, j'ai ramené les deux tourteraux à Paris. Au bout de deux jours, ils ne pouvaient plus s'encadrer et le hollandais volant est rentré chez lui.

16872ème jour

La question du jour

Après avoir passé huit heures en voiture sur des autoroutes mornes et encombrées, qu'est ce que je peux bien faire ici?
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