16871ème jour

Ici Londres

En prenant le premier Eurostar du matin, je songeais qu'il y a fort longtemps que je n'étais pas allé à Londres. Et de fait, il y a 1210 jours que je n'y étais venu. Comme la dernière fois, je remarque les petites choses qui ont changé : les contrôles de douane qui n'ont plus lieu que de l'un des deux côtés du Channel, mon disquaire préféré sur le Strand qui a disparu, Les Prêt à Manger de plus en plus nombreux et désormais appelés Prêt tout court, la Swiss Re Tower qui a poussé en plein milieu de la City, le Tower Records de Picadilly qui est devenu un Megastore...
J'ai beaucoup de chance pour mes lieux de travail à Londres. Le siège de mon ancienne boîte se trouvait en plein Soho, et mon rendez-vous du jour est sur Long Acre, à deux pas de Covent Garden. En marchant dans le quartier, par un beau soleil qui illumine les facades multicolores, je songe soudain que le centre de Londres, en devenant aussi propre, avec ses lettres dorées sur fond rouge, vert ou bleu, devient presque trop typiquement londonien, une sorte d'agréable Disneyworld dans lequel malgré tout, il fait tellement bon se promener...

16870ème jour

Gran Partita

C'était au Théâtre Marigny il y a fort longtemps. J'habitais Paris depuis peu et pour rien au monde je n'aurais manqué cette pièce. Un américain du foyer d'étudiants où je logeais y jouait le rôle muet d'un serviteur. Mais surtout il s'agissait d'Amadeus de Peter Shaffer, mis en scène par Polanski, avec le même Polanski dans le rôle de Mozart et François Périer dans celui de Salieri.
Et au début de la pièce, il y a cette scène où Salieri rencontre pour la première fois Mozart qui dirige quelques musiciens dans une sérénade pour vents devant l'archevêque de Salzbourg. Salieri se remémore la scène et raconte le début de l'adagio :
"Sur le papier ça n'avait l'air de rien. Le début est simple, presque comique, une pulsation bassons-cors de basset -un bandonéon qui miaule- et ensuite, soudain, haut perché, un hautbois et sa note qui flotte, comme suspendue, jusqu'à ce qu'une clarinette vienne la reprendre et l'adoucir en une phrase de pur délice. Ah, ça n'était certes pas un singe savant qui avait pu composer cela, c'était une musique exceptionnelle, empreinte d'une telle tension, d'un tel inépuisable désir. Il me semblait entendre la voix de Dieu."
C'était la première fois que j'entendais un extrait de la Sérénade Gran Partita de Mozart et j'étais abasourdi, ébloui. Je me suis bien sûr précipité sur les enregistrements disponibles sans jamais en trouver un totalement satisfaisant. Fürtwangler l'a pourtant enregistrée en 1947 à Vienne avec quelques Philharmoniker. On trouve des enregistrements par les ensembles à vent des plus grands orchestres mondiaux. Je n'avais jamais trouvé celui qui me plaisait vraiment. Dans le Tamagochi, j'avais choisi tristement celle de Marriner avec des membres de l'Academy of Saint Martin in the Fields et c'est l'une des oeuvres que je préfère entendre en avion.
Et puis samedi à Amsterdam, un peu par hasard, j'ai acheté cette nouvelle version par le Nederlands Blazer Ensemble. Je pouvais à peine y croire en l'écoutant en voiture. C'est la perfection du début à la fin, une imagination débordante, des risques parfois inouïs, un son gourmand, le Ländler presque valsé dans le Menuet, la cinquième des variations de l'andante avec sa basse de clarinettes et de cors de basset qui ondule comme une vague sans fin... J'ai déjà du écouter cette version une bonne douzaine de fois, je l'écoute en ce moment même, et je me régale à l'idée de pouvoir l'entendre trois fois en allant à Londres en Eurostar demain matin.
Wolfgang Amadeus Mozart
Sérénade N°10 en si bémol majeur K. 361 pour deux hautbois, deux clarinettes, deux cors de basset, deux bassons, quatre cors et contrebasse
Nederlands Blazer Ensemble
NBELIVE 017

16869ème jour

Des nouvelles de Mister tigger

Je vous l'annonçais ici : Mister tigger démarre demain son nouveau job à Amsterdam, avec vue sur le Dam. Je lui souhaite bonne chance avec un rien de jalousie tant Amsterdam est une ville où j'aimerais vivre quelque temps.
Il a aussi démarré un nouveau blog dont je dénonce l'adresse, juste pour l'inciter à poster un peu plus souvent.
Il faisait un froid très vif sous le soleil d'Amsterdam aujourd'hui et les hautes maisons blanches et brunes étaient plus belles que jamais devant les canaux qui scintillaient dans la lumière de l'hiver.

16868ème jour

Les variations Goldberg de Martin Stadtfeld au Concertgebouw

Le programme de ce concert était curieusement construit autour de Mantra de Stockhausen, puis des variations Goldberg.
Mantra est une oeuvre longue, très longue même, puisqu'elle dure quatre vingt dix minutes. Elle est destinée à deux pianos préparés surmontés l'un et l'autre d'une collection de cymbales miniatures et d'un petit tambour de bois au son très mat. Les pianos sont enregistrés et le son en est modifié par chacun des deux pianistes à l'aide de modulateurs, puis retransmis par haut-parleurs. La conception de l'oeuvre, construite autour d'une phrase musicale de treize notes regroupées en treize sections semble être également son principal intérêt. Je dois reconnaitre qu'elle m'a pour ma part profondément ennuyé. Je n'étais pas le seul. De nombreux spectateurs somnolaient et ma voisine ronflait. La faute n'en incombait pas aux deux pianistes hollandais, Ellen Corver et Sepp Grotenhuis, qui sont des spécialistes de Mantra.
Le seul moment qui m'a distrait est un passage où les deux interprètes se lèvent et se lancent des imprécations ressemblant à du japonais, en se faisant face, derrère leurs deux longs Steinway.
Nous profitons de l'entracte pour nous installer au deuxième rang, légèrement à gauche du piano.
Commence alors la deuxième partie qui était la raison de ce voyage, depuis qu'un disque acheté pour des raisons inavouables à Istanbul en était venu à me séduire, à mon grand étonnement. Martin Stadtfeld descend donc le grand escalier rouge de la salle du Concergebouw. Il est jeune, il est beau et il le sait. Il est habillé sobrement dans un costume noir, visiblement coupé afin de faciliter ses mouvements.
L'Aria s'élève, magique, dans la grande salle du Concertgebouw. Le rythme est très proche de l'esprit du disque, légèrement plus rapide me semble-t-il. L'interprétation reste donc très proche de celle de Gould, qui semble totalement habiter Martin Stadtfeld. Même concentration du regard sur le clavier, même façon de chanter du début à la fin de l'oeuvre. Quelques différences toutefois. Martin Stadtfeld effectue toutes les reprises, allègrement omises par Gould et surtout il utilise souvent la main gauche dans le régistre aigu du clavier, sans doute pour imiter le jeu d'un clavecin à deux claviers. Malgré quelques fausses notes somme de fort peu d'importance, je suis fasciné par son jeu qui nous tient en haleine tout au long des trente deux variations. Je ressens de nouveau cette impression de délivrance quand l'aria final retentit une nouvelle fois. Martin Statdfeld reçoit une ovation méritée de la part d'un public qui, visiblement, ne le connaissait pas, ses disques n'étant pas distribués aux Pays-Bas.
Après le concert, je me rends dans la salle des artistes à l'étage du balcon. Je suis le seul à y pénétrer. Je lui dis combien je croyais cette oeuvre impossible à interpréter après un certain Gould et combien j'avais tort. Le compliment le fait rire. Nous parlons de la non distribution de ses disques en France, il me dit ne pas avoir d'engagement pour l'instant à Paris, bien qu'il y ait remporté le concours Nikolaï Rubinstein en 1997. Après avoir enfin trouvé un stylo, il barre la couverture de mon CD d'Istanbul d'un élégant Martin Stadtfeld.
Les redoublants sont invités à se rendre à la Schubertiade d'Hohenems le 26 mars ou au Festpielhaus de Baden Baden le 4 juin.

16867ème jour

Du riz et des pois

Nous étions à Risi e Bisi, ce petit restaurant italien près de chez moi, où je suis souvent allé avec Michael ou Alban Berg. On a partagé un antipasto de la casa. Des blancs de poulet alla polenta pour l'un. Et pour l'autre, ces raviolis della casa qui, servis par neuf dans une assiette carrée, font penser à un jeu de morpion. Une demie bouteille d'Orvieto, ce vin qui me rappelle toujours ce beau village perché que l'on rencontre sur sa droite quand on descend de Florence à Rome par l'autoroute. Mais je me souviendrai surtout de son pied qui a caressé le mien et ma jambe tout au long du repas. Et du tendre contact de sa chaussette sur le cuir de ma chaussure, alors que, les yeux dans les yeux, nous discutions comme si de rien n'était.

16866ème jour

Le cri du gecko

Je viens à l'instant de décrocher mon téléphone, j'ai composé un numéro de téléphone pour la première fois. Comme prévu, je suis tombé sur un répondeur, une voix grave inconnue. J'ai pris mon courage à deux mains, je me suis rappelé que le ridicule ne tue pas et j'ai imité le cri du gecko.
J'y étais hélas obligé après l'avoir stupidement proposé dans ces commentaires.
Le cri du gecko est inattendu. Je croyais au départ qu'il s'agissait d'un oiseau mais des balinais m'ont expliqué qu'il s'agissait d'un gecko. C'est un cri à deux tons, un peu comme le coucou (il me semble d'ailleurs discerner une tierce), mais beaucoup plus guttural. Le nom de gecko est, parait-il, une onomatopée du cri de ce gros lézard.

16865ème jour

Mon service militaire II

Après mon mois de classes évoqué ici, j'ai perdu onze mois de ma vie à m'ennuyer dans l'un des bureaux d'un vieux batiment de briques sis à Saint Cloud (Hauts de Seine). J'étais chargé d'informatiser un service administratif. J'étais même le troisième Scientifique du Contingent à qui cette brillante mission était confiée, et le troisième à ne pouvoir l'accomplir, l'armée n'ayant toujours pas obtenu le budget pour acheter l'ordinateur adéquat. Je meublais mes après-midi à faire les mots croisés du Monde, dans lesquels j'excellais au bout de quelques mois. Et je méditais sur mon titre magnifique : j'étais le scientifique du contingent gV, chargé de l'informatisation de la Division "Réalisations" du Service Central d'Etudes et de Réalisations du Commissariat de l'Armée de Terre.

16864ème jour

Et à Lisbonne aussi...

Je me réveille sans aide extérieure. Je regarde l'heure. 7h10. Mon avion décolle dans exactement soixante minutes. Je déclenche le plan Orsec. Pas de douche, je me raserai dans l'avion. Je raasemble mes affaires, je paye l'hôtel, je demande un taxi. Une Mercedes beige s'avance. Il est 7h25. Le chauffeur est un vieux portugais avec un grand chapeau noir style chapeau de chasse bavarois. Il a l'air volubile, me garantit qu'il me déposera à l'aéroport en moins de dix minutes. Alors qu'il me conduit à fond la caisse, je reçois un appel du boulot. La conversation dure le temps du trajet et en parlant, je réalise qu'il n'y a pas de compteur dans ce taxi. Lorsque nous arrivons je suis donc prêt à tout. "Dix sept euros vingt" me dit le chauffeur sans que je puisse savoir d'où provient ce montant. Comme le prix me parait raisonnable, je lui tends un billet de vingt euros. "C'est dix sept euros vingt" me dit-il à nouveau en me montrant un billet de cinq euros. J'ai eu un bref instant de doute, mais pas de bol pour lui, je savais pertinemment que j'étais arrivé la veille avec en tout et pour tout un billet de cinquante, que je l'avais dépensé le soir pour payer deux portos à la Cervejaria Trindade du Barrio Alto, et que je n'avais donc dans mon porte feuille que deux billets de vingt. J'ai pris mon air le plus déterminé et je lui ait dit fermement : "Sir, I gave you 20 Euros. I want my money back." Il n'a pas insisté le mec. Il m'a rendu ma monnaie et il m'a fait ma fiche. Les taksi d'Istanbul m'ont bien formé à ce genre de situation. Et j'ai même eu mon avion. C'était facile. Il avait une heure de retard.

16863ème jour

L'arrivée sur Lisbonne

Les avions qui s'apprêtent à atterrir à l'aéroport de Lisbonne arrivent plein sud et traversent le Tage légèrement à l'est du centre ville. Ce matin, comme j'avais pris une place A, j'ai vu parfaitement le pont sur le Tage, la Place du Commerce et la Rua Aurea. L'avion s'est posé en frolant les dernières maisons costruites près de l'aéroport. Je pense à Manu avec qui j'avais passé cet beau week end voici presque deux ans.

16862ème jour

Mon service militaire I

Je n'aime pas vraiment parler de mon service militaire. J'en garde peu de bons souvenirs et je déteste la mentalité ancien combattant. La suppression du service militaire voilà dix ans maintenant diminue encore mon peu d'appétit à raconter mes faits d'"armes".
Mon service a duré douze mois dont un premier mois de classes vraiment militaires et onze passés à peigner la girafe. Ce premier mois a été assez difficile. A 25 ans, j'étais le plus âgé de tous et mes coreligionnaires m'appelaient affectueusement Papy. Lorsque je sortais une blague de mon (large) répertoire de l'époque, mes compagnons de chambrée disaient invariablement avec un gros accent de l'Aveyron : "Papy, y dit pas grand chose, mais quand y cause, on se marre!"
Mon anecdote favorite de ce mois s'est déroulée en instruction de tir, où l'on nous avait demandé d'apprendre par coeur et très sérieusement cette formule, sous forme de question réponse :
Q: Qu'est ce que "réduire le jeu de la détente"?
R: "Réduire le jeu de la détente", c'est ramener la queue de la détente de sa position initiale jusqu'à la position où elle se durcit, sans que le coup ne parte.
La plupart des appelés répétaient cette phrase, avec beaucoup de mal, mais très sérieusement.
Moi je n'avais pas de mal à la répéter, mais il m'était très difficile de rester sérieux, au grand dam de mon adjudant chef.

16861ème jour

Les transports balinais

A Bali, les plus hardis (dont je fais partie) louent une voiture. On roule théeoriquement à gauche, le plus souvent au milieu de la route en tentant de slalomer parmi le nombre incroyable de deux roues. Les moins téméraires pourront bien sûr prendre le taxi, que l'on écrit taksi, comme à Istanbul. La profession s'est un peu banalisée, il y a maintenant des sociétés de taxi comme la Bluebird, avec des flottes de véhicules Toyota climatisés bleus flambant neufs avec compteur. Le charme en moins, l'efficacité en plus. Il y a tellement de taxis à Bali et si peu de touristes qu'il suffit de lever la main pour que plusieurs se battent pour vous transporter. La situation est même pire que ça. Il suffit d'avoir l'air d'un touriste et de marcher sur un trottoir pour que tous les taxis que vous croisez vous klaxonnent et que tous les chauffeurs qui attendent près de leur taxi à l'arrêt miment un volant avec les mains en vous demandant l'air enjoué "Taxi, sir?" Les prix sont modiques, il vous en coutera 60.000 roupies (six euros environ) pour aller de Kuta à Sanur.
Si vous aimez la vie plus authentique, vous ferez comme les balinais, vous prendrez le bemo. Le bemo est un tout petit bus (du genre kombi Volkswagen) qui sillonne les rues un peu partout dans l'île. Rien ne les différencie d'un autre minibus, mais là aussi, tous les chauffeurs vous klaxonneront pour vous proposer de vous emmener. Il y a deux différences par rapport au taxi : d'une part, il n'y a pas de compteur. Il faudra donc marchander le prix, ce qui peut être fort long. Le chauffeur vous proposera plus cher qu'un vrai taxi pour démarrer et ne manquera pas de se plaindre du prix de l'essence (vingt cents le litre). Si vous tombez d'accord, vous prendrez place sur l'une des deux banquettes qui se font face à l'arrière du minibus, perpendiculairement à la route. La porte reste toujours ouverte et souvent des indonésiens monteront en cours de route pour se rendre à peu près dans la même direction que vous. C'est un très bon moyen pour faire connaissance avec les balinais.

16860ème jour

Idiotie! Idiotie!

Agréable dîner chez moi avec les participants du concert Penderecki d'il y a deux semaines. IL faudrait vraiment que je renouvelle le programme de mes dîners tant j'ai l'habitude de préparer toujours la même chose, un menu que j'ai baptisé Menu A, sachant qu'il n'y a pas de B. Mais comme la plupart venaient chez moi pour la première fois, ça n'était pas si important.

Une pensée spéciale à Ben qui nous a fait une imitation incroyable de Celibidache dans une master class de direction d'orchestre. "Idiotie! Idiotie!" L'original est à voir dans le film Le jardin de Celibidache

16859ème jour

Bali c'est fini

On se pose rarement la question de savoir pourquoi on aime ses lieux de prédilection. On les aime, on s'y sent bien et puis c'est tout. La semaine dernière, en nageant dans la piscine de l'Alila d'Ubud, je me disais que j'aime aussi Bali en raison de sa capacité à repousser les limites de l'émerveillement. J'ai beau en être à mon quatrième séjour là bas, il ne se passe pas de jour sans y être étonné, enchanté : une fleur inhabituelle, un bébé lézard qui me tombe sur l'épaule, un serpent qui s'enfuit, les rizières en escalier, la gentillesse d'une balinaise peintre, une forêt de bananiers, une offrande qui se consume devant un temple, une flûte lointaine, une mouche énorme, un fruit inconnu, un gecko qui pousse son cri, une cérémonie le soir devant la mer... Il faudrait être aveugle pour ne pas s'emerveiller de tout celà.
Je pensais aussi à mon grand-père Louis qui avait gardé son émerveillement d'enfant et que je m'étais étonné de voir pleurer un jour en entendant pour la première fois le mouvement lent du Deuxième Concerto de Chopin. Il était un sage. Il avait sa clef du bonheur. J'aurais tant aimé l'emmener là bas...

16858ème jour

L'odeur du durian

A Bali, j'étais déçu de ne pas avoir fait sentir à mes filles l'odeur du durian. Et cet après-midi, alors que je leur montrais les rues du quartier chinois de Singapour, tout d'un coup elles m'ont dit "mais ca pue ici!"
"C'est l'odeur du durian", leur ai-je répondu. Elles ne voulaient pas me croire. Près de nous il y avait un étal de marchand de fruits. Des mangoustans, des mangues, des poires de miel, des papayes, des ramboustans, des salaks, des fruits de la passion, des belimbings... Et tout d'un coup, planqué derrière un carton, j'ai aperçu l'énorme durian qui avait attiré notre attention par son odeur putride à une bonne vingtaine de mètres de là. Mes filles ont vraiment eu l'air dégoûtées de la chose. Alors pour les consoler, j'ai acheté cinq mangoustans et nous les avons mangés à même le trottoir avant de filer visiter le Jardin Botanique.

16857ème jour

Publi-reportage

L'hotel Alila d'Ubud n'est pas un hôtel. C'est juste un rêve. Il est blotti sur un promontoire en pleine forêt tropicale au bord de la rivière Ayung. Les chambres sont des petits bungalows de luxe accrochés a la paroi de la montagne. Elles sont décorées de facon sobre de teck sombre et de tissu vert avec un petit Ipod assorti. La salle de bains, avec douche extérieure se donne des airs d'African Farm.
Mais le plus extraordinaire dans cet hôtel est la piscine. Certains en disent qu'elle est la plus belle au monde. Elle est en tout cas la plus magique qu'il m'ait été donné de voir. Elle est comme suspendue dans le vide. Lorsqu'on y nage, on entend le cri des geckos, on voit des petits singes se balancer de liane en liane, on apercoit des libellulles qui passent au ras de l'eau, on s'étonne du chant des oiseaux exotiques. Cette piscine se donne de plus une allure de théâtre. Un théâtre romantique le matin quand la vapeur qui se dégage de l'eau lui donne des airs de baie d'Halong. Un théâtre dramatique le soir lorsqu'elle est illuminée par des bougies flottantes.
Vous vous dites que je suis un peu frimeur de vous raconter tout cela? Même pas. En ce moment, on peut bénéficier du bonheur d'une chambre dans cet hôtel pour moins de 150 US$ la nuit. Soit moins que l'hôtel Ibis de Milan.
Je ne vous embête pas plus. Je vous abandonne au froid parisien, au frimas lillois et à la fraicheur barcelonaise.

16856ème jour

Où les balinais trouvent enfin une réponse à leur question favorite

Lorsque nous sommes arrivés à leur hôtel, ma fille aînée nous a aperçus depuis le bord de la piscine et elle a couru pour nous embrasser. Il y avait deux semaines que nous ne nous étions pas vus. Nous sommes partis tous ensemble pour ces premiers jours de vacances passés en commun depuis si longtemps. Nous avons démarré par la plage de Kuta en ce dimanche soir où tous les balinais s'y rassemblent au coucher du soleil. Puis nous sommes banalement allés diner au Made's Warung de Semyniak.
Les habitudes reprennent vite dans cette vie en commun. Les bonnes. Pas les mauvaises. Chacun a envie que ces trois jours passés ensemble soient inoubliables. Et fort naturellement, je suis très heureux de retrouver en ce contexte celle qui sera jusqu'à mon dernier jour la mère de mes enfants.

16855ème jour

Frénésie

En revenant du cybercafé, je m'arrête au Qbar. Je bois une margarita frozen en fumant une kretek. Je me fais aborder par trois jeunes qui ont envie de discuter. L'un d'entre eux a un très beau regard. Il est de Sumatra, il s'appelle Rico. Il tient absolument à me montrer l'étage supérieur. La haut, il n'y a pas grand monde, juste quelques grands fauteuils confortables où on comate un moment em buvant des gin tonic et en regardant des clips australiens. On part en face, au Kudos inauguré lors de mon dernier sejour. Avec fil du temps qui passe, c'est plein a craquer. On danse assez serré. L'un des amis de Rico est avec un jeune européen dont on me dit qu'il est "from Poland" et dont il s'avèrera qu'il est "from Holland". Il parcourt le monde pour une année sabbatique. On reboit des gin tonic. Je pars avec Rico faire un tour sur la plage déserte mais on revient car il ne s'y sent pas a l'aise. Il me propose de venir chez lui. Je monte derriere lui sur son scooter. On fonce dans l'air chaud. Il entre dans une arrière cour un peu glauque de la rue principale de Kuta. On monte un escalier. Une pièce tres nue, juste un matelas posé au sol, une armoire, un aquarium lumineux qui éclaire la pièce. On passe un moment ensemble. C'est pas terrible. On se dit au revoir. Il veut me retrouver le lendemain. Je mens en lui disant que je suis d'accord. Je hèle un taxi. En me laissant conduire vers l'hotel, je me demande quand j'en aurai fini avec mes pulsions adolescentes?

16854ème jour

Les singes d'Uluwatu

Ce matin, nous sommes allés en voiture à l'extrême sud de la persqu'île de Nusa Dua qui se tient elle même au sud de Bali. Là, en haut d'une très haute falaise se dresse le petit temple d'Uluwatu qu'on appelle aussi le temple des singes tant il y en a un peu partout. Ces singes étant réputés assez voleurs, j'avais prévenu mes filles de ne rien avoir sur elle : ni lunettes, ni sac, ni appareil photo, rien. Pour pénêtrer dans le temple, je dois mettre une sorte de sari car je suis en short, mes filles se contentant d'une ceinture de tissu jaune autour de la taille. Dès la cour d'entrée, il y a des singes un peu partout. Des petits, des grands, des bébés. Ils semblent somnoler. Soudain, deux d'entre eux sautent sur le dos d'une de mes filles, qui stoïquement ne bouge pas. Je m'apprête a intervenir, mais je me dis que si je suis agerssif, la situation risque d'empirer. Les deux singes restent sur son dos une dizaine de secondes puis s'en vont. Nous comprenons alors qu'ils ne sont venus que pour lui derober l'élastique qui nouait ses cheveux. L'un des gardiens nous propose de tenter de marchander l'élastique contre une banane, mais nous préférons en rester la. Nous quittons le temple et ses singes avec quelques images de plus dans la tête.

16853ème jour

Réveil

Ce matin je me réveille vers 7 heures, alors que mes filles dorment encore.Je sors doucement du bungalow et m'installe dans l'un des deux fauteuils disposés près de la porte. Le soleil est levé depuis peu, mais la lumière est déjà sublime, l'air est doux; mais le plus merveilleux à cette heure est le chant ininterrompu des oiseaux : des mélodies étranges auxquelles nos oreilles ne sont pas accoutumées, Je reste là un quart d'heure, fasciné par les sons et les parfums. Mon gsm vibre. Je suis surpris car il est trop tôt pour l'heure balinaise et trop tard pour l'heure européenne. Je reponds, un brouhaha terrible sort du mobile. C'est Michael depuis une boîte de nuit de Tel Aviv qui veut me faire profiter de l'ambiance. Ca a l'air chaud, mais c'est totalement incongru par rapport aux instants que je viens de ressentir. On s'entend à peine, Mais je comprends qu'il me dit qu'il faut que je revienne en Israel avec lui. Et il comprend sûrement que j'aimerais aussi lui faire découvrir Bali.

16852ème jour

L'ombre du vent

J'ai passé une partie de mes premières nuits a Bali à dévorer L'ombre du vent, un roman de Carlos Luis Zafon dont l'action se situe à Barcelone entre 1930 et 1960. Le style et la structure du roman m'ont fait penser à l'un de mes livres fétiches, Alejandra de Sabato. On y retrouve la même ambiguïte, le même goût du mystère et des histoires compliquées avec peut-être un soupcon de tendresse qui ne figure jamais chez Sabato. C'est exactement le genre de livre que j'ai envie d'acheter en de nombreux exemplaires pour le faire découvrir à tous mes amis, et en particulier ceux qui sont attachés a Barcelone.

16851ème jour

Souvent les balinais...

Souvent les balinais abordent les touristes pour discuter. En général avec l'arrière-pensée de leur fourguer un article ou une excursion quelconque. Parfois aussi juste dans le but de discuter et de mieux connaitre l'etranger. Ceci arrive en particulier sur la plage de Kuta qui est le lieu de rencontre le plus aisé de toute l'île.
Cette année, lorsqu'ils m'accostent avec mes filles, la question qui revient le plus souvent est : "But where is the mother?"

16850ème jour

Retour à Bali

Pour ce quatrième sejour, je suis frappé par le faible nombre de touristes. Même les endroits les plus touristiques comme Kuta ou Sanur sont déserts. On peut se promener le long de la plage de Sanur et ne voir que des restaurants vides. Bien sûr la vie ici n'en est que plus agréable, mais l'impact économique des attentats de 2002 et 2004 doit terriblement se faire ressentir. Pour cette première journee, nous avons profité de la piscine, puis j'ai montré à mes filles quelques endroits que je rêvais depuis longtemps de leur faire découvrir: le bar du Bali Hyatt, le coucher de soleil sur la plage de Kuta et le petit resto Made's Warung où j'ai decouvert les sashimis il y a fort longtemps. On est épuisés en sortant du resto, on dort tous les trois dans le taxi qui nous ramène à l'hôtel et elles s'endorment comme des masses lorsque nous y arrivons.

16849ème jour

Bali via Singapour

Elles sont vraiment longues, ces douze heures de vol entre Paris et Singapour. Mais par la grâce des écrans videos individuels du 747, mes filles ne trouvent pas le temps trop long. Je regarde In the mood of love version mandarin sous-titré en anglais, on joue au Reversi, elles regardent le dernier Tim Burton, c'est à peine si elles dorment. On arrive à Singapour. Le temps est très couvert, nous avons deux heures à attendre le vol de Denpasar. On regarde les boutiques de l'immense aéroport, on comate devant un grand écran qui nous donne les dernières nouvelles du monde selon CNN. Puis c'est le départ pour Bali. Un 777 dans lequel nous retrouvons trois places quasi identiques, sur le flanc droit de l'appareil. Mes filles prennent un deuxième petit dejeuner, j'ai du mal à les inciter à dormir même en leur expliquant que la journée va vraiment être très longue. Les volcans de Java apparaissent, puis les côtes de Bali avec ses plages claires et ses toîts rouges. L'avion atterrit. Nous sommes accueillis par une immense bouffée d'air chaud.

16848ème jour

Le Don Giovanni d'Haneke

Sur les billets était marqué visibilité réduite, mais malgré mes trois heures d'attente, je n'avais rien pu trouver de mieux. J'étais ennuyé de cette visibilité réduite, surtout pour mes filles. J'avais raison. La meilleure place, pour assister à une représentation de ce Don Giovanni serait un billet avec indiqué aucune visibilité, tant ce que j'ai tenté de voir pendant trois heures était d'une laideur et d'un ennui absolus.
En revanche une distribution de grande classe avec un grand bravo à Peter Mattei qui est sans doute le Don Giovanni de ce début de siècle.

16847ème jour

Coïncidences

Discussion avec un des spectateurs du concert Penderecki que je ramène chez lui :
- Alors, comme ça tu vas déménager?
- Oui, dans quelques jours...
- Et tu vas dans quel quartier?
- Arts et Métiers...
- Ah, c'est sympa comme coin, j'y ai habité pendant cinq ans...
- Ah oui? Où ça?
- Je ne sais pas si tu connais, rue des Fontaines du Temple...
- Ah c'est amusant, c'est précisément dans cette rue que j'emménage...
- Moi j'habitais au numéro 5
- Non? Sérieux?? C'est là que je vais habiter...
- J'habitais au 2ème étage, en face de chez Monsieur et Madame B.
- ...
- Quoi?
- Ben c'est l'appartement de Monsieur et Madame B. que je reprends. J'ai rendez vous avec eux dans trois jours.
- ...

16846ème jour

Je n'aime toujours pas Penderecki

Ouverture du Festival Présences de Radio-France, cette année largement consacré au compositeur polonais Krzysztof Penderecki. J'avais écouté quelques unes de ses oeuvres dans les années 80, quand l'orchestre de Paris l'invitait régulièrement. Mon opininon n'a guère changé pour se Shostakovich sans talent : oeuvres sans idées directrices, orchestrations attendues, morosité sans force. Le public, nombreux pour ce concert gratuit, applaudit mollement.
Lors du cocktail qui suit, nous croisons la tignasse rousse d'Elisabeth Chojnacka à qui je confesse que son disque "le nouveau clavecin" m'a fait découvrir la musique contemporaine il y a plus de vingt ans et en particulier cette pièce sidérante de Ligeti Hungarian Rock. Elle a l'air satisfaite et m'invite à cenir à son prochain concert parisien Poulenc avec l'orchestre Colonne en octobre.

16845ème jour

Turlututu chapeau pointu

J'ai rendez-vous demain pour boire un verre près de Radio France avec mon prof d'anglais qui est désormais un ami et plus du tout un prof d'anglais. J'ai décidé de lui donner l'adresse de cette page. Comme celà, la prochaine fois que nous nous rencontrerons, il se décidera peut-être enfin à me dire turlututu chapeau pointu avec son très bel accent britannique.

16844ème jour

David

C'est en passant devant le salon de coiffure que l'idée d'y retourner m'a effleuré. La fille de l'accueil m'a aussitôt reconnu.
- Impossible! lui ai-je répondu, il y a trop longtemps que je ne suis venu.
Pourtant alors qu'elle me fait le shampoing, je lui demande depuis combien d'années elle travaille dans le salon.
- Quatorze ans! me répond-elle.
- Alors c'est possible, je venais chez vous il y a une douzaine d'années. C'est David qui s'occupait de moi.
Je vois soudain son visage changer. Je comprends aussitôt. La suite est presque inutile.
- Il avait quitté le salon, et je l'avais suivi. Puis il est tombé malade et je l'ai perdu de vue.
- Il n'est plus de ce monde...
, me répond-elle visiblement très émue.
janvier 2017
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