16506ème jour

Des nouvelles de la lada

J'ai eu beau modifier le numéro de téléphone de mon annonce, pas un appel. Je suppose que tous les acheteurs potentiels se disent : "Ah non! Celle-là, je ne rappelle pas, c'est le faux numéro".

16505ème jour

Mondialisation

J'ai omis de vous dire que j'ai dîné jeudi à Milan dans une Trattoria Giapponese qui répond au doux nom de Compagnia Generale dei Viaggiatori Naviganti e Sognatori. C'est à cette occasion que j'ai vérifié que la nouvelle loi italienne contre le tabac est particulièrement bien respectée : un énorme cendrier devant le restaurant. Pas un fumeur à l'intérieur. Il parait que c'est pareil en boîte.

16504ème jour

Choix

Les 28 et 29 mai prochains, Pierre Boulez dirigera les Wiener Philharmoniker au Musikverein de Vienne dans la Deuxième Symphonie de Mahler.
Les 28 et 29 mai prochains, Claudio Abbado dirigera les Berliner Philharmoniker à la Philharmonie de Berlin dans la Quatrième Symphonie de Mahler.
Je déteste choisir.
Pourtant il va bien falloir que je choisisse entre aller à Berlin en avion et faire l'aller retour Vienne en voiture dans la journée. Ou l'inverse.

16503ème jour

Suis-je sourd?

Depuis que j'ai acheté mon tamagochi, j'en suis à mon quatrième casque, aucun d'entre eux ne m'ayant satisfait. Le dernier est un Koss dont le son me convient presque mais qui a le terrible inconvénient de très mal isoler de l'extérieur. L'écoute au calme est agréable, mais en avion, on n'entend bien que les fortissimos. Hier après-midi, en revenant de Milan, un américain était assis à côté de moi avec un iPod et un énorme casque Bose qui ne pouvait décemment être là que pour écouter du classique. J'ai entamé la discussion avec lui et il m'a dit en être très satisfait, puis m'a proposé de l'essayer. J'ai aussitôt accepté. L'isolement de l'extérieur était parfait. En revanche, le niveau sonore était très insuffisant pour moi. Impossible d'entendre de façon satisfaisante les pianissimos. Je lui demande d'essayer à son tour. Et à mon grand étonnement il m'a dit que pour lui, c'était parfait. De deux choses l'une. Soit il a l'ouïe beaucoup plus sensible que la mienne. Soit je deviens sourd...

16502ème jour

Les turcs et les ritals

Les semaines se suivent et se ressemblent selon deux formules : Paris-Milan-Istanbul-Paris ou, comme c'est le cas cette semaine, Paris-Istanbul-Milan-Paris. Il y a maintenant deux semaines que je n'ai pas dormi chez moi. Je ne fais plus ma valise, je me contente d'enlever et de rajouter quelques affaires lors des brefs passages chez moi.
Je finalise deux contrats en parallèle, le turc et l'italien. L'ambiance de négociation est très différente : courtoise et rigoureuse à Istanbul mais extrêmement âpre dès qu'il s'agit d'argent. Totalement désorganisée à Madrid, très flexible avec parfois des coups de gueule invraisemblables entre italiens. Ils se mettent soudain à hurler et à vociférer et je suis le seul à en paraitre gêné. Dans ces cas là je tente de désamorcer les conflits par l'humour.
Dans le contrat italien, je rachète des matériels à mon client. Mon avocate se bat comme une malade pour que le cédant nous garantisse le bon fonctionnement du matériel vendu. A un moment d'engueulade violente, je comprends que mon client lui hurle en italien : "Et puis quoi? Je ne vais pas vous donner un an de garantie aussi!!!" Je le regarde en souriant et je lui dis "Non un anno, Pasquale, tre anno!" Il éclate de rire et me dit "tre anni!!!" Ce à quoi j'ai simplement répondu : "Tre anni! Va bene...""

16501ème jour

Vivre

Le verbe vivre n'est pas tellement bien vu, puisque les mots viveur et faire la vie sont péjoratifs. Si l'on veut être moral, il vaut mieux éviter tout ce qui est vif, car choisir la vie au lieu de se contenter de rester en vie n'est que débauche et gaspillage.
Georges Bataille (1897-1962)
prière d'insérer du Bleu du ciel.

16500ème jour

Le long de la mer de Marmara

Mon moment préféré lorsque j'arrive à Istanbul, c'est lorsque le taxi m'emmène de l'aéroport à l'hôtel. J'insiste toujours pour qu'il passe par l'itinéraire le long de la mer de Marmara, jusqu'au pont de Galata. Hier, le chauffeur avait eu la bonne idée de ne pas mettre la musique à fond. J'ai donc mis l'Ipod en route avec la commande shuffle. Et je suis tombé par hasard sur ça:
Et moi je te connais à peine, mais ce serait une veine qu'on s'en aille un peu comme eux
On pourrait se faire sans que ça gêne de la place pour deux
Mais si ça ne vaut pas la peine que j'y revienne
Il faut me le dire au fond des yeux,
Quel que soit le temps que ça prenne, quel que soit l'enjeu
Je veux être un homme heureux

16499ème jour

Où je comprends enfin pourquoi je ne reçois jamais d'appel pour la vente de la lada

La scène se déroule vendredi soir alors que nous commencions de parcourir l'autoroute de l'est.
Je compose sur mon téléphone #31# suivi de mon propre numéro de téléphone, à un chiffre près.
Moi : Bonjour Monsieur, pardonnez moi de vous déranger, je vous appelais pour vous présenter mes excuses. J'ai fait passer une annonce dans La centrale, et je me suis trompé de numéro de téléphone et en fait...
Lui, m'interrompant : Ah c'est vous qui vendez une lada?
Moi : Euuuh oui... en effet. Et euuh... vous avez eu beaucoup d'appels?
Lui : Pas mal, oui, surtout au début. J'en ai encore eu un hier d'ailleurs...
Moi : Je suis vraiment désolé...
Lui : Moi aussi, je ne l'ai pas vendue...
Moi : C'est dommage, je vous aurais volontiers donné une commission...
Rires...
Moi : Vous ne devriez plus recevoir d'appel, j'ai modifié l'annonce... Bonne soirée à vous.
Lui : Bonne soirée.

16498ème jour

Pèlerinage à Bayreuth

Je pars le matin avec Alban Berg et sa jolie collègue violoniste préférée. Le paysage de l'autoroute dans la neige est superbe. Nous écoutons et ré-écoutons la belle Romance à l'étoile de Tannhäuser, lorsque le crépuscule inspire à Wolfram une hymne à l'étoile du soir, qui à ses yeux, est le symbole de l'amour supraterrestre. Elle résonne encore dans nos oreilles lorsque nous arrivons devant le Festspielhaus que j'ai vu tant de fois en photographie.
Sur le côté du bâtiment, la billeterie est annoncée dans toutes les langues mais elle est surmontée d'un gros panneau GESCHLOSSEN. Un bon symbole de l'endroit devant lequel nous posons pour quelques photos souvenirs.
Dans le petit centre de Bayreuth une cabine téléphonique France Telecom se tient, incongrue. Nous envisageons d'écrire au maire de Bayreuth afin de réclamer la restitution de ce bien sans doute confisqué pendant l'occupation...
Nous faisons une pause déjeuner avant d'aller visiter la villa Wahnfied temple du culte wagnerien. Devant la villa, trône un buste de Louis II. Sur le fronton nous lisons l'explication du nom donné aux lieux : Ici, où mes illusions trouvèrent la paix - Wahnfried - ainsi je nomme cette maison.
Nous revenons à Schweinfurt car l'heure du second concert approche. Les bus qui emmènent les musiciens à la salle de concert partent pile à l'heure prévue, nous laissant Alban Berg et moi devant l'hôtel alors que nous attendions son amie violoniste. Plutôt qu'ils aillent à pied au Stadttheater, je leur propose de décapoter la lada de façon à ce que nous puissions tenir à trois avec le violoncelle. Ils acceptent en rigolant. Arrive un gros bonhomme essouflé qui a visiblement raté lui aussi le bus. Il veut absolument monter aussi, mais l'étui bleu, plus Alban Berg, plus lui, c'en est décidément trop pour la banquette arrière. Il redescend résigné. Je lui demande :
- Vous jouez de quel instrument?
- Ah non! Moi je suis le conducteur du troisième bus!

Nous partons tous les trois plus un, le visage fouetté par l'air glacé de Bavière.
On se dit au revoir devant le Théâtre.
J'ai un peu le coeur gros de repartir.
C'était bien.

16497ème jour

Schweinfurt

Comme il y a 730 kilomètres entre Paris et Schweinfurt, j'avais prévu cinq heures de route. Je n'avais en revanche pas prévu la neige qui tombait dru dès le passage de la frontière allemande. Au final, nous avons roulé à 70 ou 80 km/h sur toute la portion allemande du voyage. Une petite erreur près de Francfort en raison des bandes blanches de la chaussée recouvertes de neige. Une marche arrière sur l'autoroute avec les warning pour retrouver la bonne sortie. Un voyage qui aurait été un mauvais souvenir sans la grâce des deux B Bowie & Buckley. Un peu de mal à trouver l'hôtel caché de l'autre côté d'un petit canal. Arrivée vers 6 heures du matin, à l'aide d'un plan griffonné sur des cendriers de carton d'une station service par un prétendu chevalier de Malte.
Je m'endors en songeant que la journée a commencé 24 heures plus tôt à Istanbul.
Brève visite de Bamberg alors que Alban Berg est en pleine répétition du concert. Celui-ci démarre à l'heure allemande : 19h30. Une belle Ouverture du Freischutz dans une salle à l'acoustique très sèche. Le Triple concerto de Beethoven que j'entends pour la première fois en concert. Entracte. La symphonie de Franck dont l'interprétation très convaincante ne me réconcilie pas avec les thèmes répétés à l'infini dans chacun des mouvements.
Une soirée super agréable au bar de l'hôtel avec les musiciens de l'orchestre qui profitent d'une détente bien méritée.

16496ème jour

Al Bamberg I

L'idée est venue un peu par hasard lors d'une discussion avec Alban Berg. Il a un concert demain soir entre Bamberg et Nuremberg, aux fins-fonds de la Bavière. Comme il termine tard une audition ce soir, il a un peu de mal à rejoindre l'Allemagne dans des délais raisonnables.
Je suis encore a l'aéroport d'Istanbul, mais dans trois heures, on devrait mettre le cap vers l'est avec Madame Lavache, son nouvel époux et surtout la grande boîte bleue et son précieux contenu.
Paris, Metz, Sarrebrück, Mainz, Frankfurt, Schweinfurt. Chic, ils font sûrement de la saucisse de cochon là bas...

16495ème jour

Le soleil revient sur Istanbul

Retour à Istanbul hier, pour la première fois par le vol en provenance de Milan. A l'Aéroport Ataturk, je croise Rigobert Song qui doit comme moi passer beaucoup de temps dans les avions. Comme la dernière fois, il a une des jambes de son pantalon à l'extérieur de la botte et l'autre négligemment à l'intérieur. L'avion a une heure de retard en raison d'une grève surprise à Malpensa et je dois donc enchaîner en direct deux rendez-vous client.
Ce matin le soleil est de retour. La ville retrouve son allure printanière. Je me reprends à rêver de tous les week-ends possibles dans les environs proches et lointains. Trabzon, petite ville des bords de la Mer Noire dont le nom antique de Trébisonde fait rêver. La Capadoce et ses paysages lunaires. Ephèse, la ville d'Artémis. Et la petite île grecque de Symi, coincée entre Rhodes et la Turquie, où je rêve d'aller depuis que j'en ai lu les descriptions de Jean d'Ormesson et depuis que je sais que Symi signifie joie en hébreu.

16494ème jour

16384

Il y a une centaine de jours, j'ai vécu mon 16384ème jour. Sans même le remarquer. C'était pourtant une puissance parfaite de 2. La première depuis très longtemps. Et sans doute probablement la dernière de ma vie...

16493ème jour

La Sixième de Chung

Je suis dans la Galerie, place numéro quinze. Comme j'arrive parmi les derniers spectateurs et qu'on ne peut voir les numéros des sièges occupés, je suis embarrassé pour trouver ma place. Je profite de l'occasion pour demander de l'aide à l'un des ouvreurs dont le costume noir à chaîne d'argent est particulièrement agréable à regarder. Il m'accompagne, a l'air surpris car toutes les chaises du secteur sont occupées. Il me laisse, le temps sans doute d'aller regarder le plan de salle, revient et vire une mamie vison qui avait occupé ma place le plus tranquillement du monde. Je suis cerné par les mamies visons en fait. J'en ai quatre à gauche, trois à droite et cinq derrière...
La première impression de la salle, c'est bien sur sa beauté, sa perfection, sa taille aussi, impressionnante comparée à d'autres opéras. Ce qui est étrange aussi, c'est l'absence de balcon ou d'amphithéâtre. Les parois de la salle sont recouvertes de loges sur quatre étages, 146 loges au total.
Il est difficile d'associer la Sixième avec une autre oeuvre et elle est le plus souvent jouée en tant que seul programme. Le meilleur choix était sans doute celui de Haitink il y a quelques années, qui l'avait dirigée après les Quatre derniers Lieder de Strauss. Le choix de ce soir est risqué : le Concerto pour hautbois du même Richard Strauss. On a du mal à imaginer que ce concerto ait été composé quarante ans après la Symphonie, tant l'oeuvre est banale, terne, passéiste et meme ennuyeuse. L'oeuvre inutile par essence dont on a du mal à imaginer que le compositeur de Salomé ait pu la commettre.
J'ai une certaine appréhension de réentendre Chung dans Mahler, tant j'avais été déçu par sa Deuxième Symphonie, il y a quelques mois à Paris.
L'Allegro démarre dans la furie de sa marche funèbre. On a évidemment affaire à un orchestre de grande classe. Le son est riche, parfois gras et puissant, précis et délicat quand il le faut. Le grand thème ascendant d'Alma s'élève avant d'être broyé par le rythme de marche. L'ensemble est très cohérent. J'aimerais juste que le tout soit plus implacable, plus noir.
Chung choisit à juste titre le Scherzo en deuxième mouvement. Et nous voici repartis pour vingt minutes de noirceur tragique où les marches funèbres sont entrecoupées de danses enfantines malsaines. Puis c'est l'entracte de l'Andante, l'un des plus beaux mouvements lents de l'oeuvre de Mahler. Je pense à mes filles qui me disent malicieusement chaque fois qu'elles l'entendent : "Papa, il a copié sur la Musique du Petit Dinosaure!"
Le Finale est le mouvement le plus long et le plus terrible de toutes les Symphonies, la mise à mort du héros, en musique et en trois étapes, tout est fait pour mettre l'auditeur mal à l'aise. Le tout se termine dans un choral terrible des trombones et du tuba, repris par les contrebasses, puis les violoncelles, avant le cataclysme final.
A défaut de la plus mahlerienne des Sixième, une grande soirée gravée pour toujours dans ma mémoire.

16492ème jour

Où la Saint Ambroise tombe parfois le jour de la Saint Valentin

Avant de m'envoler pour Milan ce lundi, j'avais appelé la Scala pour savoir s'il était possible d'avoir une place pour le concert symphonique annoncé pour le jour même. Je ne savais rien du programme, juste que Myung Whun Chung le dirigeait. Réponse simple : tout est complet, aucune place de dernière minute ne sera vendue.
J'atterris à Malpensa, par une belle après-midi ensoleillée, je pose mon bagage dans un hôtel miteux près de la Porta Vittoria et je vais tranquillement à pied chez notre avocat afin de préparer la réunion client planifiée le lendemain. Vers sept heures, je commence à m'impatienter. J'arrive à me libérer quinze minutes plus tard. Je file à pied à la Scala, juste a due passi par l'avenue Manzoni.
Il y a déjà beaucoup d'animation, des carabinieri devant chaque entrée. Un panneau annonce le programme : Concerto pour hautbois de Richard Strauss, Sixième Symphonie de Gustav Mahler. Je ne m'étonne même pas, tant les coïncidences pleuvent sur moi depuis trois semaines. Personne ne semble vendre de ticket. Personne ne semble non plus désireux d'en acheter. Je griffonne sur un papier "SEARCH I TICKET" et je le montre négligemment aux mamies vison qui s'engouffrent par troupeaux dans les lieux.
Un mec s'approche de moi. Il me dit qu'il a une place de première catégorie à vendre. Il me la montre discrètement comme s'il s'agissait de 500 grammes d'héroïne. Je lui demande le prix. "200 euros!" répond-il. Je rigole. Un deuxième vendeur approche. Le prix est plus raisonnable, 120 euros, mais pour une place à l'origine à 12 euros. Je re-rigole, un peu jaune, car l'heure du début du concert approche.
A huit heures moins cinq, les prix ont tendance à curieusement s'écraser. Un nouveau venu me propose pour 50 euros une place intialement à vingt. Je me dis que c'est le prix du rêve. Je lui donne trois billets et je pénètre enfin dans le saint des saints...

16491ème jour

Un cadeau

C'était le début de la nuit. Déjà même le début du lendemain. Et dans le silence de cette heure, alors que la ville était endormie, j'ai reçu l'un des beaux cadeaux de ma vie. Celui qui en est responsable n'a sans doute pas imaginé la joie qu'il me donnait en m'offrant généreusement Bach, Dvořák, Kodály, et quelques traits de Beethoven, Wagner et Mahler.
Rien que pour moi.
Merci.
Et une bonne nouvelle : on arrive incroyablement à caser un violoncelle sur l'étroite banquette arrière de la new lada.

16490ème jour

Obsession

J'ai acheté hier ma centième version de la Première Symphonie de Mahler. Au delà de la folie qui émane d'une telle attitude obsessionnelle, cette nouvelle version a une particularité. Elle a été enregistrée lors d'un concert public le 7 mars 1981 dans ma salle chérie du Concertgebouw à Amsterdam. Après le concert, le chef d'orchestre, Kirill Kondrashin, est rentré à son hôtel où il est mort terrassé par une crise cardiaque.

16489ème jour

14

Ma petite chérie,

Il y a aujourd'hui quatorze ans, alors que la nuit n'était pas encore finie, j'emmenais ta maman dans notre petite Renault 5 noire. La neige tombait et l'asphalte des rues parisiennes était recouvert d'un manteau blanc. Nous nous tenions la main en roulant, dans un mélange de bonheur et d'appréhension de la journée qui s'annonçait.
Quelques heures plus tard, nous entendions ton premier cri, nous apercevions ta petite bouille et tes cheveux noirs. Je me souviens de ce que j'ai ressenti au moment où, pour la première fois, je t'ai tenue dans mes bras, où j'ai senti que désormais toute ma vie, je serais responsable de toi, que je sacrifierais tout pour ton bonheur.
Quatorze années plus tard, je voudrais te dire combien je suis heureux d'être ton papa, combien j'en suis fier aussi, combien j'ai hâte à la perspective des moments de bonheur que nous vivrons ensemble dans les années à venir.
Je te souhaite un bel anniversaire.
Ton papa qui t'aime.

16488ème jour

Alla turca

Il y a quelques années, j'avais entendu à la radio une mélodie que je connaissais parfaitement, mais dont j'étais incapable de retrouver le nom. C'était une mélodie orchestrale dont j'étais persuadé qu'il s'agissait d'une transcription, mais laquelle? J'ai noté cette mélodie dans un coin de ma mémoire sans parvenir à trouver la solution pendant deux ou trois ans.
Un jour que j'étais au Virgin Megastore, je mets un casque, je démarre un disque en écoute, une musique pour piano démarre. C'était ça. A ma grande honte, il s'agissait d'une pièce très connue du répertoire, le premier mouvement de la sonate alla turca de Mozart, celle qui se termine par la fameuse marche turque.
Et ici, à Istanbul, j'ai appris que l'expression alla turca existe. Elle désigne quelque chose de typiquement turc, mais de totalement démodé.

16487ème jour

Les crampons de Madame Dailloux

Il a neigé toute la nuit. Ce matin, la vue de la fenêtre de l'hôtel était impressionnante : cinq courts de tennis recouverts d'une couche blanche inviolée. Sur le sixième totalement envahi de traces de pas, trônait fièrement un bonhomme de neige. Je quitte l'hôtel en faisant attention. Les trottoirs sont impratiquables. Il faut marcher dans les traces des voitures, particulièrement glissantes. Les rues conduisant à notre bureau sont extrêmement pentues, de l'ordre de 40%. Je pense à ma maîtresse de 7ème, Madame Dailloux, que nous avions affublé du surnom de Mère'Daille. Elle nous vantait les mérites de ses crampons qui lui permettaient de passer les hivers rigoureux de l'Auvergne sans risque de chute. Ca nous faisait bien rigoler. Mais ce matin, en faisant des pas de vieillard, pas très fier de mes chaussures Paul Smith aux semelles lisses, je pensais à elle affectueusement.
Il a continué de neiger toute la journée. Au moins cinquante centimètres de neige partout. La ville est belle et le son des muezzins est plus assourdi. Je reste surpris de l'activité qui se poursuit presque normalement. La circulation est lente, mais relativement fluide. A Paris, rien ne fonctionnerait depuis vingt quatre heures.

16486ème jour

Istanbul la blanche

Je reprends mon bus habituel pour Istanbul. Arrivé à Orly, on me dit que je ne suis pas inscrit sur le vol. Mon agence s'est en fait trompée de jour et a réservé pour le lendemain. Classique, quand on décide de ses voyages au dernier moment, sans agenda sous les yeux et entre deux rendez-vous clients. Après un passage au comptoir Turkish Airlines, tout est réglé et je peux enfin enregistrer. L'avion est même annoncé à l'heure, mais en vieux routier des aéroports et connaissant la situation climatique à Istanbul, je n'y crois guère.
Nous partons finalement avec plus d'une heure de retard pour un vol calme. La Bulgarie est blanche. Les bords de la Mer Noire sont blancs. Et nous atterrissons en douceur dans l'immensité blanche qui entoure la piste noire. Le taksi jaune va à fond la caisse le long de la Mer de Marmara et j'ai un moment de bonheur depuis le Pont de Galata en découvrant tous les dômes et minarets des mosquées recouverts de neige.

16485ème jour

Antifraude

Cet après midi, je me rends avec un collègue près de la machine à café. Malheureusement, sa face avant est grande ouverte et un technicien est en train de la remplir de poudre de mauvais café. Je lui demande : "Vous en avez pour longtemps?" Il me répond : "Ah cette fois oui, faut que je change le programme pour les pièces de deux euros..." Moi : "Ah bon?"

16484ème jour

Alexandre

Lorsque j'avais huit ou dix ans, je lisais régulièrement une collection pour enfants qui s'appelait Contes et Légendes. Il s'agissait de contes des provinces de France ou de légendes plus ou moins historiques. L'un des volumes m'avait particulièrement passionné : celui consacré à Alexandre le Grand. J'avais beau être enfant, je passais une partie de mes nuits à suivre ses traces de Macédoine jusqu'en Inde. J'avais ensuite tanné père pour qu'il m'achète un livre plus épais sur mon nouveau héros. J'avais eu un droit à un gros bouquin jaune, mon premier livre sans image, dont je n'ai jamais réussi à venir à bout.
Depuis quelques semaines, je me suis replongé dans la légende en lisant l'ouvrage de Mary Renault consacrée à Alexandre. J'avais été tenté par ce livre en lisant que, bien que romancé, il était de la même veine que les Mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar. La comparaison est un peu excessive. Mais les 2500 pages magnifiquement documentées se lisent très vite. Elles m'ont occupé ces dernières semaines d'avion en hôtel et d'aéroport en taxi. J'ai maintenant envie de m'attaquer aux textes originaux, Plutarque ou Quinte-Curce.

16483ème jour

Haddock

En regardant une carte de Turquie, j'aperçois une petite ville qui s'appelle Bachibuyuk. Renseignement pris, Bachibuyuk signifie grosse tête en turc. Et j'ai également appris que Bachibuzuk signifiait tête débile...

16482ème jour

Vu du ciel

Retour splendide. Les avions d'Air France rallient Paris par la Bulgarie, la Serbie et la Suisse. Ceux de Turkish Airlines passent par une route beaucoup plus au sud. Nous longeons assez longuement les côtes de Croatie. Je reconnais l'île de Krk, dont la forme et le nom m'ont souvent fait rêver lorsque j'étais enfant. J'aperçois très clairement Trieste au fond de son golfe et je pense à Stefano qui doit être là, quelque part... Venise devait être visible de l'autre côté de l'appareil malheureusement. Puis ce sont les Dolomites aux cîmes tourmentées, les Alpes recouvertes de neige, quelques lacs suisses et enfin les paysages français caressés par les rayons du soleil couchant.

16481ème jour

Le club le plus chic d'Istanbul

Dîner ce soir sur la côte asiatique avec un collègue et un client. Lorsque j'annonce au chauffeur de taxi Buyuk Kulub le club d'orient, je sens un regard d'envie dans ses yeux. C'est l'endroit prestigieux par excellence d'Istanbul, là où se traitent les affaires, où il est difficile d'entrer. Le taxi m'emmène au ralenti sur le premier pont suspendu où la circulation est intense de jour comme de nuit. Nous arrivons à Kadikoy, le quartier chic de la côte asiatique, puis Caddebostan, en bord de la mer de Marmara.
Je rentre dans la salle de restaurant, horriblement bruyante. La décoration est moderne, plutôt banale, la clientèle âgée. Sur une petite scène, trois musiciens et deux chanteurs se relaient en braillant le répertoire international, de My way à Yesterday. Ambiance Karaoké garantie. Au cours de la soirée, trois tables se verront apporter un gâteau d'anniversaire au son de Happy birhday to you. J'ai du mal à aborder le sujet important avec mon client. On y arrive à l'occasion d'une pause entre chansons.
A la fin du dîner, mon client me demande s'il peut m'appeler par mon prénom. Les turcs ont pour habitude au travail de s'appeler par leur prénom, mais en rajoutant bey (monsieur) à la fin. Hakan, se fera par exemple appeler Hakanbey. Le fait de ne pas utiliser le bey est un signe de sympathie.
Nous sortons. Dans le parc, un petit chaton gris vient se frotter à mes jambes. Je me penche. Il saute dans mes bras. Le gardien me dit que je peux l'emporter si je le souhaite. J'hésite un bref instant. Je me fais la réflexion détestée "ça ne serait pas raisonnable".
Sur le trajet du retour, je reçois un SMS d'Alban Berg me proposant de nous revoir demain. Ca me fait vraiment plaisir.

16480ème jour

Istanbul forever

Quinzième voyage à Istanbul qui est sans doute pour moi maintenant la ville hors de France où je suis le plus souvent allé, celle où j'ai le plus longtemps séjourné. Cette nouvelle visite n'est pas des plus agréables. Il fait froid, il pleut souvent. Je vis dans le stress d'une affaire importante dont la conclusion tarde à se faire annoncer, tant ses décideurs manient le temps avec vice. Je reçois de nombreux candidats à l'embauche et je visite dans des banlieues sinistres des bâtiments délabrés pour que notre nouvelle usine y soit prochainement implantée.
Il reste toutefois la magie de la vue sur le Bosphore au petit déjeuner...

16479ème jour

Uro II

Il y a quelques années à Berlin, je m'étais fait entrainer dans une boîte de nuit un peu spéciale. Dans les sous-sol, il y avait un gros bonhomme, nu dans une baignoire vide, qui attendait qu'un client attentionné vienne lui pisser dessus. J'étais reparti assez rapidement et plutot dégoûté. Mais finalement, oserai-je l'avouer, j'ai toujours eu le regret de ne pas l'avoir fait. Sans doute pour avoir dans un recoin de ma mémoire un souvenir aussi incroyable que pitoyable.
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