18911ème jour

Du temps qu’on existait

Après une nuit dans un hôtel boutique près de Taksim et après une réunion chez un client à Levent, une fois n’est pas coutume, j’ai réussi à avancer mon retour vers Paris du soir vers le tout début de l’après midi. Dans l’avion et pour la première fois en quatre jours, X-Men n’est pas diffusé mais jamais mes yeux ne se tournent vers les écrans où passe Arthur, un film ridicule avec Russel Brand. Je préfère me concentrer sur mon livre du moment, Du temps qu’on existait de Marien Defalvard, un jeune homme de dix-neuf ans que j’ai découvert à la télévision vendredi dernier et qui, comme l’indique la quatrième de couverture de son dernier roman, pourrait bien avoir mille ans. Sa découverte de l’amour, telle qu’il l’a décrit page 45, est bouleversante. Un peu comme pour la dégustation d’un mets rare, en savourant chaque bouchée, il faut prendre son temps pour lire un tel livre, déguster chaque phrase, peut être même le lire à haute voix tant la musique des mots est douce. Je pense n’avoir éprouvé un tel plaisir des mots qu’à la lecture de Marguerite Yourcenar, il y a fort longtemps. Mais si la construction est belle, on rencontre aussi souvent des traits d’humour :
Il n’y avait pas encore ces barrières successives qui enserrent la ville, qui trône au milieu d’horreurs sans nom, qui trônent (page 43), ou bien Durant ce mois de juillet là, cela faisait longtemps que nous avions pris conscience de la décrépitude de la maison, du déclin du village, de la fin des haricots. (page 58) et parfois des merveilles, comme J’aurais aimé mourir comme le soir le ciel. (page 84). Il y a aussi de nombreuses connexions et par exemple cette phrase qui se reconnaît imitatrice de Rousseau : Je suis en moi même comme en une personne étrangère d'où je serais tombé de celle que j'habitais (page 151). Et plus bizarrement la citation d'une pièce de Guitry, Deux bureaux (et non Debureau) faute dont je ne puis imaginer qu'elle soit volontaire(page 184).
A peine ai-je eu le temps de passer chez moi prendre une douche que je repars rejoindre Thomas, un garçon qui habite près de la place d’Italie. Je ne sais si vous êtes mieux renseigné que moi, mais jusqu’à ce soir, tout en connaissant parfaitement le nom de la butte aux cailles, j’ignorais totalement où elle se trouvait. J’aurais sans doute opté pour le dix-neuvième ou le vingtième arrondissement alors que la butte aux cailles se trouve à deux pas de la place d’Italie. C’est un quartier devenu gentiment bobo, avec ses petites immeubles aux allures du quinzième et ses restaurants aux terrasses bondées, tant il fait chaud à Paris en cette dernière soirée de septembre. J’ai donc dîné au numéro 58 de la rue des cinq diamants, dans un restaurant italien très sympathique, face aux grands yeux bleus de Thomas, à son mètre quatre vingt dix et à ses cheveux blonds un peu longs. Thomas est attaché de presse dans l’édition, il lit donc beaucoup et sait plein de choses. Il avait un anniversaire en seconde partie de soirée et je l’y ai déposé avant de rentrer chez moi pour une nuit bien méritée.

18910ème jour

Milan Istanbul

Le vol de fin de matinée pour Istanbul avec Turkish Airlines qui diffuse sur les écrans de bord X-Men, le seul film que j’aie vu avec Antoine, film bien médiocre et à l’image de la médiocrité de ce que fut notre relation et auquel je porte un regard distrait pour la troisième fois en trois jours.
A mon arrivée, je prends un taxi jaune qui, pour la modique somme de 120 Livres Turques , me conduit en direction de la Grèce à Silivri pour une réunion de travail.
Le soir, dîner au Sans, où j’ai retrouvé ma très chère Ayva tatlisi et Yakup, le perroquet des lieux, toujours aussi beau et très en voix ce soir (je sais son nom car je suis ami facebook du Sans et qu’ils m’ont très aimablement fourni cette information importante). Si vous avez un moment, n'hésitez pas à écouter le tango turc que l'on entend sur la page web du Sans.

18909ème jour

Istanbul Milan

Vers sept heures, à l’aéroport Ataturk, alors que je rentre dans le bus qui nous emmène à l’avion, je découvre qu’un collègue est là et qu'il s’apprête à prendre lui aussi le premier vol du matin pour Milan avec Turkish Airlines. Comme la veille, est diffusé sur les écrans de bord X-Men, le seul film que j’aie vu avec Antoine, film bien médiocre et à l’image de la médiocrité de ce que fut notre relation et auquel je porte un regard distrait pour la deuxième fois en deux jours. A Milan, c’est encore l’été et j’aimerais beaucoup juste aller me promener.
Le 18 avril 2002, un petit avion de tourisme s’est encastré dans la plus haute tour Milan, la tour Pirelli qui fur longtemps le siège de la firme de pneumatiques et qui était à l’époque celui de la région Lombardie. En raison de l’heure tardive de l’événement, seulement deux personnes furent tuées dans la tour, ainsi bien sûr que le pilote. Six mois après le onze septembre, la presse a immédiatement pensé à une réplique milanaise, même si la taille de l’avion et l'heure choisie laissait place au doute. L’enquête a pu démontrer que la tour de contrôle de l’aéroport de Linate a détourné l’avion vers un petit aérodrome d’affaires et que le pilote, à cours de carburant a décidé de passer au dessus du centre ville. Comble de malchance, il avait de plus un problème au train d’atterrissage qui refusait de sortir. Le pilote a semble-t-il alors choisi de tenter de réparer, abandonnant son poste, alors que l’avion fonçait vers le 23eme étage de la tour.
J’ai pensé à cet événement aujourd’hui, alors que je passais tout mon après midi et ma soirée au dernier étage de cette même tour joliment restaurée. J'ai aussi apris que gratte-ciel se disait grattacielo, ce que je trouve charmant.

18908ème jour

Paris Istanbul

Le premier vol du matin pour Istanbul avec Turkish Airlines qui diffuse sur les écrans de bord X-Men, le seul film que j’aie vu avec Antoine, film bien médiocre et à l’image de la médiocrité de ce que fut notre relation et auquel je porte un regard distrait. A Istanbul où il fait un beau soleil de fin d’été, je constate que la ville continue d’étendre vers l’extérieur ses tentacules de tours toujours nouvelles. Comme j’ai de nouveau un vol très matinal le lendemain, j’ai choisi de loger au Novotel près de l’aéroport Ataturk. Ma chambre a vue sur la mer de Marmara, avec ses tankers, posés comme des jouets, et qui attendent sagement l’autorisation de traverser le Bosphore.
Après une après-midi de réunions à Levent, je dîne avec un client devenu ami dans un restaurant de Kanyon, un centre commercial de luxe tout proche. L’endroit s’appelle Konyali et a un charme ancien malgré la décoration moderne. Leur dessert spécialité est un baklava aux oranges que, parait-il, on ne peut déguster que chez eux. Je vous le recommande.

18907ème jour

Carlo Maria Giulini

Toute la matinée, je traine chez moi, sortant juste pour un café et un croissant en bas de chez moi. Les clients commentent le résultat des sénatoriales de la veille sur le ton « C’est bien fait pour Sarkozy ». Je passe l’après midi avec des clients dans un joli salon d’un grand hôtel parisien avec des clients très internationaux.
Avant de rentrer chez moi, je passe au Virgin acheter les deux coffrets récemment publiés par Deutsche Grammophon des enregistrements de Carlo Maria Giulini avec l’orchestre de Chicago et celui de Los Angeles. Le vendeur, qui ne connaît même pas Giulini, me fait épeler le nom (Ca commence par un J ?). Chacun des onze disques correspond au souvenir précis d’un 33 tours acheté religieusement lorsque j’avais une vingtaine d’années. Pour chaque disque, je me souviens de la pochette originale, hélas non reproduite dans les coffrets. Rentré chez moi je mets de côté les CD équivalents afin de les revendre (j’ai un peu honte, mais tout ceci est motivé essentiellement par un gain de place, ici une dizaine de centimètres d’étagères). Soudain, j’ouvre le CD de la Deuxième de Brahms et je réalise que j’ai failli une nouvelle fois revendre un autographe. Je me souviens fort bien du Maestro Giulini, dans sa loge de Pleyel, après une Deuxième de Brahms, justement, à la tête de l’orchestre de Paris. Pour les admirateurs, il restait assis pour signer son disque. Pour les dames, il se levait et pratiquait un baise-main.

18906ème jour

Jonathan

Vers 13h30, après un déjeuner avec mes filles au café di Roma, je retrouve Jonathan gare de Lyon. C’est un garçon étrange qui rentre d’Inde et s’apprête à ouvrir sa propre société de bijoux qu’il fera fabriquer à Jaipur et vendra sur Internet. Nous nous promenons dans le Marais, prenons un coca à Saint Paul et nous quittons. Nous ne nous reverrons sans doute pas.

18905ème jour

Au bal d’Obaldia

Après avoir passé une partie de la journée à chercher ma carte American Express que je croyais égarée, je rejoins ma fille aînée en fin d’après midi pour nous rendre au second des spectacles du Festival Obaldia du théâtre du Ranelagh. Il s’agit cette fois-ci de larges extraits de l’œuvre de Obaldia et surtout des Innocentines, mis en scène par Sylvie Tesson et joués par Brock, un comédien étonnant plein d’une énergie débordante. La salle est clairsemée et pas toute jeune. Il faut en effet une certaine motivation pour aller voir à 19 heures, par un samedi ensoleillé au fond du XVIème arrondissement un one man show Obaldia. Ma fille et moi en sommes sortis ravis.

18904ème jour

Fabuleuses Fables

Retour aux Fables de la Fontaine et pour la première fois avec un client. La table est toujours aussi bonne mais le restaurant a significativement relevé ses prix. Je ne puis m’empêcher de penser aux personnes avec qui je me suis rendu en cet endroit : Gaëtan, mes filles en ordre dispersé, G., la bonne fée et bien sûr Antoine lors de notre première rencontre.
Soirée avec ma plus jeune fille qui semble enfin se mettre à travailler et à qui son professeur de français a demandé de lire L’ombre du vent en un week-end. Alors qu’elle lit, je mets à jour ma page sérieuse. L’année Mahler a vu un nombre invraisemblable de nouveaux enregistrements qui sortent tous en ce moment.

18903ème jour

Munich Munich Paris

Les trains allemands sont particulièrement agréables à utiliser. Propres, fiables, à l’heure et avec un système d’information aux voyageurs particulièrement clair. C’est donc très facilement que j’ai rejoint l’aéroport ce matin, en beaucoup moins de temps que ma collègue qui a préféré un taxi.
Après quarante minutes du vol Lufthansa de 10h40 à destination de Paris, le commandant de bord nous annonce qu’il y a un problème technique sur l’avion et que nous devons rentrer à Munich. Arrivés à l’aéroport Franz-Josef-Strauss, quelques privilégiés HON Circle Lufthansa sont pris en charge directement sur la piste par des grosses berlines Mercedes et sans doute immédiatement emmenés sur le vol Air France de 12h55. Le troupeau des autres passagers attendra deux heures que Lufthansa trouve un autre avion et j’arriverai à Paris un peu après quinze heures, soit avec trois heures de retard.

18902ème jour

Paris Munich

Je pars en milieu de matinée pour Munich et je prends le train pour la Hauptbahnhof, en ayant le bonheur de pointer pour la deuxième fois sur facebook à proximité d'un ZOB (Zentral Omnibus Bahnhof).
C’est la première fois que je me rends à Munich en plein Oktoberfest et à ma grande surprise, la plupart des passants sont en costume local, Dirndl pour les femmes, culotte de cuir et chemise à carreau pour les hommes. Le spectacle est vraiment réjouissant et me donne envie de revenir pour en profiter plus calmement. Un rapide déjeuner Würstel-Bretzel-Bier au Augustinerkeller qui deviendra sans doute ma cantine pour la Huitième munichoise d’octobre, une visite au Saturn de la gare et je repars en taxi pour un bled de banlieue au nom terrible: Unterschleißheim
Longue réunion et dîner avec des clients. ALors que nous vhoisissons les plats, je fais remarquer à mon client bavarois une erreur sur le menu puisqu’il est marqué Bayrische Spezialitäten et non Bayerische mais à ma grande surprise, mon client me dit que c’est imprimé correctement. Google me donnera aisément raison et ce sera à son tour d'être surpris.

18901ème jour

Vitré Paris

Journée à Vitré. Je dépose mon client à l’aéroport de Rennes où sa valise vient d’arriver, juste à temps pour qu’il la remporte à Amsterdam. Je rentre le soir en voiture à Paris en ayant l’imprudence coupable de faire du grindr tout en conduisant.

18900ème jour

La duchesse Anne

Je pars en milieu de matinée pour Rennes où je récupère un client en provenance d’Amsterdam, et dont la valise a été égarée par Air France. Comme il vient souvent en Bretagne sans jamais prendre le temps de ne rien visiter, je l’emmène au Mont Saint-Michel. En ce mois de septembre un peu pluvieux, il y a peu de touristes et il est fort agréable de grimper jusqu’à l’abbaye. En fin d’après midi, nous partons pour Saint Malo dont je lui montre les remparts et la vue sur le grand Bé. Puis nous dînons dans mon restaurant préféré de la région, la Duchesse Anne. Prendre un repas dans cet endroit, c’est faire un voyage dans le temps. Rien n’a du vraiment changer depuis cinquante ans, dans ce local construit au sein même des remparts de la ville. La salle est immuable, j’ai toujours une émotion à emprunter le petit escalier aux marches en bois ajouré qui mène aux toilettes et l’émerveillement se trouve aussi dans les assiettes, surtout si l’on commande le homard Duchesse Anne, parfaitement grillé, avant de finir par la tarte Tatin de la maison avec, j’ai fait une pause dans mon régime, une bonne cuillérée de crème fraiche.

18899ème jour

La Cinquième Symphonie par l’orchestre Philharmonique d’Israel et Zubin Mehta

C’est un petit bois de bouleaux et d’herbes sauvages en plein milieu de la ville à l’angle de la Kurfürterstraße et de la Kielganstraße, à deux pas du café Einstein. En l’apercevant fin mai, Antoine avait décrété que ce serait un endroit parfait pour jouer du Marivaux. J’y imaginerais pour ma part plus volontiers un Tchékov mais, peu importe, chaque fois que le verrai, il restera associé dans mon souvenir à Antoine. J’ai repris avec plaisir une Rindsuppe et une Wienerschnitzel (klein), je suis rentré à pied à mon hôtel de la Friedrichstraße et j’ai pris un taxi pour Tegel.
Arrivé à Paris, j’ai juste eu le temps d’une brève escale chez moi avant de me rendre à Pleyel pour le concert français de la tournée de l’orchestre Philharmonique d’Israel sous la direction de son chef à vie Zubin Mehta. Comme je l’ai fait remarquer pendant l’entracte à Paris Broadway, l’âge aidant, si l’on faisait un mélange de Leonard Bernstein et Zubin Mehta, en prenant soin de ne pas se tromper et en prenant la tignasse et la bouche chez Bernstein et le nez et la silhouette chez Mehta, on pourrait facilement se retrouver face à... Dominique Strauss Kahn.
En première partie, on pouvait entendre ce soir le Premier Concerto pour violon de Bruch, celui que son compositeur avait fini par détester, tant sa célébrité faisait de l’ombre au reste de son œuvre. Vadim Repin, que je n’avais pas entendu depuis son Prokofiev de 2009 interprète l’œuvre de façon particulièrement sensible et délicate, dévoilant des beautés cachées dans les deux premiers mouvements. On aurait juste aimé qu’il se lâche un peu plus dans le Finale qui, comme celui du Concerto de Brahms, ne fonctionne vraiment que s’il est déchaîné. Zubin Mehta donne ensuite juste le départ des cordes, pour un long accompagnement répétitif des pizzicati. C’est un bis virtuose et grand public que nous offre Vadim Repin , une œuvre que je ne connaissais absolument pas et dont le site de Pleyel m’apprend qu’il s’agissait du Carnaval de Venise de Paganini.
La deuxième partie était consacrée à une vieille amie de Zubin Mehta, la Cinquième Symphonie de Gustav Mahler. Elle était ce soir fort bien structurée, dirigée avec un vrai sens mahlerien, et jouée par un orchestre pas irréprochable, mais peut on être totalement satisfait lorsque l’on a entendu la veille les Berliner Philharmoniker et précisément dans du Mahler ? Il est visible que l’orchestre éprouve un certain régal pour cette musique et j’ai souri de voir quelques kippas sur les têtes des musiciens, sans parler du joueur de triangle qui avait la tête d’un véritable patriarche de l’ancien testament.

18898ème jour

La Huitième Symphonie par les Berliner Philharmoniker et Simon Rattle

Je suis arrivé vers dix heures à mon hôtel de la Friedrichstraße et, après y avoir laissé ma valise, je suis parti en métro jusqu’à cet autre hôtel où j’avais passé quelques jours début juillet. J’y avais oublié une chemise blanche et depuis, j’avais téléphoné et envoyé un e-mail mais sans jamais parvenir à savoir si elle avait été retrouvée. A ma grande surprise, la personne de la réception me confirme immédiatement que ma chemise blanche est bien là et je repars avec. J’ai toujours une tendresse spéciale pour les objets qui m’ont attendu des semaines ou des mois sans un hôtel lointain, et cette chemise achetée à Schiphol créera en moi un sentiment particulier lorsque je la porterai. Je déjeune d'un Sylter Frühstuck (café et petites crevettes) au café Einstein, je fais un tour chez Düssmann (trois nouvelles interprétations mahleriennes) et je rentre me reposer une heure à l’hôtel.
Je me suis rendu un peu à l’avance à la Philharmonie, afin de vendre la place que j’avais achetée pour Antoine. Malgré son prix élevé, elle trouve très vite preneur, un abonné dont l’épouse est venue avec une amie, et qui avait donc besoin d’une place supplémentaire.
La scène de la Philharmonie est pleine à craquer avec bien sûr les Philharmoniker au grand complet (et même le mandoliniste entendu à Cologne), les chœurs de la radio de Berlin, et ceux de la radio de Leipzig (déjà entendus dans la même œuvre en mai). Comme il n’y a plus de place sur scène, certaines choristes se tiennent dans les escaliers latéraux, et les deux chœurs d’enfants sont totalement sur les côtés, près des sorties latérales. Il y a environ cinq cents exécutants, ce qui est largement suffisant pour remplir la Philharmonie.
Alors que les Deuxième, Troisième et Huitième Symphonies de Mahler constituent presque toujours le programme entier d’un concert, Simon Rattle a une fois de plus choisi d’ajouter une introduction. Il s’agit cette fois ci de deux chœurs a capella: Crucifixus, d'Antonio Lotti et le fameux Motet à quarante voix de Thomas Tallis Spem in alium, tous deux magnifiquement interprétés, mais de mon point de vue, bien inutiles avant la gigantesque Huitième. Et elle est particulièrement grandiose ce soir, Rattle sachant merveilleusement exalter la ferveur de l’ensemble de ses troupes, et n’hésitant pas à se tourner vers le public pour diriger les chœurs d’enfants. Les solistes sont tous excellents, malgré deux remplacements de dernière minute Mathias Goerne par David Wilson-Johnson et Karen Cargill par Lilli Paasikivi. Rattle met merveilleusement en valeur le trio vocal entre la soprano la mezzo et la contralto pendant le deuxième mouvement. Pourtant, aussi beau que soit le concert de ce soir, il ne parvient à éclipser le choc formidable de la Huitième de Leipzig, en mai dernier.
Je rentre à l’hôtel en métro, en songeant que le cycle Mahler berlinois s’achève. Il n’y manque plus que la Neuvième début novembre et le Chant de la terre, peu avant Noël.

18897ème jour

Pas grand chose

L’événement de la veille m’oblige à rentrer fort tard du travail, et me laisse juste le temps de préparer rapidement ma valise pour mon week-end à Berlin.

18896ème jour

Zurich Paris

Je me lève à 5h45 pour attraper le premier vol de Paris. Sans me demander mon avis, l’hôtel a décidé que je partagerai mon taxi avec un autre client de l’hôtel, un hongrois qui rentre à Budapest et qui a l’air très gêné de se retrouver assis à côté d’un inconnu pendant une vingtaine de minutes. Il me laisse généreusement payer la note seul.
L’après midi est consacré à un événement qui devient vite une catastrophe professionnelle et qui pourrait bien me pourrir la vie dans les semaines à venir.
Le soir, je devais dîner avec Juventas qui, une seconde fois, a autre chose à faire. Je décide de ne pas gâcher le temps qu’il aurait été nécessaire de consacrer pour coucher une fois avec lui.

18895ème jour

Paris Zurich

Je prends le deuxième vol du matin pour Zurich, pour une journée de réunions dans le hall d’un hôtel tout près de l’aéroport. Le soir, je dîne dans un restaurant chic du centre de Zurich, avec un client suisse allemand à l’humour décapant. Je passe la nuit dans le seul hôtel de la ville où le prix d’une chambre n’atteint pas des sommets. Pour une raison inconnue, tous les hôtels sont en effet complets et je dois aller à une dizaine de kilomètres du centre, dans un Best Western banal, où il reste une suite médiocre au prix astronomique de 230 euros. Je m’endors sans demander mon reste.

18894ème jour

Trop plein

Journée très remplie qui se termine avec une dernière réunion à vingt heures. Je rentre un peu avant vingt et une heures, juste avant la fermeture du tunnel sous la défense. Soirée sans intérêt à zapper –j’ai honte- comme un crétin, la télévision.

18893ème jour

Jeunesse

Rien de spécial en cette journée de travail, juste une escale à la fnac pour acheter un livre de Pascal Bruckner Le mariage d'amour a-t-il échoué? dont j’avais entendu parler sur France Info pendant l’été. Un passage de ce livre est consacré aux nouveaux parents qui veulent continuer de vivre au rythme et selon les canons de la jeunesse, au grand dam de leurs enfants. Je me sens un peu concerné par ce passage et aussi par cette phrase :
Certaines rencontres fugaces sont des chefs-d'oeuvre de concision qui vous marquent à vie.
Le soir Vitalii, qui est arrivé en Auvergne, m’envoie son nouveau numéro français. Je l’invite à passer un week end à paris quand il le souhaite.

18892ème jour

Il y a un an, il y a dix ans...

En surfant sur Internet, je tombe par hasard sur cette page consacrée à Leander qui, semble-t-il fait des photos par une agence de mannequin. J’éprouve un peu de nostalgie en pensant combien il avait pu occuper mon esprit l’été dernier.
Le soir j’appelle ma mère pour lui dire que j’ai pensé à elle en cette journée de commémoration des événements d’il y a dix ans et que nous avions vécus ensemble.

18891ème jour

Juventas II

Je passe l’après-midi dans la chambre de mes filles à mettre en place les affiches Inside-Out de mes filles et de moi-même. Il en résulte une galerie de portraits effrayante et amusante à la fois. Le soir, je dîne avec Juventas, mon poseur de lapin de la semaine passée, très beau dans son mélange algéro-brésilien, mais très voyant.

18890ème jour

Du vent dans les branches de sassafras

Le soir, je retrouve ma fille devant le théâtre du Ranelagh pour la première de Du vent dans les branches de Sassafras, qui inaugure un Festival Obaldia. Juste avant d’entrer dans la salle, je croise René de Obaldia et, comme d’habitude je me représente à lui. "Vous êtes toujours un beau fantôme!", me déclare-t-il avec son ton inimitable.
Bien qu’étant sa pièce la plus célèbre, sans doute en raison de sa création avec Michel Simon, Du vent dans les branches de Sassafras n’est pas la meilleure pièce de Obaldia, et de loin. Le côté très décalé de ce western farfelu ne fonctionne pas très bien de mon point de vue. Ce soir c’est Patrick Préjean qui reprend le rôle très lourd de John-Emery Rockefeller (neuf cent lignes, plus les coups de feu !) et qui s’en tire plutôt bien. La mise en scène fait souvent tendre le western de chambre de René de Obaldia vers la bande dessinée ou le dessin animé. J’accroche peu, mais, semble-t-il, le public en redemande. A la fin du spectacle, René de Obaldia monte sur scène et rappelle une formule de Jean Cocteau sur le talent des spectateurs. A 93 ans, il sera d’ailleurs prochainement sur la scène de ce même théâtre pour son spectacle Obaldia sur scène.

18889ème jour

Deux concertos de Mozart et Bach par Murray Perahia et l'Academy of Saint Martin in the Fields

Entre midi et deux, je vais à Compiègne pour rendre ma voiture de location et récupérer ma voiture dont le réservoir avait été vidé de sa maudite essence.
Le soir je retourne à Pleyel pour mon concert de rentrée. L’Academy of Saint Martin in the Fields, que je n’avais pas entendue depuis l’époque Marriner démarre le concert, sans chef, avec l’ouverture d’Alcina de Haendel. L’absence de chef ne se fait absolument pas sentir et les musiciens jouent étonnamment bien à l’unisson. Hélas, l’œuvre me parait longue et très ennuyeuse. J’aurais bien aimé savoir ce qu’en pensait William Christie assis trois rangs derrière moi. Puis Murray Perahia, que je n’avais pas entendu lui non plus depuis les années 80 arrive sur scène pour un magnifique 27ème concerto pour piano de Mozart. Il dirige, -fort bien- du piano et on retrouve immédiatement les qualités qui ont fait le succès de ses enregistrements des concertos de Mozart: une grande clarté, mais aussi un piano chantant et lumineux. Après l’entracte, les mêmes reviennent pour le Concerto BWV 1056 de Bach. Pendant le second mouvement, la salle semble totalement envoutée par ce splendide Adagio ou l’orchestre ne joue qu’en pizzicati. Le concert s’achève par la symphonie l’Horloge de Haydn, de bon niveau mais sans rien d’exceptionnel.

18888ème jour

Neuchatel Paris

Nouvelle journée de réunions à Neuchatel. En fin d’après-midi, je reprends la route de Paris via Besancon et Beaune. J’arrive chez moi vers onze heures.

18887ème jour

La Chaux de Fonds

Au matin, nous prenons la route de La Chaux de Fonds. La région me rappelle des souvenirs d’enfance car, pendant deux étés, nous étions allés dans cette région avec mes parents, alors que j’avais douze ans. Je me souviens de promenades dans les prés, je me souviens que nous avions donné à manger des prunes du Lot aux chevaux, je me souviens d’avoir acheté mon premier magnétophone à cassettes, grâce auquel, j’ai commencé à découvrir la musique. Je me souviens aussi qu’à l’aide de ce magnétophone, j’avais enregistré la fanfare militaire de Saignelégier et que alors que j’en diffusais le son peès d'une fenêtre ouverte, j’avais créé l’affolement complet de deux voisins militaires, qui croyaient que leurs collègues avaient démarré sans eux.
Nous avons déjeuné aujourd'hui d’une merveilleuse viande de bœuf pendu, flambé au Rémy Martin au Grand Hôtel des Endroits. Le soir, dîner en France à Villers le Lac et intéressante discussion sur le thème de la mémoire.

18886ème jour

Neuchatel

Journée de réunions à Neuchatel. Dîner très international au bord du lac dans un restaurant nommé le Bain des Dames, installé il y a quelques années dans un petit bâtiment du XIXème siècle qui permettait aux femmes et aux enfants une baignade à l’abri des regards. On y voit encore ajourd'hui les cabines de bains aux portes vertes où se changeaient jadis les baigneuses.

18885ème jour

Où j'assemble une montre

Je suis arrivé à Freiburg vers deux heures du matin pour une courte nuit. Je me suis levé vers 7h30 pour être sûr d’avoir une place pour la Neuvième de Berlin en novembre et j’ai pris la route pour Zurich ou plus exactement, pour Baar. Là j’avais rendez vous avec des collègues pour assembler entièrement une montre. Cela nous a pris cinq heures environ, mais à l’issue de la journée, j’avais au poignet une montre suisse dont aucun engrenage, aucune vis, aucune aiguille n’avait été installé par moi. Et je me souviendrai longtemps du moment où, après avoir mis en place la trotteuse, j’ai vu celle-ci commencer son premier tour, avec la régularité du travail bien fait.
Nuit à Neuchatel dans un hôtel pourri.

18884ème jour

La Septième par les Berliner Philharmoniker et Simon Rattle à la Philharmonie de Cologne

En fin de matinée, j’achète une paire de sandales et une autre paire de chaussures sans aucun essayage préalable, au grand étonnement de la vendeuse. Puis, alors que ces pages sont à jour pour la première fois depuis des mois, je prends l'autoroute du nord en direction de Cologne. Tout au long de la route, je pense à Antoine, car la dernière fois que je l’ai prise, c’était avec lui, pour notre week end à Hambourg. Peu après Compiègne, je m’arrête à l’aire de Ressons pour faire le plein et, alors que j’ai mis une dizaine de litres dans le réservoir, je me rends compte qu’il s’agit d’essence et non de gazole. C’est mon premier véhicule diesel et si je ne me concentre pas au moment de faire le plein, le naturel revient au galop. J’ai pensé tout d’abord siphonner le réservoir, mais la station service ne vendait pas de tuyau. J’ai donc acheté un couteau et j’ai tranquillement coupé un morceau de tuyau d’arrosage, enroulé juste derrière la caisse principale. J’ai pris deux fois de suite un copieux shoot de vapeur d’essence dans les poumons. C’est très désagréable, cela monte vite à la tête et c’est probablement très mauvais à la santé. Le tuyau retiré, je me suis rendu compte qu’il était entièrement sec. J’ai appris depuis qu’il y a des filtres dans les réservoirs modernes qui empêchent tout siphonage. J’ai du me résoudre à appeler un dépanneur qui est arrivé trente minutes plus tard.
A ma grande surprise, il m'a expliqué qu’il ne pouvait pas vider le réservoir sur place, qu’il fallait emmener la voiture au garage et que de toutes façons, le problème ne serait pas réglé aujourd’hui. Nous voila partis tous les deux dans le camion, ma voiture sur un plateau derrière, en direction de Compiègne. Par chance, le garage louait également des voitures et j’ai pu prendre une petite Fiat. Il était dix sept heures, mon concert à Cologne était à vingt heures et j’avais quatre cent kilomètres à faire. J’ai foncé, je me suis fait flasher plusieurs fois mais, peu importe car, à vingt heures, j’étais assis au deuxième rang de la Philharmonie, juste derrière les contrebasses.
C’est une Septième Symphonie d’une extraordinaire beauté que nous ont offert ce soir les Berliner Philharmoniker et Simon Rattle, d’un nouveau aussi élevé que ma plus belle Septième, celle entendue à Berlin en janvier 2009 avec le même orchestre et Bernard Haitink. La différence entre les deux versions tenait sans doute dans le souci des détails, toujours très présents chez Rattle, tandis que Haitink laissait un peu plus filer l’orchestre. Mais du concert de ce soir, il y avait des passages absolument incroyables où le temps semblait comme suspendu. Le premier alto que je ne parviens à identifier, avec ses mimiques, semblait en fusion avec Rattle qu’il dévorait du regard et ses passages solo étaient absolument étonnants. Il y avait aussi des détails merveilleux, comme les passages con legno d’une perfection totale, ou bien le cor enchanteur de la deuxième Nachtmusik. Le Finale, souvent tellement raté était enfin équilibré, si loi, du Barnum vulgaire que l’on entend souvent. Le public de Cologne en transes, s’est levé comme un seul homme pour faire une standing ovation à leurs illustres visiteurs. Après un dîner italien très léger, j’ai repris ma voiture de location, pour aller, sous la pluie et les orages, jusqu’à Freiburg im Briesgau.

18883ème jour

Juventas

Ce soir je devais dîner avec Juventas, un garçon dont les photographies suggèrent un regard étonnant. Il me pose un lapin et vers dix heures, m’envoie par SMS un prétexte bidon.

18882ème jour

Prosecco à l'eau

Le soir, à vingt heures, je retrouve Paris Broadway à la Vinoteca pour lui faire découvrir les spaghetti au homard. Nous nous racontons nos étés et faisons le projet de peut-être, se retrouver à Munich en octobre pour la Huitième de Mariss Jansons. Il me raccompagne à pied jusqu’à chez moi.
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