16843ème jour

Un autre rien de folie

Catherine Clément avait dit des horreurs à la télévision à propos de la tétralogie de Wagner, comparant les filles du Rhin à des petites putes, mais je lui suis encore reconnaissant aujourd'hui de m'avoir initié au Festival de Bayreuth du Centenaire.
J'ai une admiration sans bornes pour René Clément, le réalisateur de Plein Soleil et des Félins, même si ce dernier n'a jamais tourné avec la belle Aurore Clément.
Au rayon des regrets, sans être aussi fort que celui de ne jouer d'aucun instrument, j'ai souvent celui de n'avoir jamais fréquenté le Cours Clément. Je pourrais aussi regretter de ne jamais être sur les courts de tennis puisque j'ai longtemps été fan d'Arnaud Clément.
J'ai une grande tendresse pour le joli jeu de pousse-avant magnifié par les chants de Clément Janequin ou même pour les Psaumes de ce dernier, sur des textes de -tiens- Clément Marot.
Mon grand-père qui ne m'a jamais parlé de Clément d'Alexandrie, même s'il l'avait sûrement lu, me racontait en revanche Clément Ader et les débuts de l'aviation, en des temps où Clemenceau n'était pas encore célèbre.
Lors de mon unique visite en Martinique, j'ai apprécié le Rhum Clément. Je ne suis guère un spécialiste des papes Clément, qu'ils soient de Rome ou en Avignon, mais je suis fort reconnaissant à celui, cinquième du nom, qui donna son nom à ses terres de Pessac et à un Grave fameux.
Et pour finir, rassurez vous, je ne ressens rien de spécial pour Pascal Clément, notre inconnu ministre de la justice qui soutint jadis la peine de mort. Et en attendant un peu de clémence de votre part pour mon habituel coeur d'artichaud, je vais me rendre chez Clément afin d'y dévorer quelques clémentines en écoutant l'une des symphonies de Muzio Clementi.

16842ème jour

Adieu

J'avais partagé avec lui ce repas à Istanbul. J'apprends ce matin que son cancer a eu raison de lui. La liste macabre s'allonge d'un nom.

16841ème jour

Mon premier concert

Je devais avoir une dizaine d'années. Il y avait peu de concerts en Auvergne et j'avais tanné mes parents pour me rendre à celui-ci, organisé dans le cadre d'un festival d'été dans une église. De mémoire je dirais qu'il s'agissait de l'église d'Ebreuil, mais je me trompe très certainement. Nous étions partis en retard et je ralais dans la voiture, je sentais que nous raterions le début. Je me revois monter les marches alors que de l'intérieur de l'église, provenaient déjà les sons sublimes du début du premier concerto pour violon de Bach. Je m'étais installé sur le côté, tout près des musiciens. Je me souviens qu'au programme figuraient aussi la 29ème symphonie de Mozart et l'adagio pour cordes de Barber que je ne connaissais absolument pas. J'étais sorti grisé de ce concert, certain d'avoir vécu une expérience qui changerait ma vie, d'être entré pour toujours dans un nouveau monde.

16840ème jour

Logique

Ma plus jeune fille et moi regardons à la télévision quelques images de la nouvelle mise en scène du Don Giovanni de Michael Haneke à l'Opéra Garnier que nous devons aller voir le week end prochain. L'histoire est transposée aujourd'hui (il parait que pour l'air du Catalogue, Leporello sort un assistant électronique) et les costumes sont, bien sûr, modernes. Le lendemain, ma fille, que la chose a visiblement tracassé, me dit : "Mais papa, aujourd'hui plus personne n'a de de valet!"

16839ème jour

91310 jours

Par ailleurs, je vous annonce que le 27 janvier, à huit heures du soir, ma femme a heureusement accouché d'un garçon. Mais il a fallu lui retirer le placenta. Elle a ensuite été étonnamment affaiblie. Aujourd'hui (Dieu soit loué), la mère et l'enfant se portent bien. Elle vous adresse à tous deux son bon souvenir. Notre fils s'appelle Joannes, Chrisostomus, Wolfgang, Gottlieb.
Salzbourg, le 9 février 1756
Lettre de Leopold Mozart à son éditeur d'Augsbourg, Johann Jakob Lotter

16838ème jour

Objets inanimés...

Entendu hier une interview d'Anne-Sophie Mutter sur France Musique. Elle s'exprime pour l'essentiel en anglais et plus rarement en français alors qu'elle maîtrise relativement bien notre langue. Interrogée à ce sujet, elle justifie son choix de l'anglais par un souci de perfection, et indique son amour de la langue française en l'illustrant par un exemple : la manière de nommer la petite pièce de bois placée à l'intérieur des instruments à cordes et qui améliore leur résonnance. En français, elle est appelée l'âme de l'instrument, tandis qu'en allemand on la nomme Stimmstock.

16837ème jour

The Market

Déjeuner tardif en milieu d'après midi avec mon client de Dubai. L'homme est intelligent vif, fort bien éduqué. Il a fait cinq années d'études aux Etats-Unis. Je suis étonné par ses yeux d'un fauve très pâle qui contrastent avec son visage. Je ne prends pas de vin puisqu'il n'en souhaite pas, de même que plus tôt, au petit déjeuner, j'ai choisi de ne pas prendre de jambon.
Nous évoquons le sujet toujours glissant du onze septembre. Je lui raconte mon séjour là bas, ma perception de l'événement. A ma grande surprise je comprends après quelques minutes qu'il est un adepte fervent de l'absurde thèse du complot, qu'il est persuadé qu'aucun avion ne s'est écrasé sur le Pentagone. J'oriente ostensiblement la conversation sur un sujet moins polémique, la récente décision de construction d'un nouvel opéra à Dubai.

16836ème jour

Nuit d'hiver

La lada, la vraie, l'ancienne, l'old fashioned, avait profité de la panne inopinée de la barrière d'entrée du campus de l'école Normale Supérieure de la rue d'Ulm pour y pénétrer. Elle était garée dans un recoin sombre. A l'avant, personne. A l'arrière les deux occupants se serraient très fort l'un contre l'autre, peut-être pour lutter contre le froid ambiant.
C'était si étrange...

16835ème jour

Odeur d'école

Je me rends ce soir à une réunion de parents d'élèves avec ma fille aînée. Les enseignants ont la bonne idée de nous recevoir ensemble, parents et élèves, pour un point de milieu d'année. Je réalise que ma fille a sélectionné les professeurs auprès desquels elle a les meilleurs résultats. L'école est installée dans un ancien hôtel particulier qui devait être superbe du temps de sa splendeur aujourd'hui fânée : grand escalier en bois, murs décorés, plafonds à moulures. Hélas les cheminées ont été ôtées, il ne reste plus que le grand miroir qui les surmontaient; les parquets sont usés à force d'avoir été foulés. Je suis surpris de constater que l'on utilise encore la craie aujourd'hui. Et puis l'odeur est restée la même qu'autrefois. Ce mélange de poussière et de craie. L'odeur du temps passé et qui pourtant ne passe pas.

16834ème jour

Nombril

Au retour des courses, de ma plus jeune fille à sa soeur aînée : "Tu te prends pour le nombril de tout le monde!"

16833ème jour

21 janvier

Le 21 janvier est un jour qui sera toujours associé dans mon esprit à deux anniversaires : celui du mariage de mes parents et celui de la mort de ma soeur. L'un des anniversaires était jadis heureux, l'autre a toujours été tragique. Depuis la séparation de mes parents, cette date ne porte plus désormais que la marque de la tristesse. J'essaye de m'en extraire tout au long de la journée en pensant à autre chose.

16832ème jour

Coquille

Lorsque j'étais petit garçon, pendant les deux années où j'étais le seul de mes frères et soeurs à ne pas aller à l'école, je déjeunais seul, avant le repas familial, sur une petite chaise, mon assiette étant posée sur un tabouret faisant office de table. Il me semble me souvenir que j'étais plutôt satisfait de ce régime particulier.
Un jour, maman m'avait préparé un oeuf à la coque. Elle me laisse seul avec le coquetier, l'oeuf et peut-être quelques mouillettes. Lorsqu'elle revient quelques minutes plus tard, j'avais tout avalé, le blanc, le jaune et la coquille. Ma mère était un peu affolée et l'histoire a longtemps été rapportée dans la famille.
Il n'y a certainement aucune contre-indication à manger de la coquille d'oeuf. Les fermières ont coutume de les donner à manger aux poules ce qui leur apporte probablement du calcium. De temps à autres, je regoûte un morceau de coquille, sans aucun déplaisir. Et je repense à ce jour là désormais si lointain.

16831ème jour

Francesco Unesco

C'est la première fois que je me rendais à l'Unesco pour un concert. La salle est un grand amphithéâtre en béton vraisemblablement plus destiné à l'origine aux conférences qu'aux concerts. Le public est nombreux, pas très jeune et majoritairement du quartier huppé avoisinnant. Devant des spots bleus et oranges créant une assez belle atmosphère, trône le grand Steinway de concert.
L'organisatrice du concert, qui a réussi l'exploit d'oublier le S de Schlimé dans l'impression des billets de concert, nous présente en quelques mots Francesco qu'elle a découvert l'année passée Salle Cortot. Elle le qualifie de fun et prononce ce mot comme une gourmandise interdite.
La démarche souple, le col noir relevé, Francesco entre en scène. Comme lors de la tournée de décembre, il démarre par Frescobaldi. Mise en valeur de quelques rythmes étranges, pas de pédale, tout est là pour démontrer le modernisme de cette musique composée il y a 400 ans. Puis c'est la sixième Suite française de Bach. Francesco se sort parfaitement bien de l'horrible difficulté qu'il y a aujourd'hui à jouer Bach au piano après un certain Glenn Gould. On retrouve toute la clarté du grand pianiste canadien, la mise en valeur de chaque note et de chaque voix, mais il y a en plus une tendresse qui m'émeut considérablement. La première partie s'achève avec un clin d'oeil à la Schlimé : une improvisation à peine annoncée, aux dissonnances savoureuses précède en continu la 48ème sonate de Haydn, celle en deux mouvements. Il y a un peu de flottement dans la salle, certains auditeurs se demandant à l'évidence s'il s'agit d'un Haydn revisité ou d'un changement de programme.
Entracte. Retour à Haydn avec des variations qui m'emballent assez peu. Puis c'est l'apothéose finale. Enfin un compositeur vivant!, nous annonce Francesco avec le sourire. Il nous rappelle que Luca Francesconi s'est inspiré de Turkish Mambo une pièce de Lennie Tristano, un jazzman italien dont Francesco revendique l'influence. Comme lors des concerts de la tournée de décembre, la petite partition de Mambo est remplacée par un grand panneau des thèmes sur lesquels Francesco va improviser. Il démarre par des percussions entêtantes dans les extrêmes sons graves. Je songe à Alban Berg qui me disait son admiration pour le son de Francesco lors du concert du Palau de la Musica la semaine passée. Et c'est exactement celà. A l'égal des plus grands, il a vraiment un son bien à lui, très reconnaissable. Devant nous, les mamies visons ont l'air surprises de la tournure que prend le concert, mais ravies : Il est incroyable! dit l'une à l'oreille de l'autre, lors de passages improvisés particulièrement virtuoses.
Et c'est vrai. Nous avons vraiment assisté à un concert incroyable ce soir. A l'un de ceux dont on se souvient toute la vie.

Pour les aficionados, FTS interprètera le concerto de Khatchaturian les 28 et 29 janvier prochains à Orléans.

16830ème jour

Guigne

J'ai l'impression que ma valise me suit. Elle a toujours un avion de retard. Le vol Prague Bucarest qui était censé me la rapporter a eu quatre heures de retard cet après-midi. J'ai donc du rentrer à Paris sans elle et elle fera le voyage seule dans la soirée. J'espère surtout que son contenu ne sera pas perdu ou volé, et en particulier une version rarissime du Chant de la Terre avec Maureen Forrester et George Szell que j'ai trouvée au Corte Ingles de Barcelone par le plus grand des hasards.

16829ème jour

Madrid Bucarest via Prague

Etant donné que ma réunion se finissait à Madrid vers midi, que le seul vol direct Madrid-Bucarest est à 14h00 et que je devais être à Bucarest le lendemain à neuf heures, je me suis rabattu sur ce vol de Czech Airlines, avec un stop à Prague.

L'escale était brève, quarante minutes, et c'était bien le problème, je me méfie toujours des transferts rapides de bagages. Il faut trois heures pour rallier Prague de Madrid. Nous arrivons à l'heure, dans la neige et par -6°C. J'ai traversé tout l'aéroport pour changer de porte, mais j'ai eu sans problème ma connexion. J'ai stressé pendant tout ce second vol car je me doutais que ma valise n'était pas à bord. Arrivé à Bucarest, je me rends à la réception des bagages. Ceux-ci arrivent assez rapidement, mais nous sommes trois passagers à ne pas avoir nos bagages. Comme par hasard, tous ceux en provenance de Madrid. C'est la quatrième fois que ma valise est égarée lors d'un vol.

Le problème dans le cas présent est que le vol suivant en provenance de Prague arrive demain à 14 heures et que mon vol de retour à Paris est à 15h25. Il s'en faudra donc de peu pour que je reparte de Bucarest avant même que ma valise n'y arrive enfin.

La vie est belle.

16828ème jour

Arena 2h08 du matin

Anna aime les sucettes.
Les sucettes à l'ananas.

16827ème jour

Barcelone

Je voudrais me rappeler de beaucoup d'instants de cette journée, de mon lever tardif alors qu'Alban Berg est déjà parti répéter -du Berg justement- à l'Auditori, de ma promenade dans le quartier du Clot où je me perds, d'Alban Berg qui me rejoint devant le marché, du Starbuck où un allemand aux yeux incroyablement bleus nous sert deux cafés, du temps ensoleillé et doux pour la saison, de notre balade dans le centre de disquaire en disquaire, d'un verre de cava au Shilling, de ma visite dans les coulisses de l'Auditori alors que les musiciens arrivent et se préparent, de la serveuse très marrante du petit café des musiciens, de mon attente dans le hall alors que les spectateurs arrivent et que je dois remettre leur billet à tous les membres de notre petit groupe.
Et puis le concert.
Une très belle Passacaille de Webern, une oeuvre un peu inutile d'un compositeur catalan, puis Leo, une pièce assez chambriste et aux influences Stravinskiennes de Robert Gerhard. Et enfin, le morceau de choix: le Concerto à la mémoire d'un ange interprété par Gidon Kremer. J'ai une relation particulière avec cette oeuvre qui porte l'un des plus beaux noms de tout le répertoire et qui est dédiée à la fille d'Alma Mahler et de Walter Gropius, disparue à 18 ans de la polyomelite. Je ne peux l'entendre sans songer à la tombe qu'Alma partage avec Manon, toute proche de celle de Mahler, à cet été 1910 à Toblach et à Vienne, aux pages terribles qu'Elias Canneti a consacré à Manon et Alma...
Nous prenons un pot au bar en face de la salle, puis filons dîner à la Tramoia, au coin de Gran Via et de la Rambla. On repart boire un dernier verre jusque vers trois heures du matin au café de l'Opéra en face du Liceu. On parle musique, on arrête pas de faire des blagues sur Annie et sa mère, sur Emirates...
J'aimerais tant revenir plus souvent.
Une pensée spéciale pour un petit chat que je ne connais pas mais dont j'espère qu'il guérira très vite.

16826ème jour

Départ

Hier après midi, au Terminal 2E de Roissy. Michael bénéficie de mon enregistrement accéléré, de ma file prioritaire pour le contrôle des bagages à main, puis du salon Air France Business.
- C'est agréable de voyager avec moi! lui dis-je un rien cabot
- ....
- Répète après moi : "C'est vraiment agréable de voyager avec toi Vincent!".
- C'est vraiment agréable de voyager avec toi Vincent, surtout quand tu payes le billet d'avion.
- ...

16825ème jour

D.

Il est arrivé en retard près de notre lieu de rendez-vous, devant la fnac Bastille. Il n'était pas assez couvert pour la saison, ne se doutant sans doute pas combien il fait plus froid à Paris qu'à Saõ Paulo. J'ai assoupli mes règles en l'autorisant à finir sa cigarette dans la voiture, le temps de chercher une place. Nous avons pris un verre dans ce café dont je ne rappelle jamais le nom sous les grandes arches de Reuilly Diderot. Café pour lui, Martini bianco pour moi. Il me raconte sa vie, son père alcoolique qui est parti, sa soeur qui fait des ménages à Genève, et puis lui qui, après un an passé à Buenos Aires, décide de tenter sa chance à Paris comme model. Lorsqu'il évoque sa ville, il dit curieusement San Pablo. On se rémémore Jardins, l'Hotel Unique, Le Figuier, Haddock Lobo... Il parle mal l'anglais, je dois souvent lui demander de reformuler et trouver mille astuces pour me faire comprendre. Je lui fais faire un tour de Paris qu'il n'a pas encore eu le temps de voir, je me débrouille pour être pile à une heure du matin sur l'esplanade du Trocadéro. On passe chez moi. On boit une coupe de champagne devant un feu de bois avec un peu de Shazz et de Craig David. Il embrasse bien. J'aime surtout quand ses longs cheveux me tombent sur le visage alors qu'il est au dessus de moi.

16824ème jour

Susceptibilités

Dans mes relations avec les autres,je suis toujours très sensible à de petits signes auxquels certains attacheraient fort peu d'importance. Si par exemple un ami oublie un dîner pourtant planifié, je ne pourrai pas m'empêcher de penser que le hasard n'y est pour rien, qu'il a oublié car notre rendez vous était de peu d'importance à ses yeux. Il s'agit sans doute d'une forme bénigne de paranoïa, une crainte de ne pas être aimé, ranimée par la moindre contrariété dans ma relation avec autrui.

16823ème jour

Damien Rice

J'ai enfin vu hier le film Closer que j'avais raté lors de sa sortie au cinéma. Il est beaucoup mieux que ce que m'en avaient dit ceux qui l'ont détesté, mais plutôt moins bien que ce qu'en pensaient ceux qui l'ont adoré. Il y a quelques scènes exceptionnelles comme la rencontre entre Jude Law et Julia Roberts, mais le scénario, dont on voit un peu trop qu'il est une pièce de théâtre adaptée, présente de nombreuses faiblesses.
En revanche je suis tombé amoureux fou de la chanson du début du film The blower's daughter, une sorte de ballade chantée passionnément, avec un accompagnement guitare sèche violoncelle. Je ne connaissais pas Damien Rice. Mais je sais qu'il est désormais à une place importante de ce que j'aime.

16822ème jour

Pique assiette

Je n'ai jamais su beaucoup de poésies par coeur. Je dois encore avoir en tête deux ou trois Fleurs du mal. J'ai longtemps su à la perfection La Promenade de Picasso de Prévert. Je l'ai travaillée en cours de théâtre, je l'ai utilisé auprès de plusieurs personnes afin de les séduire et je ne me lasserai sans doute jamais du chant de ses mots:
Sur une assiette bien ronde en porcelaine bien réelle
Une pomme pose
Face à face avec elle
Un peintre de la réalité
Essaie vainement de peindre
La pomme telle qu'elle est
Mais elle ne se laisse pas faire
La pomme
Elle a son mot à dire
Et plusieurs tours dans son sac de pomme
La pomme
Et la voilà qui tourne
Dans son assiette réelle
Sournoisement sur elle-même
Doucement sans bouger
Et comme un duc de Guise qui se déguise en bec de gaz
Parce qu'on veut malgré lui lui tirer le portrait
La pomme se déguise en beau fruit déguisé
Et c'est alors que le peintre de la réalité
Commence à réaliser
Que toutes les apparences de la pomme sont contre lui
Et comme le malheureux indigent
Comme le pauvre nécessiteux qui se trouve soudain à la merci de n'importe quelle association
bienfaisante et charitable et redoutable de bienfaisance de charité et de redoutabilité
Le malheureux peintre de la réalité
Se trouve alors être la triste proie
D'une innombrable foule d'associations d'idées
Et la pomme en tournant évoque le pommier
Le Paradis terrestre et Eve et puis Adam
L'arrosoir l'espalier Parmentier l'escalier
Le Canada les Hespérides la Normandie la Reinette et l'Api
Le serpent du jeu de Paume le serment du Jus de Pomme
Et le péché originel
Et les origines de l'art
Et la Suisse avec Guillaume Tell
Et même Isaac Newton
Plusieurs fois primé à l'Exposition de la Gravitation Universelle
Et le peintre étourdi perd de vue son modèle
Et s'endort
C'est alors que Picasso
Qui passait par là comme il passe partout
Chaque jour comme chez lui
Voit la pomme et l'assiette et le peintre endormi
Quelle idée de peindre une pomme
Dit Picasso
Et Picasso mange la pomme
Et la pomme lui dit Merci
Et Picasso casse l'assiette
Et s'en va en souriant
Et le peintre arraché à ses songes
Comme une dent
Se retrouve tout seul devant sa toile inachevée
Avec au beau milieu de sa vaisselle brisée
Les terrifiants pépins de la réalité.

16821ème jour

La vie en duty free

Je lis peu de blogs. De moins en moins en fait. La raison essentielle étant leur mort régulière. Je ne crois pas aimer ces blogs parce que je ressens qu'ils vont mourir. Mais il serait illogique d'imaginer qu'ils meurent parce que je les lis.
Je suis donc assez heureux d'avoir découvert Azur-Te un journal pas si intime. La plume est alerte. L'auteur se dévoile peu, mais cela viendra forcément avec le temps. Il y a un lien vers le pot-pourri intitulé Monsieur Gvgvsse La vie en duty free. C'est bien vu, je trouve. Je le piquerais même volontiers comme titre... Même si je n'achète quasiment rien en duty free.
En attendant, je me ferais bien un Look of Love au karaoké.

16820ème jour

La roseraie du jardin des plantes

C'était un jour de printemps. Il faisait beau. Nous étions dans la roseraie du jardin des plantes. Je me souviens du parfum des roses. Ma fille aînée était dans son berceau. Mes grands parents nous accompagnaient pour ce qui est dans mon esprit aujourd'hui l'une des dernières sorties en extérieur de ma grand mère qui commençait sérieusement à perdre la raison.
Elle regardait sa petite fille, souriante mais pas vraiment attendrie. Elle m'a demandé son prénom. Je le lui ai indiqué. Qu'est ce que c'est moche! a-t-elle aussitôt répondu.
Mon grand père était un peu gêné mais nous nous sommes regardés avec la complicité de ceux qui se comprennent.

16819ème jour

Pas de Noël, mauvaise nouvelle

En fin d'après midi, je vais avec mes filles acheter une galette pour le dîner du soir. J'y étais déjà passé pour acheter le gâteau d'anniversaire de Stefano peu avant Noël et j'y avais goûté un succulent pain de Noël. Je demande à la vendeuse s'ils le font toujours.
- Ah non! me répond-elle véhémente. Noël c'est passé!
- Ben l'Epiphanie est passée aussi et vous faites toujours des galettes...
- Ah oui! Mais c'est pas pareil!
- ...

16818ème jour

B.

En haut de ses épaules, un mot anglais composé de neuf lettres en caractères gothiques était tatoué d'une épaule à l'autre, barrant tout le haut de son dos. Il était vraiment fou.

16817ème jour

Spleen

Je n'aime pas ces jours. Je n'aime pas le froid vif qui rougit le visage. Je n'aime pas me lever déjà fatigué, ni rentrer du travail à l'instant où il serait raisonnable d'aller dormir, je n'aime pas veiller tard dans la nuit juste dans le but d'éviter que mes journées ne soient dédiées qu'au travail.
Seule la perspective de retrouver ce paysage dans un mois précisément me fait tenir bon.

16816ème jour

Aimer

Aimer son pareil, on s'ennuie; aimer son contraire, on s'irrite.
Paul Morand Tais toi

16815ème jour

Participation tardive

Ce matin, j'ai été réveillé par la gardienne qui glissait sous ma porte le courrier de samedi. Je suis allé le récupérer encore un peu endormi. L'une des trois enveloppes n'avait pas réussi à passer sous la porte. J'ai tout de suite reconnu le format d'un CD. J'ai d'abord pensé qu'il s'agissait d'un nouveau cadeau de Jules qui, adorablement, m'envoie de temps à autre un enregistrement original. Je me trompais.
Je ne me trompais pas sur le fait qu'il s'agisse d'un cadeau de Jules, ni sur le fait que ce dernier soit adorable. Je me trompais juste sur la date.
Car ce matin, nous étions mardi.

16814ème jour

L'épilogue de l'affaire de la planche en bois

Alors que je regardais ma soeur découper le chapon sur une belle planche en bois, je lui ai demandé ce qu'était devenue la fameuse planche de Cortina d'Ampezzo. Eh bien celle-ci a fini ses jours dans sa cheminée.

16813ème jour

Hier à 19 heures

Après qu'il a pris un thé chez ma soeur avec ses petits enfants, je dépose mon père au bas de chez lui. Je parcours alors un petit kilomètre pour aller chercher ma mère. Elle s'assoit à la place du passager, là où mon père était assis cinq minutes plus tôt.
Alors qu'ils ont partagé le même lit pendant plus de cinquante ans, cette proximité pourrait leur déplaire. Je n'en dis donc rien.
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