18758ème jour

Vivaldi au théâtre des Champs Elysées

Vu avec ma plus jeune fille le Chaperon rouge version 2011, assez décevant.
Dans l’après-midi, je retrouve Nini, mon complice des flashmobs qui m’a rapporté de Carnegie Hall un Pin’s merveilleusement stupide sur lequel est écrit Mahler Grooves les deux O formant une paire de lunettes à l’infortuné Gustav.
Le soir je me rends au Théâtre des Champs Elysées pour un concert de musique sacrée de Vivaldi dont le Gloria que j’entends pour la première fois en concert. J’ai toujours eu une grande tendresse pour le Gloria de Vivaldi que j’avais découvert adolescent en écoutant France Musique et dont j’ai le souvenir très net de l’avoir fait découvrir à mon grand père. Hélas, le concert de ce soir est une grande déception, ces œuvres que j’aime tant étant interprétées avec mollesse par Hervé Niquet à la tête d'un chœur bizarrement exclusivement féminin, ce qui n’aide pas à leur donner leur énergie habituelle.

18757ème jour

Kalifornia

Je retrouve mes filles pour un dîner au restaurant japonais et pour leur faire découvrir l’excellent Kalifornia que j'avais vu il y a longtemps, et un peu oublié, avec Brad Pitt, Juliette Lewis et David Duchovny.

18756ème jour

Jérémie IV

Jérémie passe me voir. On fume, on boit, on écoute de la musique, il me dit qu’il faut qu’il soit sage et que si je veux, on peut juste se branler sur mon lit. Il n’y aura en effet pas de pénétration, sauf celle de mon majeur dans son cul, après l’avoir longuement et abondamment léché.

18755ème jour

Bagne doré

Dîner avec des collègues dans un château autour de Paris. Mon voisin belge raconte des blagues qui me font mourir de rire tellement elles ne sont pas drôles.

18754ème jour

Paris

J’ai assez bien dormi dans l’avion. Nous avons une heure de retard à l’arrivée mais le chauffeur de taxi appuie sur le champignon et je démarre ma réunion de midi à l’heure, hélas sans le temps de prendre une douche.

18753ème jour

New York IV

C’est mon dernier jour à New York. Une nouvelle fois je résiste à la monstrueuse file d’attente devant chez Abercrombie et je visite leur nouvelle sous marque Huntington, dans la boutique voisine. Un coup de Shazam me permet de découvrir le groupe Two Doors Cinema que tout le monde connaît sauf moi. Il fait particulièrement chaud ce lundi de Pâques, je me ballade à Bleeker street et dans Greenwich Village, je déjeune tardivement à l’excellent restaurant du James tout en conversant avec Zack, un grindrien très charmant qui travaille à l’accueil d’un salon de coiffure tout proche de SoHo. Par amusement je lui demande un rendez-vous pour une coupe (c’est mon troisième hair dresser date, après un à Chicago et un à Amsterdam) et je trouve cela toujours aussi amusant. Zack est bien là à l’accueil avec son sourire ravageur, nous échangeons quelques mots et il me confie à Kathryn, sa collègue adorable qui me coiffe. En partant, je laisse ma carte à Zack mais hélas, il termine son travaille à 19h00 et à cette heure là, je suis déjà dans mon taxi pour JFK.

18752ème jour

New York III

En fin de matinée, je retrouve Paris Broadway pour un excellent brunch au café Luxembourg. Après Berlin Amsterdam et Paris, il est amusant de se retrouver dans ce nouveau lieu mahlérien. Je passe un bon moment au soleil dans Central Park, puis je rentre à pied au James. Il se met à pleuvoir beaucoup et je dîne près de mon hôtel chez Barolo sur West Broadway.

18751ème jour

New York II

Aujourd’hui, il pleut et je me balade longuement dans SoHo. Je déjeune de nouveau chez Balthazar, je recule d’effroi devant l’incroyable file d’attente de chez Abercrombie et vers sept heures, sur les conseils de Paris Broadway, je me rends à la cancellation line pour Anything goes au Stephen Sondhein Theater. Je suis huitième dans la file d’attente, derrière deux couples, une jeune femme seule et un troisième couple. Un type du théâtre passe et nous donne peu de chance nous indiquant qu’il y a en général seulement trois ou quatre billets qui reviennent. Pourtant petit à petit, les deux premiers couples sont appelés et entrent dans la salle. Peu avant huit heures, deux billets sont de nouveau disponibles, la jeune femme seule profite du premier d’entre eux et, comme le couple devant moi ne veut pas se séparer, je peux acheter le deuxième et je me retrouve à une excellente place de l’orchestre. Anything goes est une véritable merveille de musique, de comédie et d’humour et j’ai vraiment passé deux heures de bonheur complet. Les chanteurs sont tous excellents, les décors simples et beaux dans leur style art déco et une fois de plus Paris Broadway a été de bon conseil. Le seul reproche de cette soirée, je le ferai à moi-même, car mon niveau d’anglais pourtant pas si mauvais ne me permet pas de comprendre tous les gags et en particulier ceux qui font appel à du slang ou à des expressions typiquement américaines.
Le soir, Balthazar étant blindé, je me retrouve une fois de plus au restaurant bio qui fait l’angle de Lafayette et de Spring Street et qui n’est pourtant pas bien terrible.

18750ème jour

New York I

Je me lève à cinq heures à Omaha pour attraper le vol pour New York. J’atterris à La Guardia qui était le seul des trois aéroports de New York que je ne connaissais pas. En ce vendredi d’avant Pâques, il y a un monde fou qui part et qui arrive. Je prends un taxi pour SoHo car je loge cette fois ci au James, un hôtel écolo-bobo tout neuf plutôt agréable. Je vais à pied déjeuner chez Balthazar et comme le restaurant est plein, je m’installe au bar à côté d’un très bel américain qui lui aussi déjeune en célibataire. Alors que je suis capable de faire des choses très gonflées, je n’arrive pas à me décider à lui parler. J’arriverai juste à mémoriser son nom sur sa carte bancaire Zachary A. Cohen, mais malgré tous mes efforts, je n’arriverai pas à le retrouver sur facebook. Je passe au Lincoln Centre pour m’enquérir des places qui seront mises en vente pour la Valkyrie. Je découvre avec effroi que l’un des dernières disquaires corrects de New York a lui aussi fermé ses portes, après Tower, HMV et tous les Virgin’s. Sur les recommandations de mon petit disquaire d’occasion de la Douzième rue, je me rends downtown chez J&R, une sorte de Surcouf local qui a un rayon de disques classiques et jazz tout à fait correct.
Le soir, je vais dans la cancellation line du MET et assez rapidement, je trouve un ticket hors de prix mais merveilleusement placé. C’est donc ce soir la première tant attendue de la Valkyrie, avec le fameux décor à base de lamelles orientables de Robert Lepage qui a la réputation d’avoir coûté onze millions de dollars. Ce décor modulable crée parfois de très belles formes sur lesquelles des images sont projetées, les chanteurs ont un peu de mal à s’y habituer et en particulier, Deborah Voigt tombera au sol au moment de son entrée en scène, mais elle se sortira de l’incident avec brio en une savoureuse autodérision. Le clou de cette soirée c’est la distribution avec un excellent Votan (Bryn Terfel) mais surtout l’extraordinaire Siegmund de Jonas Kaufmann qui chante merveilleusement, en particulier tous les passages mezzo voce de l’œuvre. L’orchestre est en forme sous la direction assez inspirée de James Levine, de plus en plus malade et à qui la salle fait un véritable triomphe.

18749ème jour

Omaha

Mon meeting dans des bureaux très années 70 à Omaha, avec un café imbuvable, perpétue l’atmosphère Twin Peaks. Mon collègue veut me montrer la ville et nous déjeunons dans le centre ville dans un endroit assez sympathique.
Dundee ne répond toujours pas.
Le soir, à l’étonnement complet du conciergen je me rends à pieds (!) au centre commercial voisin. Je fais une razzia chez Abercrombie et je prends un dîner à base de crab cakes à la Cheesecake factory. Apprenant que j’habite Paris, un serveur me regarde et me déclare : Oh my God ! it’s marvellous !"

Il y a cent ans, 21 avril 1911, Mahler est transféré à la clinique du Docteur Chantemesse à Neuilly.

18748ème jour

Paris Chicago Omaha

Le vol Paris Chicago est parti avec du retard, depuis l’affreux petit satellite tout rond du Terminal 2A. J’espérais en vain que ce retard raccourcirait mon temps d’attente à Chicago, mais le vol suivant Chicago Omaha, lui aussi opéré par American Airlines était en retard. Nous avons donc embarqué dans un petit Embraer (trois sièges par rangée) pour les trois heures de vol entre l’Illinois et le Nebraska, survolant d’immenses plaines un peu monotones. Un rang devant moi un très beau garçon blond aux yeux tragiquement bleus et à l’air légèrement arrogant. Lors de la descente sur Omaha toujours des champs à perte de vue, avec de nombreux systèmes d’irrigation dessinant des courbes amusantes.
Omaha c’est à la fois la ville de Warren Buffet et le trou du cul du monde. La ville ne ressemble à pas grand-chose, une sorte de grande banlieue sans charme où il n’y a pas grand-chose à faire à part du shopping dans les centres commerciaux. Je loge au Marriott, tellement américain que je crois vivre une caricature de Twin Peaks. Je me console en attendant mes collègues derrière un énorme Omaha Steak saignant.
Le garçon blond du Chicago Omaha est connecté sur Grindr sous le nom de dundee (c’est un quartier d’Omaha), mais il ne répond à aucun de mes messages.
Traitement efficace du jet lag, je vais au lit à une heure du matin, après vingt cinq heures sans sommeil.

18747ème jour

Un souvenir de Lucerne

En fin de journée, longue visite au commissariat des Champs Elysées afin de porter plainte pour une fraude à la carte bleue.
Le soir, je regarde le bluray récemment publié par arte de la Neuvième de Mahler avec Claudio Abbado et l’orchestre du Festival de Lucerne. La pochette indique que l’enregistrement sonore est un mélange des deux concerts des 19 et 21 août dernier. En revanche, l’image semble être uniquement celle du deuxième concert, celui auquel j’assistais, car on reconnaît les robes roses des deux dames se tenant au premier rang de l’arrière scène. Il me semble reconnaître, au dernier balcon, ma silhouette applaudissant aux côtés de ma fille et un peu en contrebas, la longue silhouette de Leander.
C’est un très bel enregistrement que nous propose arte mais bien sûr, rien ne vaut l’expérience merveilleuse d’un concert par définition unique.

18746ème jour

Jérémie III

En fin de journée, je reçois un SMS de Jérémie, un peu gêné de ne pas n’avoir jamais répondu à mes messages depuis nos dernières rencontres. A sa grande surprise, je lui dis que je serais heureux de le revoir et je vais le chercher à Auber vers onze heures. On va chez moi, il me propose immédiatement de fumer un joint, on boit du champagne sur la musique de Shazz et très vite, on s’embrasse. On va dans mon lit mais après une bonne demie-heure de préliminaires, il me dit qu’il ne peut pas, qu’il ne veut pas, qu’il n’a pas vraiment rompu avec son ami. On en reste là pour l’instant mais à deux reprises dans la nuit nos corps se mélangeront très sensuellement jusqu’à finir parce qu’il faut bien appeler sans poésie aucune une branle à deux.

18745ème jour

Matin maudit

Ce dimanche matin dès 7h45, je suis devant mon ordinateur avec pour mission l’achat de places pour le concert de Claudio Abbado le 14 mai et pour la Sixième du cycle Mahler Rattle le 1er juin. Le site plante en permanence et dès que je clique sur Kaufen je me retrouve sur un message indiquant que le délai pour acheter les places est dépassé. Il me reste la location par téléphone qui ouvre à neuf heures. Je passerai deux bonnes heures au téléphone à écouter la danse hongroise qui fait office de musique d'attente de la Philharmonie (je me demande bien avec quel chef) et au final, je comprendrai que tous les concerts sont pleins. En revanche, un nouveau concert exceptionnel est disponible : Claudio Abbado reste quelques jours de plus à Berlin en mai afin de diriger ses chers Berliner Philharmoniker le soir anniversaire de la mort de Mahler. Au programme, l’Adagio de la Dixième et le Chant de la Terre (sauf erreur de ma part, jamais dirigé en entier par Abbado) avec Jonas Kaufmann pour qui aussi c’est une première. Vu le prix des places, lui aussi exceptionnel, il reste de nombreux tickets à vendre. Cependant, ce jour là, j’ai prévu d’être au Concertgebouw, pour un programme presqu’identique. J’hésite beaucoup. Le Concertgebouw est un lieu beaucoup plus en relation avec Mahler que la Philharmonie.
Déjeuner avec l’une des filles au Relais de l’entrecôte de la rue Marbeuf. Comme cet après midi est donnée la dernière du Freischutz à l’Opéra comique, je décide de tenter ma chance et je trouve une place de dernière minute. Cela fait des années que je rêve d’entendre cet opéra très peu donné en France probablement en raison de son caractère trop allemand pour le public français. L’Opéra comique a choisi d’exhumer la version française adaptée par Berlioz. A défaut d’être convaincante, c’est à une représentation très intéressante à laquelle j’ai assisté ce soir, tant il est amusant de démêler le gewebt du gebelt. L’influence de Berlioz est très importante, notamment dans les récitatifs tous orchestrés. J’ignorais jusqu’à aujourd’hui que Berlioz avait orchestré l’Invitation à la valse uniquement pour ce Freischutz français. Quand à l’interprétation elle-même, elle est assez décevante, des solistes à l’orchestre, sans parler de la mise en scène transcrite dans le monde forain, avec un ballet absolument navrant.
Le soir, dîner avec Alban Berg au café Beaubourg.

Il y a cent ans, 17 avril 1911, Mahler se sent beaucoup mieux. Il demande à quitter l’Elysée Palace pour aller se promener au Bois de Boulogne. Malheureusement, il ne s’agit que l’une des nombreuses rémissions de son endocardite.

18744ème jour

Beethoven par la Chambre Philharmonique

Je prends à la dernière minute deux places pour l’un des concerts Beethoven d’Emmanuel Krivine et de la Chambre Philharmonique. Au programme cet après midi, les Cinquième et Huitième Symphonies. Le concert est une grosse déception, le son est très mat, et je dois reconnaître que j’ai de plus en plus de mal à supporter ces visions baroquisantes de la musique du XIXème siècle. J’en viendrais presque à supporter totalement l’approche d’un Christian Thielemann qui revient à un Beethoven lourd et dense. Je décide de ne pas aller au concert du soir et vais rapidement dîner d’un tartare au café Beaubourg.

Il y a cent ans, 16 avril 1911, jour de Pâques, Mahler débarquait à Cherbourg de son dernier voyage transatlantique à bord de l’Amerika.

18743ème jour

Deux quintettes à cordes de Mozart

En début d'après midi, j'apprends par facebook que le perroquet du Sans s'appelle Yakup.
C'est important...
Je retrouve Alban Berg au musée du Louvre pour un concert de musique de chambre. Le quatuor Bennewitz et l'altiste Arnaud Thorette jouent deux quintettes de Mozart (K515 et K593) et je suis vraiment heureux de les entendre enfin en concert, tant ma relation avec elle est ancienne, les ayant découverts lorsque les disques du Quatuors Amadeus et de Cecil Aronowitz étaient sortis dans les années 70. L’interprétation de ce soir est très belle, inspirée et il est réjouissant de constater que de jeunes musiciens français peuvent atteindre un tel niveau.
Après le concert, nous allons dîner chez Georges, rue du Mail, où je n’avais pas mis les pieds depuis des années.

18742ème jour

Istanbul

Il a plu presque toute la journée à Istanbul. Je connais tellement bien la ville que j’ai pu me débrouiller tout seul et sans plan pour aller de Taksim jusqu’à chez mon client entre Levent et Maslak. Le soir, retour à l’aéroport pour un vol vers Paris avec une heure de retard.

18741ème jour

J’ai perdu ma Flamm

Le matin nous prenons l’autoroute qui va en direction d’Edirne et de la Grèce. En arrivant au péage, je constate que toutes les portes d’accès ne fonctionnent qu’avec une carte sans contact que je n’ai pas. Je passage donc sans payer, déclenchant une sirène stridente. Le même scénario se reproduit à Silivri, alors que nous quittons l’autoroute. Tout ceci se finira sans doute par une contravention salée, gentiment transmise par les soins de Hertz.
Après une journée de travail nous rentrons sur Istanbul, cette fois ci par la côte afin d’éviter l’imbroglio du péage. Arrivés à l’hôtel, j’ai envie de remmener mon collègue chez Flamm, mais, en arrivant à Tunel, nous réalisons que le restaurant n’existe plus et qu’il y a maintenant un bar assez banal. On se réconforte en allant dîner dans la galerie près du marché au poisson de Balik Pazari.

18740ème jour

Paris Istanbul

Retour à Istanbul par Turkish Airlines et son inénarrable menu Pasta or Chicken. Exceptionnellement, j’ai loué une voiture car le lendemain je dois me rendre avec un collègue à une soixantaine de kilomètres en direction de la Grèce. Alors que je sors du parking de l’aéroport, le badge sans contact que l’on m’as remis ne fonctionne pas pour ouvrir la barrière. Je sonne pour avoir de l’aide.
- Hello I can’t open the door
- Do you speak Germany?
- Hmmmm… Ich hab ein Auto von Hertz unf ich kan nicht der Tür geöffnen.

Mon collègue en rit encore.

18739ème jour

Une histoire de violence

Vu en DVD ce film que j'avais raté au cinéma. Il est efficace (clin d'oeil à Hervé Guibert).

18738ème jour

Tokyo Sonata

C’est pour G. que j’avais acheté ce bluray à Londres pendant l’été 2009. Je savais que ce film de Kurosawa dont l’affiche présente cet adolescent qui joue gravement du piano lui plairait. On ne l’a jamais regardé ensemble. Alors ce soir, je l’ai regardé seul. C’est un beau film malgré ses invraisemblances. La scène finale, en particulier, où le jeune adolescent joue le Clair de lune de Debussy devant un public médusé m’a beaucoup ému.

18737ème jour

Fée

Je découvre que ma bonne fée est à Paris et nous nous retrouvons au café Beaubourg pour déjeuner. Je lui propose d’aller visiter l’exposition Mahler au Musée d’Orsay mais la queue nous fait reculer. On prend un café chez Angelina et, comme elle doit rentrer à Lyon, je la laisse au Palais Royal.

18736ème jour

Berlin Paris

Le vol de sept heures quinze pour Paris.
Je propose à Azzurro de retourner le voir à Arona pour passer le week-end suivant ensemble. Il répond d’un wooww qui n’est pas un oui, et qui me déçoit beaucoup.

18735ème jour

La Cinquième par Simon Rattle et les Berliner Philharmoniker

Je me lève à six heures trente car mon avion est à neuf heures à Malpensa. Au moment de quitter la chambre, je me dis qu’il est dommage de n’avoir même pas regardé la vue sur le lac. Je tire brusquement les rideaux et là, soudainement, je me retrouve face à l’un des plus beaux paysages que je n’ai jamais vus. Un ciel violet d’avant l’aurore, les îles sur le lac qui se reflètent en lui, quelques taches mauves et roses et la brume légère, qui donne un grain quasi photographique au paysage, le transformant en un immense nymphéas. Je suis resté abasourdi devant autant de beauté, les larmes aux yeux, incapable de bouger. J’ai failli rester, tellement j’étais honteux de profiter mieux de ce don du ciel, mais après dix minutes d'extase, j’ai pris le volant pour Malpensa et Berlin.
Berlin est presque devenue une routine pour moi avec cette visite mahlérienne mensuelle. Je suis arrivé un peu à l’avance à la Philharmonie et lorsque j’ai fait signe de sortir mon ticket en trop pour le vendre cinq ou six personnes se sont précipitées sur moi pour l’acheter. Je l’ai vendu au premier qui a accepté de payer le prix imprimé.
Ce soir, les Philharmoniker nous proposaient en habile première partie la Musique funèbre pour la reine Mary de Purcell, que j’avais découvert dans les années 70 dans l’enregistrement de Gardiner et que j’ai été ravi d’entendre pour la première fois au concert dans une interprétation très convaincante. La Cinquième Symphonie quant à elle était tout simplement sublime, d’un niveau au moins égal aux Deuxième et Troisième avec un engagement et une prise de risque maximale de l’orchestre répondant comme un seul homme à son chef dans cette œuvre qu’ils ont si souvent joué ensemble. C’est d’ailleurs la Cinquième Symphonie qu’avait choisie Simon Rattle pour le concert inaugural de son règne le 7 septembre 2002. Je me souviens que j’avais entendu ce concert depuis une voiture de location à Toulouse et j’enrageais de ne pas être là. Rattle a choisi de placer le cor solo devant l’orchestre durant le scherzo, ce qui est une idée fort discutable, mais elle a permis de confirmer que Stefan Dohr est l’un des cornistes les plus extraordinaire de tous les temps, se sortant de ce mouvement diabolique avec un talent extraordinaire et sans la moindre fausse note. Très bel Adagietto pas trop lent, exactement comme il faut, avant un final d’anthologie et le public de la Philharmonie acclamant son orchestre, debout.

18734ème jour

Paris Milano Azzurro

Alors que je suis installé dans l’avion pour Milan, deux passagers arrivent et s’étonnent de voir qu’à leur place, juste derrière moi, deux filles sont assises. Ils leur demandent si elles sont à leur bien à leur place et celles-ci affirment que oui (c'est possible, ça m’est déjà arrivé). Les filles sortent leur carte d’embarquement et les montrent aux deux types qui disent : Ah mais non, ça n’est pas la bonne carte d’embarquement, c’est un vol pour Strasbourg ! Et les filles de répondre : Eh bien oui ! Nous allons à Strasbourg ! Malaise ! Les deux filles sont parties en coup de vent et je n’ai pas très bien compris, ni comment elles avaient pu arriver jusque là malgré les contrôles, ni comment elles avaient pu imaginer qu’un avion Alitalia avec ses fauteuils verts et ses hôtesses assorties pouvait bien les emmener en Alsace.
Après ma journée de travail, je prends l’autoroute jusqu’au Lac Majeur et je retrouve Azzurro sur une place d'Arona près du lac. Il est beau et très charmant. On roule décapoté jusqu’à Verbania où je n’avais pas mis les pieds depuis une douzaine d’années. Azzurro m’explique que Verbania est une agglomération issue du regroupement de plusieurs petites villes qui sont désormais des quartiers de Verbania. On a dîné ensemble à la Latteria, un restaurant très sympa.
Au retour, on s’est arrêté à Stresa, on a marché très longtemps dans la nuit, le long du lac en admirant quelques vieilles villas. Vers une heure du matin, on est montés ensemble jusqu’à la grande statue de Charles Borromée qui domine Arona, je l’ai raccompagné à sa voiture et je suis retourné à mon hôtel occupé par un groupe de vieux américains en vacances.

18733ème jour

Le concert Mahler des GMJO au Théâtre des Champs Elysées

Il y avait du beau monde ce soir au théâtre des Champs Elysées. Pierre Boulez en pleine discussion avec HLG, Renaud Capuçon sans sa Ferrari et son frère Gautier qui m’a gratifié d’un très beau sourire. Ils étaient tous deux venus applaudir leurs anciens collègues puisque c’est l’orchestre des Jeunes Gustav Mahler qui joue ce soir sous la direction de Philippe Jordan. En première partie, l’adagio de la Dixième, dont je me souviens bien peu de la qualité d'interprétation, sinon qu'elle manquait terriblement de tension. En seconde partie, le Chant de la terre, dans sa version avec baryton. La présence sur scène de Thomas Hampson et Burkhard Fritz étonne tant l'un est plein d'élégance tandis que l'autre a des airs de bucheron. Musicalement, le ténor fait ce qu'il peut dans cet oeuvre inchantable tandis que Thomas Hampson dont on sent de plus en plus qu'il n'a plus ses moyens d'antan, est extrêmement touchant. Philippe Jordan, quant à lui très attentif aux détails, parvient rarement à nous émouvoir au cours de ce concert un peu décevant.

18732ème jour

Ivo Pogorelich à Gaveau

La dernière fois que j’ai entendu Ivo Pogorelich, c’était à Clermont Ferrand en 1981 ou 1982. Peu de temps avant, je l’avais entendu lors de son premier récital au théâtre des Champs Elysées. Il venait de perdre avec fracas le concours Chopin de Varsovie mais avec la complicité de Martha Argerich, c’était lui la star. Il était mince, il était beau, il avait des allures de jeune prince des balkans, il jouait Scarbo de Ravel comme personne et il avait le monde à ses pieds. Je dois avoir dans ma cave un microsillon dédicacé par lui.
C’est un peu par curiosité que j’ai acheté une place pour son concert à Gaveau de ce soir, trente ans plus tard. Le programme est lui aussi une curiosité puisqu’il joue en un concert les deux concertos pour piano de Chopin dans la réduction (de Chopin lui-même) pour piano et quintette à cordes. Alors que les spectateurs entrent dans la salle, Pogorelich est déjà sur scène et il joue discrètement des accords et des arpèges lentes et un peu désordonnées. Il est à peine reconnaissable avec sa silhouette lourde, son visage émacié et son bonnet de laine qui cache son crane rasé.
Après le Quartettsatz de Schubert, bien inutile début de programme, c’est le Premier Concerto. Pogorelich entre en scène avec une démarche lourde et un sourire embarrassé. Il y a une longue négociation avec son tourneur de pages, au sujet de l’emplacement de ce dernier, afin de ne pas gêner les mouvements du pianiste et le pauvre tourneur, beau jeune homme blond à l’air timide, devra s’installer un bon mètre en arrière, l’obligeant à scruter la partition de loin et à se lever et à faire un pas à chaque changement de page. La partition a l’air antique, toutes les pages étant volantes. On aimerait qu’après une telle entrée en matière, le concert soit exceptionnel. Il n’en est rien. La balance entre le piano et le quintette est totalement déséquilibrée, Pogorelich jouant aussi fort qu’il le peut avec des contrastes exagérés, des arpèges se terminant systématiquement pour une note pointée, et un maniérisme totalement déplacé. J’ai hésité à partir à l’entracte, comme Alain Duhamel, mais je suis resté pour un Second Concerto en tout point commun au premier et même pour le bis du mouvement lent. Je suis rentré chez moi très triste.

18731ème jour

Leonardo

Alors que je rentre d’un déjeuner au Relais de l’Entrecôte avec l’une de mes filles, je constate que toutes les places de stationnement des rues autour de chez moi sont condamnées. En effet le lendemain, commence le tournage d’une publicité pour un opérateur de téléphone japonais en présence de Léonardo di Caprio qui touche à l’occasion un salaire de cinq millions de dollars.

18730ème jour

Buste

Le soir je retrouve HLG et Mark pour un dîner chez Karl et Erick. Nous parlons bien sûr de Mahler et projetons une expédition de Toblach jusqu’à Maiernigg pendant l’été. HLG m’apprend que le musée Rodin va rééditer le buste de Mahler en quelques exemplaires et malgré le prix astronomique, je suis très tenté de passer commande.

18729ème jour

Arnold

En fin de journée, je découvre qu’Arnold habite près de mon bureau et tenté par l’aventure, je vais le chercher chez lui. Il habite un petit immeuble neuf de Carrières sur Seine et il rejoint ma voiture sur son fauteuil roulant. Au cours de cette soirée, je deviendrai un pro du montage et démontage de fauteuil roulant. Alors que nous allons vers Paris il me raconte son accident dans un désert australien, l’attente des secours, puis le coma, le retour à la vie et son état tétraplégique pendant de nombreuses semaines, puis la stabilisation vers la situation actuelle où il n’a plus l’usage de ses jambes. C’est sa mère qui l'a persuadé de venir en France pour se faire soigner et tenter d’en retrouver l’usage dans une clinique réputée de la banlieue parisienne.
Je choisis de l’emmener au restaurant de l’Hôtel Trémoille car je me souviens que l’endroit est facilement accessible. On vient à peine de s’installer, moi sur une chaise, lui sur son fauteuil qu’une femme qui nous regardait depuis le bar s’approche et, sans même lui demander son avis, embrasse Arnold sur la joue et lui dit : "J’ai une fille comme vous". Arnold aurait aimé passer la nuit avec moi, mais je ne sens guère la situation et je préfère le ramener sagement chez lui.
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