18273ème jour

Saint Sylvestre à New York

J’étais un peu inquiet de ce nouveau trajet de plus de 700 kilomètres entre Montreal et New York alors que de nouveau, la neige était annoncée. Comme nous devions être impérativement être au MET à 18h30, nous avons décidé de partir à 7h00 du matin. Il y a eu un peu de neige dans le Massachussets mais beaucoup moins que dans le Vermont trois jours plus tôt et c’est en sept heures que nous sommes arrivés à Manhattan.
Balthazar étant une nouvelle fois complet (j’en arrive presque à détester ce restaurant) nous avons pris un late lunch au restaurant bio qui fait l’angle avec Lafayette Street.
Puis il était l’heure d’aller au MET pour Carmen. En ce dernier soir de l’année, le spectacle était dans la salle et le tout Manhattan était (comme il est logique) sur son 31. Roberto Alagna était, comme on l’imagine, un Don José de rêve avec une magnifique diction claire et une ligne de chant parfaite, juste un petit accroc dans la note aigüe de La fleur que tu m’avais jetée, que bien des ténors omettent d’ailleurs. Angela Georghiu avait déclaré forfait pour raisons personnelles (Le New York Times précise qu’elle est en pleine procédure de divorce avec Roberto Alagna) et elle était remplacée par la belle Elina Garanča dont j’étais un peu inquiet d’imaginer ce qu’elle pourrait faire du rôle de Carmen. Le résultat était en fait assez simple : chant parfait, diction abominable. Le reste de la distribution était porté par le très bel Escamillo de Mariusz Kwiecien. Cette nouvelle mise en scène de Carmen était assez classique, comme on pouvait s’y attendre au MET, mais très belle et très respectueuse de l’œuvre.
En sortant j’ai aperçu Renaud Capuçon et alors que je le signalais à mes filles (un peu inutilement puisqu’elles n’ont aucune idée de qui est Renaud Capuçon), une très jolie adolescente, qui ressemblait beaucoup à Laurence Ferrari, s’est retournée sur moi et m’a fait un très beau sourire.
Comme il pleuvait et que les alentours de Times Square semblaient absolument bondés, nous avons décidé de rentrer à notre hôtel et d’y fêter l a nouvelle année sans une goutte de champagne.

18272ème jour

Montreal II

Dans l’après midi, nous avons visité le très beau Musée des Beaux Arts de Montreal et en particulier l’exposition John William Waterhouse dont je connaissais quelques œuvres sans être capable de mettre un nom dessus. En fin d’après-midi, j’ai laissé mes filles à l’hôtel pour m’acquitter d’une mission singulière : aller chercher Gaëtan à l’aéroport Pierre-Eliot Trudeau, alors que celui-ci rentrait de vacances du Mexique. J’ai bien sûr un peu honte de n’être jamais allé le visiter depuis 26 ans alors que lui vient si souvent en France. Il semblait heureux de me voir là et à même pris une photo pour immortaliser l’instant.
Nous avons déposé ses bagages chez lui et nous avons retrouvé mes filles pour aller dîner dans un restaurant italien de Crescent Street. Gaëtan avait apporté avec lui une vingtaine de photographies à la couleur légèrement passée et que je n’avais jamais vues. Elles avaient été prises à Berlin lors de ma première visite dans cette ville en Juin 1990.

18271ème jour

Montreal I

Nous avons passé la journée à nous promener dans le centre, rue Sainte Catherine évidemment, mais aussi rue Notre Dame où j’ai été ému de revoir les beaux bleus sombres de la Basilique. Pour la première fois de ma vie, j’ai du m’acheter des gants, tant j’avais froid aux mains, même en glissant celles-ci dans mes poches. Nous avons aussi exploré les galeries sous-terraines bizarrement désertes qui relient les principaux centres commerciaux du centre ville. Le soir nous avons dîné un peu par hasard dans le quartier grec de la ville et à mon grand étonnement, le repas était absolument délicieux avec des entrées grecques typiques succulentes. Puis nous nous sommes rendus dans l’abominable MégaPlex marché central Guzzo du nord de la ville. L’entrée du parking était tellement saturée que nous avons du garer la Mustang sur le parking extérieur d’un centre commercial voisin et parcourir une centaine de mètres à pas vifs par moins vingt degrés. Et tout ceci pour voir Avatar en 3D et (hélas) en version française (sans accent). J’ai beaucoup aimé ce film, le monde bien à part qu’il invente même si son message quelque peu manichéen repose sur des bons sentiments un peu simplistes.

18270ème jour

Boston Montreal

Le matin, j’ai laissé mes filles se ruiner dans la boutique Abercrombie de Boston, puis nous avons pris la route de Montreal.
Très rapidement nous sommes entrés dans le Vermont et la neige s’est mise à tomber abondamment. A ma grande surprise, les conducteurs américains semblaient peu à l’aise dans l’exercice de conduite sur neige et nous avons croisé de nombreuses voitures au fossé, peut être une vingtaine en tout. Nous avons fait une pause amusante dans une petite station service de la campagne du Vermont. Ma fille ainée s’est retrouvée enfermée dans les toilettes et j’ai du faire appel à la patronne des lieux pour la libérer.
La radio s’est mise peu à peu à fonctionner en français et un peu plus tard, le passage du poste frontière s’est réalisé très facilement, sans même avoir à montrer les papiers de la Mustang.
Dès que l’on arrivait au Québec, les maisons étaient surchargées de décoration de Noël et une heure plus tard nous passions le Saint Laurent sur le Pont Montcalm en admirant le panorama sur le petit Manhattan du centre de Montreal. Nous avons déposé mes bagages au Novotel où je me demandais si je rencontrerais Jérôme qui, l’année passée, travaillait à l’accueil de l’hôtel. Nous avons dîné dans un restaurant français un peu ampoulé de Crescent Street et nous avons passé notre première nuit montréalaise, la première pour mes filles. Quant à moi, je n’étais pas venu depuis plus de 26 ans, ce qui revient au même.

18269ème jour

Boston

Nous avons passé la journée à découvrir la ville par temps très beau, mais très froid. Boston est une ville qui a indéniablement du charme mais que la taille rend quelque peu étriquée. On en fait vite le tour et nous sommes allés jusqu’à Harvard afin de visiter brièvement l’université.
En fin de journée, j’ai réalisé un rêve que j’avais depuis longtemps : assister à un concert au Boston Symphony Hall. Ce n’était hélas pas le Boston Symphony Orchestra qui jouait, mais les Boston Pops sous la direction de leur chef à l’enthousiasme communicatif Keith Lockhart. Je soupçonne la salle d’être légèrement sonorisée et je n’ai guère pu en apprécier l’acoustique. Il s’agissait du concert de Noël des Boston Pops, donné une vingtaine de fois en décembre et à part l’Alleluiah du Messie et quelques rares extraits de Casse Noisette, le programme était composé de pièces de Noël et de Medleys clairement destinés à des spectateurs venus en famille. Le pot pourri final a été repris en mode karaoké par toute l’assistance enthousiaste.
Je dois honnêtement reconnaître être sorti un peu déçu de ce spectacle et je garde en moi l’envie d’entendre le Boston Symphony dans sa salle.

18268ème jour

New York Boston

Le matin, je suis allé à l’agence Avis de Grand Central pour récupérer la voiture que j’avais réservée. La fille du guichet me propose une Mustang blanche et après avoir vérifié que le coffre peut à priori contenir nos cinq valises, je me laisse tenter. J’ai roulé une bonne heure un peu au hasard dans les rues de Manhattan et faire vrombir le moteur sur Park Avenue clairement au dessus de la vitesse autorisée était jouissif. En fin de matinée, je suis allé visiter avec E. et S. la Neue Galerie que j’ai eu plaisir à revoir, en particulier maintenant qu’elle accueille le magnifique portrait d’Adèle Bloch Bauer que j’avais vu la dernière fois au Musée du Haut Belvédère.
En fin d’après-midi, nous avons mis le cap sur le nord, puis sur Boston où nous sommes arrivés après cinq heures de route. Après s’être fait refuser dans un café restaurant de Beacon Street en raison de l’âge de mes filles, nous nous sommes retrouvés au Mooo, le restaurant du XV Beacon Hotel où j’ai dégusté les plus grosses et cependant les meilleures coquilles Saint-Jacques de ma vie.

18267ème jour

Noël à New York II

Ce sera sans doute un beau souvenir de ce jour de Noël que cette promenade à Columbia University puis dans Central Park enneigé en ce jour de Noël, moi, mes filles et leur mère.
Nous poursuivons notre promenade jusqu’au Flatiron que mes filles n’avaient pas encore vu, puis à Chinatown et aux environs de Ground Zero. Nous nous sommes ensuite promenés dans SoHo où nous devions retrouver E., S. et leurs filles, pour un dîner chez Balthazar qui était hélas fermé. Nous nous sommes rabattus sur Cipriani, un excellent italien de New Broadway Street.

18266ème jour

Noël à New York

Neuf autour de la table pour le dîner de Noël à mon cher rue 57.
Veillée de Noël chez les Episcopaliens de la Cinquième Avenue. Discours vigoureux et plein d’humour du Pasteur autour du mot "Incarnated". Je m’assoupis dix bonnes minutes malgré ses mots tonitruants. Le plaisir de brailler des psaumes en anglais avec E.

18265ème jour

Un cadeau pour G.

Alors que je passais chez Saks Avenue, j’ai trouvé un peu par hasard un très joli bracelet torsadé noir avec une fermeture en argent à l’attention de G. J’ai inscrit pour lui un petit mot dans une minuscule enveloppe et je l’ai laissé dans un point de dépôt UPS sur la Septième avenue. J’ai marché jusqu’à Union Square où j’ai commandé Taxi de Khaled Al Khamissi, livre qui n’existe qu’en traduction anglaise et qui raconte des histoires de taxis cairotes et que je rêve de lire depuis un article du Monde. On m’a promis une livraison avant mon départ de New York le 2 janvier. J’ai déjeuné tardivement avec des amis à ma chère Gramercy Tavern qui est l’un des endroits de New York où je me sens le mieux et que j’étais si heureux de faire découvrir à mes filles et à mes amis.
Le soir avec E., S. et leurs filles, nous sommes allés voir, sur les conseils avisés de Paris Broadway, la merveilleuse comédie musicale Finian’s Rainbow. Un livret plaisant, une musique merveilleuse, de bons chanteurs avec un vrai esprit de troupe, des décors agréables à regarder, un vrai orchestre pas ridicule en effectif jouant juste et bien. Ca devrait toujours être ainsi un Musical

18264ème jour

La vie reprend

C’est le dernier jour de ma tante et mon oncle à new York et j’emmène ce dernier admirer la vue depuis le Pont de Brooklyn. Il fait un temps froid mais magnifique. La vue et superbe et je pense bien sûr à ce 10 septembre 2001 où j’étais au même endroit.
A midi je prends une belle platée d’huîtres avec mes filles à l’Oyster bar de Grandcentral.
Dans l’après midi, c’est l’arrivée de V. Je suis ému de la voir à New York. C’est notre première fois ensemble ici. A l’aéroport, un jeune douanier lui a demandé si elle était déjà venue.
"- Oui ! répond elle. Il y a trente ans !
- Alors c’est comme si vous n’étiez jamais venue !" a-t-il conclu.
Le soir Elektra au Met dont je garderai le souvenir d’une œuvre particulièrement ennuyeuse et d’une mise en scène qui ne m’a guère aidé à sortir de ma torpeur.

18263ème jour

Ma petite Quincaillerie

Je trouve totalement ridicule de prononcer un discours à l’occasion de son propre anniversaire. Et c’est ce qui m’incite à le faire, afin de relever un tel défi. Sans doute aussi en souvenir de mon grand-père qui aimait tant les discours et à qui l’on refusait en permanence ce petit plaisir.
J’ai écrit ce texte en septembre au cours d’un vol entre Paris et Vienne et je ne l’ai pas relu depuis. J’ai pensé l’appeler « Recueil de morceaux choisis » ou aussi « C’était bien ! » car finalement, elles étaient bien ces cinquante années. Mais j’ai préféré retenir le titre de « Je me souviens », la belle devise du Québec, car je souhaite me souvenir de quelques instants passés avec vous au cours de toutes ces années.

Je me souviens du chalet, de ses volets rouges et de son vernis clair, puis de ses volets bruns et de son vernis foncé,
Je me souviens du Douglas qui se trouvait au milieu du champ et dont Papa et Maman aimaient se rappeler qu’il avait été un balai de chiottes,
Je me souviens d’avoir avalé un œuf entier, coquille comprise, alors que Maman avait le dos tourné,
Je me souviens du sol aux carreaux noir et blanc au Crest,
Je me souviens que j’aimais glisser le long de la longue barre de bois sous la table de la salle à manger,
Je me souviens que je dormais alors que Neil Armstrong marchait sur la lune,
Je me souviens de la Germaline dans la soupe et du Germicao dans le lait, du Pâté végétal de La Vie Claire,
Je me souviens que D. se mettait parfois de la bière, parfois du jaune d’œuf, pour stimuler sa chevelure,
Je me souviens des petites trompes de chasse avec lesquelles maman nous appelait, mon frère et moi, pour vérifier si nous étions encore en vie, alors que nous jouions dans les bois,
Je me souviens que de temps à autres, on entendait un outil faire un bruit métallique en tombant sur le sol du garage du père Bonhomme,
Je me souviens que Papa et Maman n’avaient jamais conçu qu’il y avait une certaine naïveté à donner comme nom à notre chemin, le Chemin de Pignols (avec un S),
Je me souviens que Papa aimait répondre aux questions du Jeux des mille francs que nous écoutions systématiquement pendant le déjeuner,
Je me souviens qu’il fallait faire silence pendant la Bourse présentée par Jean-Pierre Gaillard,
Je me souviens que nous n’avions pas la télévision, mais qu’on allait voir la Piste aux étoiles chez Bonne Maman,
Je me souviens de mon premier magnétophone à cassettes, acheté à Bâle le 18 août 1972,
Je me souviens que c’est à cette occasion que j’ai pour la première fois franchi une frontière, première d’une longue série,
Je me souviens que la concierge de Bonne Maman s’appelait Madame Aguado,
Je me souviens de la corniche du magasin du boulevard Desaix qui n’était jamais allumée et du marchand de gaufre qui officiait un peu plus haut, que j’avais droit aux gaufres sucre, mais jamais à celles à la chantilly,
Je me souviens de nos culottes anglaises de flanelle grise et que je me cachais dans un coin de la cour quand les Sixième passaient en se moquant de moi,
Je me souviens des Carambars, des Frais Suc et des pétards que l’on achetait chez la Mère Mas, rue Delarbre,
Je me souviens que Papa nous laissait au petit matin sur un parking à Clermont vers 7h30,
Je me souviens de défilés d’abbés que nous recevions à dîner, l’abbé de S. R., l’abbé BO., l’abbé BR, l’abbé C., l’abbé G.,
Je me souviens d’avoir serré la main de Valéry Giscard d’Estaing à Chamalières le soir du premier tour de l’élection présidentielle de 1974,
Je me souviens que pendant la messe du dimanche, Papa aimait à surveiller la moindre déviation par rapport au rite officiel,
Je me souviens de Papa qui nous annonce la mort de ma soeur et de l’impression d’un monde qui s’effondre,
Je me souviens de nos visites à Tauves pour se faire transformer en poupée vaudou par le Docteur P.,
Je me souviens de Bon Papa qui pleure en écoutant le deuxième mouvement du concerto en fa mineur de Chopin et qui aimait tant les ballets désuets du concert du Nouvel An,
Je me souviens des éternelles Peugeot de Papa la 403, la 404, la 504,
Je me souviens qu’il fallait les roder après leur acquisition,
Je me souviens qu’un jour, toi, ma grande sœur, tu m’as évité d’être éjecté de la 403 au virage de la Pierre Carrée,
Je me souviens que M.F. avait une Renault 10 grise avec ce qui me semble être un transistor dans la boîte à gants,
Je me souviens de Madame Faure Papier, mais pas de Madame Faure Bouchon,
Je me souviens d’une photo de Papa et Maman, prise pendant leur voyage de noces sur le Ponte di Paglio à Venise,
Je me souviens de la même photo que nous avons prise au même endroit 28 ans plus tard,
Je me souviens que ses deux photos n’existent plus aujourd’hui que dans notre souvenir,
Je me souviens de Nouba qui était adorable mais qui, sur ses vieux jours, puait un peu de la gueule,
Je me souviens du chapeau de Mamie que l’on appelait la morille et de ses manteaux qui avaient la senteur d’un autre temps,
Je me souviens d’avoir pris ses mains en photos, quelques jours après ces cent ans,
Je me souviens d’avoir promené Philippe en poussette près du château de Tübingen,
Je me souviens d’avoir pris la dernière photo de Bonne Maman dans le jardin du chalet à Orcines, alors qu’elle triait des pommes de terre du potager,
Je me souviens de l’infâme gazinière d’une maison de location a Saint Jean de Monts,
Je me souviens de l’abbé B. qui pétaradait dans les toilettes de Louveciennes,
Je me souviens de mon premier grand voyage a Montréal et a New York dans ta Renault Alliance, Gaëtan,
Je me souviens d’être allé avec toi à la Philharmonie de Berlin, l’année de la chute du mur, mais aussi à Nice, à Cantorbéry, à Rome, à Aix la Chapelle et au Mont Saint Michel,
Je me souviens que tu m’as dit que tu ne le reverrais plus, mais je te le redis, nous y retournerons,
Je me souviens de la messe que tu célébrais dans la petite chapelle du 61 rue Madame,
Je me souviens du dernier concert de Vladimir Horowitz à Paris, au théâtre des Champs Elysées, auquel assistait Serge Gainsbourg, et du dernier concert de Karajan à Paris, au même endroit,
Je me souviens d’avoir bu un whisky, avec toi, E., et Yves Montand place Dauphine peu après la mort de Simone Signoret,
Je me souviens d’avoir embrassé V. pour la première fois, la nuit, dans un champ de blés dans l’Eure,
Je me souviens qu’il pleuvait, place de la Concorde le jour de notre mariage,
Je me souviens d’être tombé amoureux de Bali et d’être heureux dans les rizières près d’Ubud,
Je me souviens de votre mariage chers E. et S., à Rome, et de Julio qui chante le premier air de Léporello,
Je me souviens de la Marche des Prêtres de La flute enchantée, jouée à l’orgue à la Trinita dei Monti,
Je me souviens d’un discours (déjà) où il est question de Séraphins,
Je me souviens d’une chaîne d’amis dans les jardins du Pincio,
Je me souviens des antipasti vegetale de la Carnonara sur le Campo dei Fiori,
Je me souviens du premier concert parisien de Jeff Buckley au Passage du Nord Ouest,
Je me souviens des 80 ans de Charles Trenet à l’Opéra Bastille,
Je me souviens de t’avoir tenue dans mes bras, ma chérie, pour la première fois et d’avoir compris ce jour là que ma vie avait changé pour toujours,
Je me souviens d’avoir eu le même sentiment deux autres fois dans ma vie,
Je me souviens de V. qui m’annonce la mort de Bon Papa alors que j’étais dans la salle de bains de Bandol,
Je me souviens, Catherine, de tes quarante ans fêtés a Londres,
Je me souviens d’avoir fait un tête à queue sur une autoroute enneigée en Bavière,
Je me souviens de vos petits imperméables roses à Rome et sur la côte amalfitaine,
Je me souviens du film de Milos Forman, Amadeus, et de la Mélodie du Bonheur,
Je me souviens de D. qui vous a donné tant d’amour et de bonheur,
Je me souviens que nous dansions la nuit devant les phares de la Jaguar, sous le figuier de Volterra,
Je me souviens que nous chantions En sortant de l’école en Italie, en Grèce, en Californie et en Angleterre,
Je me souviens que nous jouions au Barbu à Paris et à la Scopa devant l’Hôpital de Venise,
Je me souviens de Victoire qui tous les matins disait à son moniteur de ski "Aujourd’hui je ne veux pas faire de Ki !",
Je me souviens de onze jours passés ici, à New York avec Maman, au moment du onze septembre 2001,
Je me souviens qu’un jour à Rome, nous avons été trempés jusqu’aux os par la pluie, juste le temps de recapoter la voiture,
Je me souviens de Tre-Pet-Pet,
Je me souviens, M. que malgré tes huit ans, tu ne dormais pas, lorsque nous avons dîné avec Pierre Boulez à Bozen,
Je me souviens que nous avons traversé le Golden Gate tous les quatre en vélo,
Je me souviens que vous me réclamiez le disque de Mika,
Je me souviens qu’A. pleurait quand on a accompagné sa grande sœur à Roissy pour son premier grand séjour d’adulte,
Je me souviens du Café di Roma, de mes pâtes à la crème que je vous ai préparées un peu trop souvent,
Je me souviens du Lièvre Gourmand, baptisé meilleur restaurant du monde,
Je me souviens d’être allé soixante ou soixante dix fois, je ne sais plus très bien, à Istanbul,
Je me souviens de Hong Kong, de Seoul, de Minsk, de Dubai, d’Oman, de Kiev et de Moscou,
Je me souviens qu’il neigeait sur les canaux gelés de Saint Petersbourg, alors que je sortais du théâtre Mariinski,
Je me souviens d’avoir roulé au milieu de la nuit, de Bratislava jusqu’au sommet du Kahlenberg, où j’ai assisté au lever de soleil magique sur la ville de Vienne, juste avant d’aller me recueillir quelques instants, à l’aube, sur la tombe de Mahler dans le cimetière de Grinzing,
Je me souviens d’un jour triste où je suis allé chez toi PA, à Neuchâtel,
Je me souviens d’un jour gai où alors que toi et moi, étions assis pour une réunion de travail à Bucarest face à Maria, je me suis levé en te glissant à l’oreille : "***"
Je me souviens d’une église introuvable et d’un beau mariage à Bucarest,
Je me souviens de vous avoir proposé de fêter mon anniversaire à Rio ou à New York,
Je me souviens d’avoir été très heureux, tant ce jour était illuminé par votre présence à tous,
Je me souviens de l’Empire State Building,
Je me souviens du spectacle de Noël de Radio City Hall,
Je me souviens du Tribeca Grill,
Je me souviens avoir espéré que la vie nous donnerait encore beaucoup de moments de bonheur tous ensemble.
Je me souviens vous avoir souhaité une excellente fin de séjour à New York.

18262ème jour

La Cinquième de James Levine à Carnegie Hall

A l’atterrissage en regardant par le hublot, on ne voyait que du blanc. Une vraie tempête de neige. L’avion reste immobilisé une heure sur la piste blanche. On sort enfin de l’avion. Peu de monde au contrôle des passeports. Je me renseigne sur l’état du trafic pour rejoindre Manhattan et la fille du guichet d’information me dit –à tort- que tout va bien. Il faut en fait se battre pour avoir un taxi. La chance aidant, nous tombons sur un 4*4 japonais qui accepte jusqu’à cinq voyageurs et qui tient beaucoup mieux la route sur neige que les vieilles Ford habituelles. Les conditions de circulation sont un peu limite. Et il nous faut plus d’une heure trente pour rejoindre Manhattan. Ma sœur est à l’hôtel en pleine discussion avec Gaëtan. C’est si étrange de les voir là tous les deux.
Ce matin nous retrouvons mon oncle et ma tante qui sont au Parker Méridien tout proche. Depuis quelques jours ils ont l’habitude de leur petit déjeuner au Café Europa, en face de Carnegie Hall et il deviendra à mon tour mon quartier général du matin.
Nous avons marché jusqu’au Pershing square où nous retrouvons E., S. et leurs filles. Nous sommes treize à tables et presque au complet par rapport à l’effectif complet du lendemain.
L’après-midi, E. a la gentillesse de m’accompagner à Carnegie Hall pour un concert de l’orchestre du MET sous la direction de James Levine. Depuis le dernier balcon, nous entendons les rares Sea Pictures d’Edward Elgar, chantées par Stephanie Blythe, et un peu décevantes. Puis nous descendons à l’orchestre pour une Cinquième de Mahler guère convaincante, un peu trop maniérée.
Je maudis la spectatrice juste devant moi dont le parapluie a chu de façon très prévisible et le gamin de derrière qui a ronflé pendant l’Adagietto (pris beaucoup trop lentement et beaucoup trop romantiquement).

18261ème jour

Paris Amsterdam New York

J’étais un peu inquiet de cette route Paris Amsterdam à la mi décembre alors que la neige est un peu partout en Europe. Mais malgré des pronostics météo très indécis, c’est sur une route très sèche et en moins de cinq heures que nous avons rejoint Amsterdam. A peine arrivés, nous avons garés la voiture au parking à ascenseur de Regulierstraat et j’ai bien sûr fait goûter le hareng local à mes filles. Après un passage chez Concerto et un déjeuner léger, nous nous sommes rendus à Schiphol pour cet envol si attendu, dans un 747 bleu ciel de la KLM.

18260ème jour

Dernier jour

C’était aujourd’hui mon dernier jour de travail de l’année et cinq collègues ont eu la gentille attention de m’organiser un pot avec quelques cadeaux touchants.
A l’heure qu’il est (une heure du matin) je n’ai toujours pas commencé à préparer ma valise alors que le réveil est déjà réglé sur cinq heures du matin.

18259ème jour

La Deuxième de Mariss Jansons à la salle Pleyel

Il était difficile de trouver un jour pire que ce 17 décembre pour organiser un concert tant le froid, la neige et la grève des transports rendaient aléatoire tout déplacement. La salle n’était donc pas pleine comme elle aurait du l’être. Il était fascinant de réentendre la Deuxième Symphonie dans l’acoustique de Pleyel et j’étais un peu inquiet de la possible accentuation des défauts du concert d’Amsterdam. Hasard de la forme des orchestres, la prestation de ce soir était quasi parfaite, un véritable enchantement. Je pense n’avoir jamais entendu un deuxième mouvement aussi merveilleux, et les 91 membres du chœur de Radio France se sont vaillamment tirés de leur tâche exigeante. Juste un petit détail : le chef des chœurs devrait exiger une immobilité totale des chanteurs pendant au moins les dix minutes précédant leur intervention. Les bruissements de partitions annonciateurs de leur entrée détruisent totalement l’effet de surprise du chant assis.
C’était cependant une soirée rare et j’ai pour une fois été très fier du public hivernal parisien d’un silence et d’un recueillement absolument impressionnants.

18258ème jour

Mausolée

Ces jours de décembre sont emplis du Mausolée des amants d’Hervé Guibert dont je m’étonne de ne l’avoir lu plus tôt, tant je suis séduit par la forme apparemment brouillonne de ce journal, de son côté cru et aussi de cette observation mi tendre mi cruelle de la vie de l’auteur sur une période allant de 1976 à 1991. J’en reproduis ici deux extraits qui m’ont marqué.

L’homme au restaurant, assis en face de moi, qui est saisi d’un trouble tout à coup, et qui rejette son repas dans l’assiette de fromage, le dentier tombe avec le dernier hoquet. La gêne limitrophe de la nausée. La patronne l’attrape : « Mais qu’est ce qui vous est arrivé ? Ca ne se fait pas ! Vous auriez du aller à la cuisine. On va vous changer votre assiette. » L’homme s’est retrouvé tout à coup de son malaise, mais un peu honteux, et les joues creusées, amollies par l’absence de dents. Il a ramassé le dentier dans le dégueulis et l’a rincé avec la carafe avant de le remettre dans sa bouche. Ce spectacle comme une manifestation de ma propre maladie.

Je voulais décrire le moment vécu avec T., hier soir, à son retour, ce moment excessif de plaisir suffocant, de flottement chaud quand planté dans mon cul, derrière moi, je lui fis face tout à coup, entièrement, sans me détacher de lui, pou l’embrasser. (Et cette impression de puiser le vice à la narine, de s’alimenter à une même source sexuelle, à une même dépendance.)


Hervé Guibert
Le mausolée des amants – Journal 1976-1991
© 2001

18257ème jour

J-6

Dîner tout simple dans un hôtel de Roissy avec mon oncle, ma tante et ma sœur qui partent demain pour New York et qui seront les premiers maillons de la chaîne présente la bas dans six jours.

18256ème jour

Cracovie Katowice Dortmund Paderborn Essen Cologne Paris

J’aurais pu me lever un peu plus tard, et me rendre à la dernière minute à l’aéroport de Katowice, confortablement installé à l’arrière d’une grosse Mercedes. Cela m’aurait sans doute couté quatre cents Zlotys. Mais je n’ai pas su résister à la tentation de me lever à 1h45, de prendre un taxi à 2h00 qui m’a déposé vingt minutes trop tôt à la gare des bus de Cracovie où un petit groupe composé de travailleurs polonais, de jeunes routards et d’un sikh au majestueux turban rouge se tenait, attendant comme moi dans le froid polaire le minibus Wizz. A l’heure précise, il est arrivé, et je me suis installé devant, à côté du chauffeur. On est partis, évidemment au son acre d’une radio polonaise et les flocons surgissaient dans la lumière des phares. Nous avons fait un stop dans le centre si laid de Katowice, stop qui s’est avéré bien inutile puisque nous n’y avons pris aucun passager. Le minibus a repris sa course, nous sommes passés par un étrange hasard devant le siège d’ING où j’ai passé de nombreuses journées voici deux ans, et nous sommes arrivés bien trop à l’avance à l’aéroport. Malgré le dégivrage de l’appareil, nous sommes arrivés parfaitement à l’heure à Dortmund. J’ai retrouvé ma voiture sur la parking de l’aéroport et la seconde bouteille de champagne n’avait même pas gelé.
Je suis allé jusqu’à Paderborn pour une réunion de travail, puis j’ai repris la route en sens inverse, retraversé pour la troisième fois en trois jours le centre ville de Dortmund et je suis allé jusqu’à une rue assez laide de la banlieue nord de Essen où j’ai retrouvé enfin celle que je cherche depuis plusieurs années : la Facet Millenium. Elle était en parfait état, elle portait au verso le numéro 0944/2000 qui m’a semblé de bon augure. Je l’ai aussitôt mise à mon poignet.
J’ai repris la route de la France et j’ai fait une halte Saturn / Saucisse à Cologne. Vers Aix la Chapelle, j’avais tellement envie de dormir (18 heures que je m’agitais après une nuit de moins de deux heures) que je me suis arrêté sur une aire d’autoroute pour dormir cinq ou dix minutes, je ne sais pas très bien, le temps que le froid vif ait pénétré l’habitacle et me réveille en sursaut.
A 22h30, j’étais à Paris.

18255ème jour

Cracovie

Je ne fais rien de la journée, je reste au chaud à l’hôtel à lire Le Mausolée des amants d’Hervé Guibert.
Le soir, je traverse les rues glacées de Cracovie et j’attends de nouveau Voytek près des petites boutiques de Noël de la place du Marché en sirotant un vin chaud aux épices. On dîne dans un restaurant russe à la salle sans charme où une télévision balance les images sans grâce d’une chaîne russe. Je prends un bortsch ukrainien et deux verres de vin georgien. Voytek me raconte ses voyages, sa vie cachée auprès de ses amis et de sa famille. Il s’est trouvé une petite amie gambienne qui vit en Ecosse avec qui il a couché mais qu’il voit très peu. Il l’a présentée à sa famille cette année. Sa grand-mère lui a dit devant elle : "Mais… elle est noire !" C’est la première fois qu’elle voyait une black.
Sa mère a tout de la mère juive, hyper protective et possessive. Il y a deux ans, Voytek l’a emmené en vacances à Antalya. Un soir, sa mère a légèrement bu et a commencé à lui raconter des petits secrets de famille, que elle et son mari ne voulaient pas d’un deuxième enfant, qu’elle voulait le faire adopter mais qu’en le voyant après sa naissance à l’hôpital, elle l’a trouvé tellement mignon qu’elle a décidé de le garder.
Après dîner j’accompagne Voytek a son arrêt de tram. On se serre dans les bras l’un de l’autre. Peut-être se reverra-t-on à Paris en janvier. Je rentre à mon hôtel pour une heure trente de sommeil.

18254ème jour

Voytek

Je gare ma voiture sur le parking, glisse l’une des deux bouteilles de champagne dans ma valise et laisse l’autre dans le coffre, puis j enregistre pour le vol Wizz de Katowice. Je prends un bretzel et un verre de jus de pomme avant d’embarquer dans l’Airbus rempli de polonais qui rentrent en Silésie, sans doute pour le week-end. On atterrit à l’heure et devant le petit aéroport de Katowice, se tient le minibus Wizz qui m’emmène à Cracovie. Il commence à neiger et malgré ces premiers flocons, le chauffeur fonce sur la route au son de chansons de variété polonaises qu’il impose à tous ses passagers. A un moment, il écrase la pédale de frein, car un camion qui traverse la route s’est immobilisé devant nous. On s’arrête à temps, alors que je me dis que la nouvelle de mon hospitalisation ou de ma mort en Pologne aurait mis un certain temps à parvenir à Paris, personne ne me sachant ici et plus drôle, ma voiture serait restée sans doute longtemps seule sur le parking de l’aéroport de Dortmund.
Je dépose mes affaires à mon hôtel qui est juste en face de la Philharmonie de Cracovie où, hélas, il n’y a rien d’intéressant ce week-end. Je parcours le centre ville de la plus jolie ville polonaise, j’achète pour moins de dix euros le nouvel enregistrement de Rafał Blechacz des deux concertos de Chopin, captés en juillet dernier au Concertgebouw.
Le soir je retrouve Voytek au milieu des boutiques de Noël de la place du marché. A mon étonnement, il est aussi beau que sur ses photos de mannequin avec ses pommettes slaves, ses yeux bleus en amande et sa houppette à la Tintin. On va boire des cocktails dans un bar, puis on dîne dans le restaurant assez chic d’un hôtel du centre dans une salle où il n’y a que quelques couples de Varsovie. La discussion est agréable, Voytek a beaucoup voyagé pour ses photos, il découvre avec moi le Prosecco et le foie gras dont je ne lui explique pas le procédé de fabrication. Lorsqu’on quitte le restaurant vers minuit, il fait un froid sibérien mais il tient à me montrer le château qu’il connaît parfaitement du fait de ses études de tourisme. On va à mon hôtel et on commande une bouteille de vodka et deux verres. Sa mère commence à l’appeler à intervalles réguliers. Il l’envoie promener mais me prévient qu’il va devoir rentrer. Le pouvoir désinhibant de la vodka aidant, je lui dis que je ne laisserai pas partir avant de l’avoir sucé. Il n’a pas l’air contre l’idée et c’est finalement après cinq appels de sa mère et vers cinq heures du matin qu’il rentrera en taxi chez lui.

18253ème jour

Stockholm Paris Dortmund

Le matin je quitte Stockholm sans besoin d’y revenir sans doute pour assez longtemps. Je retrouve ma voiture à Roissy et je prends la route du Nord. Je m’arrête au supermarché Auchan de Valenciennes pour acheter deux bouteilles de champagne et je poursuis ma route jusqu’à Liège, Cologne et Dortmund. Je passe la nuit dans un hôtel ibis minable, en pleine zone industrielle.

18252ème jour

Electro-Luxe

Je prends le vol de Stockholm du matin, puis mon cher Arlanda Express. Bizarrement je suis cette fois dans un hôtel assez minable, à deux pas du Konserthus où a lieu la remise des prix Nobel. Je passe chez NK où je trouve le nouvel enregistrement de la Septième de Mahler de Mariss Jansons. J’achète aussi un petit porte-clefs qui représente Winnie l’ourson et au prénom de Gustav. J’avais acheté le même marqué Vincent à l’attention de G. en septembre, mais je n’ai jamais eu l’occasion de le lui donner et au final, c’est Anat le russe qui me l’a pris à Istanbul.
Le soir, dîner au Lux, l’une des rares tables étoilées de Stockholm et qui se tient dans l’ancienne cantine des employés d’Electrolux. C’est le genre d’endroit que les suédois adorent et que les français trouvent un rien surfait.

18251ème jour

Fantasmes

Longue discussion téléphonique dans la nuit avec Alexandre, étudiant aux Beaux Arts et qui adore la musique. J’ai un vol tôt le lendemain matin et je n’ai pas le courage d’aller jusque dans le seizième arrondissement pour le rencontrer. Nous nous contentons d’évoquer au téléphone le fantasme commun et jamais assouvi d’une relation sexuelle dans une loge du Palais Garnier pendant une représentation.
Un peu plus tard, je reçois sa photo par SMS. Il est jeune mais plutôt laid.

18250ème jour

Décembre

Comme souvent les soirs de décembre, plus d’une heure de trafic pour rentrer du bureau. Comme toujours beaucoup de difficulté à garder mon calme dans cette situation.

18249ème jour

J.

Dîner au Persil-Fleur avec J. qui me raconte ses déboires habituels avec sa compagnie aérienne haïe. J’ai beaucoup ri à l’anecdote de l’employé au sol (black) qui le traite de raciste, alors que J. a une relation plus vraiment nouvelle avec une jeune beauté noire.

18248ème jour

La Deuxième de Mahler au Concertgebouw

J’ai pris mon petit déjeuner chez Keyzer, puis je me suis baladé dans le centre, je n’ai pas su résister à l’appel du hareng aux oignons de Spui et j’ai rejoint Paris Broadway qui déposait sa valise à la consigne de la gare. On a pris une part de gâteau dans le petit café en entresol de Pieter Cornelisz Hooftstraat où un chat affectueux a coutume de dormir devant le feu.
Nous avons décidé de revendre la place de Paris Broadway plutôt que celle que j’avais achetée pour G. J’imaginais pourtant bien qu’avec mon odeur d’oignon et ma toux persistante, je n’étais pas en ce jour un compagnon de concert idéal. Nous étions fort bien placés, juste dans l’angle sud du balcon. Cette Deuxième de Mahler a été légèrement en deçà de mon attente en raison d’une multitude de petits détails et surtout de l’imperfection de l’ensemble du premier mouvement, pas très propre, malgré une entrée en matière époustouflante, toute de tension. Mariss Jansons respecte la pause suggérée par Mahler à la fin du premier mouvement et il réussit fort bien à éviter les applaudissements à son retour sur scène. Le deuxième mouvement était absolument sublime, dirigé très lentement par un Jansons sans baguette, ou plutôt ciselé somme une miniature. Le Urlicht a été chanté de manière très belle et très engagée par une Bernarda Fink qui a incroyablement progressé depuis quelques années que l’avais entendu à la Cité de la Musique. Mais le clou de ce concert était le dernier mouvement proche de la perfection. Les fanfares de coulisses étaient justes (ce qui est rare) mais aussi à un niveau sonore idéal. Le chœur était absolument prodigieux, en particulier les basses qui conféraient un côté russe au chant de Klopstock. Et Mariss Jansons a bien sûr l’intelligence de faire chanter le chœur assis, ce qui permet à ceux qui ne connaissent pas l’œuvre d’être surpris, et aux autres de ne pas être dérangés par un mouvement inutile et bruyant. En revanche, le chœur s’est levé un peu tard, le meilleur moment étant tout en chantant Bereite dich ce qui donne un effet irrésistible au passage. J’étais en larmes à la fin de la symphonie, et heureux aussi de d’entendre pour la première fois l’orgue du Concertgebouw dont je ne suis pas sûr désormais qu’il serait l’instrument idéal pour la Troisième Symphonie de Saint-Saens.
Retour calme sur Paris par le vol KLM du soir, et satisfaction d’arriver chez moi avant Paris Broadway parti bien avant moi par le Thalys.

18247ème jour

Paris Amsterdam

Déjeuner avec S. un peu plus calme que deux semaines plus tôt. Je suis avec mes filles, elle est avec une jeune adolescente de Carinthie, qui est la fille de Viola, la petite amie (d’il y a vingt cinq ans) de son fils. On avait passé un été formidable tous ensemble en Andalousie, j’avais 23 ans et j’avais beaucoup flashé sur Viola. Je sais qu’elle aurait beaucoup aimé un plan à trois avec son chéri et moi, mais j’étais d’une timidité tellement maladive à cette époque que rien ne s’était produit. On s’appelait Mein Cousin et Meine Cousine à l’époque, c’était amusant, et je me souviens qu’elle se moquait de moi avec S. et qu’elles disait de moi : "Er lacht wie eine Jungfrau!"
Je n’ai pas revu Viola depuis cette époque, mais, au cours du déjeuner, sa fille l’a appelée, nous avons discuté quelques instants et nous nous sommes refait du Mein Cousin et Meine Cousine.
Le soir je prends le vol d’Amsterdam, puis le train de Schiphol à Centraal Station. Je m’assois dans l’un des taxis qui attendant devant la gare, mais comme le chauffeur m’a annocé que le prix était forfaitaire et de vingt Euros, j’en suis sorti aussitôt et je me suis rendu à mon hôtel, tout proche du Concertgebouw, en tramway.

18246ème jour

Ma Facet I

Abominable retour en voiture du bureau, au cours duquel je dois changer cinq fois d’itinéraire, alors que ma fille m’attend au Panthéon sans téléphone. Je reçois des SMS d'inconnus à qui elle emprunte le téléphone et nous décidons de nous retrouver chez moi.
Le soir, alors que ma fille regarde L’âge de Glace, je découvre un commentaire de Clément qui a découvert mon blog. C’est un peu gênant qu’il puisse tout savoir de moi (s’il en a le courage) alors que je ne sais rien de lui mais qu’importe…
Juste avant d’aller me coucher, je lance un peu par hasard ma requête de recherche de montre Dunhill Facet Millenium et à ma grande surprise elle m’indique qu’une montre est aux enchères jusqu’au lendemain à onze heures. Il y a une option d’achat immédiat à un prix prédéfini et je l’achète aussitôt. Je reçois alors un e-mail m’indiquant que la montre se trouve à Essen, alors que je dois me rendre à Paderborn dans dix jours. J’y vois un signe du destin et que cette montre et moi, nous étions définitivement faits l’un pour l’autre.

18245ème jour

La blague du jour

Un collègue doit se rendre à Rome en janvier pour un séminaire. Je raconte à tout le monde : "Il est vraiment con, il a pris un billet pour Florence ! (Sa femme s’appelle Florence et le rejoint pour le week-end.)
A part ça, excellent dîner au Bistro d’à côté de la rue Flaubert.

18244ème jour

Où je retrouve des amis

A midi j’ai enfin retrouvé ma valise qui est comme neuve après sa réparation (gratuite).
Je passe aussi déposer mon ancien (nouveau) iPhone en panne et au grand amusement de mon collègue présent, le type de chez UPS m’accueille au son d’un : "Bonjour Monsieur V. !"

18243ème jour

Ras la pomme VI

Je dois finalement l’accepter : mon cinquième iPhone de remplacement, le sixième que j’utilise depuis le mois d’août, fonctionne normalement.
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