16447ème jour

2004

Et trois cent soixante cinq jours de plus. Difficile de faire un bilan de cette année. Elle restera sans doute celle de ce nouveau travail, de plus de deux-cents heures d'avion, de deux-cent-mille kilomètres parcourus sur trois continents, de mon retour à Bali, de ces douces vacances en Sicile, du temps qui passe toujours plus vite.

16446ème jour

Air Crash

Mon client turc m'a raconté qu'il y a quelques années il se rendait en avion en Azerbaidjan par la compagnie locale. La langue du pays est très proche du turc et ils se comprennent bien entre eux. Pendant le vol, l'hôtesse annonce très calmement : "Mesdames, Messieurs, nous vous informons que nous allons nous crasher dans vingt minutes. Veuillez attacher votre ceinture et redresser votre tablette." Léger émoi chez les passagers turcs. En fait il y a des quelques différences entre les langues et les azerbaïdjanais utilisent pour atterrir, le mot turc signifiant s'écraser.

16444ème jour

Phi-phi

Mon premier grand voyage en Asie était dédié à la Thaïlande. Un combiné Bangkok/Phuket fort classique pour lequel j'avais choisi les plus beaux hôtels imaginables à l'époque : L'Oriental à Bangkok et le Phuket Royal Yacht Club, devenu depuis un Méridien. Phuket m'avait profondément déçu. Cette rentabilisation au maximum du tourisme, les immondes tours de béton et les bars à pute de Patong m'avaient fait jurer de ne jamais y remettre les pieds.
Seul un endroit m'avait ébloui. La petite île de Phi-phi, distante de Pukhet de trente minutes seulement en bateau. Elle a la forme d'un os court dont les deux côtés seraient deux plages de rêve, de formes incurvées, qui se tournent le dos, à seulement une centaine de mètres de distance l'une de l'autre. On trouve aussi sur cette île la fameuse Maya Beach où fut tourné le film La Plage. Je me souviens y avoir pris la photo d'un petit chat qui dormait sur la toiture de l'un de ces mini-temples que l'on trouve à l'entrée de chaque maison thaïlandaise.
La vague est passée. L'île est ravagée.

16442ème jour

Au feu

J'avais réservé mon aller retour Paris/Clermont-Ferrand il y a deux semaines, profitant d'avoir enregistré pour le vol de Milan pour filer à la gare TGV de Roissy récupérer mes billets avant l'embarquement de l'avion. Découvrant que je pouvais rejoindre Clermont directement de Milan par les airs, je me retrouvais avec un billet aller en trop. Jeudi dernier, alors que je me trouvais au départ de Milan à Roissy, je refile à la gare TGV pour échanger ledit billet pour un autre identique une semaine plus tard. Je cours, je me dépêche et malgré la file d'attente d'une dizaine de passagers, j'embarque, en dernier, dans l'avion, avec mon précieux sésame.
Dimanche dernier, alors que j'étais chez ma soeur. Je prends ma pochette SNCF, je me dis machinalement "tiens, je me débarasse de l'aller utilisé" et hop! je le flanque au feu. J'ai même pris le malin plaisir de montrer à ma fille comme les papiers thermiques des billets SNCF noircissent totalement en les approchant de la flamme.
J'ai évidemment brûlé mon billet non utilisé que j'avais eu tant de mal à obtenir, puis à échanger.

16441ème jour

Un bon coup

Dîner de Noël hier soir. Au menu, notamment, du cou d'oie farci sur un lit de choucroute. Mon ex-belle mère, qui a un bon coup de fourchette demande à reprendre du cou. Je la sers. En revenant de la cuisine, je déclare "Du coup, il n'y en a plus."

16440ème jour

Milan/Clermont-Ferrand en vol direct

7h00. Lever aux aurores à Milan pour terminer l'offre que nous devons à notre client pour le soir. J'ai le plaisir de signer pour la première fois de ma vie une lettre entièrement rédigée en italien. Mes collègues m'ont expliqué qu'il convenait d'écrire manuellement Caro Fabio en tête du courrier et d'inscrire également à la main Cordiali Saluti à la fin.
10h30. Un chauffeur privé vient me chercher au bureau. Une belle Jaguar noire flambant neuve. Bizarrement cela coûte moins cher qu'un simple taxi. Le conducteur est charmant, derriere ses airs de mafioso repenti. Il m'explique que la semaine prochaine, il va conduire un riche milanais de Milan à son château de Bayeux pour passer le nouvel an. En moins de vingt minutes, nous parcourons les quarante kilomètres qui nous séparent de l'aéroport de Malpensa.
Nous partons en bus vers l'avion à hélice qui va m'emmener vers l'Auvergne. Un Saab 200 tout blanc, sans aucune inscription. Les fauteuils sont en vieux cuir bleu avec une odeur d'hôpital. Je ne peux pas tenir debout dans l'allée centrale. L'avion s'élance sur la piste. J'avais oublié que les hélices créaient autant de vibrations. Nous survolons les Alpes par temps très clair, puis nous traversons l'épaisse couche nuageuse au dessus de l'Auvergne et nous atterrissons en douceur sur la piste de l'aéroport de Clermont Ferrand.
Ce soir c'est Noël.

16439ème jour

Nouvelles turqueries II

De retour de Dijon, mardi soir, comme nous avions une petite heure avant le dîner, j'ai proposé à mes deux clients turcs un rapide shopping dans Paris. L'un des deux voulait un harnais pour sa chienne, l'autre du fromage. Chacun son truc. Nous voila partis quai de la Mégisserie. Nous faisons toutes les animaleries. Il y a des harnais, mais aucun ne convient. "On ne trouve vraiment rien à Paris" me dit l'acheteur bredouille en souriant. Apercevant une pharmacie alors que nous passons rue de Rivoli, son compère me dit qu'il souhaite y entrer. Il achète plusieurs boîtes jaunes mystérieuses mais à l'air déçu de ne pouvoir en prendre plus. Nous repartons en quête d'un marchand de fromages. Nous en trouvons un malgré l'heure tardive et je l'oriente vers quelques choix de saison : du Saint-Marcelin et du Vacherin notamment. En face du fromager, il y a une autre pharmacie. Je lui suggère de compléter sa collection de boîtes jaunes. Merveille! Il y en a au moins une dizaine. Il a l'air ravi. Juste avant de payer, la pharmacienne lui déclare : "Alors pour les hémorroïdes, je vous recommande de prendre également ce produit. Il est très efficace!"

16438ème jour

Retard inédit

Tous mes vols de décembre ont eu du retard. Ce matin, alors que j'arrive а Roissy vers 6 heures pour le premier vol de Milan, je regarde le panneau des départs qui indique MILAN-LINATE 07:00 A L'HEURE. Incroyable.
L'embarquement démarre а 6h20 comme prévu. Embarquement par bus comme souvent depuis l'accident du 2E. On arrive devant l'avion. Je remarque une belle couche de givre sur les rembardes de la passerelle d'accès à l'avion. On s'installe. Pas grand monde, J'ai la rangée pour moi. Le temps passe. Vers 7h15, le commandant de bord nous annonce qu'un technicien de maintenance, alors qu'il faisait le tour de l'avion pour l'inspecter, a glissé sur la piste, est tombé, et s'est cassé la jambe. Il est donc étendu au sol, juste derrière l'avion qui ne peut donc reculer. Les pompiers sont intervenus et nous sommes partis avec une heure de retard. Pile poil.

16437ème jour

La division qui tue III

C'est étrange, mais la division de 16437 par 365,25 entraine un résultat dont la partie décimale est plus éloignée de l'unité que celui de la division de 16436. Cette anomalie est probablement due au fait que 2004 est une année bissextile et que je viens donc d'avaler un 29 février dans sa totalité.
Mon téléphone n'a pas arrêté de sonner aujourd'hui, ou de recevoir des SMS, dans des quantités jamais atteintes. C'est agréable de voir que ses amis pensent à soi. A mon tour de faire un petit bonjour à Michael qui était le premier, à Stefano, tigger, Dalila, Lorenzo, Eric, Sabine, Rafaelle, Hani et plein d'autres qui ont pris le temps de me laisser un petit message.
Il y a quelques temps, j'entendais Georges Prêtre parler de ses 80 ans récemment atteints et il indiquait que désormais il fêterait son anniversaire à reculons, donc 79 ans l'année prochaine puis 78..etc... C'est une bonne idée. Je devrais peut être l'adopter. Mais finirais-je dans ce cas ma vie avec un âge positif?

16436ème jour

Le sommelier dijonnais

Je passe deux jours complets avec mes clients turcs. Parfois un peu de tension lorsque l'on parle de notre projet ou lorsque l'on a l'imprudence de se laisser entrainer sur des sujets politiques, mais surtout beaucoup de complicités, de fous-rire et de bonne humeur.
Nous avons dîné ce soir dans un restaurant sympathique de Dijon où un faisan aux marrons et au foie gras m'a fait entamer une semaine de Noël de façon plutôt inadéquate. Pendant le dîner, le sommelier nous fait attendre fort longtemps pour chaque comande de boisson. Comme il a le teint vraiment très rouge, nous l'imaginons dans sa cave en train de tester chaque bouteille avant de remonter celle qui a été commandée. Au moment où il nous apportait un Beaune 1996, mon collègue turc me demande de le questionner pour savoir à quelle distance se trouve la cave. Je traduis en français :
- Mon ami aimerait savoir à quelle distance se trouve Beaune...
- A une trentaine de kilomètres
, répond le sommelier écarlate
Et le turc d'éclater de rire quand je retraduis les trente kilomètres en anglais.
- Ils pensaient que c'était à quelle distance? me demande le sommelier soupçonneux
- A cinq cent mètres environ...
- Oh ben non!
proteste-t-il...
Et nous de rigoler comme cinq imbéciles.
Mes clients ont tenté désespérément de me faire retenir la façon de dire A votre santé ou Prosit en turc. Ca se dit apparemment Chéréfé. Impossible de me rappeler le bazar. A chaque repas ils me le demandaient et je ne me souvenais pas. Pour le dernier dîner, ils se font menaçants : "Si vous ne vous souvenez pas, on ne signera pas de contrat!" et moi de bredouiller, de chercher... Soudain la lumière se fait et je dis : Enchéke! Et tous les turcs de se rouler par terre de rire. Enchéke en turc, c'est un sexe de femme, me glisse à l'oreille mon collègue turc entre deux crises de rire...

16435ème jour

Tout faux

Rentré hier soir de Milan après une demie journée de travail. Nuit un peu courte. Agréable déjeuner avec Michael chez Janou. Départ pour Orly où je dois récupérer deux clients turcs en provenance d'Istanbul. Balade en voiture dans Paris pour leur montrer la ville lumière. Un verre au café de Flore. Dîner à l'Esplanade où je leur fais découvrir les escargots et le Saint Nectaire. Rebalade dans Paris pour leur montrer la ville lumière.
Oui, c'était vraiment un faux week end.

16434ème jour

Tout est au Bey

C'est une habitude. Ayant décollé du Terminal F, je reviens au D. J'attends ma valise devant le tapis roulant. A côté de moi, un mec parle tout doucement au téléphone avec son amie dont il n'est séparé que par une vitre. La conversation a l'air très tendre. C'est bon d'être attendu.
Un peu plus tard, alors que je pousse mon chariot dans les couloirs, une grande endive en tenue Air France braille avec un collègue dans son téléphone : Toutétobé? Toutétobé?. Apparemment, tout était au Terminal B en effet et ça avait l'air de la catastropher.
De retour en voiture, toutétobé m'a flanqué dans la tête la chanson de Trenet Tout est au duc, et je ne peux m'empêcher de la fredonner :
Tout est au Duc ici, Monsieur,
Tout est au Duc.
Il possède à lui seul des millions de ducats
Ah oui, vraiment Monsieur,
C'est fou ce que le Duc a!

16433ème jour

La Scala

Hier, alors que je rentrais à mon hôtel, mon taxi est passé devant la Scala. Petit pincement au coeur en apercevant ce lieu où je ne suis encore jamais allé. Le bâtiment moderne qui vient d'être inauguré à l'arrière de la salle afin d'héberger les machines de décors est plutôt discret. Il faut du recul pour l'apercevoir. Je pense à Toscanini dont c'était la maison, à Karajan, qui a souvent dirigé ici après guerre, à Callas et Schwarzkopf qui ont parfois pris ensemble un verre au petit café du coin.
Et je pense au jour où je viendrai ici pour la première fois.

16432ème jour

Milan

Il y a quelques années, au Guggenheim Museum, j'ai acheté trois petits porte-clés. Un rose, un transparent et un bleu. J'ai offert les deux premiers à deux personnes que j'aimais et j'ai conservé le dernier, le bleu. Ils avaient une forme de petit cigare de plastique entourée d'une spirale de métal censée rappeler l'allée principale du musée new-yorkais. Aujourd'hui, je ne vois plus les deux autres. Le mien est abimé, il est même sale. Sa forme intrigue régulièrement les services de sécurité des aéroports, car il est possible d'y glisser un petit message à l'intérieur. Lassé de me faire arrêter plus que de nécessaire lors des contrôles, j'ai décidé de l'abandonner aujourd'hui dans la poubelle de mon hôtel milanais.

16431ème jour

Les taxis istanbouliotes

Ce matin lever à 6 heures pour attraper le premier vol sur Paris. Mon taxi démarre sur les chapeaux de roues un itinéraire devenu immuable. On redescend les contreforts de Besiktas, on rejoint le Bosphore que l'on longe jusqu'au pont de Galata qui est sans doute le plus beau point de vue sur cette ville. Puis on contourne la colline de la vieille ville avec les minarets de Sainte Sophie et ceux de la Mosquée Bleue, en continuant de rouler le long de la mer de Marmara jusqu'à l'aéroport. Avec le temps, j'ai appris à surveiller que les chauffeurs de taxi ne mettent pas le compteur en mode nuit alors qu'il fait jour. Le compteur se trouve en général juste derrière le levier de vitesse et les chauffeurs le cachent au maximum. Le jeu consiste à tenter de percevoir les chiffres rouges en réflexion contre les vitres du véhicule.
Dans le mode jour, l'incrément du compteur est de 79 Millions de livres. Ce matin, je regarde attentivement. Je suis mal réveillé, mais l'incrément fait nettement plus de 100 Millions de livres. Le chauffeur a carrément mis un gros chiffon gris devant la partie gauche du compteur, celle où s'affiche le mode. Je lui demande "Is it day or is it night?" Il fait semblant de ne pas comprendre. je réitère plusieurs fois ma question et bien sûr il est obligé de répondre. Soudain, il regarde sa montre et comme saisi d'une illumination, il me dit "Oh! Sorry! It is Day!".
J'aurai même droit à une réduction arrivé à l'aéroport.

16430ème jour

Un peu de tourisme

Aujourd'hui j'ai fini ma journée plus tôt que d'habitude. J'en ai profité pour refaire la belle promenade que j'avait faite un an plus tôt : le bazar égyptien, le grand bazar, l'Université et son petit marché aux livres, Sainte Sophie. Cette fois-ci j'ai pénétré à l'intérieur de la Mosquée bleue, au moment où les dermiers rayons du soleil illuminaient les vitres de couleur. Un petit moment de magie.

16429ème jour

En retard

Depart glacial ce matin. Pour la première fois cette année, le thermomètre indique au dessous de zéro. Le terminal E est à peine chauffé et il est toujours aussi vide. Seulement quatre vols affichés. Celui d'Istanbul est annoncé 'RETARDE'. Air France nous fait poireauter de demie heure en demie heure et nous décollons à midi au lieu de dix heures. C'est là que mon problème commence. J'étais censé atterrir à 14h00 à l'aéroport d'Atatürk. Largement le temps d'aller chez mon client pour notre rendez vous de 16h00.
J'atterris donc deux heures plus tard, à 16h00, ma valise pourtant décorée de sa belle étiquette jaune prioritaire arrive la dernière, mon chauffeur de taxi ne sait pas lire, bref j'arrive à 17h10 chez mon client. Il a été charmant. Notre signature reste planifiée à lundi.

16428ème jour

Pense-bête

Juste pour me souvenir que Sacha est un très joli prenom.

16427ème jour

Croque Monsieur de luxe

Il y avait longtemps que je voulais tester le bistro que Christian Constant a ouvert juste à côté de son antre principale, rue Saint Dominique. Je n'ai pas été déçu. Accueil sympa, prix légers, carte à la fois simple et bonne. J'ai goûté un plat savoureux constitué de deux petites brioches contenant des oeufs et délicatement posés sur du jambon espagnol. Le patron était dans la salle, en train de déjeuner tranquillement en famille. Et puis le souvenir du 122 de cette rue, où je me suis souvent rendu il y a fort longtemps...

16426ème jour

Je déteste les allers retours quotidiens

Journée épuisante hier. Lever cinq heures. Départ pour Roissy dans le froid. Long voyage en taxi à Milan, Huit heures de travail non stop. Revoyage en taxi. Roissy vers 22 heures...
Ce matin, la journée commence à l'identique. Lever même heure. Pour me donner du courage sur l'autoroute, j'écoute un extrait du dernier disque que Jules m'a envoyé par surprise et par la poste : Cabaret Modern. Je tombe par hasard sur une version d'anthologie de la célèbre chanson de corps de garde "Les trois orfèvres", chantée avec une grâce désinvolte :
Chat, petit chat, chat tu m'égratignes,
Petit polisson, tu m'égratignes les roustons.

Le passage me met de bonne humeur et me restera à l'esprit toute la journée.
Je retrouve mes madrilènes pour une nouvelle réunion de travail. Ils sont toujours aussi agréables que la dernière fois, mais toujours aussi malins aussi. On passe en revue leur compte d'exploitation gentiment embelli. Puis on passe aux choses sérieuses. Juan Carlos, que j'aime bien, propose qu'on rachète sa boite, pour deux ans de chiffre d'affaires, ou l'équivalent de 20 années de bénéfices...
Amusant.
Je le regarde, et j'ai très envie de lui dire :
Chat, petit chat, chat tu m'égratignes,
Petit polisson, tu m'égratignes les roustons.

J'essaye d'ouvrir la discussion, mais il la referme. On va sans doute en rester là. Dommage. Il fait sans doute partie de ces chefs d'entreprises qui, de temps à autres font comme ces propriétaires d'appartements parisiens qui ne le mettent en vente que pour avoir une estimation de leur valeur.
Retour à l'aéroport.
Dans l'avion, mes voisins sont deux jeunes informaticiens français qui rentrent de mission. Celui qui est à ma gauche et vraiment très beau, avec une petite houpette au dessus du front. A l'arrivée, il allume discrètement son téléphone, alors que c'est encore interdit. Par dessus son épaule je lis un SMS : "Ce que je te demande par dessus tout, c'est de ne plus jamais m'appeler, de ne plus essayer d'entrer en contact avec moi...". Je le sens triste, mais il essaye de ne rien montrer à son collègue. Je les recroise alors qu'ils attendent leur bagages. Roissy Paris. Il fait froid. Lundi retour à Istanbul.

16425ème jour

Des journalistes

J'ai toujours été frappé par l'imprécision et les erreurs nombreuses que l'on trouve dans n'importe quel article de journal, à partir de moment où l'on connait un peu le sujet. Il m'est par exemple impossible de lire le texte d'un journal évoquant Mahler ou Klimt sans être à la fois déçu ou énervé. Un tout petit exemple, quelques récits du flashmob d'hier sont assez évocateurs.
Marie Ottavi, dans Le Parisien d'aujourd'hui raconte la manifestation. "Les flashmobeurs connaissent bien Paris. Ils l'ont encore prouvé hier soir sur la Piazza Beaubourg où l'artiste Chris Marker a peint sur le sol, il y a quelques jours, un immense spécimen de son célèbre chat jaune." Célèbre, Chris Marker? Apparemment pas tant que ça.
Autre compte rendu, sur un blog celui-ci. Certes me direz-vous, un blogueur n'est pas un journaliste. En l'occurence, celui-ci en est un et j'ai toujours plaisir à le lire, en particulier, lorsqu'il a un peu fumé. Au sujet d'hier que nous dit-il ? "le rassemblement n'avait pas grand chose de spectaculaire" Au dessous de cette affirmation, une photo du Chat, avant le rassemblement (ou après?), avec deux pelés et trois tondus qui le traversent. C'est sûr, rien de spectaculaire... Ensuite, le miaulement de la foule est jugé "inaudible". Un problème de sonotone, cher Paul? Enfin, un petit détail, l'aboyeur qui a beuglé la phrase finale serait coiffé d'un Stetson. Il s'agissait en fait d'un Panama...
Après tout, il suffit de le savoir et de douter de tout ce qui est écrit. Surtout par un journaliste...

16424ème jour

Parismobs # 10

Le Dixième donc. Il faisait froid. Très froid. Et le chapeau de circonstance ne suffisait guère à nous réchauffer. J'en garderai le souvenir de chapeaux hallucinants qui m'ont fait sourire, de sourires joyeux qui n'ont donné envie de lever mon chapeau, d'une atmosphère festive pour un instant toujours trop court, du clin d'oeil d'un flashmob achevant Monsieur Chat, alors que récemment, un flashmob au même endroit avait introduit les aventures filmées du même chat.
A bientôt?

16422ème jour

Pont

Difficile de joindre mes collègues espagnols aujourd'hui. C'est la Fête de la Constitution (Día de la Constitución). La journée de mercredi est également fériée à l'occasion de la fête de l'Immaculée Conception (Immaculada Concepción). Les espagnols ont coutume de nommer ce pont l'Immaculée constitution.

16421ème jour

Alone

Jesus, I don't want to die alone.
Jesus, Oh Jesus, I don't want to die alone.
My love wasn't true, now all I have is you.
Jesus, Oh Jesus, I don't want to die alone.
Jesus, if you hear my last breath,
Don't leave me here, left to die a lonely death.
I know I have sinned, but Lord I'm suffering.
Jesus, Oh Jesus, if you hear my last breath,
Jesus, I don't want to die alone.
Jesus, Oh Jesus, I don't want to die alone.
Jesus, Jesus, all my troubles, all my pain, will leave me once again.
Spain Spiritual (1995)

16420ème jour

Les chats envahissent la ville

Je m'étais souvent demandé d'où provenaient les chats souriants que l'on aperçoit à de nombreux endroits dans Paris. J'ai eu un début de réponse dans le Libération d'aujourd'hui et surtout dans le film documentaire de Chris Marker diffusé cette nuit sur Arte. Le film commençait par quelques images du flashmob du centre Pompidou. J'ai même aperçu un bout de mon parapluie orange, acheté quelques minutes plus tôt au BHV.

16419ème jour

Yrnm

Hier soir mes collègues m'invitent à dîner dans un restaurant sicilen de Milan. L'endroit, quasiment introuvable sans un GPS, s'appelle 13 Giugno. Ambiance très années 30, lumières tamisées, clientèle aisée, un pianiste qui chante. Je n'ai vraiment pas faim et j'opte pour simplement un primo piatto : des spaghettis aux oursins. Mes collègues veulent absolument me faire découvrir un vin rare : l'Yrnm. Le nom est d'origine phénicienne. Les raisins sont normalement du Moscato de Pantelleria, une petite île coincée entre la Sicile et la Tunisie. La bouteille est sobre, toute noire, l'étiquette est noire elle aussi, frappée du nom énigmatique YRMN.
La première sensation est olfactive. On se dit : "Tiens on va boire du Sauternes! Drôle d'idée pour accompagner des pâtes." On goûte et là, rien à voir. Le vin est plutôt sec, très boisé. Et à chaque fois, on recommence cette expérience bizarre de boire un vin qui n'a absolument pas le goût de son parfum.
En sortant, je demande au Patron pourquoi son restaurant s'appelle le 13 juin. Il me répond que c'est le jour de la naissance de son papa. Tout simplement.

16418ème jour

Une goutte

Même le soleil
On le cache avec la main
Alors la mort
Suffit de mettre
La main devant

Pierre-Albert Birot (1876-1967)
Les 210 gouttes de poésie

16417ème jour

Le robinet et la baignoire qui fuit

Vol détestable pour Milan ce soir par la grâce d'Al Italia. Trois heures de retard a Roissy plus une course de taxi interminable pour aller de Malpensa à mon hôtel du centre ville, pour la modique somme de 75 €.
Pour meubler mon ennui dans l'avion, je lis USA today, mon journal désormais associé à Al Italia. J'y trouve une statistique habilement présentée qui m'incite à vous soumettre ce petit probleme digne du certificat d'études et qui m'a occupé quelques minutes: Sachant que la population américaine était de 294.761.833 personnes le 15 novembre à 1h36 (!), sachant qu'il y a aux Etats-Unis une naissance toutes les huit secondes et un décès toutes les treize secondes, quel jour ce pays atteindra-il les 300 millions d'habitants?

16416ème jour

Illusions du siècle passé

Je me souviens du premier jour, du jardinet de R. à Boulogne, de ton sourire et de tes lèvres rouges, je me souviens du petit carnet bleu et de ma R5 beige, je me souviens de ta main dans la mienne près des meules de foin, dans la nuit, je me souviens de ta main dans la mienne et de tes lèvres sur les miennes au musée Picasso, je me souviens du réveillon du jour de l’An chez C., je me souviens de la grande roue des Tuileries, je me souviens de la première fois qui n’en fut pas une, je me souviens de la fois suivante qui fut la première fois, je me souviens de la fête du Centenaire de Hermès, je me souviens de Poison et de la Panthère rose, je me souviens de la rue de Sontay, de la chambre du fond, de notre grand lit –déjà- et de la grande baignoire, je me souviens des pétards avec Olivier, et de mes pneus crevés, je me souviens de notre première dispute avenue de Versailles, je me souviens de notre premier voyage à Rome, des appels de phares de camionneurs sur l’autoroute, je me souviens de la vue sur Sienne et de notre petit Hôtel en réparation près du Colisée, je me souviens des ponts où tu m’as embrassé et où je t’ai embrassée dans la lumière romaine, je me souviens de l’arbre à singes de la rue Antoine Bourdelle, je me souviens de ton grand-père qui sourit, je me souviens de ta grand-mère qui a mal, je me souviens de leur maison dévastée par la tempête et de notre calin dans les bois, je me souviens de tes larmes quand tes grands parents sont partis, je me souviens des jus de fruits au petit déjeuner à l’Oriental, au bord du fleuve, je me souviens de ton arrivée a l’aéroport de Fiumicino, de notre déjeuner au Tre Scalini, je me souviens de la Villa d’Hadrien et de la Villa d’Este, je me souviens de la glace à la banane en Grèce, je me souviens avoir parlé de toi pour la première fois à Dinard, je me souviens de notre premier voyage à Clermont, je me souviens de Nouba qui a sauté dans tes bras dans la forêt de Tronçais, je me souviens de la tempête du 3 février place de la Concorde, je me souviens de ton envie d’être maman, je me souviens t’avoir serré dans mes bras Gare de Lyon alors que tu venais de savoir, je me souviens que tu étais malade en voiture en Espagne, je me souviens avoir chanté l’air de Papageno contre ton ventre, je me souviens de la flûte enchantée à l’Opéra Bastille, je me souviens de la neige qui tombait dans la nuit noire et silencieuse de Paris, sur notre R5 noire, je me souviens t’avoir dit que tu étais belle, je me souviens des lychees et de Madame André, je me souviens d'une petite fille, de sa petite bouille rouge et de ses cheveux noirs, je me souviens de nos précautions en la ramenant chez nous, je me souviens de notre joie à la revoir assise à notre retour de Prague, je me souviens de Hifipomme, de Chonchon, et de sa première glace, je me souviens du jour ou tu m’as annoncé la mort de mon grand-père dans la salle de bains de Bandol, je me souviens t’avoir regardé pédaler sur ton vélo dans la vallée des Rois, je me souviens du regard d’une petite fille, je me souviens d'une soeur disant Petite sœur, je me souviens du chant des oiseaux dans l’arbre de la cour, je me souviens avoir appris comment l’on dit enceinte en espagnol, je me souviens de deux petites filles trempant leurs churros dans le chocolat chaud à Grenade, je me souviens du jour ou tu m’as téléphoné pour m’annoncer que nous aurions trois filles, je me souviens des murailles d’Essaouira et de ta grand-mère, je me souviens du temps passé, du temps perdu, je me souviens du jour ou je t’ai trahie, je me souviens du jour ou tu m’as trahi, je me souviens de mes 40 ans, je me souviens de ce dernier jour d'un siècle où tu m’as embrassé en pleurant et où je t’ai embrassée en pleurant, je me souviens de mes pleurs en rédigeant la lettre que tu lis, je me souviens de tes pleurs en lisant cette même lettre.
Je me souviens du jour ou je t’ai pardonné, je me souviens du jour ou tu m’as pardonné, je me souviens du soleil, le 3 février, place de la Concorde, je me souviens d'être revenus à Bali tous ensemble, je me souviens avoir peint Almaviva au dessus de la porte d’entrée, je me souviens de notre joie et de notre fierté de voir ensemble nos filles grandir, je me souviens, sur la plage, de notre maison que tu as réussi à me convaincre d’acheter, je me souviens du festival Mahler à Vienne en 2011, je me souviens de nos petits enfants et de notre bonheur à les avoir près de nous, je me souviens d’E et S. et de toutes nos filles, je me souviens de nos vieux jours et de nos deux corps bronzés sur la plage de Sanur, je me souviens de nos arrières petits enfants, je me souviens du jour ou je me suis endormi pour toujours en te donnant la main, je me souviens t’avoir attendu, je me souviens du jour où tu m’as rejoint, je me souviens avoir été avec toi depuis toujours, je me souviens avoir été avec toi pour toujours.
Car hier est aujourd’hui. Et aujourd’hui est demain. Pour l’éternité. Car rien ne pourra jamais nous séparer.
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