16812ème jour

Clermont 31 12

Mon frère vient me chercher à la gare de Clermont-Ferrand. "Tu as bonne mine, tu es bronzé!" me dit-il en m'accueillant.
Nous partons chez ma mère. "Tu as mauvaise mine, tu as le teint tout gris!" me dit-elle en ouvrant la porte de son appartement.

16811ème jour

Mon année 2005

Paris Istanbul Paris Istanbul Paris Milan Paris Barcelone Paris Munich Paris Istanbul Paris Istanbul Paris Milan Istanbul Paris Istanbul Milan Paris Istanbul Paris Milan Istanbul Paris Istanbul Paris Istanbul Paris Istanbul Paris Ouarzazate Paris Istanbul Paris Sao Paulo Brasilia Sao Paulo Paris Istanbul Vienne Paris Milan Paris Seoul Paris Istanbul Paris Istanbul Paris Istanbul Paris Bucarest Istanbul Paris Milan Paris Istanbul Dubai Istanbul Bucarest Cluj Bucarest Istanbul Paris Sao Paulo Rio de Janeiro Sao Paulo Paris Rome Paris Biarritz Paris Sao Paulo Paris Milan Paris Clermont-Ferrand Paris Istanbul Paris.
Soit 83 vols.

16810ème jour

Le narguilé du bazar égyptien

Depuis deux ans que je viens à Istanbul, j'ai envie de m'acheter un narguilé. Et bien que je sois venu ici une trentaine de fois, je n'ai jamais eu le courage de m'embarasser d'un gros paquet pour mon retour en avion. En fin de matinée, comme il me restait trois heures avant mon heure de décollage, j'ai pris un taxi pour le bazar égyptien et je me suis amusé à faire les boutiques pour me trouver le narguilé de mes rêves. Je le voulais vert et doré et plutôt grand, de façon à ce qu'une soirée chicha à plusieurs ne dure pas le temps d'une cigarette. Au bout de cinq ou six boutiques et d'autant de vendeurs plus ou moins collants, je trouve l'objet de mes rêves. Je n'oublie pas de demander la petite pince pour saisir le charbon brûlant, ni le tabac Serbetli double pomme, ni bien sûr le charbon. Super cher soit dit en passant le charbon, 15 livres turques le petit carton, mais bon, je n'avais pas envie de me retrouver ce soir chez moi avec la frustration de ne pas pouvoir fumer mon premier narguilé. Le vendeur m'emballe le tout, je repars en prenant le risque d'aller du bazar égyptien à mon hôtel près de taksim quasiment à pieds avec juste l'aide du funiculaire de Tunel pour grimper la butte de Galata.
Taksim-Taxi jaune-Ataturk Airport.
J'arrive pile une heure avant le décollage. J'enregistre ma valise.
La fille d'Air France me dit :
- Je peux voir votre bagage à main?
- Bien sûr!
- C'est un narguilé que vous avez?
- Euuuh oui!
- Vous avez du charbon avec?
- Euuuh oui...
- Eh bien c'est interdit en cabine. Vous devez le mettre à la poubelle avant d'embarquer.
- Grmmmmbll...

16809ème jour

Des nouvelles de Johnny

Dane le numéro spécial de cette semaine de l'Express avec 52 pages consacrées à Mozart, il y a aussi une interview de... Johnny Hallyday. On l'interroge sur "toute la musique qu'il aime". Au milieu de Georges Brassens, Jimi Hendrix et Piaf il raconte qu'il adore allumer un joint dans son bureau en écoutant Carmina Burana, oeuvre à propos de laquelle il tient ce propos savoureux:
"Depuis 1966, je me passe régulièrement la version de Carl Orff. J'en ai testé d'autres, mais je reviens toujours à celle là."

16808ème jour

Trois vols

Mon vol Paris Clermont-Ferrand de samedi s'est fait dans un petit avion de Britair affrêté par Air France. Il était plein à craquer et je me suis retrouvé à la place 2D juste à côté d'une dame charmante mais vraiment très grosse. J'ai tenté de relever l'accoudoir de gauche afin de parvenir à gagner un peu de place sur l'allée mais l'hôtesse me l'a interdit.
Au moment du décolage, ma voisine a tourné vers moi son visage de gentille chouette et m'a dit ravie : "c'est un petit coucou!"
Elle avait raison.
Au retour, alors que j'enregistrais mon bagage, une dame se tourne vers moi et me salue. C'était de nouveau elle. Par chance, nous n'étions pas voisins.
Ce matin, nouveau décollage, pour Istanbul, cette fois ci. L'avion doit passer par la zone de déglaçage où quatre karchers d'eau chaude enlèvent la glace qui s'est déposée sur les ailes pendant la nuit.
Retour à istanbul pour mon dernier voyage de l'année. Istanbul où, à ma grande surprise il y a des sapins et des Pères Noël dans les rues...

16807ème jour

Faut pas rester là

Kozlika, qui, comme chacun sait, est la muse du blog Kozeries en dilletante, a eu l'idée originale de proposer pendant quelques jours à ses lecteurs l'amorce du post d'un blog choisi par elle et de leur demander de le poursuivre.
Pour ce premier jour, elle a choisi l'un de mes anciens posts qui commençait ainsi:
Ce matin, j'ai été réveillé par la gardienne qui glissait sous ma porte le courrier de samedi. Je suis allé le récupérer encore un peu endormi. L'une des trois enveloppes n'avait pas réussi à passer sous la porte. J'ai tout de suite reconnu le format d'un CD. J'ai d'abord pensé qu'il s'agissait d'un nouveau cadeau de Jules qui, adorablement, m'envoie de temps à autre un enregistrement original. Je me trompais.
Il y a de nombreuses propositions dont beaucoup m'ont fait sourire, mais en particulier celle du blog Faut pas rester là qui m'a entrainé dans une bizarre histoire Lynchienne dans mon propre appartement. Celà m'a fait une impression très étrange.

16806ème jour

L'affaire des bracelets

A la naissance de chacun de ses enfants, ma mère recevait en cadeau de mon père un bracelet, un grand anneau circulaire en or sur lequel était gravé le prénom du nouveau né. Comme j'étais le dernier, j'ai toujours vu ma mère porter au poignet ces quatre bracelets, reliés par une petite agraphe et qui faisaient un cling caractéristique lorsqu'ils s'entrechoquaient chaque fois qu'elle bougeait le bras.
Au moment de mon mariage, elle a eu la délicate attention d'offrir à sa nouvelle belle fille l'anneau portant mon prénom, puis des anneaux identiques gravés du prénom de mes filles. C'était un cadeau généreux, sans doute involontairement pervers, puisque chaque fois que j'entendais ce nouveau bracelet tinter, je pensais bien sûr à ma mère. Le Docteur Freud s'en serait sans doute ému.
L'été dernier, j'avais appris qu'au cours du cambriolage que j'ai rapidement raconté, ce fameux bracelet, comprenant mon anneau et celui de mes filles faisait partie de la liste des objets dérobés. Je m'étais habitué à l'idée de la disparition de cet objet et j'avais jugé inutile d'en parler à ma mère pour ne pas lui faire de peine.
Hier, alors que nous fêtions Noël chez ma soeur, j'aperçois près de l'évier de la cuisine le bracelet original, celui des prénoms de mes frères et soeurs. A ma grande surprise, le bracelet portant mon prénom y est fixé. Je le regarde attentivement, pensant d'abord que ma mère a fait refaire le mien. Cependant, les caractères sont strictement identiques. Il s'agit bien de l'original.
J'interroge ma soeur qui m'explique qu'au moment de mon divorce, ma mère a jugé utile de récupérer une partie de son cadeau en reprenant l'anneau portant mon nom.
L'histoire m'a fait sourire tant il est étrange que d'une demande aussi indélicate, il puisse ressortir un événement heureux : la survie des quatre anneaux frères.

16805ème jour

Surprise!

J'arrive à Orly bien à l'avance pour mon vol de neuf heures. J'apprécie de ne pas faire la queue aux comptoirs d'enregistrement tant il y a de monde en cette veille de Noël. Pourtant, il y a un véritable bouchon pour le contrôle des bagages. Les passagers passent au compte goutte. Puis les portes se ferment. On nous annonce qu'il y a une grève surprise. Mon bagage étant déjà enregistré, je suis coinçé. Il ya des enfants qui braillent, des personnes âgées qui se sentent mal, des énervés qui donnent des coups de pieds dans les portes.
Mon voisin crie sans que je comprenne trop le raisonnement : Voilà une bonne raison de ne pas voter Sarkozy en 2007!
Au bout d'une heure, on passe enfin. Nouvelle attente car notre avion a du être remplacé pour un problème technique. Mais je suis maintenant dans un petit salon, en train de taper sur un Apple qui rendrait Michael vert de jalousie.

16804ème jour

Vous avez dit bizarre?

Journée étrange. J'ai retardé mon départ un week-end de vingt quatre heures à la demande de mon patron pour faire quelque chose dont on n'a pas voulu m'expliquer la raison. Comme je ne suis pas totalement naïf, j'ai mon idée sur la raison de cette journée passée en compagnie d'avocats d'affaires, mais je n'en dirai évidemment rien. Tout ceci pourrait cependant avoir un impact significatif sur mon année prochaine.

16803ème jour

Sir Elton

Lu dans libé du jour :
Récemment sommé d'annoncer, dans une célèbre émission de récompenses anglaises, Madonna artiste de l'année, Elton John n'hésite pas à proclamer en direct : «Quelqu'un qui ose faire payer 150 euros pour qu'on vienne l'entendre sur scène chanter en play-back mérite une balle. Ok, je viens de me faire rayer de son agenda, mais est-ce que j'en ai quelque chose à foutre ? Non !»

J'adore... Je me sens presque vengé de l'insupportable ritournelle qu'elle a piqué à Abba pour son dernier tube et qui m'insupporte les oreilles depuis un mois.

16802ème jour

La division qui tue IV

Le problème est qu'avant de tuer, la division fait légèrement chier. Enfin, légèrement est un euphémisme.

16801ème jour

2006 Année Mozart

Le 27 janvier 2006 verra donc la célébration du 250ème anniversaire de la naissance de Mozart. Les festivités démarrent un peu partout : beaucoup de programmes Mozart dans les salles de concert, l'ouverture des Noces pendant le concert du Nouvel An que va diriger Mariss Jansons dans dix jours à Vienne, plusieurs agendas Mozart permettant de vivre tout au long de l'année la vie de Wolfgang. Moi, j'ai déjà un agenda Mozart dans un placard de mon bureau. Il date de 1991 qui était le 200ème anniversaire de sa mort. Avec un peu de (mal)chance je serai au premier rang du Musikverein le 5 décembre 2041.
Je voulais aussi vous signaler ce coffret bizarre de 170 CD proposant l'oeuvre intégrale de Mozart au prix de 95 € soit 56 centimes le CD. Il est vraiment étonnant de constater comme ce coffret, en rupture de stock chronique malgré les 50.000 exemplaires pressés (soit plus de huit millions de disques), choque le landerneau de la musique dans des débats mouvementés. Dans tous les cas, les interprétations sont correctes et c'est un moyen pratique pour entendre dans de meilleures conditions qu'ici Leck mir den Arsch.

16800ème jour

Quelques queues II

Il y a fort longtemps que je ne puis sacrifier une matinée pour aller faire la queue devant une salle de concert. Pourtant ce matin j'ai retrouvé cette atmosphère d'il y a vingt ans. Le système a toutefois changé récemment, ce qui prouve que l'imbécillité de Gérard Mortier ne se réduit pas aux choix de mauvais metteurs en scène. Autrefois, les places étaient vendues tous les jours, quatorze jours avant chaque représentation. Il fallait venir tôt, mais il y avait rarement plus de deux cents personnes. Maintenant, toutes les places d'un spectacle, soit une vingtaine de représentations, sont vendues le même jour. Il y a donc dix fois plus de monde pour deux ou trois guichets et chaque vente est plus longue puisqu'il faut choisir en plus la date de la représentation.
Ce matin, je suis arrivé un peu avant dix heures. Devant moi, une jeune fille lisait passionnément le théâtre de Sénèque. Derrière mois, un mec feuilletait l'Huma. Les premiers clients étaient là depuis quatre heures du matin sous la pluie. A dix heures, les portes de l'Opéra Garnier s'ouvraient pour les visites et nous avons pu attendre dans le hall, formant un colimaçon étrange où de nombreux resquilleurs tentaient de gagner un virage. A dix heures trente, la vente commençait, la queue formant alors une longue boucle derrière la boutique de souvenirs dont j'ai pu observer les vitrines plus que je ne l'aurais voulu.
A 13h30, soit après trois heures trente de queue, j'avais mes quatre places pour Don Giovanni.

16799ème jour

Quelques queues I

On entend souvent dire à Paris qu'il est impossible d'avoir des places pour l'opéra. C'est bien sûr totalement faux et le propos vient le plus souvent de personnes qui n'ont jamais essayé. Lorsque j'étais étudiant, je tentais souvent ma chance quatorze jours à l'avance.
J'ai assisté à des files d'attentes surprenantes, composées de passionnés qui étaient capables de discuter sur le coup de six heures du matin de sujets aussi bizarres que l'importance du rôle d'Elisabeth dans Don Carlos de Verdi. On revoyait souvent les mêmes têtes, certains ayant un petit fauteuil pliant pour faciliter l'attente. Il y avait à cette époque un système de numéros permettant à chacun d'aller dans un bistro plutôt que de se cailler. Mais attention, il était interdit de rentrer chez soi. Ceux qui ne répondaient pas à l'appel organisé toutes les demie-heures étaient impitoyablement chassés de la file d'attente.

16798ème jour

Café croissant

On n'est pas allés au café de l'Europe car il n'y avait plus de croissants. Mais dans ce petit bistro de la rue de Rome, il y avait quand même deux musiciens qui manipulaient un joli violon. C'était agréable ce matin, ce petit café croissant avec mister tigger, pendant que la marmotte finissait ses dix heures quotidiennes. J'aimerais bien que le tigre se dégotte un boulot à Paris pourqu'on puisse se faire plus souvent un petit déjeuner parisien ou un apéro au café Beaubourg...

16797ème jour

Des blogs, des téléphones et des tampax...

Notre vision des choses évolue vite dans le temps. Il y a trois ans, alors que je démarrais le blog-note devenu pot-pourri par des grâces fauvistes, j'étais plutôt fier de dire que j'avais un blog. C'était original, il fallait le plus souvent en expliquer le contexte à des gens horrifiés ou amusés. Aujourd'hui, avoir un blog est d'une banalité parfaite, et les (trop) nombreux skyblogs ont transformé l'image du blog en une chose totalement incompatible avec mon âge.
Il est arrivé un peu la même chose avec le téléphone cellulaire. A son apparition, au début des années 90, il était tellement rare et couteux d'en avoir un, que cette blague faisait sourire, alors qu'elle est juste stupide aujourd'hui :
- Quelle est la différence entre un gsm et un tampax?
- Les tampax, c'est pas pour les trous du cul...

On devrait peut-être juste remplacer gsm par blog?

16796ème jour

La belle inconnue

Elle était assise un rang derrière moi dans le Milan-Paris, juste de l'autre côté de l'allée centrale. Des cheveux sombres, longs et soyeux, habillée classiquement de noir, des chaussures basses et pointues avec une grande boucle carrée argentée, des lunettes noires rectangulaires, un nez tres droit à la Carla Bruni.
Je me suis souvent retourné, trop souvent pour qu'elle ne le voie pas. J'ai montré ostensiblement mon CD des Goldberg par Gavrilov acheté peu auparavant à la fnac de Milan. A l'arrivée elle cherchait désespérément quelque chose dans un beau classeur en peau fauve Hermès. Moi je cherchais commment l'aborder, j'essayais de me convaincre que j'en aurais le courage, peut être lui proposer de la déposer dans Paris? Je me laisse dépasser dans le couloir reliant l'avion au hall 2F. Elle parle à quelqu'un, - une mère, un amant? - annonce son retard, dit qu'elle doit juste reprendre sa voiture. En sortant du hall de récupération des bagages, je pars vers les ascenseurs de gauche, elle choisit ceux de droite. Je me dis que c'est fini. J'attends l'ascenseur, j'y pénètre. Bizarrement, elle entre derrière moi. Elle est de profil, souriante. Je n'ose rien. Je me sens minable. Je m'arrête aux caisses du parking. Elle continue son chemin, ayant sans doute inséré sa carte bancaire à la borne d'entrée. Je la regarde s'éloigner.
Adieu, belle inconnue.

16795ème jour

Milan

Comme à chaque fois, je me dis que je dois me lever plus tôt pour ne pas stresser. Comme à chaque fois, je reste un peu trop dans le lit, un peu trop sous la douche. Comme à chaque fois, je pars de chez moi une heure seulement avant le décollage. Comme à chaque fois, la route d'accès entre l'autoroute et Roissy Charles de Gaulle est très chargée. Comme à chaque fois, je serai juste à l'heure pour l'avion de 7h00. Comme à chaque fois j'aurai stressé.
Pour une fois, on attendra vingt minutes sur la piste à cause du brouillard à Linate. Pour une fois, on tournera vingt minutes au dessus de Linate à cause du brouillard. Pour une fois, on sera dérouté sur Malpensa à cause du brouillard.
Mais moi, je ne stresse plus. Je m'amuse trop à regarder les cadres fébriles qui s'excitent sur leur téléphone car leur train-train quotidien a été bousculé.

16794ème jour

Envies

J'aimerais visiter Buenos Aires et aller à un concert au Teatro Colon, arriver à Manaus en bateau et y assister à une représentation d'opéra, prendre le train sur la longue ligne rectiligne enre Moscou et Saint Petersbourg un jour de juin, voir les glaces de Patagonie, connaitre les nuits de Tel Aviv, contempler les côtes d'Afrique à Oman, je voudrais visiter Angkor un jour où les touristes l'ont déserté, voir le soleil se lever sur Syracuse, prendre le train (encore) entre Bangkok et Singapour et me précipiter au Long Bar dès mon arrivée, voir les maisons de Franck Lloyd Wright à Chicago...
Je voudrais lire Saint Augustin et Dostoïevski....
Est ce suffisant, une vie?

16793ème jour

La flèche et le C

C'est entre Saõ Paulo et Rio que je m'en suis rendu compte. Je passais devant un hypermarché carrefour. Et soudain j'ai vu le C. Jusqu'à ce jour, le logo Carrefour ne m'était jamais apparu autrement qu'un entrelacs de deux flèches assez laides, l'une bleue et l'autre rouge. Et depuis, c'est terrible, je ne vois plus que le C blanc.
Un peu comme ce jour, où grâce à Garoo, j'avais découvert la flèche du logo FedEx.

16792ème jour

Larcin

Je devais avoir huit ans, et mon frère dix. C'était un samedi matin. Nous étions aux Nouvelles Galeries qui ont depuis été rebaptisées Galeries Lafayette. On se promenait au rayon des jouets, rêvant sans doute du Noël à venir. On a vu cette boîte de jeu éventrée, avec des pièces éparpillées. Des petits cubes en bois, quelques billes en métal. Je ne me souviens pas lequel de nous deux a eu l'idée de prendre les pièces. Je sais seulement que le fait qu'il ne soit pas permis de le faire ne m'a même pas effleuré l'esprit.
Un gardien nous a arrêtés à la sortie, emmenés dans un petit bureau. Maman est venue. J'ai pleuré.
En ressortant nous avons croisé papa qui venait à notre rencontre, très énervé dans son grand manteau gris. Il nous a flanqué deux claques. Une chacun.
Je me souviens surtout de la mienne. Mon oreille est restée douloureuse un long moment.

16791ème jour

Retrouvailles

J'ai récupéré mon Ipod après qu'il ait passé deux mois au Novotel de Dubai où je l'avais oublié. Il ne marche plus.
J'ai récupéré mes chaussures, celles avec le plan de Londres à l'intérieur, après qu'elles aient passé six mois au Sofitel de Seoul où je les avais oubliées.
Elles marchent de nouveau.

16790ème jour

Carpe diem

Alors que je déjeunais tout à l'heure avec un ancien client et un ancien collègue, je leur faisais remarquer qu'en février prochain, nous allions fêter le dixième anniversaire de notre rencontre. Ils ne voulaient pas me croire. Il en est ainsi tout au long de la vie. Lorsque l'on vit un événement, on ne songe même pas à la façon dont on le ressentira dix ans plus tard. Et lorsque dix ans se sont écoulés, on se le remémore avec une nostalgie qui le rend précieux, on regrette de ne pas avoir plus profité du bonheur passé.
Et il en est toujours ainsi, l'expérience n'y change rien.
Le présent est toujours terne, coincé entre un passé flamboyant de nostalgie et un futur porteur d'espérances pourtant trompeuses.

16789ème jour

Le temps qui reste

Vu ce soir avec Michael Le temps qui reste.
Film plutôt raté malgré quelques scènes très fortes.
Difficile de ne pas s'identifier au personnage principal.
Et moi que ferais-je dans un cas pareil?
A qui l'annoncerais-je?
A quoi déciderais-je d'occuper ces trois mois?
Et mes filles?

Et puis la question absurde :
Continuerais-je ce blog?
Question absurde, car je le poursuis tous les jours alors que me sachant condamné.
Comme vous.

16788ème jour

Où le lecteur apprendra enfin à quoi je ressemble...

Au retour de Blois, Michael a eu une envie de choucroute. En raison de l'heure, nous sommes allés à la taverne (Kronenbourg, j'ai honte) du boulevard des italiens. Il y a un pianiste qui y joue des airs de piano bar, mais le son est trop amplifié et le répertoire va de My way à Ramona, en passant par des trucs que je préfère oublier. Vers la fin du dîner, le pianiste passe avec sa compilation sur CD et nous la propose. Michael lui répond (involontairement?) assez sèchement. Le malheureux va à la table suivante dont les occupants lui déclarent "avoir déjà acheté son CD voici un an", puis revient vers nous. Son regard se pose sur moi. Il me dit :
- Vous ressemblez à quelqu'un.
- Ah oui? qui? (j'ai toujours peur de ce qui peut arriver dans ce cas)
- C'est le haut du visage (et il masque sa bouche de la main).
- ...
- Louis de Funès!
- Ah oui! vous avez raison, c'est frappant!
- Je suis très physionomiste!
Je supplie ceux de mes lecteurs qui me connaissent en vrai d'infirmer cette abomination (même s'ils le partagent en secret)

16787ème jour

Ce soir, je redoublais

J'avais vraiment envie de renouveller l'expérience. Michael, quant à lui, estimait que ça nous occuperait. On s'est donc donné rendez vous à La Défense en fin d'après midi. Direction Blois. Après avoir eu un peu de mal à se repérer dans la ville, nous arrivons juste à l'heure pour le début du concert. Comme il y a des places libres au premier rang, nous les occupons. La salle est plus grande qu'à Montargis, un beau Bechstein de concert remplace avantageusement le quart de queue un peu minable de la semaine passée.
Le rituel reprend : Frescobaldi et Berio enchainés, avec encore plus de violence dans les contrastes. Busoni qui me semble décidément plus moderne que romantique dans sa Sonatine. Berio de nouveau, agité et félin. Un étrange bruit d'eau, peut-être la pluie qui s'écoule d'une gouttière donne une atmosphère bizarre à tous les passages calmes.
Puis c'est le finale en forme de tryptique Scarlatti-Francesconi-Schlimé. L'improvisation me semble encore plus exceptionnelle que la première fois avec des sons de percussions qui reprennent la fin de Mambo, des passages centraux avec des motifs aigus agressifs et d'autres jazzy et entêtants et un final qui s'évanouit dans la poésie.
C'est trop sexuel comme musique, me dit Michael en sortant. De fait c'est une expérience étrange, à l'opposé du produit aseptisé, de la vraie musique vivante et passionnée.
En tout cas, ce type est un génie.

16786ème jour

Rentrer c'est mourir beaucoup

Bien sûr je suis parti trop tard de Rio. J'ai mis une heure à trouver l'embranchement d'autouroute après avoir tourné longtemps dans un réseau complexe d'échangeurs sans panneau indicateur. J'ai donc quitté la ville à cinq heures passées. Longue route de quatre heures dans les couleurs du soleil couchant. Les brésiliens ont le sang chaud au volant. Ils font volontiers la course, veulent tous rouler dans la file de gauche, mais dépassent volontiers dans celle de droite ou éventuellement dans la bande d'arrêt d'urgence. Les poids lourds ne sont pas en reste. Leur seul but est de conserver leur vitesse de croisière et ils n'hésitent donc pas à doubler soudain, sans clignotant et sans tenir compte de ma petite Fiesta qui arrive beaucoup plus vite qu'eux.
Lorsque j'arrive vers Saõ Paulo, il fait nuit noire. Je passe devant l'aéroport de Garulhos vers neuf heures. Je dois aller chercher ma valise à l'hôtel. C'est un peu comme si, venant d'Amsterdam, je devrais dépasser Roissy, aller chercher ma valise à Montparnasse pour retourner à l'aéroport Charles de Gaulle.
Je fais l'aller retour sans faute. Je suis heureux de conduire sur la Paulista scintillante d'éclairages de Noël. Au moment de prendre la perpendiculaire pour descendre sur Jardins, un feu d'artifice éclate au loin. Le gardien de l'hôtel qui me rend ma valise m'explique qu'il s'agit de l'inauguration du sapin de Noël. Je repars aussitôt. Brigadeiro, la Paulista, la Rua Consolação, le périphérique nord le long du Tiete, et c'est enfin l'aéroport.
Une nouvelle fois, on me donne dans l'avion une place déjà attribuée. Le passager concerné râle comme un putois. Moi je ne dis rien, je reste patient et offre mon plus beau sourire gibbs à l'hôtesse qui revient un peu plus tard et me surclasse en First.
Dom Perignon, caviar, Château Cheval Blanc... Rentrer c'est mourir beaucoup, mais celà peut être un crève-coeur festif...

16785ème jour

Rio mon amour

Il s'est enfin mis à faire beau ce dimanche et les rayons du soleil m'ont révéillé vers six heures. Je voyais la plage depuis mon lit et j'ai eu envie de m'y rendre. A cette heure matinale, il n'y avait quasiment personne. Juste sur ma droite, un jeune homme aux cheveux bouclés se tenait strictement dans la position du Jeune homme devant la mer de Flandrin et qui, de temps à autres, regardait fasciné les énormes rouleaux qui s'écrasaient devant nous.
En fin de matinée, je prends ma voiture et je traverse le tunnel Rebouças qui conduit au Corcovado. Au pieds des lacets, une bande de jeunes arrête les véhicules pour soi disant les aider. Je les évite soigneusement. La route, d'abord pavée, grimpe parmi les belles villas, puis au milieu d'une végétation luxuriante. J'aperçois un parking. Je m'y gare. On peut prendre un petit funiculaire rouge pour atteindre le sommet. De fait j'aurais pu prendre le funiculaire depuis le bas et lorsqu'il arrive à quai, il est plein à craquer, avec ses décorations de Noël et une atmosphère de kermesse. J'entre cependant, je suis le seul passager debout avec cinq musiciens qui jouent la samba. L'un d'entre eux veut absolument donner son maraca à un passager, je sens que je ne vais pas y échapper et je m'imagine déjà remuant mon maraca au milieu des musiciciens. Pour finir, c'est un "assis" qui s'y colle.
Nous arrivons au sommet. Vue à couper le soufle sur la baie de Rio. Foule insupportable. Je prends quelques photos et je redescends à pieds.
A Rio, pour bien profiter du soleil, il vaut mieux aller à Copacabana le matin et à Ipanema l'après midi. Je me rends donc à Ipanema et je reste là, deux heures durant, à boire des capirinha et à dorloter au soleil, au milieu d'une foule compacte. Vers trois heures, je retourne à la Garota Ipanema, pour y reprendre mon menu préféré : coeurs de palmier, boulettes de morue et capirinha.
Il est quatre heures. Dans huit heures mon avion va s'envoler pour Paris à cinq cent kilomètres de là. Je me décide à partir la mort dans l'âme.

16784ème jour

La route de Saõ Paulo à Rio

Plutôt que de reprendre l'avion, j'ai choisi cette fois ci de louer une voiture pour parcourir les cinq cents kilomètres qui séparent Rio de Saõ Paulo. A ma grande surprise je parviens à aller du centre jusqu'aux berges du Tiete sans me tromper. Je laisse sur la gauche l'aéroport de Garulhos. Peu à peu la verdure tropicale se met à envahir les zones urbaines. Il y a de plus en plus de favellas. L'autoroute, qui s'appelle la Rodovia Ayrton Senna traverse ensuite une nature superbe, d'un vert cru qui tranche avec les terres rouges. L'altitude augmente, les virages sont de plus en plus serrés, prédédés de panneaux curva perigosa, puis l'autoroute redescend vers Rio en lacets étroits. Dans de nombreux virages se trouvent des petites boutiques qui vendent des noix de coco et des régimes de petites bananes. Le ciel s'éclaircit alors que l'on se rapproche de la mer. Aucune vue époustouflante en arrivant sur Rio. Juste une interminable quatre voies qui sépare des bâtiments tristes. Puis enfin un panneau Copacabana. Je traverse le centre, je contourne l'anse de Botafogo, je passe devant le pain de sucre, juste un tunnel, et je roule le long de Copacabana.

16783ème jour

Saõ Paulo en décembre

Cette fois ci, l'atmosphère de la ville est différente en raison des décorations de Noël. Je n'ai vu aucune illumination publique, mais chaque chaque immeuble a sa propre décoration, avec un goût prononcé pour les troncs de palmiers enrubannés de centaines de petites ampoules.
Cette ambiance de Noël me fait une impression étrange alors qu'il fait chaud et je me rends compte que c'est la première fois de ma vie que je me trouve dans un pays chaud en décembre.

16782ème jour

Murano Saõ Paulo

Me revoilà à mon petit bureau de Saõ Paulo. Il y a une averse de temps à autre, mais il fait trente degrés. Je regarde le ciel gris et je repense à ce moment passé avec toi l'autre soir à Paris, au retour de mon récital de Montargis. Dans la jolie décoration du bar de l'hôtel Murano, tu était vraiment belle quand tes yeux brillaient. J'avais envie de te le dire. Et j'avais envie de te dire que tu dois être heureuse. Je connais un tee-shirt gris où il est inscrit "j'ai décidé d'être heureux". Je suis sûr qu'on doit pouvoir lui trouver une petite soeur qui rend heureuse...
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