19734ème jour

Alex

Lever tôt, Heathrow Roissy, bref passage au bureau avant de faire des courses en prévision de mon dîner avec Alex. Nous avions initialement rendez-vous chez moi mais comme il pleut, je vais le chercher en voiture. On se croise rue du Havre, j’aperçois ses cheveux longs et blonds et sa silhouette fine dans son manteau d’officier de marine. Au moment où il entre dans la voiture, je ne sais comment il s’y est pris, mais il se heurte violemment le nez contre le cadre de la porte. Il a visiblement très mal, pense même s’être cassé le nez et malgré ce début de rencontre rocambolesque, on arrive chez moi. Il a un accent espagnol qui ne va pas très bien avec ses cheveux blonds et cela fait un mélange amusant. On prépare notre dîner. J’ai prévu d’entamer le jambon ramené de Madrid une semaine plus tôt et cela lui fait évidemment plaisir. Vers dix heures, on est nus l’un contre l’autre sur mon lit. On se relève pour boire un peu de champagne, on se recouche et alors que l’on est en pleine action, le crépitement des SMS de nos deux téléphones nous font comprendre que l’on est en 2014.

19733ème jour

Meet me in Saint Louis

Je profite de la pluie de ce lundi matin pour compléter depuis mon hôtel tout le mois de Mai de ces pages. La pluie diminue vers midi et j’en profite pour partir en borisbike vers un restaurant de Bayswater, Hereford Road, qui hélas est fermé pour les fêtes. Je me rabats sur Hafez, un restaurant iranien voisin, très agréable. Il est formidable (et très logique) de constater que la savoureuse cuisine persane est le maillon maquant entre la la cuisine libanaise et la cuisine indienne.
Il ne pleut plus, je poursuis en Borisbike jusque dans le centre pour acheter pour Alex un petit cadeau de 31 décembre: Sartorial un parfum sophistiqué de chez Penhaligon’s.
Le soir, sur les conseils de Paris Broadway, après un long voyage en métro, j’arrive à Clapham pour assister à la comédie musicale Meet me in Saint Louis. Le spectacle est donné dans un endroit étonnant. C’est avant tout un pub de quartier, terriblement anglais et très sympathique. Au dessus du bar, en haut d’un escalier assez raide, il y a une pièce, qui n’est pas vraiment une salle de spectacle, mais plutôt un grand séjour d’appartement. C’est là qu’un groupe de comédiens va jouer et chanter pour une trentaine de spectateurs Meet me in Saint Louis, la comédie musicale de Broadway de 1989, composée d’après le film éponyme de 1944 de la MGM avec Judy Garland. Le résultat est étonnant, j’apprécie beaucoup d’être à un ou deux mètres des chanteurs, sans micro bien sûr et juste accompagnés d’un piano, d’un violoncelle et d’une percussion. C’est un spectacle réussi si l’on prend en compte le peu de moyens réunis. Les chanteurs comédiens sont de niveau variable, allant du professionnel éprouvé au débutant un rien amateur.
Je rentre à l’hôtel en faisant un stop à Oxford street pour m’acheter une paire de pantoufles très victoriennes et le CD de London Grammar, le nouveau groupe à la mode en Angleterre.

19732ème jour

Beethoven par l’orchestre Philharmonia au Barbican

Une promenade à pied jusqu’au HMV d’Oxford Street Tottenham qui va bientôt fermer ses portes et sera remplacé par les minuscules rayons de celui de Bond Street, déjeuner d’huîtres à Wright Brothers Oyster bar de Soho, une visite chez Jack Wills, des boutons de manchette en forme de scarabée chez Paul Smith, retour à pied à l’hôtel pour un repos avant le concert du soir.
J’ai d’ailleurs failli être en retard à ce concert. J’avais prévu d’aller au Barbican en métro mais la Circle Line ne fonctionnait plus et j’ai du remonter en surface pour prendre un taxi. Il me restait 23 minutes pour aller de Paddington au Barbican mais la jeune femme qui me conduisait a magnifiquement réussi le challenge. Concert de Noël au Barbican, consacré à Beethoven avec deux pièces phare : Le Concerto L’Empereur et la Neuvième Symphonie. Je ne m’attendais pas à un concert exceptionnel, mais le résultat était terriblement routinier, avec un chef, Christopher Warren-Green, aux abonnés absents et une soliste, Mona Asuka, au jeu bizarre, à la fois technique mais terriblement défaillant. Salle aux anges qui fait un triomphe à son orchestre.

19731ème jour

Paris Londres

Je passe une bonne partie de la journée à compléter les mois de mars et avril de ces pages. C’est un travail redoutable que de reconstituer des journées d’il y a presque un an. Roissy Heathrow le soir à 18h00. Heathrow Express. Un hôtel médiocre près de Paddington. Je parle longtemps avec Alejandro, un andalou qui a vécu toute sa vie à Barcelone et est maintenant à Paris et qui souhaite qu’on l’appelle Alex.

19730ème jour

Tchaikowski, Beethoven et Mahler

Journée passer à rédiger mes cartes de vœux, une soixantaine cette année.
J’achète aussi quelques billets de concert pour le mois de janvier : les Wiener Philharmoniker au Théâtre des Champs Elysées avec Riccardo Chailly, le Concerto pour violon de Tchaikowski avec Vladimir Ashkenazy à la tête du Philharmonia. Comme le Concerto pour piano avec Kissin est désespérément complet, je me rabats sur l’étape de leur tournée à Mannheim. Et puis aussi un billet pour le concert Beethoven de demain, toujours avec le Philharmonia à Londres.
Je complète le mois de février de ces pages en écoutant le très bel enregistrement des Wunderhornlieder avec Dietrich Henschel et admirablement accompagné par Boris Berezowsky (Revelge à couper le souffle).

19729ème jour

Milan Paris

Il fait un temps breton à Milan ce matin, je voulais enfin tenter le restaurant Rosa Nera pour déjeuner, mais il est fermé. Je me rabats sur le Stendhal tout proche et toujours aussi bien. Je poursuis à pied jusqu'à Cadorna et je prends le train pour Malpensa. Je récupère ma carte d’embarquement mais, au moment du contrôle des bagages à main, je me rends compte que la fille de l’enregistrement s’est trompée et qu’elle m’a donné la carte d’embarquement d’un certain M. MOU, qui plus est pour le vol précédent qui va décoller dans les minutes à venir. J’ai pensé un bref moment essayer de l’attraper mais j’ai vite compris que cela ne fonctionnerait pas, d’autant plus qu’il y a un contrôle des cartes d’embarquement à l’entrée des avions easyJet. Pendant le vol, je lis le bouquin d’Ivry Gitlis, tendre et passionnant à chaque page. Arrivé à Paris, je discute avec Chris, le grindrien presque croisé à Roissy la veille et qui est maintenant arrivé à Miami. Je découvre qu’il accompagne une célébrité de la télévision française.

19728ème jour

Paris Milan un jour de Noël

A midi, je réalise que Chris, un grindrien avec lequel je parle depuis quelques temps était là lui aussi trois heures plus tôt, en partance pour Miami.
Lu dans Diapason de décembre cette citation étonnante de Dimitri Schostakovich : "Si on m’apprenait qu’il ne me reste qu’une heure à vivre, j’aimerais, avant d’en finir, entendre le dernier mouvement du Chant de la terre."
A Milan, il pleut et je passe mon après-midi au NH Touring où je complète ces pages.
En soirée, je cherche un restaurant pour dîner mais tout est fermé, en ce soir de Noël, absolument tout. Je me réfugie dans une pizzeria médiocre près du Corso Buenos Aires.

19727ème jour

Veillée

Désagréable veille de Noël avec la voiture emmenée à la fourrière avant que je ne la récupère le matin (c’est la deuxième fois en deux mois).
Bu avec mes filles un magnum et une bouteille de champagne (!)
Plutôt content de mes coquilles saint-jacques alla bottarga.
Vu avec mes filles Rayponce, racontant l’histoire de la jeune fille aux cheveux très longs (et magiques) dessin animé beaucoup mieux que je ne l’imaginais.

19726ème jour

Clermont Paris

Retour d’Auvergne en voiture avec mes filles
Déjeuner dans un restaurant japonais médiocre de Boulogne Billancourt.
Je ramène ma pendule Bulle Clock, achetée à Utrecht il y a près de vingt ans et qui semble remarcher après son séjour de plusieurs mois dans une clinique auvergnate.

19725ème jour

Clermont-Ferrand

Pris en photo ma fille aînée qui dort encore à onze heures du matin avec les deux gros chartreux de ma mère sur son lit. Installé sur l’iPad presque toute les musiques que ma mère a aimées ces dernières années sur Radio Classique et qu’elle avait consciencieusement notées. Acheté une cafetière Nespresso (c’est mon cadeau d’anniversaire).

19724ème jour

Paris Clermont

Paris Clermont-Ferrand en voiture, déjeuner chez ma mère où nous fêtons mon anniversaire. Mes filles m’offre un cadeau un rien intéressé de recettes de cuisine vénitienne. Balade en ville, j’achète L’âme et la corde, livre de souvenirs d’Ivry Gitlis. Au diner, j’offre à mère l'iPad acheté la veille et dont je n’ai pas la certitude qu’elle l’utilisera.

19723ème jour

Lapin

Je devais dîner ce soir avec Aabel mais il annule et part le lendemain pour deux semaines en Sardaigne. Je rentre avec chez moi avec Michael. On achète un iPad pour ma mère et un disque dur afin de migrer et sauvegarder toute ma base de donnée iTunes en prévision du week-end.

19722ème jour

Milan Paris

A peine atterri à Roissy en provenance de Milan, je déjeune chez Lilly de Neuilly avec X. que je n’avais pas vu depuis plus de six mois.
Le soir, Alex me pose un lapin et je décide de laisser tomber ce garçon compliqué, pour ne pas dire mytho maniaque.

19721ème jour

Paris Milan

Paris Milan au petit matin. Je lis La vérité en héritage, le livre touchant d’Anita Lasker, une des rares survivantes de l’orchestre de femmes d’Auschwitz dirigé par Alma Rosé, et que HL a rencontré à Londres il y a deux mois. Le soir, je me rends à l’hôtel M Gallery où l'on m’apprend que je me suis trompé dans la date de réservation et que celle-ci était pour le samedi précédent. La fille de l’accueil refuse de me transférer cette réservation et va même jusqu’à mentir en prétendant que l’hôtel était complet ce samedi, ce qui est évidemment faux. Je suis tellement énervé que je refuse sa proposition de m’offrir une nuit au même prix et je pars furieux à l’hôtel Una de la Porta Romana toute proche.
Dîner d’une puntarella médiocre dans un restaurant pourtant romain Giulio Pane e Ojo.

19720ème jour

Le récital de Florian Noack au Goethe Institut

Je ramène de Madrid une caisse en bois de dix sept kilogrammes contenant notamment un jambon. Je suis rassuré de la voir arriver sur le tapis à bagage d’Orly.
Déjeuner au restaurant de La Tour à Versailles.
Le soir, je me rends au Goethe Institut pour le récital de Florian Noack, jeune pianiste belge qui vient d’enregistrer un premier CD très remarqué et qui entame ansi une intégrale de l’œuvre pour piano de Serguei Lyapounov.
Au programme, une œuvre peu jouée de Schumann, la Troisième Sonate "Concert sans orchestre", quelques œuvres de Sergei Lyapunov (Valse-Impromptu et deux Mazurkas), puis la transcription flamboyante, par Florian Noack lui-même, du Schéhérazade de Nikolai Rimsky-Korsakov. Florian Noack a un très beau jeu hélas bien peu mis en valeur par le piano Bluthner un peu poussiéreux mis à disposition par le Goethe Institut. Bis de Lyapunov, bien évidemment.
Un peu plus tard, Ambr*ise et Mr B. passent chez moi pour fumer un joint. Lorsqu’il part de chez moi, je fais remarquer à Ambr*ise que nous ne nous reverrons pas avant quelques temps, car je vais partir à Milan, puis en Auvergne et lui va aller à Amsterdam. Je ne le lui dis pas, mais je me demande si j’ai envie de le revoir. Je ne suis pas sur que l’on puisse revenir à une amitié banale lorsque l’on a vécu ensemble de telles fulgurances.

19719ème jour

Paris Madrid

Paris Madrid en milieu de journée. Déjeuner tardif dans un restaurant espagnol tenu par un français. Soirée de Noël dans le quartier très chic de Salamanca. C’est la première fois que je voyage depuis que j’ai installé l’application Tinder et, bien évidemment, en arrivant dans une nouvelle ville, une centaine d’utilisateurs locaux sont proposés à mon appréciation. Je retrouve notamment un madrilène snob que j’avais brièvement rencontré à Paris voici quelques années.

19718ème jour

Retrouvailles II

Lever à 6h30 en ce dimanche pour aller chercher ma fille à l’aéroport de Beauvais. Elle a envie de viande et nous déjeunons au Vaudeville. Promenade dans Paris, froid et ensoleillé.
Je passe une bonne partie de la journée à compléter ces pages et à discuter avec Aabel, un garçon blond moitié allemand et moitié néerlandais avec qui j'avais déjà parlé voilà un an et que j'ai retrouvé grâce à Tinder.

19717ème jour

Retrouvailles I

Il fait un soleil de rêve et je vais en vélib jusqu’à Maubert pour faire découvrir à ma plus jeune fille le délicieux tartare coréen du restaurant Aux verres de contact où j’ai mes habitudes depuis quelques temps. Pendant le déjeuner, Ambr*ise m’envoie un SMS proposant de se revoir. J’hésite et accepte finalement. Je profite du beau temps pour rentrer à pied avec ma fille en traversant le sixième arrondissement et la Passerelle des Arts.
Alors que nous marchons avenue de l’Opéra, nous discutons je ne sais pourquoi des différents régimes de l’histoire de France et alors que je lui demande comment le Second Empire s’est achevé, elle me répond : "avec Water-Polo". J’en reste muet.
Un peu plus tard, je retrouve Ambr*ise devant la fnac Saint Lazare. Il sort du sport, casquette à l’envers et tenue de jogging assez laide. La discussion reprend doucement, comme si elle n’avait jamais été interrompue mais sans vraie chaleur. On va chez moi, on s’assoit dans le canapé, il admire le dragon qu’il n’avait pas revu depuis Ubud, retrouve avec plaisir La belle endormie. Nous avons parlé pendant plus de trois heures, se rappelant les moments passés ensemble, nous racontant ces derniers mois passés sans se voir. Il a eu l'air déçu que je n'aime pas le grand motif qu'il s'est fait tatouer sur l'épaule et il m’a montré Tinder une nouvelle application iPhone de drague fondée tout simplement sur la sélection mutuelle de deux personnes, au vu de leur photo. Il m’a aussi expliqué comment ses parents ont découvert qu’il n’était pas parti avec son mec et comment son mec a su qu’il n’était pas parti avec ses parents (l’étiquette de son bagage enregistré sous mon nom !). Il a tenu à fumer un joint et nous l’avons partagé comme jadis. Puis il est reparti. Nous reverrons nous ?
Dîner avec Sofiane qui veut absolument dîner à la Closerie des Lilas (restaurant surfait et d’une médiocrité absolue) et a la délicatesse de me laisser payer l’addition.

19716ème jour

Stoker

Ma soirée est vide, je propose à Azouz, de passer pour une dînette sushis champagne. On commence à regarder le Voyage à Tokyo d’Ozu mais il craque devant le manque d action. Nous regardons finalement Stoker, un film étrange de 2013 avec Nicole Kidman et qui m’avait totalement échappé lors de sa sortie. Scénario pas totalement convaincant, images superbes.

19715ème jour

Le revenant

Le matin, Darty me livre un lave linge. Ma femme de ménage est ravie. Vous aussi, j’imagine.
Le soir, alors que je sors d’une soirée professionnelle sur les Champs-Elysées, je reçois un SMS d’Ambr*ise :
- J’ai envie de te voir.
- Ah tiens. Comment as-tu retrouvé mon numéro ?
- J’ai restauré mon ancien iPhone
- Trop fort. Qu’est ce qui t’a fait changer d’avis ?
- Tous ces trop bons souvenirs qu’on a en commun.
Je ne sais que répondre.

19714ème jour

Un an

Dîner avec cinq collègues chez Georges (celui de la rue du Mail) où je n’étais pas allé depuis longtemps. C’est un endroit toujours aussi merveilleux à l’atmosphère un peu désuète. Je rentre chez moi pour fêter son premier anniversaire à la Belle endormie.

19713ème jour

Et le sourire d’Hélène

Déjeuner avec deux clientes au Sheraton de Roissy.
Le soir, je regarde sur France 2 les deux documentaires sur la période de l’occupation. Celui sur Philippe Pétain, personnage qui semble toujours autant fasciner les français et celui, tout en finesse, racontant le journal intime d’Hélène Berr, une jeune fille juive qui réussit à passer presque toute la période de l’occupation à Paris, mais est finalement déportée à Auschwitz le 27 mars 1944 puis déplacée et gazée au camp de Bergen Belsen où elle est battue à mort par une gardienne juste parce qu’elle ne s’était pas levée à temps, quelque jours avant la libération du camp par les troupes anglaises en avril 1945. Le documentaire, en voix off, ne présente que des images de Paris sous l’occupation et des photos de famille d’Hélène. Son visage me fait penser à ce vers de Trenet : Et le sourire d’Hélène, par un beau soir d’été...

19712ème jour

Easy virtue

Revu sur arte le film de Stephan Eliott Easy virtue, toujours aussi agréable avec, ce qui ne gâche rien, le merveilleux et incroyablement séduisant Ben Barnes. Le film est tire d’une pièce de Noel Coward et, grâce à Wikipedia, je découvre qu'Alfred Hitchcock en a fait également un film muet de 1927 qui développe beaucoup plus la partie du film d’avant le mariage. La version 2008 bénéficie aussi de musiques au charme désuet que ne renierait probablement pas Paris-Broadway.

19711ème jour

Malher

Pas sorti de chez moi. H. m’envoie depuis le quatrième arrondissement une photo amusante du panneau « Rue Malher » au dessous de laquelle un inconnu a peint au pochoir le visage de Gustav Mahler. Passé la journée à écouter des concertos dirigés par Giulini (Haydn, Saint-Saens, Brahms, Mozart, Dvorak), extraits du coffret acheté la veille et à mettre à jour ces pages. En fin de journée ma plus jeune fille vient me voir. Nous commandons un dîner japonais et regardons ensemble le film La Piscine qu’elle n’avait jamais vu.

19710ème jour

La Saint Ambr*ise

En cette matinée de Saint Ambr*ise, j’envoie par mail la longue lettre rédigée ces derniers jours.

Mon cher Ambr*ise,

Il m’est difficile d’accepter que notre relation s’achève pitoyablement, juste parce qu’une discussion entre nous remuerait le couteau dans la plaie. Je pense que nous méritons mieux que cela. Je respecterai donc ton choix de ne pas se revoir, mais je prendrai le temps de te dire ce que tu as représenté pour moi pendant ces quelques mois où nous avons été amis.
Tu as émis le désir de connaître mon jeu, mais je n’ai jamais joué avec toi, j’ai été sincère, j’ai fait tout mon possible pour tenter de te rendre heureux et je n’ai rien demandé en échange, si ce n’est ton amitié vraie et ton envie de passer du temps avec moi. Tu t’interroges sur le fait de savoir si tu t’es comporté en profiteur ou en imposteur. Toi seul peux répondre à cette question. Comment pourrais-je prétendre savoir ce qui t’a conduit à partager ma vie pendant six mois ?

Tu affirmes que j’ai été amoureux de toi. C’est possible, même si les mots sont bien souvent réducteurs. Ce que j’ai ressenti pour toi est, de mon point de vue, très pur et très profond. J’ai aimé chaque minute passée avec toi, tu as été ma priorité, j’ai aimé te parler, te comprendre, te regarder, j’ai été heureux de te sentir heureux. On peut appeler cela de l’amour ou, dans notre cas, un lien quasi filial, de la complicité, ou encore de l’amitié, mais c’était surtout juste toi et moi. Je n’ai jamais espéré de relation exclusive avec toi, j’ai toujours compris et accepté que c’était impossible. J’ai juste voulu partager des moments de bonheur avec toi, et ce, aussi souvent que possible. Mais cette page est tournée, et il est vrai que je t’en veux d’avoir tout gâché, de ne pas avoir su protéger ce qui était si précieux à mes yeux et peut-être aux tiens.

Je n’ai pas envie de penser à la fin. Je préfère me souvenir de nos moments heureux que je n’oublierai jamais. Et ils sont nombreux…

Je me souviens avoir essayé sans succès de deviner ton prénom dont je ne connaissais que la première lettre. Je me souviens de notre première rencontre un mois plus tard, alors que je t’attendais sans te reconnaître rue de Vaugirard, je me souviens de cette première soirée passée ensemble à écouter de la musique, à boire du champagne et à fumer un premier joint. Je me souviens, et c’est incroyable, que dès le lendemain matin, nous partions ensemble à Milan, où nous avons marché dans le froid, déjeuné chez Peppino et assisté au grand retour de Claudio Abbado à La Scala. Je me souviens du Bulgari, de ton étonnement à découvrir que j’avais apporté un joint dans mes bagages et de ta question « Est-ce que tu crois qu’on peut mourir de plaisir ? ». Je me souviens des instants qui ont suivi et de ta vitalité de jeune chiot excité à faire du sexe. Je me souviens que nous sommes rentrés à Paris par deux avions différents. Je me souviens être allé chez toi un soir unique et que j’étais tellement heureux en partant que je me suis pris en photo dans le miroir du hall de ton immeuble pour me souvenir aussi longtemps qu’il se peut de l’insoutenable légèreté du bonheur. Je me souviens t’avoir souvent dit dans le creux de l’oreille « Tu sais que tu es un garçon merveilleux ? », je me souviens du Ralph’s et du Raidd, je me souviens de la nuit hivernale où tu chantais la chanson d’Adele, torse nu dans ma voiture décapotée, après un nombre élevé de vodkas et que, ce soir là, nous avons passé une première nuit chez moi. Je me souviens d’un nombre invraisemblable de joints, de vodkas pamplemousse et de coupes de champagne, partagés sur le matelas que tu avais installé devant la télévision, inaugurant ce que tu appelais l’ambr*cisation de mon appartement. Je me souviens de ton Perfecto à doublure rouge et des tapas de l’Hôtel W, je me souviens du Mini-Palais, je me souviens de notre appréhension à se promener ensemble dans notre quartier, je me souviens avoir été te chercher rue de Vaugirard de nombreuses fois, je me souviens de Pizza piu grande et du Sexodrome, je me souviens du Dépôt et de la livraison de Karim, je me souviens que nous avons brûlé tous mes bouchons de liège dans un feu de joie à l’odeur finalement fade et décevante, je me souviens des pâtes aux anchois, de Mr B. et de la viande des grisons, je me souviens d’un joint sur l’île aux cygnes, de deux autres sur le Square Boucicaut et d’autres encore, plus nombreux, sur le Champ de Mars, près de notre palais. Je me souviens de l’anniversaire du Piccolino avec Franco, puis de ta fête tombant le même jour que l’anniversaire de Franco, c’était d’ailleurs il y a un an aujourd’hui. Je me souviens de Mister Sloane et de ton bonheur à voir Gaspard Ulliel, je me souviens de L’Avenue, de Chez Allard et de Chez Dumonet, je me souviens d’Orange mécanique et du Nadsat, je me souviens de t’avoir donné mon iPhone, je me souviens de ta petite sœur qui nous crame un samedi matin rue de Londres. Je me souviens d’un voyage aux Pays-Bas en voiture et de mon anniversaire à Amsterdam, je me souviens des innombrables coffe-shops et de la Septième Symphonie de Bruckner au Concertgebouw, je me souviens du tableau de la Belle endormie, dans ses draps de violet et d’or, que tu as aimé en premier et que nous avons acheté ensemble avant de le ramener à Paris. Je me souviens qu’un jour, tu as cessé de me donner des nouvelles et que je me suis senti trahi. Je me souviens que tu m’as manqué pendant deux mois.

Je me souviens que tu m’as recontacté alors que j’étais de nouveau à Amsterdam à une terrasse de café, que je t’ai aussitôt pardonné et que nous nous sommes revus le soir même pour fumer l’herbe à l’ananas que j’avais rapportée. Je me souviens de nos parties acharnées de Ruzzle, parfois l’un contre l’autre et parfois ensemble contre S. ou contre Michael. Je me souviens d’un nouveau départ pour Amsterdam, en avion cette fois-ci, je me souviens de la difficulté à trouver le Sir Albert, je me souviens du Troisième Concerto de Rachmaninov au Concertgebouw, je me souviens d’une nouvelle tournée des coffee-shops, je me souviens d’avoir retrouvé Alban Berg et M. dans une boîte minable, je me souviens du café De Jaaren, je me souviens que tu t’es fait arrêter par la police à l’aéroport de Schiphol, je me souviens d’un avion raté. Je me souviens d’une promenade à Versailles avec HL et d’un déjeuner un peu cérémonieux chez lui avec les deux chiens à nos pieds.

Je me souviens de notre vol en A380 pour Singapour, je me souviens du Long Bar de l’Hôtel Raffles, je me souviens de notre arrivée à Bali dans la nuit, excités par les odeurs et par l’atmosphère chaude, je me souviens de notre chambre avec une petite piscine privée, je me souviens de Made’s warung, près du Bemo’s Corner et de ton anniversaire au Bulgari, je me souviens des singes voleurs d’Uluwatu et de ceux près de notre bungalow de l’Hôtel Alila, je me souviens de la piscine, si théâtrale, je me souviens de la serveuse qui te disait le matin « Nice eye brows », je me souviens de ton nasi-goreng pour le petit déjeuner, de la promenade dans les rizières à Ubud, je me souviens du Lotus café et du Sari organic, je me souviens de Changi et de Fanghi, d’Ikar et des Massaz, de « Transport Transport », de « Hati Hati », de « Taxi, Boss ? », de « Looking, Looking » et de « Mushroom, Mushroom ». Je me souviens de « Banana juice OK ? » et de « Very good Katana », je me souviens du « Don’t forget your mangoostan, Mister Vincent ». Je me souviens de Lombok et de la plage de rêve, juste avant l’orage, je me souviens des îles Gilli et de Klungkung, je me souviens de nos longues marches sur la plage de Kuta, je me souviens de ton tatouage au Mickey surfer, je me souviens de notre razzia sur les lunettes de soleil, je me souviens des poissons du restaurant Sardine qui te suçaient les doigts, je me souviens du dernier coucher de soleil à Kuta alors que tous les balinais étaient sur la plage, je me souviens de trois jours à Singapour, de Chinatown et de Little India, du Ku De Ta et de nombreux Singapore slings. Je me souviens que c’était notre dernier dîner ensemble et qu’il n’y en aurait plus d’autre. Je me souviens du retour en A380. Je me souviens du taxi qui nous a ramené rue de Madrid. Je me souviens que tu m’as dit « A ce soir ! ».
Je me souviens d’avoir écrit ces lignes, puis d’avoir regardé ma cheminée sur laquelle se tient le dragon de cuivre que nous avons acheté ensemble à Ubud, puis la Belle endormie dans son tableau doré qui fêtera son premier anniversaire dans quatre jours. Je me souviens d’avoir eu envie de pleurer, je me souviens avoir pensé « C’était bien », je me souviens d’avoir copié ces lignes dans un email à ton attention, je me souviens d’avoir cliqué sur « Envoi ».
Je te souhaite une bonne fête de la Saint Ambr*ise.

V.

Dans l’après-midi j’achète non seulement un lave linge chez Darty (ma vie est passionnante), mais aussi les trois coffrets d’anthologie des enregistrements EMI de Carlo-Maria Giulini désormais publiés par Warner et qui m’économisent quelques centimètres d’étagère. Le soir je dépose au Piccolino le cadeau de Franco.

19709ème jour

Nelson

Les commentaires emphatiques des journalistes sur la mort de Nelson Mandela sont un amas de banalité insupportables. En revanche ce soir, je me passionne pour la très belle émission diffusée sur arte et relatant sa vie.

19708ème jour

Soirée indienne

Dîner avec deux de mes filles au restaurant indien qui se trouve juste à côté de chez Ambr*ise et où je suis déjà venu deux fois avec lui.

19707ème jour

Projets

Je passe une partie de la journée à préparer projet de lettre à l’attention d’Ambr*ise et que j’envisage de lui envoyer samedi. Le soir, dîner avec Gaëtan au Piccolino, puis un verre chez moi. Il m’offre deux livres, dont l’un sur un sujet objet d’une récente discussion avec lui : Quelle Eglise souhaitait le Christ ? Projet de voyage ensemblr au Mont Athos en 2014.

19706ème jour

Le cinquième concert du cycle Schostakovich de Valery Gergiev et l’orchestre du Théâtre Mariinski

Ce soir, c’est le troisième concert de la tournée de l’orchestre du Théâtre Mariinski. Le changement de programme du jour se limite cette fois-ci au déplacement (logique) de l’entracte après le concerto. Le concert démarre avec la Sixième Symphonie, que je ne connaissais pas et qui me parait un peu ennuyeuse. J’ai en tout cas vraiment besoin de la réécouter en disque pour me faire une idée. Puis c’est le sublime Premier Concerto pour violoncelle, sublimé par Gautier Capuçon qui a des affinités évidentes avec ce répertoire : mouvement lent fantastique, cadence incroyable de maîtrise. En bis, Gautier Capuçon nous offre Le chant des oiseaux de Pablo Casals et la Marche des petits soldats, déjà donnée en bis à Bonn l’an passé. Je profite de l’entracte pour émigrer encore en arrière-scène pour une très belle Dixième Symphonie. Ce cycle se poursuit de façon vraiment enthousiasmante.

19705ème jour

Le quatrième concert du cycle Schostakovich de Valery Gergiev et l’orchestre du Théâtre Mariinski

Suite du cycle Schostakovitch Gergiev. Découvrant que, comme la veille, le programme a été inversé (pour un nouvel ordre beaucoup plus logique), je quitte ma place d’arrière scène pour profiter des voix de la Quatorzième Symphonie. J’ai eu un peu de mal à entrer dans l’œuvre qui m’a autant surpris que Staline l'a été en découvrant la Neuvième Symphonie, censée être un chant de triomphe de la fin de la deuxième guerre mondiale. Je me souviens en revanche du très beau premier chant ainsi que d’un passage extraordinaire aux violoncelles et aux contrebasses. Je retourne en arrière scène pour une merveilleuse Cinquième que Gergiev dirige sans partition.
De retour chez moi, je constate que PE a disparu avec armes et bagages ce qui me rend encore plus content de l’avoir sucé avant de partir travailler ce matin.

19704ème jour

Le troisième concert du cycle Schostakovich de Valery Gergiev et l’orchestre du Théâtre Mariinski

10h15 Fiumicino Je passe mon vol de retour de Rome (comme celui de l’aller trois jours plus tôt) à finaliser mon texte d’hommage à HLG que je dois rendre le jour même. En arrivant, je trouve derrière ma porte le très beau coffret de 154CD publié par le Concertgebouw pour ses 125 ans. Je pars aussitôt à Saint Lazare pour récupérer PE, très élégant, qui arrive de Louviers dans un accoutrement un peu étrange, costume gris, cravate rouge et épingle à cravate, manteau de poil de chat. On passe un moment chez moi et on part à pied à travers le Parc Monceau jusqu’à la Salle Pleyel. Comme d’habitude avec Gergiev, le concert démarre en retard avec la Neuvième Symphonie, l’une de mes préférées avec son ton tellement ironique. Puis c’est le Premier Concerto pour piano, celui avec orchestre à cordes et trompette. Je retrouve à l’occasion l’extraordinaire Daniil Trifonov, radieux et souriant dans cette œuvre dont certains passages semblent injouables. Il semble tellement heureux de jouer que c’est à son insistance que Gergiev et l’orchestre bissent le dernier mouvement du Concerto. J’arrive à convaincre PE de changer de place pour la Quatrième Symphonie et bien nous en prend. Je retrouve l’expérience unique de cette même Quatrième jouée par l’Orchestre de Paris et Guennadi Rozhdestvensky ici même un an plus tôt. Triomphe de la salle. Au moment de partir, je perds mon programme (le programme du cycle, donné par erreur gratuitement au public par le personnel de la salle) dans l’étroite fente en bas du dossier du siège devant moi. Il doit y avoir des centaines de programmes sous l’arrière scène de Pleyel. Un verre de champagne chez moi et nous allons dîner chez Benoit. Le serveur est plié de rire quand il comprend que le manteau de PE est bien le truc en fourrure bizarre qui pend au vestiaire. On retourne chez moi pour finir le champagne devant un feu de bois et assez rapidement, on s’embrasse. On se retrouve assez rapidement nus tous les deux sur mon lit. Je suis étonné de constater qu’il a une queue gigantesque, en tout cas de proportion vraiment étonnante comparée a son mètre soixante quinze et son poids très léger. On reste un bon moment en 69 avant de se finir selon la Méthode Fernando qui est mon truc du moment. On dort l’un contre l’autre en cuiller.
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