16172ème jour

Première crise

J'évoquais il y a quelque temps la période merveilleuse où, entre deux boulots, on n'a plus vraiment les soucis du précédent et pas encore ceux du suivant. Mon état de grâce aura duré près de deux mois puisque mon premier vrai problème est intervenu hier.
Vendredi dernier j'entamais ma première séance de négociation du contrat espagnol. J'avais prévenu le client que j'attendais quelques remarques de mon avocat de Barcelone et je me réservais donc la possibilité de revenir sur des points déjà évoqués. Les remarques de l'avocat sont arrivées hier matin. Il a en fait entièrement refait le contrat à sa façon en le gonflant d'une dizaine de pages nouvelles. J'avais un nouveau rendez-vous le lendemain avec le client et j'ai du un instant imaginer l'éventualité de crisper considérablement une négociation jusque là détendue en imposant de tout reprendre à zéro. Ce matin depuis Madrid, conférence téléphonique avec le barcelonais et ma juriste de Nanterre. Elle le soutient à mort. J'arrive à imposer qu'on parte de la version de contrat du client. Je suis intraitable sur les points abordés et au final nous ne retenons que dix nouveau point à introduire sur la base contractuelle déjà négociée. Ma juriste est mécontente et me prévient qu'elle fera une note à la Direction Générale pour informer des risques que je fais prendre à ma Société. Je lui réponds qu'elle a raison, que c'est son boulot. Dans le fond je m'en fous, j'ai anticipé sa réaction et déjà désamorcé la bombe la veille. En fin de matinée nous allons voir le client. Discussion courtoise comme la dernière fois. La date de signature est planifiée. Ouf.

16169ème jour

Elle avait une jambe de bois

Il y a une vingtaine d'années, j'ai acheté un CD de valses viennoises interprétées tout simplement par quatre instrumentistes à cordes : un violon, un alto, un violoncelle et une contrebasse. J'ai souvent écouté ce disque au charme fou ayant des airs d'un concert du Nouvel An épuré de sa sauce orchestrale. J'étais cependant intrigué par une valse de Joseph Lanner dont la mélodie m'était familière sans avoir jamais su où je l'avais entendue.
Longtemps après, lors d'un concert au Chatelet, j'ai découvert que cette mélodie avait été reprise par Stravinsky dans son ballet Petrouchka et que c'est là que je l'avais entendue. J'ai aussi découvert que Stravinsky avait emprunté d'autres airs pour ce même ballet et qu'on y entendait notmment la rengaine d'une vieille chanson française 1900 : "Elle avait une jambe de bois". J'ai retouvé sur internet le texte de cette chanson qui vaut la peine d'être retranscrit ici et que j'ai toujours plaisir à chanter en écoutant Petrouchka :
Elle avait une jambe de bois,
Mais pour que ça ne se voie pas,
Elle avait mis par en-dessous,
Une rondelle de caoutchouc.
Elle avait pissé partout,
Mais pour que ça ne se voie pas,
Elle avait mis par en-dessous,
Une culotte de caoutchouc.

16167ème jour

Quelques instants

Je plonge peu à peu dans mon nouveau boulot. Les rythme des voyages s'accélère. Les clients se succèdent sans se ressembler. Aujourd'hui à Madrid, mon affaire du moment, négociation d'un contrat complexe avec des gens de bonne compagnie. J'espérais une réunion en anglais mais le juriste du client prétend ne parler qu'espagnol. La négociation se déroule donc en espagnol, le représentant local servant d'interprête. Interprétation utile dans un sens seulement puisque je vois bien que le juriste a déjà tout compris dès que j'ai fini de parler. Tout est plus long mais on progresse bien.
La séance s'interrompt. Le N°2 de la banque, élégant quinquagénaire madrilène, arrive, salue tout le monde. Il parle un français impeccable et me raconte que la veille il était à un dîner où une "dame" française parlait du candidat démocrate américain et affirmait que ce dernier savait parler français, "comme tous les gens intelligents". Et Don Alfonso éclate de rire. Puis s'enquiert de l'avancée du projet de contrat. Il repart. Nous poursuivons.
Ce soir dans l'avion, après une heure d'attente à l'aéroport de Barajas, après une balade en bus sur les piste de l'apéroport et avant une nouvelle balade en bus sur celles de Roissy, nous vivons quelques turbulences fortes au dessus de Limoges. Une grande hôtesse blonde, se cramponne à son chariot, s'assoit sur l'accoudoir de mon voisin en lui disant : "Tenez moi bien fort". Il l'a fait fort consciensieusement.

Post madrilène

Les méandres obscurs d'une maintenance de free m'ont privé du plaisir de vous narrer mes petites mésaventures pendant au moins cinq jours.
Tant mieux. Je n'avais pas grand chose à dire. Panne d'dées ou paresse printanière. J'envoie juste ce mot avec le clavier de mon smartphone, depuis une chambre d'hôtel madrilène. Retour demain à Paris où j'espère être plus inspiré.

16161ème jour

Une lettre

Reçu une lettre de ma fille qui était en classe verte. Au dos de l'enveloppe est marqué : "De ta fille chérie", puis son prénom entre parenthèses, puis : "au cas où tu n'aurais pas deviné".

16160ème jour

Whore

Il est jeune, il est étudiant, il a un blog.
Quoi de plus banal?
Il fait le trottoir, également.
Mais le plus surprenant c'est la conjonction de tout cela. Le naturel avec lequel il raconte sa vie: comment il a démarré, le plaisir qu'il y trouve parfois, les instants où le glauque et le comique se cotoient. Il a le talent de nous entraîner avec lui, de parvenir presque à nous faire envier une vie où il n'est après tout qu'un objet dans les mains de ceux qui n'arrivent pas à aimer sans payer, ou plus rare, de ceux qui se sentent excités à l'idée de payer pour aimer.

Extrait :
"Il me savonne, je me mets à bander. Il me rince. Il me demande de le laver. Je fais de même, je le caresse, la pellicule de savon crée une sorte de distance, de film protecteur. Le lavage crée une relation professionnelle, pas intime. On sort, je le sèche, il me sèche. Sans effusion, sans joie, juste de l’excitation devant mon jeune corps pour lui et de l’appréhension pour moi."

Apparemment, ça marche bien pour whore : 150 lecteurs par jour, des commentaires en masse de femmes intriguées et de pédés excités. On pense a Catherine Millet et à son bouquin qui a dominé les ventes en France en 2002. Pourtant, La vie sexuelle de Catherine M., je ne suis pas arrivé à le finir. L'ennui de la répétition d'un long étalage de chairs pas toujours fraîches.
Fine mouche, whore anticipe la lassitude et nous entraîne déjà dans une histoire d'amour qui va peut être sonner le glas de son sexe tarifé et de ses DVD et ipod rapidement gagnés.
Une interrogation malgré tout: et si tout ceci n'était qu'illusion. Si derrière le jeune homme a l'écriture talentueuse et à la vie hors du commun ne se cachait qu'un banal écrivain a l'imagination intense qui renouvelle le charme des feuilletons des journaux d'autrefois?

16159ème jour

Louis au Nouveau casino

Hier soir retrouvailles avec Louis.
Les deux premières parties du concert sont encore plus insipides que la dernière fois. J'en profite pour me balader dans la salle, passer derrière les consoles des techniciens qui ont une grande feuille sur laquelle figure le programme du soir. Douze chansons, deux rappels annoncés. Il est parfois écrit "Louis au micro", ou bien "Louis au piano". Le public est le même, jeune, chaleureux, qui a envie de communier avec le beau jeune homme magique. A coté de moi, une fille superbe chante par coeur chacune des chansons.
Il a l'air plus heureux que la dernière fois. Il le dit, reconnait sa chance de vivre des moments de bonheur pareils. Pourtant, un aspect triste dans le regard contredit la générosité du sourire.
Avec le temps, ses chansons prennent plus de profondeur, ce qui est bon signe.
Au pied de la scène le manager de Louis est là. C'est Daniel Darc l'ancien chanteur de Taxi Girl, devenu une épave vieillie couverte de tatouages qui couve son poulain du regard, monte parfois sur scène pour l'écouter couché devant le piano.
Au dernier rappel, il prend le micro, rappelle la formule de Jon Landau qui avait déclaré en 1975 :"I saw the rock & roll future and its name is Bruce Springsteen". Et il nous assène qu'en 2004, il a entendu le rock de demain et qu'il s'appelle Louis. Il se pourrait bien qu'il ait raison ce con.
Malgré tout, monter sur scène pour embrasser le chanteur sur la bouche, la ramener en permanence à lui n'est pas vraiment l'attitude idéale d'un manager et je serais surpris que ces deux là restent ensemble longtemps.
Louis fera la première partie de Dani bientôt au Bataclan. Je ne sais si je partirai à l'entracte ou si je resterai dans l'espoir d'un duo Louis Dani sur Comme un boomerang...

16157ème jour

Werner Klumlikboldt

Sir Georg Solti a enregistré deux fois l'opéra de Wagner Tannhauser. Une première fois dans les années 70 et une seconde fois peu avant sa mort.
Dans le premier enregistrement, la distribution comprend un nom étrange dans le rôle du Nachwächter, le veilleur de nuit : Werner Klumlikboldt.
Lorsque l'on passe ce nom curieux à la moulinette Google, le résultat est encore plus étrange. Herr Klumlikboldt n'est en fait connu que pour ce petit rôle dans cet enregistrement. Il n'a participé à aucune autre production lyrique, que ce soit au disque ou sur scène. En regardant de façon plus approfondie, on constate que dans la distribution de cet enregistrement, il y a également deux autres chanteurs, qui eux sont illustres : Bernd Weikl et Kurt Moll. Et en toutouillant tout celà, on comprend que Werner Klumlikboldt n'est que l'anagramme de ces deux chanteurs qui se sont en fait partagés les deux airs du veilleur de nuit.
Ce qui est amusant, c'est que Werner Klumlikboldt a quand même survécu à cette farce. On le retrouve dans la plupart des dictionnaires lyriques. Et on se prend à rêver qu'il ait pu aussi enregistrer la ballade de Lieutenant Kijé.

16154ème jour

Parallélisme

Mon père m'appelle hier matin pour me remercier de ma carte postale de Bali.
Ma mère m'envoie un e-mail hier soir pour me remercier de ma carte de Bali.
La similarité me fait me souvenir cette dernière lettre commune que je leur ai jadis adressée.

16153ème jour

Un instant

La scène se passe au Rex. On a pas mal bu de vodka. Tonic ou pomme. Au choix. On va danser. Ellen Alien se fait attendre. Elle se fera d'ailleurs attendre toute la nuit. Elles sont vraiment jolies toutes les deux. C'est agréable de danser avec elles. A côté, il y a un groupe de garçons qui dansent aussi. Ils se rapprochent des deux proies. Ils leur parlent à l'oreille. Gentiment mais avec insistance. Tout d'un coup elles s'embrassent. A pleine bouche. Presque goulument. Elles ont l'air d'aimer. Je trouve la scène mignonne. Pas le groupe de jeunes coqs en rut. Ils se marrent un peu mais reculent aussitôt. C'est bien. On peut redanser encore. Tous les trois.

16152ème jour

Rêve d'amour

A New York, j'y étais le jour même. A Bali, j'y étais des années avant et des mois après. A Istanbul, je me trouvais dans l'immeuble en face la semaine suivante. Aujourd'hui Madrid. Content que la télévision soit en panne pour ne même pas être tenté de regarder les corps déchiquetés. Ne rien changer à sa vie. Aller à Madrid la semaine prochaine comme prévu. Mettre la galette argentée sur le lecteur. Fermer les yeux. Ecouter la voix de Thomas Quasthoff et le beau texte de Ferdinand Freiligrath :

O lieb, so lang du lieben kannst!
O lieb, so lang du lieben magst!
Die Stunde kommt, die Stunde kommt,
Wo du an Gräbern stehst und klagst.


Aime tant qu'il t'est donné d'aimer!
Aime tant que tu peux aimer!
L'heure viendra, l'heure viendra
Où tu te tiendras en gémissant au bord des tombeaux.

16151ème jour

La poste du Louvre et l'entrecôte

Il y a quelques années, nous allions de temps en temps en famille déjeuner au restaurant de l'Entrecôte rue Marbeuf. C'est un endroit étonnant car sa formule unique et inchangée crée une queue biquotidienne sur le trottoir. Chaque fois que nous repassons devant, mes filles me rappellent (i) que la salade et la sauce de l'entrecôte y sont piquantes et que c'était un supplice de déjeuner là (ii) qu'un jour alors qu'elles étaient aux toilettes, j'avais fait un dessin sur la nappe en papier sous leurs assiettes et qu'elles l'avaient découvert avec ravissement au moment du changement de couvert entre deux plats.
Malgré le (ii) et en raison du (i), nous n'y étions jamais retournés depuis des années jusqu'à aujourd'hui où ma fille aînée a accepté de tester ses souvenirs et d'y retourner pour un agréable tête à tête avec moi. Verdict: la sauce de salade est piquante, pas celle de l'entrecôte.
En sortant, nous sommes passés à la Poste du Louvre. Pour une raison compliquée, j'ai utilisé mes points rouges SFR pour acquérir gracieusement un téléphone à clapet. Comme je n'aime pas les téléphones à clapet, je l'ai revendu sur Internet et j'ai acheté par le même moyen le téléphone de mes rêves. Je devais donc expédier au fin fond de la Bretagne le téléphone à clapet dans un joli paquet artistiquement décoré par ma fille et nous nous sommes retrouvés vers 22 heures à la poste du Louvre. L'endroit est étonnant, sorte de cour des miracles peuplée de clochards venus chercher le chaud et d'une clientèle agressive. Une ligne tracée au sol à l'américaine est censée freiner les ardeurs méditerranéennes du regroupement en troupeau devant le guichet. Il faut faire la queue une première fois pour obtenir le bon d'envoi en recommandé. Après l'avoir rempli, on ne souhaite pas faire la queue une seconde fois et on se place donc entre le guichet et la fameuse ligne Maginot. C'est là que les hostilités commencent : Elles allaient ce soir d'un classique "Eehhh faites la queue" à un "En France, on dit que qui va à la chasse perd sa place" si l'outreduidant a le malheur d'avoir la peau basanée.
Voilà.
Sinon il fait terriblement froid. J'ai la nostalgie d'Ubud et de Kuta, nostalgie renforcée par ma nouvelle sonnerie autorisée par la technologie.

16148ème jour

Feu mon 16*9

Je regarde de moins en moins la télévision. Peut être une mini-dose de LCI de temps en temps. Et encore. Ce matin, cela faisait bien trois semaines qu'elle n'avait pas été allumée et mes filles ont regardé quelque chose alors que je finissais ma nuit. L'une d'entre elles est venue me voir et m'a dit que "la télé ne marchait plus", "qu'il y avait eu une sorte d'éclair blanc et puis plus rien".
Impossible de la rallumer, la vieille dame. Cela ne me manque nullement. Je vais essayer de tenir sans. Sans doute, jusqu'à ce que mes filles me menacent du poteau de torture si elle ne revient pas.

16147ème jour

Vltava

J'aime les musiques qui symbolisent le début du monde ou l'éveil de la nature. Parmi elles, il y a les premières mesures de l'Or du Rhin, introduction à plus de seize heures de musique. Il y a aussi la longue pédale de la de la Première Symphonie de Mahler, peu à peu interrompue par un coucou particulier qui chante en quarte. Et puis il y a le début de la Moldau. C'est sans doute l'une des musiques que je connais depuis le plus longtemps. Mon professeur de musique de Sixième nous l'avait fait écouter sur le gros haut-parleur en contreplaqué qui se trouvait à côté du tableau noir couvert de portées de la salle de musique. Il nous avait raconté l'histoire de ce morceau qui nous fait suivre le cours de la rivière, de sa source jusqu'à Prague. Les eaux sont figurées par un motif ondoyant d'abord confié aux flûtes et aux clarinettes, qui passe successivement aux autres instruments, s'amplifiant peu à peu comme la rivière s'élargit.
Lorsque j'avais douze ans, j'avais acheté en Suisse un petit lecteur enregistreur de cassettes. J'avais cassé ma tirelire pour l'acheter et j'étais terrifié de peur à l'idée de le passer en fraude à la douane. Mon père l'avait caché au dessus de la roue de secours de sa 404 blanche. J'avais également acheté ce qui était sans doute ma première cassette. Quelques oeuvres orchestrales dirigées par Ferenc Fricsay. Il y avait la Petite Musique de Nuit, le poème symphonique Les Préludes de Liszt, et la Moldau. Et ce soir, en écoutant pour la première fois depuis longtemps le petit motif ondoyant de départ, j'ai été sidéré par le bruissement des vents qui se parlent dans l'orchestre, par la beauté de ce premier thème qui chante les forêts de Bohème.

16146ème jour

Passing away

Lue chez manu, sa réponse à la question Comment j'aimerais que mon entourage meure : "Sans y penser (à la mort). Mais pas dans un accident. Compliqué..."
C'est en effet la réponse la plus fréquente. Mourir sans s'en rendre compte, mourir dans son sommeil. Il y a des couples dont l'un des conjoints découvre l'autre mort au réveil, après avoir passé une partie de la nuit auprès d'un cadavre.
Evidemment je n'ai pas envie de souffrir. Pas envie de sentir la pieuvre envahir peu à peu la totalité du corps. Pas envie d'avoir mal au point d'en appeler à la mort comme à une délivrance.
Mais pourtant...
Je n'ai pas envie de passer à côté de la mort, qu'elle arrive comme par inadvertance. La mort fait partie de la vie. Elle est même le point le plus commun de tous les vivants. De même que j'ai envie de vivre le maximum d'expériences, j'ai aussi envie de vivre ce moment ultime, de savoir qu'il est le dernier, de l'apprécier et de le redouter à la fois en tant que tel. De voir si je sais maîtriser ma peur. De sentir approcher le point final : chaleur? froid? lumière? obscurité? flash de la vie?
Ma dermière gourmandise. La plus amère sans doute.

16145ème jour

Casserole

Le coq a conscience de l'approche de l'aube, la grue sait quand il est minuit. Ni l'un ni l'autre n'en échappent pour autant à la marmite ou à l'étal.
Huainan zi (IIème siècle avant JC)

16144ème jour

Archibald

J'aime bien demander aux autres la question banale : "Si vous n'aviez pas été vous même, qui auriez vous aimé être?" Les réponses sont souvent caractéristiques. Sont choisis des personnages admirés, pas forcément heureux, rarement des proches. Pour ma part, quand on me la pose, je réponds en général : "Eh bien, si je n'avais pas été moi même, au fond, je crois que j'aurais bien aimé être ... moi-même."
Au delà de la prétention de la réponse, il n'y a en fait vraiment personne que j'aurais aimé être. Sauf peut-être Archibald Leach.

16143ème jour

L'odeur de l'Asie

Pas envie de rentrer dans le rang, de me remettre à parler de la vie de tous les jours lada-boulot-dodo. Je fume une kretek, j'écoute Degung Sabilulugan et je pense à là-bas, aux couleurs, aux bruits, aux odeurs.
Parmi les odeurs, il y celle qui envahit dès que l'on sort de l'avion : le parfum de la moiteur chaude de l'atmosphère. Il y a aussi celles dont on se passerait volontiers : quelques remontées d'égout créées par la chaleur, un petit tas d'ordures abandonné et dont personne ne s'occupera, l'odeur des échappements de moteurs mal réglés.
Et puis il y a les odeurs qui font que l'on est amoureux de l'Asie: les épices sur les marchés, les petits restaurants ambulants : des 7 heures, tous les soirs, arrivent de partout des cuisines ambulantes sur roulettes où des cuisiniers itinérants préparent une cuisine simple sur le pouce : des gâteaux salés, des satays. Il y a aussi l'odeur des kreteks omniprésentes, de ce clou de girofle brûlé, les indonésiens sont de très grands fumeurs. Il y a l'odeur des fruits, celle délicate du ramboutan que j'appelle le fruit à cheveu en raison de sa tronche poilue; celle insidieuse du durian, qui se repère à cent mètres à la ronde et qui l'on fait interdire dans les aéroports. Et puis l'odeur de l'air léger des jours heureux.

16142ème jour

De Kuta à Nanterre

Envol de Kuta à 8h35. Atterrissage à Singapour à 11h00. A peine arrivé, je dépose ma grande carte de Bali à la consigne de l'aéroport, plus coûteuse que la carte elle même, et je saute dans un taxi. Mêmes impressions retrouvées : grandes avenues vides de circulation, espaces verts parfaitement entretenus, une sorte d'Amérique asiatique et genevoise à la fois. Le taxi me dépose devant le Suntec, nouveau centre commercial qui héberge Tower Records. Déception. Les rayons classiques ont fondu aussi vite qu'en Europe. Pas la moindre petite interprétation d'un orchestre japonais à me mettre sous la dent. Je repars à pieds et me retrouve rapidement devant le Raffles. Je reparcours le hall en chantonnant "I'll see you again" de Noel Coward. Direction le Long Bar. Rien n'a changé. Merveilleuse atmosphère reconstituée d'un bar chic des années trente. Je m'installe au comptoir. Le personnel est magnifiquement bigarré : des chinois bien sûr, mais aussi des malais, des indiens, des indonésiens, à l'image de Singapour. Je commence par un Singapore Sling. Normal, c'est dans cet hôtel qu'il a été inventé. Des petits samosas de légumes, quelques satays accompagnés d'oignons, un autre Singapore Sling, un expresso. La tradition ici est de manger les cacahuètes offertes à volonté sur les tables et de jeter les coquilles au sol. Le ménage n'est fait qu'une fois par jour et en fin de journée le scratch scratch sous les pieds est irrésistible. Au plafond des palmes s'agitent mollement au gré d'un mécanisme complexe mais inutile, l'endroit étant fort climatisé. Orchard Road, les centres commerciaux. J'achète un bouquin sur la vie de Dimitri Mitropoulos, chef mythique décédé brutalement alors même qu'il dirigeait la Troisième Symphonie de Mahler à la Scala. Le ciel s'assombrit. Des trombes d'eau s'abattent sur la ville. J'évolue en zig-zag de centre commercial en centre commercial. Bloqué, je me réfugie dans une salle de jeu électronique ou une cinquantaine de jeunes singapouriens font des jeux en réseau dans un brouhaha indescriptible de hauts parleurs poussés à fond et de cris de joie des vainqueurs. Je repars au bout de vingt minutes. La pluie a cessé. Je prends le métro pour deux stations. Il est d'une propreté irréelle. Je stoppe à Chinatown, rare survivant du passé colonial de la ville. Je l'avais vu quasiment en ruine il y a dix ans. Il s'est peu à peu mué en une sorte de Disneyland multicolore et trop restauré. Singapour n'est pas la ville du juste milieu.
Je longe la Marina et ses restaurants à touristes. Je visite l'Esplanade, nouvelle salle de concert du Singapore Symphony Orchestra, dîne dans un restaurant japonais qui fait face à la baie : ailes de raie, californian hand-roll, soft shell crabs, thé vert.
En repartant vers l'aéroport, un petit bip indique au chauffeur lorsqu'il dépasse les limites de vitesses autorisées. Je récupère ma carte de Bali. En route vers Paris. Passage de 35°C à -6°C en douze heures. Atterrissage à 6h00. Escale d'une douche à la maison. Métro. Nanterre à 9h00. Etrange journée.
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