16478ème jour

Message personnel

Aujourd'hui, Michael fête ses 10.000 jours. Je lui souhaite fraternellement un très joyeux anniversaire.

16477ème jour

Uro I

Mon père a souvent été atteint de coliques néphrétiques. Pour ceux qui ne le savent pas, ce symptome n'a rien à voir avec une quelconque dysenterie. Il s'agit d'un blocage des voies urinaires par un calcul, du sable ou parfois un petit caillou. Tous ceux qui l'ont ressenti savent que c'est horriblement douloureux. Autrefois, on en mourait. Napoléon III est d'ailleurs décédé en Angleterre des suites de la présence dans sa vessie d'un caillou de la taille d'un oeuf de pigeon.
J'ai donc souvent vu dans mon enfance mon père arpenter la maison en se lamentant, tant la douleur est aigüe. Malgré la possibilité d'une transmission génétique, j'ai échappé au mal, sauf une fois, sans doute pour me faire goûter au plaisir de la chose.
Après cette unique crise, mon médecin m'a demandé de faire un examen approfondi des voies urinaires, une urographie. Je me suis rendu un matin à jeun dans un laboratoire d'analyses. On m'a fait coucher nu sur une planche en métal et on m'a injecté dans les veines un liquide assez désagréable qui donne une impression de chaleur dans tout le corps. Quinze minutes plus tard, on a commencé à me prendre des radios dans tous les sens. On m'a ensuite fait boire un demi litre d'eau. Puis nouvelles radios, la vessie pleine, la vessie vide et la vessie en train de se vider. Cette derniere était la plus pittoresque. Imaginez la scène. Je suis debout, nu comme un ver, dans une salle, face au mec qui fait la radio. Dans la main droite je tiens une bouteille dans laquelle j'ai enfilé le bout de mon sexe. Là, je me concentre. Et au moment où je commence à pisser, je lui donne fièrement le top depart. Eh hop! Le petit oiseau est sorti...

16476ème jour

Tard

Il était tard dans la nuit. Si tard que l'on ne savait plus trop s'il s'agissait encore de la nuit où déjà du matin. Nous écoutions le deuxième mouvement du premier trio de Brahms. Le second thème. Celui qui est si tendre et si généreux. Celui qui donne envie de courir dans la rue et d'embrasser les passants. Je me suis senti totalement heureux à ce moment. Enfin presque...
Toi aussi, je veux que tu sois heureux...

16475ème jour

Votre café pour pas cher

La nouvelle pièce turque de 1 livre ressemble beaucoup à notre pièce de deux euros. Elle a d'ailleurs quasiment la même taille. Plus intéressant, elle est acceptée par la plupart des distributeurs comme une pièce de deux euros. Mais elle ne vaut que soixante centimes d'euro...

16474ème jour

L'alcool et les ballons

Hier je démarrais mon après-midi par une petite présentation en anglais sur mes activités devant une soixantaine de collègues. Auparavant, nous déjeunions tous ensemble et l'équipe export, à l'humeur taquine, avait décidé de m'enivrer. Peine perdue. Je me méfie beaucoup des effets de l'alcool dans ce genre de situation et je me suis contenté d'un verre de vin et de deux centimètres de mon verre de caipirinha. Je me suis pris des moqueries de toutes sortes des "t'es pas cap", des "t'en as une petite", mais je suis resté zen.
Un peu avant 14h00, je pars dans la salle de réunion, histoire d'être prêt quand tout le monde sera là. Alors que j'allais commencer, l'équipe export débarque dans la salle avec une quinzaine de ballons multicolores et me les offre solennellement en chantant joyeux anniversaire!. Celà fait en effet un an que je suis rentré dans ma société. Je suis vaguement déconcentré. Je leur demande si je dois garder les ballons en main pendant toute ma présentation. L'assistance ravie braille un "ouiiiii" enthousiaste. J'en garde un en main et je commence mon allocution ainsi:
I have a concern. My presentation was supposed to take place this morning. As we were late, the export team was hungry and they asked me to do it in the afternoon. I have accepted. But this afternoon, the same team asked me to cancel it because they were all drunk. I am sorry gentlemen, but I don't accept.

16473ème jour

Carnet du jour

On me prie d'annoncer le mariage de Madame Lavache, blanche ingénue issue des belles montagnes verdoyantes du Jura Suisse, avec Monsieur Letaureau, noble et sombre étalon catalan. La cérémonie a eu lieu récemment dans la plus stricte intimité sur la tableau de bord de la New Lada.

16472ème jour

Panique à Munich

Mon patron souhaitait ma présence mercredi matin à Paris. Comme j'avais un rendez-vous mardi après midi à Istanbul, la seule solution était un vol Lufthansa passant par Munich qui me permettait un départ tardi d'Istanbul mardi soir.
Lundi, donc, je me rends au Terminal 1 de Roissy qui est de plus en plus délabré. Mon vol pour Munich est annoncé avec deux heures de retard, ce qui est de mauvaise augure pour ma courte connection à Munich. "Pas de problème!" me dit la jeune fille de l'enregistrement Lufthansa. "L'avion vous emmenant à Munich est celui qui poursuit en direction d'Istanbul. Il ne peut donc pas être en retard. Vous ne pouvez pas le rater." Je suis un peu sceptique mais je vais attendre à la porte.
C'est un petit coucou canadien. On est plutôt serré à bord. Les hôtesses très blondes fournissent des sandwiches médiocres au salami. La pleine lune permet de voir que l'Allemagne est couverte de neige. L'avion atterrit sur la bande noire au milieu de l'univers blanc. Un bus par un froid polaire. J'arrive dans l'immense aéroport de Munich. Bien sûr, le vol d'Istanbul est parti depuis belle lurette. Le prochain est le lendemain à 11 heures, sur liste d'attente. Il n'y a plus de vol pour Paris. Il ne me reste qu'à aller passer une nuit à l'hôtel de l'aéroport. Qu'à me relever de bonne heure. Et qu'à rentrer à Paris par le premier vol du matin.
Dans le taxi qui m'emmène à l'hôtel, je pense à cette signification de Lufthansa qui me faisait sourire autrefois : Let Us Fuck The Hostess As No Steward Available.

16471ème jour

La décade de l'agitation

La relecture de ces derniers posts donne au final une vision assez fausse de la fébrilité de mes déplacements. Je les inscris ici dans l'ordre chronologique.
Lundi : 10h00 départ pour Istanbul. Arrivée avec 90 minutes de retard. Réunion chez mon client l'après midi. Un club sandwich à l'hôtel. Nuit normale.
Mardi : Nouvelle réunion chez mon client le matin et l'après midi. Déjeuner amusant dans sa cantine d'entreprise. Pas de dîner tant je suis fatigué.
Mercredi matin : Réunion chez un concurrent qui veut faire notre connaissance puis longue attente à l'aéroport pour le vol de Paris. Je passe à la fnac des Champs Elysées vers 23 heures tout en discutant avec Alban Berg sur MSN Messenger.
Jeudi : lever à 5h00 pour attraper le premier vol sur Linate. Réunion de négociation avec mon client milanais. Déjeuner à la cantine de l'usine. Travail dans nos bureaux. Je suis ramené par un charmant préretraité dans la clio de son fils. Il ne parle pas français ni anglais. Je ne parle pas italien. Mais on arrive bien à se comprendre. On s'embrasse presque en se quittant. Arrivée à Paris à 22 heures. Longue discussion avec mon boss au téléphone alors que je suis sur l'autoroute du Nord. Dîner tardif avec un ancien collègue de travail.
Vendredi : journée merdique avec tout le travail de la semaine à rattraper. Je pars trop tard du bureau. J'arrive miraculeusement à l'heure à mon rendez-vous avec Alban Berg : un concert rue de Madrid avec au programme un très beau concerto pour violoncelle de Chostakovich. Nous passons chez moi boire un verre et écouter un DVD des Gustav Mahler Orchester Jugend où il a souvent joué. Nous sortons pour croiser invraisemblablement un de ses collègues de l'orchestre juste devant chez moi, alors que nous sommes plutôt loin de leurs bases. C'est le genre d'incroyable coïncidence si fréquente quand je suis avec lui. Dîner chez Janou, après de longues hésitations. Retour chez moi pour une nouvelle nuit musicale et alcoolisée. Je raccompagne Alban Berg chez lui. Je rentre chez moi. Juste une heure de sommeil avant de reprendre mon avion.
Samedi : Lever 5h30 pour attraper le vol de Barcelone de 7h45
Dimanche : Barcelone. Douze heures de sommeil pour rattraper le retard
Aujourd'hui lundi : Lever 5h00 pour le vol de 7h15 pour Paris.
Ce soir je dormirai à Istanbul.

16470ème jour

Barcelone II

Nous avons beaucoup marché aujourd'hui. Eduardo m'a montré les endroits de la ville que j'ignorais. J'ai découvert l'ancien Palais transformé en hôtel, tout en haut du Passeig de Gracia quand il diminue de largeur. Nous nous sommes assis sur un banc au soleil sur la Placa de la Libertat à côté d'une nonagénaire qui n'arrêtait pas de taper sur l'épaule d'Eduardo pour avoir un Euro. Nous avons pris un petit déjeuner sur le Passeig del Born qui est une longue allée droite sous les arbres, où jadis avaient lieu des tournois. Nous nous sommes perdus sur des petites places du Barrio Gothico...
J'ai au final perdu mes regrets d'avoir inscrit ce voyage au milieu d'une décade un peu trop agitée.

16469ème jour

Barcelone

Dès que je sors de l'aéroport, une bouffée de printemps m'envahit. Je saute dans le taxi jaune et noir et trente minutes plus tard après avoir déposé les bagages au NH Duc de la Victoria, je me balade en chemise dans le Barrio Gothico. Dans les oreilles, le premier trio de Schubert. Je marche au hasard dans les rues ensoleillées bien qu'étroites, avec l'impression étrange que chaque note de musique me parrait en accord avec ce que je vois. Les passantes sont belles, elles semblent sourire avec grâce au rythme de la joyeuse mélodie du premier mouvement que'elle ne peuvent entendre cependant.
Vers midi, un SMS d'Eduardo. Il me donne rendez-vous à 13h30 à l'angle de Gran Via et du Passeig de Gracia. A l'heure dite, je m'adosse contre les murs de la bijouterie Roca, les yeux fermés face au soleil, toujours avec Schubert dans les oreilles. Mon téléphone vibre. C'est Eduardo. Il sort du métro juste de l'autre côté du Passeig de Gracia. Nous le traversons ensemble en continuant à parler au téléphone et nous nous embrassons joyeusement en beau milieu de l'avenue.

16467ème jour

L'odeur des autres

J'ai toujours été fidèle à mes parfums. Je les ai gardé en général quatre à cinq années. Personnellement, je ne comprends pas trop les personnes qui en changent tous les jours car j'aime bien retrouver l'odeur des gens que j'aime, elle est en quelque sorte un repère. J'appréciais le côté rare et le flacon rouge de mon parfum actuel, Desire de Dunhill. Il avait été choisi pour moi par P. C'est sans doute aussi pour celà que je souhaitais en changer. A force de me promener dans les parfumeries des dutee free, j'ai jeté mon dévolu sur le nouveau Guerlain pour homme, L'Instant. Boisé et légèrement sucré. A nouvelle ère, nouvelle fragrance.

16466ème jour

Sonate

J'ai ouvert en grand les rideaux. La nuit était totalement noire et permettait donc de parfaitement distinguer toutes les lumières de la ville. Celles de la rive asiatique au loin, celles, mobiles et nombreuses, des bateaux qui traversent le Bosphore en tout sens, celles enfin, toutes proches, des contreforts de Besiktas. J'ai appuyé sur Play et le voyage a commencé : trente minutes denses et tourmentées pour un instrument seul. Jamais aucune monotonie cependant. Parfois le violoncelliste alterne des passages dans l'extrême grave de son instrument avec de courts instants où les cordes semblent vibrer d'un son métallique. On se perd par parfois dans les méandres de mélodies ascendantes et dans celles, plus tragiques qui nous font brutalement quitter le ciel pour la terre. Et pourtant, on progresse dans les ténèbres de ces sons magiques, comme à travers les volutes d'une fumée qui aurait soudain envahi un espace néammoins immense.
L'allegro molto vivace s'achève. Comme à l'occasion d'un voyage, on ne sort pas indemne d'un tel déplacement, surtout lorsqu'on l'effectue pour la première fois. L'écran de l'Ipod s'éteint. J'ai une pensée pour celui qui m'a initié à ce voyage.
Zoltan Kodaly : Sonate pour violoncelle op.8

16465ème jour

Bazar

Retour a Istanbul pour un séjour pluvieux. Il y a des moutons partout dans la ville, il y en avait même un ce matin devant la porte de mon client, en plein quartier d'affaires de Levant. En effet, nous sommes à deux jours de la fête du Sacrifice (Kurban Bayram) ou fête du Mouton, qui a lieu dix semaines après la fin du Ramadan.
A part çà, une fois n'est pas coutume, j' ai appris un mot turc qui n'est pas le strict homonyme de son confrère français : en turc le mot mer se dit deniz. La mer deniz, tout un programme non?

16464ème jour

Pan dans la vitre

Hier, mes filles et moi avons étrenné la nouvelle lada pour rejoindre ma mère et ma soeur afin de déjeuner dans une ferme Auberge près de Nevers. Les patrons font tout pour ne pas être assimilés à un restaurant: ils serrent la main de tous les clients, papotent volontiers en faisant le service et surtout, proposent un menu unique. Hier, c'était une soupe paysanne, un assortiment de charcuteries accompagné de salade verte, une blanquette de volaille, le plateau de fromages et l'assortiment de desserts, le tout arrosé d'un Saint-Pourcain rouge plutot agréable.
En raison de l'abondance des mets, je demande en rigolant un doggybag à la patronne. Elle m'a alors expliqué qu'un visiteur illustre, Giscard, était venu il y a peu en voisin et avait demandé qu'on lui emballe le reste du gâteau au chocolat, "pour faire plaisir à Anne-Aymone..." Je suis parfois inquiet de mon sang auvergnat.
En sortant, un mystère nous attend : ma soeur a fermé son véhicule avec les clefs à l'intérieur. Nous hésitons un instant sur la stratégie à adopter. Nous pensons un instant faire l'aller retour qui nous sépare du double des clefs, soit 300 kilometres environ. Pour finir, nous avons tout simplement donné un bon coup de marteau dans la vitre.
Jolie promenade aux limites de l'Allier, puis retour sur Paris dans les traditionnels bouchons du dimanche soir.

16463ème jour

Dans le dos

Nous roulons en voiture dans Paris. Mon collègue français basé en Turquie m'appelle d'Istanbul pour faire un point sur notre dossier. Je m'anime un peu au téléphone, lui dis que nous devons faire attention de ne pas se faire faire un enfant dans le dos. Quelques minutes plus tard, je raccroche. Une petite voix s'élève alors de la banquette arrière, à la fois tendre, amusée, et légèrement teintée d'ironie moralisatrice: "Papa, quand même, la façon dont tu parles devant des petites filles. Se faire faire un enfant dans le dos... quand même..."

16462ème jour

New lada

Une page se tourne. Je suis allé récupérer la nouvelle lada. Un petit cabriolet rigolo et gentiment poussif. Je n'ai toujours pas trouvé d'acquéreur pour l'ancienne qui s'ennuie à un coin de rue. Elle m'aura offert ses services pendant près de cinq ans et je dois admettre qu'il ne reste aujourd'hui plus grand chose de ma vie de l'époque : changé de domicile, changé de travail, redevenu célibataire. Je ne ressens aucun regret. Plutôt une certain intérêt à imaginer ce qui va suivre.
Madame Lavache semble heureuse elle aussi. La planche de bord comprend une sorte de sillon plutôt confortable pour avachir son ventre mou.
Quant à moi, je m'imagine au volant dans quelques années, avec mes filles à bord les cheveux au vent et je m'amuse à l'avance des regards jaloux, voire haineux, de certains mecs qui nous regarderont passer.

16461ème jour

Tournis musical

Veuve Cliquot, Bozen, Hampson et Urlicht, Eliette et Herbert, Mahler, Salzedo, Schubert, gondole funèbre, Wagner et Venise, Ravel et Asnières, Kaplan et Vienne, Boulez et Tokyo, Mahler et Toblach, Trieste et Ciccolini, risi e bisi, vodka et cassis, David Lynch et David Bowie, l'étui à violoncelle bleu, Yo-Yo-Al-Ma, Messagesquisses, Argerich et Kremer, treize kilogrammes, déprimes, Beethoven, Masur et Anne-Sophie Mutter, les paravents des auditions, Berlin et Milan, Amsterdam et Rotterdam, Heldenleben et Don Quichotte, Barenboïm et Fürtwanger, Quasthoff et Bostridge, TGV pour Lyon et Thalys pour Liège, Levine et Richter, la Turquie et l'E.U., Villa Antinori, Queyras et Capuçon, Lisbonne, les kreteks indonésiennes, Neuchatel, Lost Highway, Daphnis et Chloé, le narcissisme des blogs et la coiffure de Karajan.

16459ème jour

Morgen

Demain, c'est le pays du hasard.
Jean-Claude Pirotte
Cavale

16458ème jour

Où je nourris mon tamagochi

J'ai donc un nouveau compagnon de voyage, un Ipod à qui je consacre une bonne partie de mon temps libre depuis mon retour d'Istanbul. Il faut bien le nourrir. J'ai commencé par la base, ce que tout honnète Ipod devrait avoir dans ses entrailles : tout Mahler bien sûr, les neuf symphonies de Beethoven, les cinq concertos et les dernières sonates pour piano, les tableaux d'une exposition, der Freischutz, le deuxième concerto de Rachmaninoff, le huitième quatuor de Chostakovich, les Noces de Figaro, la Symphonie fantastique, Harold en Italie, les Davidbundlertänze, les Goldberg, les Diabelli, les trios de Schubert, ses impromptus et son grand octuor, les quintettes à cordes et les derniers concertos pour piano de Mozart, un assortiment de concertos de Vivaldi, Petrouchka, la sonate D.894, le Schwanengesang, la Septième de Bruckner, les Symphonies de Brahms, ses deux concertos pour piano, son concerto pour violon et celui de Beethoven aussi. Et puis le récital de Bowie à la BBC, Grace et le Live at Sin-E, the blue moods of Spain et quelques fantaisies de Trenet.
Et puis bizarrement j'ai envie de violoncelle. De la sonate apergionne, de la Première sonate de Brahms et surtout de la mélodie de son premier mouvement qui me fait toujours frissonner, des six suites de Bach, des sonates de Beethoven, des variations roccoco, des concertos de Haydn, de celui de Dvořák.
Et c'est merveilleux, il aura encore très faim.

16457ème jour

Les hasards de la vie

Si je vous disais qu'un lecteur de ces pages est entré en contact avec moi...
Si je vous disais que nous avons longuement discuté ce soir dans les chemins virtuels de la messagerie instantanée...
Si je vous disais que nous ne connaissions pas jusqu'à ce jour...
Si je vous disais qu'à force de discuter, il est apparu que nous nous sommes trouvés au même instant sous le même toit à Bolzano, pendant l'été 2000...
Si je vous disais qu'à y bien repenser, la photographie de son visage se trouve par une obscure négligence dans le coffre de la lada depuis ce même soir de l'été 2000, et que je l'ai donc emmenée voyager d'Amsterdam à Gibraltar et de Venise à Concarneau...
Si je vous disais tout celà, vous ne me croiriez pas.
Vous auriez tort.
Et si je vous disais que j'ai très hâte de le rencontrer, vous me croiriez sans doute.
Vous auriez raison.

16456ème jour

Mes amis les taksis II

La semaine dernière, je me rends chez un client en taksi avec un collègue peu habitué à Istanbul. A l'arrivée, je demande au chauffeur "A fiche please", et lui de s'exécuter aussitôt. Mon collègue est surpris : "Ah ben moi qui n'arrive jamais à me faire comprendre lorsque je demande un reçu, je n'imaginais pas que c'était aussi simple..."
Et moi de lui répondre : "Oui en turc, fiche se dit F-I-S-cédille et celà se prononce fiche, comme en français. Si le mec te file un poisson, c'est qu'il est vraiment con."

16455ème jour

Mes amis les taksis I

Je rentre à l'hôtel hier soir et je demande un reçu à mon chauffeur. Il prend aussitôt un air consterné. Le compteur, encore dans l'ancienne monnaie, affiche 3.500.000. Le temps passe. Le garde chiourme de l'hôtel s'approche de la porte ouverte du taxi et demande au chauffeur ce qui se passe. Il s'ensuit cette discussion surréaliste, en turc :
- C'est trois millions cinq. Ca fait combien dans la nouvelle monnaie?
- Ben, trois cinquante!
- Quoi?
- Trois, virgule, et cinquante apres. (virgule en turc se dit virgul avec la même prononciation)
- ...
Il y est quand même arrivé, pépère, mais après dix bonnes minutes d'effort.

16454ème jour

Nouvelles turqueries

Réunion importante cet après midi pour mon projet avec les militaires. La grande salle du conseil d'administration d'une banque qui fut autrefois la banque ottomane. Au mur, de vieux titres d'actions et d'obligations en français pour des sociétés et des mines exotiques. Face à nous, un directeur général de banque, un directeur technique, deux lieutenants colonels et une éminence grise.
Je démarre la réunion pour présenter l'équipe et nous excuser de tenir la réunion en anglais. Le directeur général en face me répond aussitôt en turc que la réunion se tiendra en turc, et qu'on fera des traductions. De l'art de mettre mal à l'aise un fournisseur potentiel.
On commence par de longs préalables techniques sur nos avantages réels et supposés. Visiblement on marque des points. Nous sommes les mieux placés de ce point de vue. On passe à la partie financière. Ils nous ont demandé de faire notre dernier prix. Nous le présentons. Visages pleins de déception face à nous. Ils nous disent qu'ils nous laissent deux minutes pour descendre notre prix vers un niveau chiffré par eux et bien sûr totalement inacceptable. Interruption de séance. Nous appelons Paris pour savoir jusqu'où nous pouvons aller.
En raison du côté extrême de la demande, la discussion avec Paris prend du temps. Au moins vingt minutes. Dans l'intervalle, je reviens dans la salle pour voir les clients et leur faire comprendre que si cela prend du temps, c'est en raison du caractere excessif de leur demande. L'éminence grise me dit que c'est trop tard, que les deux minutes sont passées, qu'ils ne nous retiennent pas. Je me lève et lui dis au revoir avec un grand sourire. Il rigole.
J'attends mes collègues avec les clients. L'un des militaires met de la musique sur son PC. Une musique assez triste. Je lui demande : "Du violoncelle?" "Oui" me répond-il "c'est YoYo Ma." "Aaaah? Son dernier disque sur des musiques d'Ennio Morricone?" "Oui!" me répond-il ravi. Je lui dis qu'une musique plus gaie aurait été de bonne augure.
Mes collègues reviennent. Nous annonçons une baisse de prix symbolique. Ils sont de nouveau déçus et nous laissent jusqu'à lundi pour revoir notre copie.
Au moment de nous lever, le militaire fanatique de musique nous met A Paris chanté par Yves Montand. Et c'est au son d'un l'accordéon fort parisien que nous nous saluons le plus cordialement du monde.

16453ème jour

Six zéros

En arrivant à l'aéroport Ataturk hier soir, je me suis précipité au distributeur HSBC afin de retirer mes premières nouvelles livres turques. J'ai retrouvé un peu de l'excitation de mon premier retrait en euros, le 1er janvier 2001. Pas de grand changement pourtant cette fois ci: les billets sont quasi identiques aux précédents. Seuls six zéros ont disparu. Plus moyen, comme autrefois, de confondre le billet de 1 avec le villet de 10. Je n'ai pas encore vu les pièces qui sont la vraie nouveauté, tant les précédentes n'avaient aucune valeur. Les nouvelles pièces ressemblent étrangement à nos euros. Petit clin d'oeil à l'avenir?
Négligence ou ignorance, en arrivant à l'hôtel, le chauffeur de taxi alignement consciencieusement les six zéros des trente cinq millions de la fiche.

16452ème jour

Message du 2B au 2F

Michael,
je suis dans le salon du Terminal 2B de Roissy. Tu es dans celui du 2F. Nous allons décoller tous les deux à la même heure : 18h55. Toi vers l'Ouest : l'Atlantique, les USA, Los Angeles, puis Papeete. Moi plein Est pour Istanbul une nouvelle fois.
Je me souviens que lors de ton dernier séjour, il y a deux ans, tu m'avais manqué. Tu vas évidemment encore me manquer. Prends soi de toi.
Je me demande si, pour me consoler, je ne vais pas aller m'acheter un Ipod. La boutique Virgin's de l'Aéroport les propose à des prix intéressants...

16451ème jour

Shazz, le mur et les plumes.

Ce midi, j'ai acheté le nouveau disque de Shazz, Beautiful. Comme d'habitude avec Shazz, le son est magnifique de précision pour une techno aux sons très jazzy. J'ai été étonné par le CD en lui même : la face étiquette ressemble à un mini 45 tours, avec de faux sillons et une fausse étiquette noire. Mais le plus surprenant est encore l'autre face qui est noire elle aussi. Le livret est également en noir et blanc et donne un aspect assez luxueux à l'ensemble.
Ce disque m'a rappelé le jour de 1983 où j'ai acheté mon tout premier CD. C'était la Première Symphonie de Mahler par Claudio Abbado et l'orchestre de Chicago. Le prix était de 128,50F, ce qui signifie que le prix moyen d'un CD a largement du être divisé par deux en vingt ans. Je suis collectionneur de CD à la limite de l'obsession et au cours des vingt années d'existence de ce support, il m'est arrivé d'acheter des exemplaires étranges comme celui-ci : en 1989, au moment de la chute du mur, Bernstein est venu diriger à Berlin un orchestre composé de musiciens des deux côtés de la ville dans une Neuvième Symphonie de Beethoven où, pour le dernier mouvement, Bernstein avait substitué le mot Freiheit à celui de Freude. Deutsche Grammophon avait sorti ce double album avec un morceau du mur. J'avais choisi un exemplaire où le petit morceau de béton avait un peu de couleur vive.
Cette sortie avait fait parler d'elle dans le microcosme musical, et quelques semaines plus tard, par pure ironie, Harmonia Mundi avait sorti un disque de musique baroque, accompagné d'une véritable plume d'ange. Avec certificat d'authenticité.

16450ème jour

Mémoire

Mon père se souvient parfaitement de toutes les formules de trigonométrie.
sin2x, cos2x, sin(a+b), cos(a-b)...
De tout, il se souvient de tout...
Alors que moi, j'ai tout oublié.
Etrange.
Et pourtant, c'est moi qui vais bientôt en avoir besoin pour aider ma fille aînée.

16449ème jour

Tout faux

Vendredi matin. Dernier jour de l'année. Je me lève tôt. Je file au boulot. J'ai promis un document à mon client italien pour midi. Je le rédige à la hâte. Je le fais valider. 11h10, je l'envoie enfin. Je prépare rapidement trois pannonceaux blancs pour coller sur les vitres de la lada et la mettre en vente. 11h20, je pars content. Quatre vingt minutes pour me rendre de Nanterre à la gare de Lyon, c'est amplement suffisant. 11h30, je suis sous la Défense, mon client m'appelle. Il s'étonne de voir figurer xxxx en face des prix. Malaise. Je lui ai envoyé la mauvaise version, un simple draft stupide. Demi tour. Retour au bureau. Je relance ce maudit PC. Je renvoie le mail avec un mot d'excuse. 11h50, je repars en voiture. Une collègue me dit "quarante minutes pour aller gare de Lyon, c'est impossible". Je fonce. La Défense, Neuilly, Porte Maillot, l'Etoile, avenue Marceau, les quais. 11h25 je rentre dans le parking de la gare de Lyon. 12h29, je rentre dans le train, je m'assois, il part.
Merde. J'ai oublié de mettre mon numéro de téléphone sur les pannonceaux.

16448ème jour

Bananier

Pommes sautées.
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