16598ème jour

Milan, sans classe

Un allez-retour dans la journée. La finalisation besogneuse du contrat qui m'occupe à Milan depuis ce jour. La perspective de revenir moins souvent dans cette ville que j'aime peu, au sein de ce pays que j'adore.

16596ème jour

Sur les pas de Mahler

C'est la première fois que je suis aussi bien placé dans le Musikverein. Je peux observer pour la premère fois que le plancher de la salle s'élève doucement en direction de la scène. Par un hasard curieux, HL est assis exactement deux rangs derrière moi, à la même place 9, mais au rang 11.
L'allegro démarre avec une violence beaucoup plus forte qu'en mars à Berlin. Le premier motif de cinq notes est nerveux, les cordes claquent; il reviendra, tel un leit motiv rageur pendant tout le mouvement. Je suis subjugué par la puissance des cuivres en particulier dans le choral brucknerien. Michelle DeYoung, Christine Schäfer et le Singverein entrent à la pause entre les deux premiers mouvements.
Deuxième mouvement merveilleux de délicatesse et de précision. Le contre chant des violoncelles pendant la réexposition du thème principal est à pleurer de bonheur. Pendant le passage en pizzicati, les deux solistes sourient, elles semblent nager dans le bonheur de ce tournoiement de notes. Scherzo particulièrement rapide ponctué par des coups de timbales implacables.
Finale moins ample qu'à Berlin, beaucoup plus parfait techniquement. Je suis plus heureux de ce que j'entends, mais moins ému, sans pouvoir dire si celà est du à l'intreprétation ou à mon état d'esprit du moment.
L'après-midi, nous partons à la Hohe Warte admirer le petit groupe de villas d'Hoffmann : la grande double maison partagée entre Carl Moll et Kolo Moser où Alma et Mahler se sont rencontrés, celle du centre qu'Alma a habité avec Manon et qui est devenue l'ambassade d'Arabie saoudite. Et celle de droite, la plus belle sans doute, où Mahler logeait à ses retours de New York, et où les Moll se sont suicidés le 13 avril 1945, lors de l'entrée des troupes russes dans la ville.
Nous partons ensuite faire notre pélerinage au cimetière de Grinzing. La grande stèle est peu à peu envahie par le lierre. Je pense à la petite Putzi qui repose là, avec son père qui l'aimait tant. Nous allons à la tombe d'Alma toute proche. Une plaque a été ajoutée récemment à la mémoire de Manon Gropius. Plus loin, c'est la tombe de la soeur de Mahler, Justi et des Rosé. Le nom d'Alma Rosé a été inscrit sur la tombe. Nous passons aussi devant la tombe des Moll et des Eberstaller de sinistre mémoire. Tous les acteurs de cette histoire d'il y a cent ans reposent ici désormais, sur cette colline ensoleillée au milieu des vignes.

16595ème jour

Istanbul Vienne

Un petit Fokker m'a emmené pour les deux heures de vol entre Istanbul et Vienne. Mon voisin est un homme d'affaires turc qui part pour Minsk. Il me pose beaucoup de questions sur le référendum français et les raisons du non qui s'annonce. Une vraie vague de chaleur m'accueille à l'aéroport de Schwechat. Une demie heure plus tard, je pose mon sac à l'hôtel et je me balade dans les rues ensoleillées. Sur le Graben, une danseuse bouge sur Habibi Habibi. Je pense aussitôt à P. qui était mon compagnon de voyage lors de mon dernier passage dans cette ville et avec qui j'aimais tant entendre cette chanson dans la lada. Je l'appelle pour lui faire écouter la chanson en live. Je poursuis ma promenade près de l'opéra, je traverse le ring et j'arrive presque par hasard au Musikverein. Tiens, il y a un concert. Tiens, c'est aussi là Deuxième de Boulez pour laquelle j'ai un billet le lendemain. Tiens, un jeune homme me propose un ticket pour une Stehplatz. J'hésite car j'avais vraiment très envie de me promener aux hasard dans le centre. Puis je me dis que pour 4,50 € je vais le regretter. Je lui prends son billet, je file boire une kleines Bier vom Faß et je pénètre dans le saint des saints. J'ai globalement eu beaucoup de mal à apprécier ce concert. Rester deux heures debout au milieu de touristes qui s'ennuient, sur un parquet qui grince pour l'une des plus longues symphonies du répertoire n'est pas une expérience sans risque. J'ai été fasciné en revanche par un petit blondinet de douze ans qui a suivi toute la symphonie sur la partition, en faisant la moue quand un passage ne lui convenait pas.
Dès le concert fini, je retourne à l'aéroport. Je récupère HL en provenance de Genève via Zürich. Je le conduis jusqu'à son hôtel. C'est assez amusant de se laisser guider par lui. On a l'impression de traverser Vienne il y a cent ans : "Tournez à droite dans la rue où habite Brahms" me dit-il. "Prenez la deuxième à gauche, celle où réside Bruckner..."
Une longue promenade près de la Hofburg, une Rindsuppe et des asperges à la terrasse de Landtmann. retour à l'hôtel avant une journée d'exception.

16594ème jour

Voile

Hier soir, apres une journée de travail, j'emmène mon patron dîner au Vogue, resto branchouille sur le toît de l'immeuble ou sont situés nos bureaux. L'ambiance est fort différente du déjeuner. L'endroit est envahi par la jeunesse dorée et branchée d'Istanbul. Musique lounge un peu forte. Nous nous contentons d'un verre de vin rouge et d'une Caesar salad.
Au moment de partir, mon patron me dit très sérieusement : Heureusement qu'on a nos serviettes, on voit qu'on est des hommes d'affaires. Sinon, on nous aurait pris pour deux pédés.
Je lui ai répondu : Bah, tu sais, il y a plein d'hommes d'affaires pédés!

16593ème jour

Une rose rose

J'avais lu dans le dictionnaire que le nom du Ministre turc des affaires étrangères, Monsieur Gül, signifiait rose en turc. Alors que vois sa photo sur le bureau d'un collègue turc, je dis à ce dernier :
- Oh, this is Mr Pink.
Il me regarde aussitôt d'un air ahuri.
- But Gül does'nt mean pink in english?
- No, Gül means rose.

Je lui explique donc que, en français, pink et rose se disent de la même façon. Ca a eu l'air de beaucoup le perturber. Après quelques secondes de réflexion, il m'a alors demandé :
- But how do you call a pink rose?

16592ème jour

Mon pire déplacement professionnel

Dès le début, ce déplacement a mal commencé. Panne informatique à l'enregistrement Turkish Airlines. Tous les passagers de l'avion en file indienne. Quarante cinq minutes d'attente. On nous annonce que l'avion est arrivé en retard d'Istanbul et qu'il repartira avec une heure trente de retard. Le spot wifi d'Orly ne marche pas. Nous embarquons enfin. L'avion est bondé. Je suis à la vingt-huitième rangée du 737, la dernière, celle dont les dossiers s'inclinent à peine. Clientèle bruyante et mal élevée. Deux mecs look Sentier engueulent l'hôtesse car elle leur interdit de téléphoner dans l'avion. Un gosse hurle pendant la moitié du vol au rang juste devant. J'ai oublié le tamagochi. Je m'isole dans la lecture des Tribulations d'un stradivarius en Amérique, histoire assez inspirée du film Le violon rouge.
J'angoisse pour l'arrivée. Notre retard nous conduit à arriver à l'heure de la fin du match de finale de la Ligue des Champions. Le stade Ataturk se trouvant à proximité de l'aéroport, j'ai de bonnes chances de me taper des embouteillages dantesques pour aller à l'hôtel.
En sortant de l'aéroport, je vois des groupes aglutinés devant des écrans de télévision. J'en déduit qu'il me reste quelques minutes pour rallier le centre.
En raison du match, tous les hôtels sont pleins ce soir. J'ai eu un mal fou à trouver une chambre dans un hôtel médiocre pour un prix extravagant. Ma nuit de demain verra le taux divisé par quatre.
Le chauffeur de taksi ne connait pas l'hôtel. Je dois appeler la réception pour qu'il se fasse guider. J'arrive enfin. Le wifi ne marche pas dans la chambre. Il ne me reste plus qu'à dormir.
Tomorrow is another day.

16591ème jour

Alice

Il y avait eu ces commentaires, si systématiques qu'ils m'inquiétaient parfois, il y avait eu quelques échanges de mails, il y avait eu ces Leningrad cowboys, il y avait eu le projet de cette rencontre.
Le jour dit à l'heure dite, je suis à l'Institut Finlandais devant lequel je suis souvent passé sans jamais le remarquer. Je ne sais plus très bien ce qu'elle m'avait dit : une jupe rouge? un sac tennis? Il y a bien les hôtesses en effet typiquement finlandaises avec leur visage long et leurs cheveux si pâles. Il y a la petite table, face à elles, mais personne n'y est installé. Je décide d'aller à l'auditorium. Je regarde autour de moi si quelqu'un tente de capter les regards. La responsable culturelle de l'Institut vient nous présenter le film. Lorsqu'elle dit que "Aki Kaurismäki est le seul cinéaste finlandais connu hors de Finlande", je me marre, déjà prévenu du gag. Le film commence. Du noir et blanc. A côté de moi un couple français, très beaux tous les deux, le regarde en s'enlaçant. Leurs mains qui jouent en se caressant me distrayent. Lui, assez grand, place toujours sa jambe contre la mienne, ce qui me trouble. J'ai du mal à entrer dans le film dont je trouve le scénario paresseux, même si j'aime son côté absurde. Fin. Je remonte vers le hall d'entrée. Comme je m'y attendais, elle est là, toute ennuyée d'être arrivée en retard. Nous marchons ensemble rue des Ecoles, rue de l'Ecole de Médecine, place de l'Odéon. Nous prenons un verre aux Editeurs. On parle assez facilement. Je tente, sans vraiment y parvenir, de comprendre sa fascination pour ces pages, que je juge excessive. On parle de nos blessures, de nos envies, de Besson, de Camus, de nos vies, du bonheur, de quelques blogs. L'inégalité de la rencontre, alors qu'elle sait tout de moi et que je ne sais rien d'elle, ne me dérange pas. J'en avais accepté le principe.
Lorsque nous partons, la nuit approche. Rue de l'école de Médecine, un saxophoniste joue tout seul, incongru et grandiose. Sur un mur, se tient un immense panneau avec une phrase en anglais sur les rêves. Je me dis qu'elle est adaptée à la situation. Je me dis qu'il faut que je la retienne. Et je l'oublie aussitôt.

16590ème jour

Antony à la maroquinerie

Au commencement, il y avait eu un post de Monsieur Désinvolte qui s'y entend pour dénicher les talents. Il les avait découvert, comme beaucoup, grâce à leur apparition de groupe onirique venant chanter dans une prison, dans le film Animal Factory. Et comme beaucoup aussi, il ne parvenait pas à trouver leur disque.
Je l'avais cherché partout ce fameux disque, des rayons gothiques des disquaires d'Amsterdam, jusque dans la boutique Rough trade de Padding Hill. Sans succès.
Et puis j'avais eu le bonheur de le dénicher chez Gibert à Paris. Et puis il y avait eu ce premier concert à Lille avec Manu et Mister Tigger, ces mots échangés avec Antony dans les coulisses, cette jolie dédicace.
Ce soir, il est donc à la Maroquinerie, salle clairement trop étroite suite au succès de son nouveau disque et à l'article élogieux du Monde. Et c'est grâce à Manu que je peux me trouver là au milieu d'une petite foule attentive et impatiente.
Comme d'habitude à la Maroquinerie, l'heure du concert est incertaine : 19h00 à en croire les billets, 20h00 d'après le site internet. La première partie, oubliable malgré la courte apparition de Keren Ann démarre à 20h00. Plus tard dans la soirée, il apparait enfin avec son band habituel, à la facture si classique : un violoncelle, un violon, un accordéon, une guitare, une basse. Et son piano demi queue aux accompagnements rêveurs en forme de vague qui sont comme un monde à part. Et puis sa voix. Cette voix si étrange qui n'a rien de celle d'un ténor comme le dit Le Monde. C'est une voix de contre ténor, mais particulièrement lyrique, pleine de vibrato et de rêverie.
Ce soir il attaque surtout les chansons de son dernier disque, Cripple and Starfish du premier album, quelques reprises de Leonard Cohen et de Prince. Il a pris de l'assurance sur scène, il aime jouer avec le public, mais le plus frappant, c'est l'univers si particulier qu'il a réussi à créer. Ce mélange de douceur, d'ambiguité sexuelle, de mélancolie, de morbide, d'enfance envolée, d'élans lyriques, de grotesque, mais aussi de grâce.

16589ème jour

Pan dans les dents!

Lorsqu'il est devenu évident que mon mariage s'achèverait par une séparation, mon attitude a été de mettre la tête dans le sable, à la fois car c'est l'un des traits de mon caractère face à une situation que je ne maîtrise plus, mais aussi parce que je pensais que chaque jour gagné permettait de repousser une période dont je savais qu'elle ferait du mal à mes filles.
Pourtant, il a bien fallu que le temps du papier bleu que l'on ne va même pas chercher à la poste prenne fin et j'ai du me résigner à cesser d'ignorer sine die les convocations.
Lorsque j'ai rencontré pour la première fois l'avocate de ce qu'il faut malheureusement appeler la partie adverse, je l'ai de suite détestée. Un jour, alors que nous tentions de rapprocher nos points de vue dans les couloirs du Palais de Justice, elle a cru bon de me reprocher mon silence passé, ma fuite en avant, et mes non réponses répétées à ses courriers, les qualifiant d'impolies. Je n'ai bien sûr pas l'à propos que l'Infirmier-star s'attribue en toute situation, du réveil le plus matinal au coucher le plus festif. Mais ce jour là, en la regardant bien dans les yeux, lorsque je lui ai dit : "Madame, j'attache plus d'importance au bonheur de mes petites filles qu'à l'amour propre d'une vieille avocate acariâtre", j'ai ressenti un plaisir qui a vaguement réchauffé une période bien sombre.

16588ème jour

Des sixtes

Lors de mes exercices avioniques, je n'avais pas réussi à trouver d'exemple connu de sixte majeure do-la. Alban Berg m'avais mis la puce à l'oreille du deuxième thème du Finale de la Troisième Symphonie de Mahler. Je le connaissais sans avoir particulièrement remarqué son parallellisme au thème principal, sa mélancolie tendre toute particulière.
Et voilà qu'à force de faire du do-la, les sixtes m'arrivent de partout, du banal Malborough s'en va-t-en guerre, aux sublimes Chemins de l'amour, sans oublier le début fremissant de la valse finissant le Second acte du Rosenkavalier qui semble n'être qu'un jeu sur les intervalles.

16587ème jour

Angine

Impossible d'avaler ce matin. Plan Orsec. Deux comprimés de zithromax le matin pendant trois jours. Merci Pfizer. Le toubib de SOS médecins amoureux de Gréta et Daphné. Une longue douche chaude. Déjeuner au Market. Après-midi de travail. Conf call avec le Brésil. Lemming au Gaumont Opéra avec Aaron. Dîner infect à une heure du matin à l'Hippo Opéra.

16585ème jour

Shostakovich

Je devais être à huit heures devant cette petite maison du boulevard Pereire pour un événement que j'attendais depuis longtemps : entendre Alban Berg jouer pour la première fois. Au programme la sonate pour violoncelle et piano de Shostakovich. Tout a mal commencé. Je pars en retard du bureau. Difficile de se garer. Pourtant, malgré mes quinze minutes de retard, quelqu'un m'attendait. Je pénètre dans un hall poussiéreux. Le concert a déjà commencé. J'écoute donc de loin, a travers une porte ouverte un peu plus loin, en m'efforçant de ne pas faire grincer le parquet.
Mes impressions ont été les suivantes :
- tiens, il ne m'avait pas dit qu'il y avait aussi une oeuvre baroque.
- il joue vraiment très faux. je n'oserai pas le lui dire.
- son violoncelle sonne vraiment aigu ce soir.

Ces trois pensées se sont succédées en quelques secondes et j'ai aussitôt compris que j'entendais un alto, et un autre instrumentiste.
A la pause j'ai pu entrer dans la salle, et m'installer parmi une douzaine de jeunes filles japonaises. Deux oeuvres plus tard, c'est le Shostakovich. Alban Berg s'en sort impérialement. Ce qui est frappant, c'est la facilité avec laquelle il se joue des difficultés, sa main gauche descendant et remontant comme un félin le long des cordes, avec une précision quasi diabolique. A la sortie, petit dîner au café Pierre. Vous me refaites quand un cadeau pareil Msieur Berg?

16584ème jour

Tribulations

Scène I: Dans le chalet de mes parents en Auvergne. Je dois être adolescent, ou jeune adulte. Greta et Daphné sont installées dans le petit potager, près de la maison, là où enfant je cultivais des dahlias. Je sens qu'il va pleuvoir et je suis angoissé que cette pluie puisse les endommager. Je file à la maison, prends deux sacs poubelle, et les recouvre pour les protéger.
Scène II: Daphné et Greta ont été déménagées à l'appartement de mes parents, qui est en fait mon ancien appartement parisien, au métro Villiers. Le transporteur les laisse sur le trottoir. Je n'y prête pas attention et monte chez mes parents. Ils ne sont plus divorcés ou plutôt je n'ai jamais su qu'ils aient un jour divorcé. Nous parlons. Soudain je m'inquiète pour Greta et Daphné. Je descend au bas de l'immeuble. Un grand mec est là qui veille à leur chargement dans un camion. Je cours, mais le camion s'éloigne sans que je parvienne à le rattraper
Je me réveille.
Il fait froid. Je suis angoissé, mais je pense qu'il faut que je relate ce rêve tant il est rare que j'en garde le souvenir. Je me dis aussi que lorsque l'on est marié avec deux jeunes femmes, il est déconseillé d'habiter encore chez ses parents. Je souris. Je me rendors.

16583ème jour

Paris

Journée galère. Dur de se réveiller. Il fait froid jusque dans mon appartement. Mal à la gorge. Mon patron qui me tombe dessus dès mon arrivée. Travail jusqu'à 21 heures. Et heureusement, le bonheur de retrouver un ami qui m'a manqué.

16582ème jour

Le figuier

A São Paulo, le temps était magnifique pour la saison, de belles journées ensoleillées au ciel pur, exempt de tout nuage. J'en ai profité pour m'installer sur un banc face au nord, près du parc Trianon. Un vieil homme passait torse nu à intervalles réguliers avançant péniblement sur ses béquilles, en me regardant d'un air triste. Comme João ne répondait pas, je suis allé boire une cerveja brahma à une terrasse ensoleillée de la Paulista, puis je me suis promené près des boutiques chic de Jardins.
Vers 16 heures, mon téléphone brésilien vibre dans ma poche. C'est João qui vient de se réveiller.
Une heure plus tard on se retrouve à l'angle des rua Oscar Freire et Haddock Lobo. Il a du mal à marcher et prétexte que ses chaussures lui blessent les pieds. Il m'a acheté un cadeau sur la rua Augusta: une petite bouteille souvenir, emplie de sables multicolores qui forment un paysage brésilien avec une vache et deux petites maisons.
Nous partons vers le Figueira, mon restaurant préféré à São Paulo. Nous commandons un chardonnay australien et vingt quatre baby oysters. Les huîtres sont délicieuses au Brésil. Elles viennent du sud, de Florianópolis. Elles sont souvent trop grosses, ce qui peut devenir écoeurant, mais les baby oysters sont une pure merveille.
Vers 18 heures, il commence à faire nuit. Le ciel devient bleuté à travers les branches de l'immense figuier et les clients de ce déjeuner tardif désertent le restaurant avant l'affluence du dîner.
Nous partons. João a du mal à marcher. Il titube presque et je dois parfois lui donner la main. J'ai pourtant pu vérifier la veille qu'il tient bien l'alcool et je lui demande donc ce qui se passe. Il ne veut pas répondre. A un moment, il me glisse dans la main sa montre gousset et part aussi rapidement qu'il le peut. Je le ratrappe, lui dis de me faire confiance. Il s'assoit par terre, sur le rebord d'une plate-bande, il pleure, me dit qu'il a une rechute de sa maladie et qu'il n'a pas pris sa morphine aujourd'hui. On reste là quelques instants, l'un contre l'autre sans rien dire.
A un moment il se lève et prend l'un des deux taxis blancs qui sont à l'arrêt devant nous. Je lui fais un signe de la main lorsque le taxi s'éloigne, mais il regarde droit devant lui, perdu dans ses pensées.

16581ème jour

Il y eut un soir. Il y eut un matin. Ce fut le dernier jour.

L'un de mes collègues de travail m'a invité à dîner hier soir. Ca ne me tentait pas du tout car j'avais prévu de passer la soirée avec João. Je me rends néanmoins dans son bel appartement pour y attendre un couple d'expatriés français. Le plan est d'aller boire un verre avec eux, puis d'aller dîner tous ensemble. L'attente est longue. Ils n'arrivent que vers 21h30. Prétextant le décalage horaire (tu parles, trois jours plus tard) j'indique que je ne me rendrai qu'à la première partie. Nous partons pour l'Hôtel Unique que j'avais adoré l'année passée. On est souvent déçu en retournant à un endoit aimé. Pourtant, je suis une nouvelle fois subjugué par la beauté du restaurant, par son audace. J'ai beau discuter avec une très jolie galériste, je regarde souvent ma montre car je dois retrouver João à 23 heures. Peu avant l'heure du rendez-vous, ils partent dans leur restaurant et je file à mon hôtel. Le temps de me changer et il est là, tout de noir vêtu, de l'autre côté de la rua Tutoia. Nous grimpons ensemble la côte jusqu'à la Paulista que nous parcourons sur toute sa longueur jusqu'à la rua da Consolao qui est le quartier nocturne animé. Nous buvons un premier cocktail bizarre dans un bar, puis allons à Sogo, une boîte dont le nom est l'abréviation de Sodomme et Gomorrhe. Beaucoup de monde bien qu'il ne soit que minuit. Nous commençons à descendre des alcools, capirinha pour moi margarita pour lui. Je ne sais lequel a embrassé l'autre en premier mais il y a forcément un moment où nous avons commencé. Le bar était séparé du dance floor par une porte à barillet, ce qui est prudent, vu le volume sonore assez élevé. Chaque fois que nous l'avons franchie, nous avons fait deux tours de porte. Nous avons dansé longtemps l'un contre l'autre. De temps en temps, nous revenions boire un verre. Jôao était passé à la tequila qu'il buvait d'un coup sec, après avoir léché un petit tas de sel déposé à la base de mon cou et avant de mordre un quartier de citron vert. On buvait beaucoup d'eau aussi en dansant. Je me souviens que je le faisais boire en versant l'eau directement de ma bouche à la sienne.
Vers trois heures, João a regardé sa montre, il m'a dit qu'il devait rentrer chez lui. Nous sommes montés dans un taxi. Je lui ai dit qu'il pourrait le garder pour continuer jusqu'à sa maison. Arrivés devant mon hôtel, il change d'avis, me dit qu'il veut monter avec moi. Nous continuons de nous embrasser dans l'ascenseur, sur le palier, nous entrons dans la chambre, on se jette quasiment l'un sur l'autre. Je découvre qu'il a un grand tatouage en forme de dragon sur l'aine. J'aime bien y passer ma langue qui s'attarde aussi sur toutes les parties de son corps. Je voudrais dormir contre lui mais, avant que nous ne sombrions dans le sommeil, il regarde de nouveau sa montre, me dit tristement qu'il doit rentrer. Je l'accompagne à la porte, l'embrasse une dernière fois, lui dis que je veux le revoir le lendemain.
Il y eut un soir.
Il y eut un matin.
Ce fut mon dernier jour à São Paulo.

16580ème jour

Les sagittaires de João

Je suis arrivé juste à l'heure au lieu de rendez-vous, à l'entrée principale du parc Trianon, sur la Paulista. Il m'avait envoyé en SMS sur mon téléphone brésilien pour m'indiquer qu'il serait en retard. Alors j'ai patienté en lézardant sur un petit muret situé plein nord face au soleil. Je l'ai vu arriver de loin avec son pantalon noir et sa chemise blanche. Nous avons marché ensemble le long de la Paulista puis dans les rues perpendiculaires de Jardins, à la recherche d'une petite terrasse pour déjeuner. Il ma raconté sa vie, son ancien métier de mannequin où la vie était facile, son départ pour Allemagne en business sur un coup de tête, ses galères en Europe, son retour difficile, ses problèmes de santé.
Il est du même signe astral que moi et, alors que je méprise souverainement l'astrologie, il me fait un descriptif assez saisissant des qualités et défauts des sagittaires que je reproduis ci-après : goût du voyage et d'une vie aventureuse, capacité à se faire des amis dans le monde entier, détestation de la routine, un certain élitisme, besoin d'un nid pour se resourcer, éloquence et envie de convaincre les autres, idées parfois arrêtées proches de l'entêtement, goût des rencontres mais brusque besoin de solitude totale pour quelques jours, difficulté à garder un secret pour soi. Alors qu'il me débite tout celà sans même me connaître, je regarde son beau sourire et je me sens bien. Tout simplement.

16579ème jour

Dérèglements cellulaires

Mon gsm ne fonctionne donc pas à São Paulo. Cependant, dès mon arrivée à Brasilia, il captait parfaitement TIM et j'ai pu téléphoner et recevoir tous mes SMS des deux derniers jours. Dès que je suis revenu à São Paulo, il est repassé en mode accès refusé. Impossible de capter le moindre réseau. Et pourtant cette nuit, alors que je dormais, il a reçu une salve de SMS, sans pour autant se reconnecter durablement. Il y a quelque chose de pourri dans le royaume paulistain.

16578ème jour

La lumière de Brasilia

Retour à Brasilia dans un bel Airbus TAM. Très peu de nuages, ce qui permet d'admirer les collines et les plateaux entre São Paulo et Brasilia. J'ai plaisir à retrouver l'aéroport totalement ouvert vers l'extérieur. Il fait un temps magnifique, autour de trente degrés. La lumière est saisissante. L'atmosphère de la ville est pourtant différente de mes autres passages. Alors que d'habitude, on roule a grande vitesse sur de larges avenues vides de circulation, il y a cette fois ci une activité fébrile en raison du sommets des chefs d'Etats arabes et d'Amérique Latine. Des policiers et des militaires partout. Deux heures de travail chez le client. En sortant, il est 17 heures, le soleil est bas, mais la lumière est toujours incroyable, violente et d'une belle couleur dorée. La circulation est intense et nous manquons de rater notre avion de retour. La jeune fille de l'enregistrement est ravie de plaisanter avec nous. Elle dit en portugais à mes collegues brésiliens que mon collègue français est sexy, puis que moi je suis plus beau mais moins sexy. Je lui réponds que si elle nous voyait nus tous les deux, elle me trouverait définitivement plus sexy. Elle se marre.
Retour à São Paulo, avec comme d'habitude le rase-mottes final sur les gratte-ciel paulistains. Dans le taxi pour l'hôtel, j'admire le croissant de lune qui scintille et j'arrive enfin à répondre scientifiquement à cette question qui me taraude depuis des années : lorsque c'est le premier quartier en Europe, est-ce le dernier quartier dans l'hemisphère sud?

16577ème jour

Retour à São Paulo

L'avantage du vol Varig est qu'il est le premier à arriver à São Paulo, dès 5h40. J'étais donc parmi les premiers passagers à passer les contrôles de douane, à récupérer mes bagages et à quitter l'aéroport. Je suis arrivé à 6h30 à l'hôtel, mon record des quatre voyages. Une heure trente de sommeil plus tard, tout va bien pour aller au bureau et tenter de rester éveillé jusqu'à minuit.
J'ai passé toutefois l'essentiel de ma journée à me battre contre mon gsm qui, après avoir accepté de passer deux appels, a refusé systématiquement de se connecter sur un opérateur local. Rien n'y a fait, ni le passage du mode automatique au manuel, ni un appel à SFR. Ma puce ne fonctionnant pas non plus sur un autre mobile, j'ai du me préparer à vivre une expérience inhabituelle pour moi depuis dix ans : passer une semaine sans téléphone.

16576ème jour

Vieillerie de la vieillerie

Ce soir, je suis parti du terminal 1 de Roissy qui est devenu une véritable épave, salles malodorantes, mal entretenues. J'imagine qu'Aéroport de Paris consacre ses efforts financiers pour Air France tant le fait d'être au Terminal 1 ressemble à une punition pour les compagnies qui s'y trouvent. La suite du voyage est à l'image du terminal d'embarquement. Un vieux triréacteur Mc Donnel Douglas aux armes de la compagnie Varig en instance de faillite. Il s'élève lourdement au dessus de Roissy. Dîner médiocre dont j'avale seulement l'entrée et la salade de fruits. Les écrans de télévision éteints, sans doute en panne. Des fauteuils business inconfortables. Je parviens à dormir seulement à mi parcours, ce qui n'est pas plus mal pour se préparer aux cinq heures de décalage horaire.

16575ème jour

Jeune homme

Il y a longtemps, on m'appelait souvent jeune homme et celà m'énervait, car me faisait ressentir ma jeunesse, à un moment je voulais être considéré comme un adulte. Sans que je m'en rende compte, on a bien sûr cessé de m'appeler jeune homme.
Depuis quelques années, il me semble qu'on m'appelle de nouveau jeune homme, moins souvent qu'auparavant bien sûr, mais avec une ironie teintée de bétise. Ce soir, c'était le serveur du restaurant qui m'a ainsi affublé d'un "votre bresaola jeune homme"

16574ème jour

Invitation

Quelqu'un veut aller au cinéma ce soir?

16573ème jour

Parenthèse à Paris

J'ai beaucoup pensé ce week end à deux personnes qui ont perdu un proche. L'un qui était à Paris mais loin de sa famille et qui en souffrait. L'autre qui était auprès de sa famille, mais loin de moi et à qui j'aurais voulu dire que je l'aimais.

16572ème jour

Milan au soleil

Depuis six mois que je viens à Milan pour mon travail, c'est la première fois que le temps est parfait. Une vraie journée d'été. J'en ai profité pour travailler le matin de ce jeudi de l'Ascension qui n'est pas férié en Italie.
Mais c'est aussi le jour où le gérant de l'hôtel a choisi de me facturer une prestation de 20€ camera-collazione "pour la personne supplémentaire". C'est le jour où j'ai pris un taxi high tech avec GPS, télévision pour les clients, et compteur de prix affiché dans le rétroviseur. Et un autre taxi low tech avec quatre panneaux d'interdiction de téléphoner. J'ai évidemment reçu un appel (c'était Hani pour me dire que do-ré-mi-ré-do-ré-si-la, c'est Nessun Dorma) et j'étais stressé en lui parlant. Mais le chauffeur a bizarrement lui même reçu deux appels...
C'est aussi la journée où je me suis fait lécher le bras par un bébé bulldog noir alors que je somnolais au soleil dans le Giardini publicci Indro Montanelli. Et le jour où j'ai visité l'invraisemblable boutique de Viktor & Rolf via Sant Andrea, entièrement renversée avec ses sols au plafond et vice versa.
Et puis comme une vraie journée d'été, elle s'est finie par un orage mémorable.

16571ème jour

Rempli

Lever à Istanbul à 5h40, 4h40 heure de Shengen. Pas de petit déjeuner. Je vais directement payer l'hôtel. La fille de la réception m'annonce que toute l'informatique est en panne. Elle me fait mon compte à la main, m'indique que l'hôtel m'est redevablede 240 livres turques (150€) et me les file aussitôt en liquide. Je m'étonne d'avoir été autant débité à mon arrivée, mais je suis trop fatigué pour réfléchir. Et puis je ne refuse jamais quand on me donne du liquide. C'est un principe. Je file dans un taksi. Malheureusement, l'un des taksis de l'hôtel.
A mi chemin de l'aéroport, mon chauffeur reçoit un appel sur son téléphone. "It's for you" me dit-il en me tendant le gsm. C'est l'hôtel. Ils viennent de comprendre qu'ils ne m'ont compté qu'une nuit au lieu de deux, et me demandent de rendre le fric au chauffeur. Penaud, je m'exécute.
Passage à l'aéroport Ataturk bondé. Longues files d'attente au premier contrôle, à l'enregistrement, au contrôle des passeports, puis à la salle d'embarquement.
Vol calme. mon voisin ronfle terriblement avec des moment d'apné dont il sort ar un borborygme étange.
Arrivée à Milan Malpensa. Magnifique soleil. Je dois guider le chauffeur de taxi pour se rendre à Baranzate.
L'après-midi, réunion de six heures de suite chez le client. A un moment, les deux clients se mettent à s'engueuler tellement fort en italien, que j'appelle Michael pour lui faire écouter la scène en live.
Le soir je dîne dans ma petite cantine près de la Porta Venezia.
longue journée.

16570ème jour

Retour au Plan A

La négociation avec les turcs ne cesse de m'étonner. Pour le contrat sur lequel je consacre l'essentiel de mon temps, j'avais proposé il y a six mois un plan A. Le client, après des heures de négociation difficile, m'avait poussé vers un plan B beaucoup plus complexe à mettre en oeuvre, mais où il sauvait la face plus facilement. J'avais cédé et nous discutons le plan B depuis cinq mois. Nous sommes tombés sur un blocage il y a deux semaines et j'ai indiqué tristement que le projet allait s'arrêter. Le client m'a dit qu'il fallait absolument trouver un plan C. J'en ai proposé un, qui est strictement le plan A, mais que j'ai soigneusement appelé plan C. Il satisfait parfaitement mes clients.

16569ème jour

Devoirs de vacances

Ce soir, j'ai passé les trois heures du vol pour Istanbul à tester mon mi bémol. J'en ressors assez peu satisfait. Je retrouve assez facilement la note lorsque mon oreille est neuve. J'ai plus de mal lorsque je viens d'entendre une oeuvre de musique. Mon oreille absolue doit être très relative...
Dans l'avion, je me suis amusé à trouver toutes les premières notes de tous les mouvements des symphonies et concertos pour piano de Beethoven. Je travaille aussi les intervalles, afin d'essayer de trouver plus facilement d'autres notes. Je sais maintenant facilement passer du mi bémol au do et du mi bémol au la.
Je me suis fait aussi un petit tableau qui ferait sans doute mourir de rire n'importe quel musicien. J'y ai inscrit des exemples de tierces (Salomé, le chant du coucou, les deux premières notes du Concerto de Tchaikowsky, le thème du destin), de quartes (La Mer de Trenet, la valse de Diabelli, le Veni Creator) de quintes (Ô Freunde!, Let's dance) etc... Je ne sais pas trop ce que je vais faire de tout celà. J'espère juste que ça m'aidera un peu en dictée musicale.

16568ème jour

Eté parisien

La mauvaise route de Marrakech à Ouarzazate en partie dans la nuit, en partie aussi à la limite de la panne d'essence. Un policier qui m'arrête pour m'indiquer que je vais trop vite dans les petits villages de montagne. Une dernière nuit à Ouarzazate. Une dernière matinée au bord de la piscine. L'attente à l'aéroport en avalant trois sachets de m & m's. La surprise de se retrouver à Paris par 29 degrés. La tristesse de quitter mes filles après une semaine passée ensemble. Un dimanche à arpenter Paris en sandales et retrouver mes marques.
Et personne à qui faire admirer un bronzage pourtant impressionnant.

16567ème jour

Un déjeuner

Hier après notre promenade, nous avons retrouvé HL chez lui pour un déjeuner. Il nous a fait visiter son Riad qui est en fait la justaposition de trois Riads acquis au cour de ses trente années de séjours à Marrakech. L'ensemble n'est pas immense mais on s'y perd facilement, tant il y a de recoins et de niveaux différents.Il s'en dégage un charme indéniable. J'étais particulièrement heureux de voir sa tanière, là où il a écrit une partie de ses volumes, au milieu de milliers de livres.
Sur une table, la saison 1 de Six Feet Under, dont le fait qu'il soit fan m'a beaucoup amusé. Déjeuner avec un jeune Straussien en train de faire sa thèse. Discussions de Beethoven à Puccini, en passant par Alma et Boulez, et la perspective de se retrouver à Vienne dans quatre semaines.
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