17389ème jour

Je perds tout

Alors que nous finissions de dîner dans ce restaurant italien, j'ai oublié mon téléphone sur la table. Je m'en suis aperçu deux heures plus tard, alors que j'étais à l'hôtel, et j'ai couru dans la nuit jusqu'au restaurant qui était fermé. Il y avait un gardien qui ne parlait qu'espagnol. J'ai réussi à baragouiner la raison de ma venue à travers la porte et il m'a ouvert. Il m'a même laissé aller fouiller le petit stand d'accueil du restaurant mais je n'ai rien trouvé. Je suis rentré dormir un peu déprimé. Le lendemain, je suis passé trois fois au restaurant, pour voir le manager, puis la serveuse, mais j'ai du me rendre à l'évidence, j'ai perdu mon deuxième téléphone de l'année, et je devrai passer les quinze jours à venir sans pouvoir êre joint aisément.

17388ème jour

San Francisco

La route qui conduit a San Francisco n'est pas très belle. On longe des banlieues assez laides, même si leurs noms font parfois rêver : Cupertino, Palo Alto, San Jose... Plus on approche de San Francisco, plus la banlieue est laide, construction de fortunes, zones industrielles tristes. La Route 101 traverse le centre ville de San Francisco de part en part et continue même sur le Golden Gate.
Nous avons fait une première exploration de la ville en voiture. Tout le monde connait les pentes de la ville mais j'imaginais jusque là que la partie accidentée ne représentait qu'une partie du centre ville. En fait San Francisco n'est qu'un ensemble de collines extrêmement abruptes et les grandes rues et avenues toutes droites n'ont que faire des dénivellations. Rouler dans San Francisco est l'une des expériences de conduite les plus amusantes que je connaisse, qu'on ne peut comparer qu'aux montagnes russes. Les vues sont souvent spectaculaires et découvrir la prison d'Alcatraz le Golden Gate au bout de son capot est un grand moment de la vie du voyageur.
Nous avons laissé la voiture pour faire bien évidemment un parcours en cable-car. A cinq dollars l'aller simple, ce déplacement est assez clairement réservé aux touristes ravis de se faire ainsi remuer à toute allure dans les descentes. Nous allons rester cinq jours dans cette ville qui, elle aussi, a une très forte personnalité.

17387ème jour

Big Sur

La route 101 relie Los Angeles et San Francisco. Mais quand on a le temps, il est préférable de sortir à San Luis Obispo et de prendre la Route Nationale 1 de Californie qui longe la côte. Vers San Simeon, on ne peut pas rater le Hearst Castle, fantastique bâtisse que Randolph Hearst fit ériger pendant des années à sa propre gloire et où le tout Hollywood participait à des fêtes dans les années trente. Malheureusement pour nous, malgré le prix de 25 dollars, toutes les visites de la journée étaient complètes et nous n'avons pas vu les piscines romaines où, parait-il, de nombreux couples aimaient prendre leur bain de minuit.
Nous avons poursuivi vers le nord et la route s'est faite plus sauvage, avec sa plage de jade et ses falaises sombres. Mais le clou de la route, c'est le Big Sur, une centaine de kilomètres où chaque virage est un ravissement. Comme nous avions beaucoup roulé, nous avons fait une escale au Nepenthe, un restaurant perché sur une butte, où Orson Welles et Rita Hayworth ont, parait-il, passé leur lune de miel. De la terrasse où nous avons déjeuné, on voyait la côte qui s'étendait au loin. De temps à autre, un oiseau bleu se posait sur une table voisine. L'un d'entre eux est reparti avec trois sachets de sucre dans le bec.
Nous avons repris la route à regret, retrouvé la Route 101 et fait escale à Salinas. Nous n'étions plus qu'à cent kilomètres de San Francisco.

17386ème jour

PED XING

En roulant dans Los Angeles, j'ai aperçu mes premiers panneaux Ped Xing. Au début j'imaginais quelque chose de chinois, mais j'étais assez loin de Chinatown. J'ai alors compris qu'il s'agissait de l'abrévation de Pedestrian Crossing que je ne me souviens pourtant pas avoir jamais vue à New York.
Nous remontons sur San Francisco. Le climat est assez chaud le jour, frais la nuit. Nous avons fait escale ce soir à Santa Barbara, une charmante petite ville aux boutiques élégantes qui me ferait presque regretter de n'avoir jamais vu de ma vie un seul épisode du feuilleton américain.

17385ème jour

Un concert au Hollywood Bowl

Le Hollywood Bowl est un grand amphithéâtre de plein air où le Los Angeles Philharmonic prend ses quartiers d’été pour un festival quasi quotidien de la mi-juillet à la mi-août. Depuis sa création dans les années vingt, de grands noms de la musique ont marqué son histoire comme Bruno Walter, Leonard Bernstein, Artur Rubinstein ou Zubin Mehta. Les Beatles y ont donné deux concerts mythiques en 1964 et 1965.
Dès six heures du soir, des familles entières commencent à entrer dans les gradins avec leurs paniers à provision et un gigantesque pique-nique de seize mille personnes commence dans une odeur de vin rouge et de poulet conservé dans des emballages plastique. Le jour tombe lentement, et sur les quatre immenses écrans, s’affichent des recommandations pour la soirée à venir. This is not a Karaoke evening ! ou bien Talk less, hear more ! ou encore Solos are only for the performers !
Il y avait un tel bruit ce soir que j’avais du mal à imaginer ce qu’allait être l’atmosphère du concert. Je dois pourtant reconnaître que l’assistance était aussi attentive que celle d’un concert parisien. A peine ai-je entendu les hélas habituels bruits de sacs de friandise et quelques discussions. A peine entré sur scène, l'orchestre a joué Stars and Stripes devant le public levé et silencieux.
Le son du Hollywood Bowl est légèrement amplifié, mais les haut-parleurs ont tendance à grésiller et sont de piètre qualité. On entendait donc très mal ce soir le Los Angeles Philharmonic dans l’ouverture pour une Fête Académique de Brahms. Le premier concerto de Bruch m’a semblé fort bien interprété par Sarah Chang et l’enchainement des trois mouvements nous a évité les applaudissements entre les mouvements. Tel ne fut pas le cas de la Symphonie Rhénane, dans une interprétation fort banale, interrompue dès que le silence se faisait par des applaudissements timides. Dès que la dernière note a retenti, la plupart des spectateurs ont replié leur sac à pique nique pour aller vers les parkings et se battre dans l’embouteillage monstre qui se forme autour du Hollywood Bowl.

17384ème jour

Malibu

Los Angeles downtown n'est pas d'un grand intérêt: un petit Manhattan dominé par la US Bank Tower, conçue par Pei et qui s'élève à 210 mètres et qui écrase totalement la jolie tour de la Los Angeles Central Library. A deux pas de là, il y a un immense quartier mexicain, avec un marché couvert particulièrement pittoresque et un peu plus loin encore Toy district, un quartier de petites boutiques mexicaines dont beaucoup vendent des jouets d'un autre temps.
Le bâtiment le plus intéressant de Los Angeles est sans doute le Bradbury Building un immeuble de bureaux de 1893 qui a été utilisée lors du tournage de Blade Runner avant les travaux de restauration.
Nous avons évidemment fait un tour à l'étonnant Walt Disney Music Hall, salle de concert de Frank Gehry inaugurée en 2000 et offert à la ville par la veuve de Walt Disney, et où le Los Angeles Philharmonic Hall joue habituellement.
Nous avons ensuite quitté la ville par la 101 en direction du Nord Ouest et nous sommes sortis au Malibu Canyon une belle vallée encaissée et verdoyante qui arrive à Malibu. Peu de surfers ce jour là sans doute en raison du peu de vagues. Mes filles se sont baigné dans les rouleaux, puis on est allés dîner à Santa Monica, avant de rentrer à Hollywood dans les embouteillages du soir.

17383ème jour

La plage de Santa Monica

Après une matinée passée dans le triangle d'or de Hollywood, nous avons parcouru une bonne partie des quarante deux kilomètres de Sunset Boulevard pour rejoindre la côte du Pacifique. A Santa Monica, on a laissé la voiture dans un parking au bord de la plage pour un prix de six dollars. La plage est immense en largeur et elle s'étend à l'infini en longueur. Il y relativement peu de monde, des gens de toutes races. A côté de nous un garçon en bermuda semble avoir des gestes très tendres avec les deux filles qui l'accompagnent. La mer est moins froide que je ne l'imaginais. Il y a un vent assez fort qui entraîne le sable. A un moment, six pélicans gris de Californie passent au dessus de nos têtes. Je suis heureux d'être là.

17382ème jour

Los Angeles

et dix heures plus tard, nous atterrissons à l'aéroport international de Los Angeles. Là encore, il faut montrer patte blanche. Mon nouveau passeport biométrique ne m'évite pas la prise d'empreintes digitales de mes deux index. Seule ma plus jeune fille y échappera, car elle a moins de quatorze ans.
Nous nous rendons en bus à l'agence Hertz où nous devons attendre plus d'une heure en raison de l'affluence. J'avais demandé un Chrysler Sebring, on me donne une vieille Mustang où il est impossible de loger les bagages. Finalement nous partons avec un long cabriolet Solara noir étonnament souple et silencieux. Il est pour finir très simple de se repérer dans Los Angeles. Nous longeons la côte jusqu'à Venice Beach et Santa Monica. Nous montons admirer les somptueuses villas de Beverly Hills et déposons nos bagages à l'hôtel en plein Hollywood.
Nous avons dîné dans un beau restaurant de Hollywood Boulevard le long du Walk of Fame. Le Pig'n Whistle a été inauguré en 1927 dans un décor étonnant, sorte de gothique britannique. Nous marchons un peu sur Hollywood Boulevard. Il est 22 heures ici, la nuit tombe, alors que le jour se lève à Paris.

17381ème jour

Paris Los Angeles

Nous avons embarqué dans le nouveau terminal G de Roissy, celui de l'A380. Les doubles passerelles d'embarquement sont déjà en place. Il y a aussi un très impressionnant tableau d'affichage des vols, un des plus grands que je n'ai jamais vu. Comme nous partons pour les Etats-Unis, les contrôles de sécurité sont sérieux. Comme à Tel Aviv, on vérifie ce qu'il y a à l'intérieur de mes livres. Au cas où il y aurait des lames de rasoir, m'explique le black qui me fouille. Et on en trouve... ajoute-t-il. Nous embarquons dans un 777 rempli de jeunes italiennes bruyantes.

17380ème jour

Paris Hollywood

Ce soir on a dîné chez Janou avec mes filles, à côté d'américaines à l'insupportable accent nasillard. On est rentré en Vélib en faisant un long détour par l'Odéon. Demain, nous dînerons à Hollywood.

17379ème jour

No chess today

A peine rentré chez moi en Vélib, Adil m'appelle. Il propose que je passe le chercher chez son ami à Oberkampf. Je m'y rends en voiture, on fait une course rue Saint Denis et on rentre chez moi. On a bu la bouteille de champagne qui trainait depuis trop longtemps dans le frigo. On a fait l'amour et pour la première fois, nous avons dormi l'un contre l'autre. Au petit matin, on a recommencé. Nous sommes allés déjeuner près de la place Saint Georges et on s'est dit au revoir. On ne se reverra pas de quatre semaines.

17378ème jour

Où Alice découvre Vélib

Elle pédalait vaillamment sur son Vélib, Alice, d'autant plus vaillamment qu'elle pédalait pieds nus, pour cause de talons de dix centimètres. On n'a guère mis plus de vingt minutes pour aller près du Centre Pompidou. On s'est installés à la terrasse du café Beaubourg, très peuplée au soleil couchant. Et alors que je venais de dire à Alice qu'il ne m'arrivait jamais de rencontrer quelqu'un par hasard, j'ai croisé Daniel, qui était lui aussi en terrasse, puis Benoît et Antoine qui venaient dîner là.

17377ème jour

Weed, chess and sex III

J'ai retrouvé Adil chez lui, ou plutôt chez un ami chez qui il squatte actuellement. J'étais habillé d'un tee-shirt et d'un pantalon noirs et j'avais mis ma chevalière à l'étoile rouge. Il m'a ouvert la porte vêtu d'une simple chemise de nuit incongrue. L'appartement avait une allure bohême, des tableaux étranges au mur, deux grands bougeoirs en forme de homards rouges encadraient une porte. Il a préparé un joint et en fumant, on a fait une partie d'échecs, sur le jeu que j'avais apporté, celui que j'avais acheté à Klagenfurt voilà deux ans. On a joué vite, peut-être pressés de passer à une autre affrontement, j ai fait quelques fautes, il en a fait beaucoup, j'ai de nouveau gagné. On s'est embrassés, on a fait l'amour dans le lit tout au fond de l'appartement. J'ai pris une douche. Dans la salle de bains il y avait un petit autocollant en forme de panneau de signalisation marqué Fucking forbidden, avec un petit dessin suggestif.
On est restés côte à côte, longtemps sur le lit. Je lui ai chanté à l'oreille ma balade russe : Inch kaline kaïa biélava ada. Schlimifzonmiu naroziam dimiou...
Vers une heure du matin je lui ai dit que je devais rentrer. Il m'a demandé de garder le jeu. Je ne savais pas si c'était pour s'entraîner ou pour que l'on rejoue bientôt à nos jeux. Je suis descendu dans la rue. Il y avait des gouttes de pluie très fines qui tombaient dans la nuit chaude.
J'ai eu du mal à trouver un vélo. Toutes les stations étaient vides, ou sans vélo opérationnel. C'est près de chez moi que j'en ai enfin déniché un. Alors, plutôt que de rentrer directement, je suis allé à l'opéra, j'ai pris la rue Réaumur, je suis allé place des Vosges et je suis rentré par la rue de Rivoli, la rue du Louvre et la Place des Victoires.

17376ème jour

Congonhas

Congonhas est le Orly de Saõ Paulo. Bâti avant que la ville n'étende sa lèpre humaine à l'infini, il est aujourd'hui en plein centre de l'agglomération. J'avais raconté l'émotion de l'atterrissage en plein centre ville, en rase motte sur les buildings. Congonhas a du charme avec les grandes dalles noires et blanches de son hall. Je m'y suis envolé pour Brasilia et pour Rio, toujours avec la TAM. En février dernier j'y avais récupéré la voiture de location avec laquelle je m'étais baladé jusqu'à Rio.
Il est extrêmement impressionnant de voir les Airbus atterrir ou décoller à Congonhas, passant à peine à une dizaine de mètres au dessus de la route qui contourne l'aéroport. L'Airbus de ce matin a semble-t-il glissé sur la piste trempée, poussé par son élan, il a dégringolé du terre plein qui termine la piste et s'est encastré dans le hangar de l'autre côté de la route.

17375ème jour

Velib

Dans la mesure ou Paris presente de subtiles dénivellations, on peut légitimement se demander si les usagers de Velib n'auront pas la tendance naturelle à louer un vélo pour descendre vers la Seine et a revenir chez eux en métro. J'ai déjà remarqué qu'il y a fort peu de velos disponibles près de chez moi, tandis qu'il est difficile de se parquer vers le Chatelet.
Je serais fort surpris que beaucoup de vélos soient disponibles à la station de Montmartre...

17374ème jour

La bulle

Ce que j'ai aimé dans ce film, ce n'est ni l'histoire -encore un Roméo et Juliette-, ni la caméra -tellement mobile qu'elle fatigue-, ni les acteurs -moyens sans plus-. Ce que j'ai aimé, c'est la ville, ce Tel Aviv qui donne son surnom au film et qui n'a rien d'une belle ville et qui, comme il est dit dans le film, a été stupidement conçue car elle tourne le dos à la mer. J'ai un faible pour les villes mal aimées, celles que les touristes pressés détestent parce que leur beauté ne se dévoile pas au premier regard et parce qu'elles ne subiront jamais la disneysation du monde. J'aime Naples et le Caire, j'aime Saõ Paulo et Alexandrie, mais j'aime encore plus Tel Aviv parce qu'elle est la bulle des fous.

17373ème jour

Velib

A peine rentré de Milan, j'ai testé la borne Velib qui se trouve dans ma rue, presque en bas de chez moi. En un riend e temps, j'ai loué un vélo pour me rendre au cinéma au Forum des halles. C'est vraiment très jouissif de pédaler la nuit dans les rues désertes de Paris. je sens que je vais devenir accroc.

17372ème jour

Milan

N'éprouvant aucun attrait particulier pour cette ville, je n'avais jamais pris le temps de rester un week end à Milan. J'ai beaucoup marché dans la ville, en particulier dans le quartier de Brera qui est sans doute le plus agréable. On le compare souvent à Montmartre, mais s'il y a en effet un côté bohême avec toutes ces terrasses et ses rues piétonnes, c'est un quartier authentiquement italien où il fait bon vivre. J'ai visité la Pinacothèque de Brera que Napoléon a créée en 1809. Pas revanchards, les milanais ont laissé dans la cour d'honneur la statue monumentale de Napoléon où Canova l'a représenté nu en empereur romain.
J'avais furieusement envie de voir la Cène de Leonard de Vinci qui se tient dans le couvent Santa Maria delle Grazie. Las! Vinci code oblige, les réservations étaient complètes jusqu'au mois d'octobre.
Au cours de ce week end je me serai également fait dévorer par les moustiques qui pullulent à Milan pendant l'été, dès que la nuit tombe.

17371ème jour

Rinascente

J'ai rendez-vous avec Cristian pour lui remettre des cigarettes Yves Saint Laurent achetées pour lui en duty free à l'aéroport de Dubai. Nous avons rendez-vous devant Rinascente sur le Corso Vittorio Emmanuele II. Comme il est en retard, je me promène au rez de chaussée du magasin, parmi les stands de parfums tenus par des jeunes gens qui semblent tous sortis des podiums de la fashion week de Milan.
Je ressors de Rinascente et un garde chiourme me bondit dessus pour me demander si j'ai payé la jolie boîte Yves Saint Laurent que je tiens sous le bras. Do you really sell cigarettes? lui ai-je demandé.

17370ème jour

Hostilités

Réunion difficile avec un partenaire turc. Celui me fait clairement sentir que la position de la France sur l'Arménie et la dernière élection présidentielle peut peser sur nos relations. Il utilise le terme de hostile country pour parler de la France.

17369ème jour

Il y a cent ans

Il y a cent ans, le 11 juillet 1907, disparaissait la petite Maria, la fille aînée de Mahler, que l'on surnommait Gucki en raison de ses immenses yeux bleus. Chaque fois que je vais sur la tombe de Mahler, j'ai une pensée pour elle qui repose à ses côtés.

17368ème jour

Adil

D'une seule main, je parviens exactement à relier les deux pointes de ses seins, en posant le pouce sur l'un et l'extrémité du majeur sur l'autre.

17367ème jour

Une nuit bien courte

Mon chauffeur de taxi m'attendait comme convenu à 1h00 du matin devant l'hôtel. Il m'avait accompagné l'après-midi à la mosquée El Khalili et j'avais décidé de le garder car il klaxonnait peu, ce qui au Caire tient de l'exploit. Il est en effet très rare que trois secondes puissent s'écouler sans qu'une voiture ne klaxonne à proximité. On klaxonne pour tout et pour rien, par ce qu'un piéton traverse au loin, pour s'imposer à un carrefour encombré, pour exister, et surtout par habitude... Et le Caire c'est donc ce bruissement permanent des klaxons, proches ou lointains. Mon vol de départ du Caire avait un horaire inhabituel : 3h30. Il y avait du monde dans ce vol, essentiellement des turcs, mal élevés comme à l'habitude, resquilleurs et peu disciplinés. Je me suis retrouvé coincé dans un siège E, ceux que je déteste le plus avec les B, et je n'ai pas fermé l'oeil du vol jusqu'à Istanbul.
Comme j'avais oublié d'enregistrer ma valise jusqu'à Paris, j'ai passé la douane pour le séjour turc le plus bref de ma vie. Un quart d'heure environ, le temps de récupérer ma valise, de me raser et d'acheter un journal français.
Le vol de Paris a décollé à 7h50. J'ai dormi pendant les trois heures et je suis arrivé frais et dispos pour une journée de travail.

17366ème jour

Alexandrie

Alexandrie a très problablement été une belle ville jusque dans les années cinquante. On le sent à de nombreux témoignages architecturaux, des immeubles à la décoration autrefois soignée, quelques grands hôtels dans un état un peu décadent. Il est amusant de se promener simplement dans les rues incroyablement animées, de contempler des vitrines d'un autre âge, de siroter un jus de mangue frais dans un bistro envahi de mouches, ou de fumer la chicha pensivement sur le bord de mer.
Je réside au Cecil, un vieil hôtel anglais, aujourd'hui repris par le groupe Accor et où, parait-il séjournèrent Agatha Christie et Josephine Baker. J'ai accumulé tellement de fatigue ces dernières semaines que je n'ai pas fait grand chose, je suis resté longtemps sur le toît de l'hôtel à bouquiner.
Le lendemain, j'ai repris le train pour le Caire, en deuxième classe cette fois-ci. C'était beaucoup plus rustique, mais j'ai beaucoup aimé, lors des arrêts, les mélopées des vendeurs ambulants qui parcouraient les wagons en disant "Rhaléom Shabuck, Rhaléom Rhaledida...!"

17365ème jour

Le train du Caire à Alexandrie

Le taxi m'a laissé devant la gare Ramsès. Un policier tout en blanc a demandé à une jeune recrue de s'occuper de moi pour trouver le billet. Il m'a accompagné au guichet et a demandé pour moi le billet de première classe pour Alexandrie pour quarante livres égyptiennes (6 euros environ). Le train est vielliot, noir blanc et rouge aux couleurs égyptiennes. Le wagon de première classe est très climatisé, il donne l'impression que l'on est dans les années cinquante. On démarre pile à l'heure, lentement au début un peu plus vite ensuite et l'on mettra deux heures à parcourir les deux cents kilomètres. La ligne traverse le détroit du Nil et le paysage est beau, avec énormément de cultures, du blé, du riz, de beaux paysages de palmeraies, quelques animaux domestiques qui cherchent l'ombre sous les arbres. De temps en temps, on croise des villes miteuses, aux constructions de brique à l'allure inachevée. Dès que lon est en zone urbaine, la voie devient une véritable décharge publique.
La clientèle est plutôt masculine avec quelques femmes voilées. Mon voisin m'a aimablement proposé ses journaux en arabe ou l'on aperçoit des femmes aux visages très colorés. A de nombreuses reprises, il prend un kleenex, se racle la gorge et y dépose soigneusement un mollard.
Je commande un petit déjeuner, une boîte en plastique rudimentaire avec des petits gateaux, deux tranches fines d'un fromage redoutablement fort, une portion de vache-qui-rit locale, une jus de mangue en bouteille. On peut aussi commander un café ou en thé, issus de grandes bassines.
Il y a deux gares à Alexandrie, Sidi Gaber, où le train se vide en grande partie, et Masr, plus centrale. Entre les deux gares, un événement extraordinaire se produit. Un technicien passe sur tous les sièges inoccupés et les tourne à 180°. Dans le train Le Caire Alexandrie, on est toujours dans le sens de la marche, sauf si l'on veut faire face à un ami.
Je traverse la gare et j'arrive sur une place ensoleillée. C'est mon premier jour à Alexandrie.

17364ème jour

Le vol Istanbul Le Caire de Turkish Airlines

Depuis l'aéroport Ataturk, j'appelle ma mère pour lui souhaiter son anniversaire, un anniversaire important qui se termine par un zéro. Et je sais qu'elle stresse car sa propre mère est partie dans l'année suivant cet anniversaire.
L'Airbus s'est envolé à 23h30 et deux heures plus tard nous atterrissons au Caire. Il suffit d'acheter deux timbres pour quinze dollars et on peut passer la douane. La plupart des visiteurs ne le savent pas, ce qui permet de gratter tout le monde. A la sortie de l'aéroport, des mecs véreux m'assaillent pour me proposer un taxi ou une limousine. Je prends celui qui a la moins sale gueule, il m'entraine en bus vers le parking ou sa vieille 504 break est garée. On part à fond sur l'autoroute qui amène au centre ville. J'arrive à l'hotel. Ma chambre domine le Nil. Je n'aurai guère le temps d'en profiter. Je règle mon réveil pour 7h00 afin d'attraper le train de 8h00 pour Alexandrie.

17363ème jour

I did it, my way

Soirée professionnelle étonnante hier sur un bateau qui va d'un pont à l'autre sur le Bosphore. On danse, on boit dans le décor magique des deux rives. A un moment j'ai chanté My way accompagné par une guitare, un violon et un accordéon. C'était fun.
Vers minuit, on doit choisir entre le bus qui rentre à l'hôtel et celui qui va à Reina, une discothèque d'Ortakoy, juste sous le premier pont. Je fais partie bien sûr des fêtards. Dans le bus, il y a une poubelle pleine de bouteilles usagées. L'une d'entre elles contient encore un peu de boisson et, me trouvant spirituel je la propose à mon voisin pour épancher sa soif.
- Arrête c'est de l'urine me dit-il.
- Mais non, c'est du thé glacé.
De fait c'était de l'urine, sans doute abandonnée là en mode urgence par un voyageur précédent. Nous avons fait passser la bouteille vers l'arrière du bus. A chaque rang, quelqu'un ouvrait la bouteille et prenait un air dégouté en raison de l'odeur qui s'en dégageait. Un anglais grassouillet, moins bégueule, ouvre la bouteille et commence à boire avant, bien sûr, de tout recracher.
Ce fut un fou-rire mémorable.

17362ème jour

Born a Fourth of July

Cinq ans, ça commence à faire beaucoup pour un blog...

17361ème jour

Istanbul encore et toujours...

J'emmène une soixantaine de collègues visiter le vieil Istanbul. Sultanhammet, les citernes, Sainte Sophie et la Mosquée bleue, Galata et Tünel. J'ai décidé qu'au lieu d'un troupeau, chacun se débrouillait, et pouvait me joindre sur mon gsm s'il était perdu. Tout le monde a un gros jeton pour le tramway et un petit pour le funiculaire. La soirée se termine au Flamm pour un dîner, puis sur le toît du Vogue pour un verre devant les eaux noires du Bosphore et un beau croissant de lune.

17360ème jour

Ce sera donc le 18821ème jour

Reçu une lettre dont je dois conserver le contenu pendant mille quatre cent soixante et un jours.

17359ème jour

Weed, chess and sex II

J’avais vraiment envie de revoir Adil, et surtout de refaire l’amour avec lui. Je suis allé le chercher à l’endroit où je l’avais déposé la veille. Il avait dormi chez son ami, où peut-être avec lui. Je lui ai taxé un tee-shirt!, m’a-t-il simplement dit pour justifier son changement de tenue. On est allé chez moi. On a fumé. On a fait l’amour. "C’était encore meilleur qu’hier" m’a-t-il dit en me regardant de ses grands yeux. On a joué aux échecs avec l’échiquier sur lequel mon père m’a appris le maniement des pièces lorsque j’avais cinq ans. J’étais surpris de voir le jeu de mon enfance devenir un enjeu entre deux amants. J’ai gagné de nouveau mais avec beaucoup plus de mal que la veille. On a refumé. On a refait l’amour. Je l’ai ramené chez lui.

17358ème jour

Weed, chess and sex I

Je suis allé chercher Adil sur la place Saint Georges. J’étais garé, décapoté et j’ai vu dans le rétroviseur approcher sa silhouette fine. Il est entré dans la voiture on s’est embrassé et il m’a dit qu’il avait envie d’aller chez moi. On a fumé un joint qui lui a fait le même effet aphrodisiaque qu’à moi. C’était beaucoup plus tendre qu’avec Matt, beaucoup plus sensuel. Il embrassait magnifiquement et j’ai l’impression que nous nous sommes roulés des pelles pendant des heures. Il aimait vraiment le sexe, cela se sentait comme une évidence. Je me demandais si cette exceptionnelle compatibilité sexuelle pouvait conduire à autre chose que de l’amitié, à un certain attachement.
On a pris une douche l’un après l’autre et puis on a fait une partie d’échecs. J’ai gagné sans trop de mal. Puis je l’ai raccompagné chez l’un de ses amis près de la rue Oberkampf.
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