16720ème jour

Sous le sommeil d'Anatolie

Je suis retourné sur la rive asiatique. Cette fois ci, un chauffeur nous emmène, un collègue et moi même. Nous reprenons la même route que la veille, mais cette fois-ci, nous nous arrêtons à Gebze, à l'extrémité est de la mer de Marmara pour visiter un site que l'on nous propose d'acquérir. Il s'agit d'un grand bâtiment bleu, construit en 2002 et totalement arrêté depuis deux ans. Nous le visitons avec le Directeur Technique de l'Entreprise qui a entèrement conçu le site, et un gardien muni d'une lampe puissante, l'ensemble des circuits électriques étant désactivés.
La visite est surprenante. On dirait que la vie a disparu des lieux il y a deux ans. Tout est resté intact, les badges du personnel sur le panneau de l'accueil, les machines prêtes à être réutilisées, des stocks de produits semi finis, des ordinateurs, le tout couvert de poussière. Nous visitons les locaux administratifs, la cafétaria, la pièce destinée à un nombre démesuré de comptables. Nous entrons dans l'immense salle de réunion du board fantôme. Au mur, se trouve encore la photo des 51 employés de l'entreprise, posant souriants devant les locaux. Je regarde leurs yeux grands ouverts et je songe aux illusions perdues dans le royaume au bois dormant.

16719ème jour

Une journée à Ankara

Pour arriver à Ankara à 10h30, il faut se lever vers 5h00, puis, une heure plus tard, franchir le Bosphore par l'un des deux ponts et s'élancer vers l'est. Sur la rive asiatique, les banlieues se succèdent le long de l'autoroute : centre commerciaux banals, villes dortoirs sans charme. Assez rapidement, on se retrouve le long de la mer de Marmara que l'on longe sur plusieurs dizaines de kilomètres, en observant les complexes pétrochimiques et les cargos qui longent la côte sur une mer grise. Lorsque l'on quitte le bord de mer, l'autoroute devient plus étroite, elle grimpe dans la montagne en dépassant assez rapidement les mille mètres. On s'arrête le long de la route dans un petit resto de routiers où sur une terrasse, quelques poules viennent quémander leur repas. On peut apprécier des oeufs au plat, du pain à la menthe, les fromages turcs assez banals, un thé bien chaud dans un petit verre transparent. On retrouve aussitôt l'autoroute qui continue de serpenter dans les montagnes, puis se stabilise sur des plateaux assez secs. On laisse devant soi la route de Trabzon, l'antique Trébisonde, et quatre cent kilomètres après avoir quitté Istanbul, on pénètre dans la banlieue d'Ankara.
L'impression d'ensemble est mitigée. Bien que plus propre qu'Istanbul, la ville n'a pas de charme et les autorités tentent de lui conférer son image de capitale et plantant ça et là un peu de verdure incongrue. Les bâtiments militaires impeccables sont omniprésents.
Nous nous rendons dans les locaux d'une société de service qui souhaite travailler avec nous. Comme souvent en Turquie, nous sommes reçus dans un bureau aux allures d'appartement. Il y a d'immenses fauteuils en cuir gris pâle, une table basse, un service régulier de thé, de café et de friandises, deux grands portraits d'Ataturk et même une télévision allumée en sourdine sur Power Turk TV, sorte de MTV locale.
La discussion est toujours courtoise, j'ai juste un peu de mal à ne pas rire, lorsque la télévision, disposée à côté de mon interlocuteur, m'envoie des images d'une fille presque nue en train de se frotter suavement le visage avec des glaçons.
Avant de quitter Ankara, nous allons visiter l'incroyable Mausolée d'Ataturk, construit sur l'une des collines de la ville. Le bâtiment, inspiré par les tombeaux antiques, est fort impressionnant par son austérité majestueuse. Un musée, situé sous le mausolée amène le culte du grand homme près du ridicule, en n'hésitant pas à exposer ses chaussures, ou un joli rameur en bois des années 20.
Nous parcourons en sens inverse les 400 kilomètres d'autoroute, mais cette fois ci, les effroyables embouteillages quotidiens d'Istanbul ralentissent notre retour le long du Bosphore.

16718ème jour

Le vol Bucarest-Istanbul de la TAROM

Le taxi était arrivé en retard, il y avait bizarrement des embouteillages à 8 heures du matin sur la route de l'aéroport et c'est in extremis que j'ai pu enregistrer mon bagage. Un bus emmène la trentaine de passagers vers un ATR42, petit avion à hélices assemblé par une filiale d'EADS. Les hôtesses ont l'air d'anciennes miliciennes de la Securitate de Ceaucescu, les plateaux repas comprennent un croissant rassis et du jambon sans goût, mais l'essentiel a été accompli: nous avons parcouru les 600 kilomètres séparant Bucarest d'Istanbul en respectant les quatre vingt dix minutes prévues.

16717ème jour

Discrétions roumaines

Ce matin, mon client travaillant pour une grande banque de Bucarest, m'explique que quinze pour cent des clients donnent une fausse adresse et un faux numéro de téléphone. Par ce qu'ils ont peur des relances et des lettres recommandées. C'est culturel, parait-il...

16716ème jour

Il voit des Logan partout

Un an déjà depuis mon dernier séjour. Un an seulement et cette ville a déjà changé. Je la redécouvre à l'issue de deux semaines de pluies incessantes qui ont créé des inondations importantes dans le sud est du pays et des perturbations plus légères dans la capitale. La ville est moins laide que dans mon souvenir. Je trouve même un certain charme au quartier des ambassades. Et puis il fait beau, un grand soleil qui me donne un petit supplément d'été au seuil de l'automne.
Les Dacia Renault 12 ont été remplacées en masse par des Logan, en particulier dans la population des taxis. Il y a beaucoup plus d'immeubles en chantier dans la ville. Le LEI ancien a été remplacé par le nouveau le 1er juillet dernier, en supprimant quatre zéros sur les billets dont seul le format a été changé. Frederic Begbeider vient faire une séance de dédicace dans la plus grande librairie de la ville où tous ses livres, traduits en roumain sont exposés dans la vitrine. Quelques petite églises orthodoxes commencent à être réhabilitées. Et dans une avenue en plein centre ville, sous une arcade, trois jeunes adolescents à l'air perdu, sniffent des sacs en plastique remplis d'une sorte de colle, triste succédané de la drogue du pauvre.

16715ème jour

Demain...

- Demain je pars à Bucarest.
- Ah oui?
- C'est la capitale de la...
- De la Hongrie!
- Non, ça, c'est Budapest. Bucarest, c'est la capitale de la Rou...
- Manie!!
- Mouais... Et après je file sur Istanbul.
- Encore?
- Oui... C'est la capitale de la...
- Je sais! De la Turquie!
- :o(

16714ème jour

Les oxymores et les boustrophédons

J'aimais les oxymores et les boustrophédons. J'apprenais avec ivresse que la station de métro Elephant and Castle, à Londres, devait son appellation à une visite de l'Infante de Castille, que la Caesar Augusta des Romains, à travers la Saraqustah des Arabes, nous avait légué Saragosse, que notre chandail familier venait du cri du marchand d'ail qui passait dans la rue couvert contre le froid, que les crosnes, mixtes de salsifis et d'atichauds, importés du Japon, avaient été cultivés pour la première fois en France dans le ville de Crosne qui les avait baptisés et que le Salvador, un navire de l'Invincible Armada drossé par la tempête sur la côte de Normandie vers la fin du XVIème siècle, avait, dans le parler local et après transformation, donné son nom au Calvados.
Jean d'Ormesson - Une fête en larmes

16713ème jour

Souvenir d'une rencontre

Juste pour moi.
Carlos Salzedo : Chanson dans la nuit (Nicanor Zalabeta)
Piotr Illitch Tchaikowsky : Cadence du concerto pour violon (Joshua Bell)
Gustav Mahler : Der Abschied (Brigit Fassbaender, Carlo Maria Giulini, Berliner Philharmoniker)
Franz Schubert : Abschied (Thomas Quasthoff)
Hugo Wolf : Nachruf (Dietrich Fischer Dieskau, Daniel Barenboïm)
Ludwig van Beethoven : Sonate à Kreutzer (Martha Argerich, Gidon Kremer)

16712ème jour

CL

Il était 1h56 ce jour là. Nous avions regardé la lune au même instant. Moi à Paris, place de l'Europe. Toi quelque part à Milan. Je t'avais reparlé au téléphone alors que tu étais dans un train à Chambery. Mais depuis mon dernier séjour à New York, voici deux ans, plus de nouvelles.
Jusqu'à ce jour où nous avons de nouveau longuement parlé sur MSN Messenger.
Jusqu'à aujourd'hui.
Nous allons peut-être enfin nous rencontrer dans deux semaines.
J'ose à peine y croire.

16711ème jour

69 année soporifique

Au moment où la Nasa annonce son retour sur la lune programmé en 2018, je songe à ce 21 juillet 1969 où j'étais au comble de l'excitation. Il n'y avait pas de télévision chez mes parents, par principe éducatif. Nous étions donc partis passer la soirée et une partie de la nuit chez ma grand-mère qui était équipée d'un écran, noir et blanc bien sûr. Je me souviens que, de temps en temps, j'allais dans le jardin regarder la lune dans le ciel sans nuage. Dans mon souvenir c'était une pleine lune, mais ce souvenir est trop beau pour être vrai. Je regardais donc la lune en me disant "Ca n'est pas possible qu'ils soient là haut".
Le premier pas sur la lune a eu lieu au milieu de la nuit pour nous européens, sans doute pour que l'événement soit diffusé aux heures de grande écoute aux Etats-Unis.
Le lendemain je me réveille chez ma grand-mère, dans mon lit et je ne me souviens de rien. Le trou noir. Je file voir ma soeur et je lui dis "Alors? ils ont marché sur la lune?" Elle me regarde et me dit : "Mais bien sûr! Tu ne te souviens pas? Tu étais tout excité!"
Mais moi, rien, le trou noir, je ne me souvenais d'absolument aucun instant de l'événement tant attendu. J'ai eu bien sûr droit aux images rediffusées pendant le journal de treize heures, mais elles ne m'ont rien rappelé, j'avais l'impression de les découvrir. Je n'ai pas trop reparlé de ce trou de mémoire, sans doute partagé entre la honte d'avoir oublié un moment pareil et le soupçon qu'il s'était produit quelque chose.
Des années plus tard, mes parents ont vendu la mèche. Ils m'ont expliqué que je m'étais endormi devant l'écran, qu'ils n'ont pas réussi à me réveiller, même en me remuant dans tous les sens et qu'ils ont alors décidé de me porter dans mon lit, en inventant cette histoire misérable.
Si longtemps plus tard, je suis encore malheureux d'avoir raté ce direct, et la perspective d'en revivre peut-être un autre pour mon 21.500 ème jour ne me console pas.

16710ème jour

Temps nouveaux

Ce soir une réunion de parents d'élèves. La Directrice de l'école nous explique qu'elle a reçu un appel de parents, étonnés que leur fille, élève de 5ème, recoive une bardée de coups de téléphone sur son mobile, la veille à vingt trois heures. Tous ses camarades de classe l'appelaient pour lui dire "Eh! On parle de toi sur MSN!"

16709ème jour

Istanbul cancan

La semaine passée, à Istanbul, en marchant dans Lamartine Caddesi, je suis passé devant un cabaret répondant au nom à l'orthographe charmante de Foliberjer. Je me suis bien gardé d'y entrer.

16708ème jour

Libre

Aujourd'hui Michael est passé m'installer la carte wifi de ma freebox. Je peux maintenant surfer d'un peu partout dans l'appartement, près de Greta et Daphné, ce que je fais en ce moment même, ou bien dans mon lit. Il n'y a pas à dire, cela change la vie.

16707ème jour

Crunch

Aujourd'hui, j'ouvre une plaque de chocolat et je m'aperçois qu'il manque un carré. J'ai d'abord pensé qu'un client avait ouvert la boîte, mordu dans la plaque et l'avait remise à l'intérieur, puis dans le rayon. Pourtant il me m'avait pas semblé que le carton était abimé au moment de l'ouverture. De plus le carré avait été enlevé soigneusement, ou plutôt, manquait. Il ne pouvait donc s'agir que d'un défaut de fabrication. J'ai donc entamé la plaque en songeant qu'un dix huitième du prix de valait guère la peine d'une réclamation.

16706ème jour

Les courants d'air

Ma grand-mère maternelle a toujours eu la phobie des courants d'air. Aussitôt qu'elle arrivait en un lieu, elle se plaignait du moindre courant d'air, été comme hiver. Il fallait donc toujours rouler en voiture fenêtres fermées quand elle nous accompagnait.
Lorsque nous étions enfants, elle avait une 4L et mon frère et moi, on adorait se mettre dans le coffre et baisser totalement la vitre arrière du hayon arrière, qui était plane.
Notre grand-mère parfois se retournait l'air suspicieux et nous disait : "Mais la fenêtre arrière est ouverte!" Alors nous faisions semblant de taper sur la vitre imaginaire en donnant un coup avec le coude sur le bas du hayon pour que celà fasse un bruit et on disait "Mais non! Mais non!"

16705ème jour

Da Vinci code

Je n'avais vraiment pas envie de le lire ce bouquin. Mais alors vraiment pas. Pourtant à Orly, je n'ai trouvé rien d'autre au Relay Hachette. J'en ai lu la moitié pendant l'aller Paris Istanbul et l'autre moitié dans la nuit. En fait il est difficile de s'extraire de cette histoire qui se laisse vraiment lire comment un polar bien ficelé.
Il y aurait beaucoup à redire pourtant sur la traduction française médiocre, digne d'un élève doué de 3ème, ou bien sur les galimatias de poncifs religieux. Mais rien à faire. On ne lache le livre que lorsqu'il est fini.
Ce qui est étrange dans le Vinci Code, c'est qu'il est un mélange de vérités, de mensonges éhontés, de pur roman et d'hypothèses oiseuses. Et bien sûr il n'est pas très facile de déterminer dans quel lot les éléments de l'histoire font partie. En tout cas, il suffit de lire le livre pour comprendre pourquoi il a aussi bien marché.

16704ème jour

Problème métaphysique

2010 célèbrera le cent cinquantième anniversaire de la naissance de Mahler.
2011 consacrera le centième anniversaire de sa mort.
Les grands orchestres commençant à planifier leur programmation dix ans à l'avance, il est probable que quelques festivals Mahler commencent à s'établir à Vienne, Amsterdam ou Berlin. Mais la question qui me hante est : 2011 va-t-elle éclipser 2010 juste pour le plaisir des chiffres ronds? ou au contraire va-t-on vivre deux années de Bohner?

16703ème jour

Septembre à Istanbul

Septembre est probablement le meilleur mois pour visiter Istanbul. Le soleil est presque toujours au rendez vous et les touristes se font moins présents qu'en juillet ou en août. Il ne fait pas trop chaud la journée et pas encore frais le soir. Bref, qu'attendez vous pour me rejoindre ce week end?

16702ème jour

VIETATO FUMARE

Il y avait la foule des beaux soirs tout à l'heure à l'opéra Garnier pour la première de Cosi. Je cède le passage à Stephane Lissner qui a encore trois mois devant lui avant sa propre ouverture à Milan. Nous sommes placés à l'amphithéâtre ce qui n'est pas trop mal pour voir et parfait pour entendre. En revanche, je ne vous recommande pas le dernier rang de l'amphithéâtre, sauf si vous êtes au format de Mimi Mathy. La place entre votre dossier et le dossier de devant est de l'ordre de cinquante centimètres. Mon voisin de droite ayant refusé ce traitement est parti je ne sais où, ce qui m'a permis de m'asseoir perpendiculairement à la scène, la tête à 90° du corps.
L'orchestre démarre pour l'ouverture, très cohérent. Il nous régalera toute la soirée, par la précision de ses pupitres, le velouté des vents, et en particulier des bois tellement présents dans cet opéra, avec une mention spéciale pour la jeune femme dont j'ignore le nom, en charge de l'accompagnement des récitatifs au pianoforte. Elle nous a émerveillé pendant trois heures par sa délicatesse et son imagination.
Vocalement, le résultat est plus variable. Le trio vocal est sublime avec une mention spéciale à Erin Wall merveilleuse Fiordiligi et à Barbara Bonney, Despina de luxe. Côté hommes c'est un peu plus inégal. Ruggero Raimondi défend vaillamment le rôle de Don Alfonso de son beau baryton basse qui montre maintenant les effets de l'âge, mais avec une puissance vocale et une présence scénique magnifiques. Stéphane Degoult nous offre un Guglielmo moyen, à la voix un peu aïgue pour le rôle. Et Shawn Mathey, après un début incertain à la limite du faux, chantera quelques airs d'une incroyable beauté.
Une mise en scène un peu agaçante de Patrice Chéreau avec ses soi-disant originalités tellement éculées et un décor dont on se lasse dès qu'on l'aperçoit.
Mais le gagnant de la soirée, c'est Mozart qui une fois de plus nous laisse totalement exangue après l'un de ses opéras, totalement enivré de musique.

16701ème jour

Quatre ans déjà

Les souvenirs de ce séjour sont toujours tellement présents dans mon esprit.
J'allais tous les jours vers minuit, heure creuse de l'immense Easyeverything de Time Square pour lire les journaux et répondre à mon courrier. Le lendemain du 11, je lisais quelques mails de la Mahler mailing list et je suis tombé sur ce message terrible d'un membre new-yorkais de la liste, qui nous racontait comment il avait accompagné sa belle soeur au téléphone, alors qu'elle était bloquée au 83ème étage. J'ai eu du mal à aller au bout du message, les yeux brouillés de larmes.
En rentrant à l'hôtel, j'ai réveillé ma mère pour lui raconter ce que je venais de lire et nous avons pleuré tous les deux.

16700ème jour

Waterloo

C'était une remarque d'Alice lors de notre rencontre. Elle m'avait dit que ce compteur journalier donnait une relation différente avec le temps, en mettant en évidence sa fugitivité. Et en effet, depuis le premier post, c'est la douzième fois que s'affiche un nombre se terminant par deux zéros.
Ce compteur a désormais duré plus longtemps que celui de la Tour Eiffel avant l'an 2000.

16699ème jour

Echecs

Quand j'avais cinq ans, mon père m'a appris à jouer aux échecs. Nous jouïons souvent ensemble, toujours sur le même jeu, un assez grand échiquier aux cases marquetées. Rangées dans une boîte octogonale, les pièces étaient de facture assez classique; les chevaux avaient toutefois des yeux un peu exorbités, l'un des deux chevaux noirs étant borgne. le son des pièces remuant dans la boîte en bois est un bruit que j'ai toujours entendu et que je reconnaitrais entre mille.
J'ai assez vite plafonné en jouant avec mon père et, vers l'adolescence, j'ai commencé à jouer avec mon parrain qui était d'un niveau nettement supérieur. Un été en particulier, je suis allé jouer presque tous les jours avec lui et j'ai commencé à travailler certaines ouvertures.
J'ai arrêté de jouer en arrivant sur Paris, mais l'échiquier et les pièces m'ont suivi durant tous mes déménagements. Ils étaient les seuls objets me rappelant mon enfance. Pendant les dernières vacances, j'ai acheté un petit jeu à Klagenfurt pour apprendre les règles à mes filles. Et maintenant, nous jouons souvent ensemble à Paris sur le jeu de mon enfance.

16698ème jour

Eclipses

La dernière éclipse totale visible en France a eu lieu il y a six ans, le 11 août 1999. Ce jour là, j'étais allé près de Beauvais, de façon à me trouver dans la zone d'ombre totale. Je garde un souvenir magique de cet instant. En particulier la seconde où, tout d'un coup, un petit bout de soleil est réapparu derrière la lune. Dans mon souvenir, ce moment ressemblait à l'allumage subit d'une lampe à halogène au milieu de la nuit.
J'ai toujours rêvé de vivre de nouveau un instant pareil. J'ai une chance le 29 mars prochain. Une eclipse totale prendra naissance en Amérique latine, sera visible sur l'Atlantique, traversera l'Afrique du Togo jusqu'à la Lybie, puis franchira la Méditerrannée, avant de parcourir la Turquie, la Georgie et le Kazakhstan, pour s'éteindre, ou plutôt se rallumer, en arrivant près de la Mongolie.
Le 29 mars prochain, il fera donc nuit à Antalya vers 10h57. J'aimerais bien y être.

16697ème jour

La pointe de vitesse

Souvent, le dimanche, mon père nous emmenait, mon frère et moi, pour acheter du pain. Nous allions dans la petite boulangerie d'un village à trois ou quatre kilomètres de chez nous. Au retour, nous tenions le pain sur nos genoux. Il s'agissait souvent de couronnes. Elles sentaient bon. Elles étaient encore chaudes. Nous avions du mal à nous empêcher d'arracher puis de grignoter les petites excroissances de croûte formées au couteau avant la cuisson sur le dessus du pain.
La route était formée essentiellement d'une grande ligne droite et on disait à notre père "Papa, tu fais une pointe de vitesse?" Mon frère et moi, nous fixions alors l'aiguille du compteur de vitesse qui grimpait jusqu'à cent ou cent dix kilomètres heure. Plaisirs d'un autre temps où les contrôles de vitesse et les ceintures de sécurité n'existaient pas.

16696ème jour

Rentrée

Je ne sais pourquoi, je n'aime pas cette rentrée. Est ce l'éloignement de quelques amis? Est ce la première couleur ocre des feuilles qui me rappelle que j'ai peu profité du soleil alors que l'été s'achève? Il y a sans doute un peu de tout celà. Peut être aussi l'absence de déplacement alors que j'ai repris le travail depuis deux semaines. J'étais pourtant soulagé ces deux derniers mois de ne pas prendre l'avion alors qu'autant d'entre eux se sont écrasés. Dès mardi je repars. Et une fois de plus, il s'agira de retrouver Istanbul.

16695ème jour

Un instant d'abandon

Je n'ai pas été surpris en apprenant le titre du nouveau roman de Philippe Besson Un instant d'abandon. Le mot abandon revient souvent sous sa plume, tant dans le sens du sentiment d'abandon (ich bin der Welt abhanden gekommen) que dans celui du personnage qui s'abandonne dans sa passion ou dans ses émois.
Le thème a des similitudes avec celui du Garçon d'Italie ou Luca vit deux relations en parallèle, l'une avec une femme, l'autre avec un homme. Cette fois ci, le personnage principal passera de l'une à l'autre par le biais de la mort et de la prison. Pourtant le charme n'est plus là. Je n'ai pas accroché à cette histoire peu vraisemblable et à ces personnages un peu caricaturaux.

16694ème jour

Mes amis sont trop forts

Il y en a un qui se trouve un boulot de rêve à Barcelone. L'autre qui se trouve un job génial avec plein de voyages et une formation initiale à Chicago. Et un troisième qui part vivre dans une de mes villes préférées, à deux pas du Concertgebouw.
Je suis un peu jaloux.
Moi aussi j'aimerais voyager.

16693ème jour

Des nouvelles de la lada

Le black charmant s'est en fait avéré un poseur de lapin. On avait rendez-vous le jour de mon départ en vacances pour signer la vente. Il n'est pas venu.
Jeudi dernier, nouvel appel d'un autre acheteur potentiel. Il me demande d'être le soir même près de chez lui, avenue Foch, pour la voir. A l'heure dite, après avoir fait laver la grand-mère, je suis là. Il m'appelle, me dit qu'il aura trente minutes de retard. Le client est Roi. Comme il fait chaud, je baisse la vitre et je l'attends en écoutant la radio. Au moment de remonter la vitre, eh bien précisément, elle ne remonte pas. Rien à faire. J'envisage divers scénarios. Puis je l'appelle, et prétexte n'importe quoi pour décaler le rendez-vous au week end.
Certaines ventes sont maudites.

16692ème jour

Mon voisin violoniste

Un peu avant les vacances, des amis sont passés boire un verre à la maison. L'un d'entre eux est allé aux toilettes et il a ouvert la fenêtre, avant de quitter les lieux. C'est en me rendant dans les mêmes lieux un peu plus tard que j'ai entendu pour la première fois le son du violon. Un son très net, très propre, très agréable. Venant vraisemblablement d'un étage élevé de de l'immeuble voisin. Parfois une Partita de Bach, le plus souvent des gammes. Deux gammes ascendantes, un petit triolet en haut, et hop! On redescend les deux gammes. Et ceci pendant des heures. Il y a des gens que ca rendrait fou. Moi ça me fascine. J'ai laissé la fenêtre grande ouverte juste pour le plaisir de l'entendre.

16691ème jour

Das Wirtshaus

C'était une belle soirée à Berlin, après la représentation de la Fanciulla del West à laquelle F., qui y jouait la partition de celesta nous avait invités, Alban Berg et moi. J'avais particulièrement aimé les instants où tard dans la nuit, dans son petit appartement de Prenzlauer Berg, F. nous avait fait entendre sur son piano quelques détails de l'opéra. Et puis nous avions écouté de nombreux disques en buvant de l'alcool. A un moment il nous avait fait entendre un enregistrement rare du Winterreise. Un live d'Hermann Prey accompagné par Irwin Gage au Festival de Locarno en 1978. Et en particulier, le 21ème Lied, celui si triste où le Wanderer, longeant un cimetière, le compare à une auberge dont les couronnes l'invitent à pénétrer les lieux. Prey chante ce Lied avec une lenteur incroyable, en permanence à la limite de la cassure, toujours sur le fil, donnant à ce moment l'allure miraculeuse d'une éternité fragile.
Depuis cette nuit à Berlin, j'ai cherché partout ce CD. Je l'ai trouvé samedi matin à la Fnac de Turin, pour la modique somme de 2,50€.
Et depuis, je ne me lasse pas de l'écouter, car le miracle se reproduit...
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