16355ème jour

19 Millions

Retour a Istanbul hier soir. Visites clients ce matin et cet après midi. Ce soir, j'emmène deux collègues connaissant mal la vilel. Je les guide en refaisant ma balade de la dernière fois : le pont de Galata, le souk égyptien, la tour de Galata, la grande avenue piétonne qui monte vers Taksim, la french street, et nous dînons dans le coin. Avant de rentrer à l'hôtel, je retire 100 millions de lires dans un distributeur Yapi Kredi, afin d'être tranquille jusqu'à la fin de la semaine. Je range dans mon portefeuille les cinq billets de vingt millions, nous hélons un taksi et nous rentrons à l'hôtel. Le chauffeur de taxi parle allemand, il a travaillé jadis a Francfort. Je m'amuse à baragouiner quelques mots.
Arrivés à l'hôtel, le compteur affiche 5 millions. Je lui tends sans regarder un billet de vingt. Il rale, me dit que je ne lui ai donne que un million. Je reprends le billet de un et lui donne un autre. Je suis ennuyé toutefois. Je n'avais dans mon portefeuille que les cinq billets de vingt. Le distributeur m'a donc fourgué un billet de un million parmi les cinq. J'ai donc perdu dix neuf millions, soit onze euros environ. Mes collègues, qui s'y connaissent, me disent que ça arrive, mais que les distributeurs sont équipés de lecteurs optiques, et qu'il suffit de passer à l'agence, qu'ils vérifieront et qu'ils me rembourseront. Je suis sceptique mais m'engage à le faire.
Dans l'ascenseur de l'hotel, l'illumination me vient. Le chauffeur de taxi a seulement fait un petit tour de passe passe. Il m'a baisé de dix neuf millions, mais m'a laissé une petite histoire à raconter.

16353ème jour

Equilibrisme

Lorsque je me retourne sur les dernières années écoulées, j'ai le sentiment d'avoir géré ma vie comme un funambule soucieux de gérer l'équilibre instable des différents composants de ma vie. Il y a la boîte famille, la boîte amis, la boîte boulot, la boîte garçons et d'autres encore... J'avais l'impression de gérer avec maestria toutes ces vies parallèles en prenant soin de maîtriser parfaitement les rares intersections autorisées. J'ai sans doute aimé prendre des risques, comme le taureau a tendance à jouer avec la banderille. J'ai peut être même flirté avec une certaine schizophrénie mondaine. Moins noblement, j'ai probablement ressenti des complexes de supériorité en trouvant tellement excitant de faire compliqué alors que tant de personnes trouvent si compliquées leurs vies peu excitantes.
Et puis ce matin, j'ai reçu un appel téléphonique qui m'angoisse. L'un des compartiments prend l'eau. Celui qui devrait être le plus propre et le plus important risque d'être envahi par la vase et les eaux boueuses du plus glauque. Et tout ceci à cause de ma négligence et de mon orgueil. J'ai trois jours pour réfléchir. Pour faire le point. Pour prendre des décisions. Pour prouver à ceux que j'aime que je les aimerai toujours et avant tout le reste.

16351ème jour

Indécis

Ces jours ci, j'ai A. quotidiennement au téléphone, parfois deux ou trois fois dans la journée. Je le sens parfois en pleine forme, de temps à autre en totale déprime pour des événements plus ou moins importants. Avant-hier il était dans le train de Virgin-Express Londres Manchester, sur un strapontin près des toilettes et il avait du mal à s'en remettre. Je le sens à la fois attaché à moi et distant. Il semble avoir besoin et envie de me parler quand il est "en bad", mais je le sens très peu désireux de s'exprimer plus sur notre relation. N'ayant pas accès à Internet facilement, il n'a toujours pas lu mon mail. Quant à moi je suis en attente, toujours attaché, un peu prudent, espérant sûrement une surprise inattendue.

16350ème jour

Saison honnie

La nuit, lorsque la couverture a la malencontreuse idée de s'éloigner, la fraîcheur me réveille. Le matin, la chaleur de la douche devient une bénédiction dont il est difficile de s'extraire. Les arbres de Paris ont pris leur couleur brune. Cet après midi du thé et le premier feu dans la cheminée. Demain pour déjeuner, je préparerai des cèpes à mes filles.
Plus de doute, c'est l'automne.

16348ème jour

A A.

Il y a maintenant une semaine que je t'ai quitté devant la gare du Nord. Je ne sors pas indemne de ces trois semaines que nous avons passées ensemble. Je n'oublierai ni la fulgurance de notre rencontre, ni le charme de l'escapade à Amsterdam, ni la complicité qui nous a immédiatement réunis, ni la Tour Eiffel qui scintille, ni nos mains qui se touchent.
Je sais que tu n'oublieras pas non plus. Tu es maintenant pour une année à Londres, à seulement deux heures trente d'Eurostar, ce qui est a la fois si loin et tellement proche.
Je me demande bien sûr ce que va devenir notre relation.
La distance ne m'a jamais effrayé.
Elle n'effraye que ceux que la vie effraye.
Je suis prêt à attendre, à laisser passer cette année, à ne te voir que par intermittence.
Parce que je suis attaché à toi.
Parce que tu m'es désormais important.
Parce que les rencontres magiques doivent être protégées.
Parce que j'ai envie de te protéger toi aussi.
Parce que j'ai envie de te rendre heureux.
A plusieurs reprises, lors de ces jours et de ces nuits passés ensemble, je t'ai demandé comment tu envisageais notre amitié, après que tu serais reparti à Londres. Tu as éludé la question.
Peut-être parce que tu n'osais pas y répondre.
Peut-être parce que tu penses qu'il faut simplement laisser passer le temps.
Aujourd'hui j'ai besoin que tu m'en dises plus. J'ai besoin de comprendre ce que tu ressens, ce dont tu as envie. Quoique tu me dises, quelle que soit ta décision, saches que tu resteras important à mes yeux et dans mon coeur.

Tu me manques.

V.

16347ème jour

Ce jour là

Ce jour là, je me sentirai sans doute très seul. Soit parce que je serai seul en effet, soit parce que ceux qui m'accompagneront me feront encore plus ressentir la solitude totale du passage. J'aurai sans doute peur. Je souffrirai probablement, ce qui atténuera quelque peu la peur. Ou me donnera l'envie du saut dans l'inconnu. Je penserai probablement aux derniers grains du sablier. J'estimerai sans doute que c'était bien. Je me dirai certainement que c'était court. C'est sans doute parce que c'était bien que je trouverai que ça a été court. Je me le dirai sans doute en ces termes : "Putain. Déjà. C'est pas vrai."

16346ème jour

Le fil du temps

Mes journées se terminent souvent par une longue conversation téléphonique qui ressemble plus à un monologue qu'à une vraie conversation. Je me sens terriblement attaché mais mon intuition me laisse penser que je suis plus près de la parenthèse que du bouleversement. J'aimerais tant me tromper...

16345ème jour

Vingt sept

Je ne suis jamais allé en maternelle, mes parents étaient opposés à son principe, estimant qu'il créait une confusion entre le travail et le jeu. J'ai donc commencé l'école directement en CP. Chaque écolier avait un numéro respectant l'ordre alphabétique. Je me souviens que j'avais le numéro 27 et que mon père m'avait aidé à l'inscrire sur le haut de chacun de mes crayons de couleurs, en y faisant apparaitre une petite surface plane en bois à l'aide d'un canif.
Le numéro 27, sans pour autant devenir un porte bonheur, m'a toujours rappelé ce souvenir. Lorsque je gare ma voiture à Roissy, je choisis toujours le couloir 27 afin de m'en souvenir facilement à mon retour.

16343ème jour

Gazpacho chez Madame Schmitt

Depuis vingt cinq ans que j'habite Paris, j'avais très rarement eu l'occasion de me déplacer en vélo. Il y a fort longtemps, je m'étais baladé de nuit avec mon ami N. et j'avais eu très peur des voitures. Une autre fois, j'avais pédalé sur le petit vélo de ma fille de chez moi jusqu'au bois de Boulogne. Grâce à Michael, j'ai découvert hier combien il était agréable de se balader en vélo au soleil dans Paris. Départ du Marais, stop vers Jussieu, remontée vers le Luxembourg, rue d'Assas, rue Lecourbe, les objets trouvés de la rue des Morillons, rue de Vaugirard, avenue de Breteuil, rue de Varennes, le boulevard Saint-Germain vide après la techno-parade, l'Odéon, la Samaritaine pour un bonjour à nina, l'Opéra, retour chez moi.
Le soir nous passons chez Madame Schmitt qui nous avait invité à son fameux gazpacho de rentrée. Dans une jolie cour d'immeuble de l'avenue de l'Opéra éclairée par des bougies, une foule branchouille se presse devant un buffet plutôt bien rempli. Dans un coin un saxophoniste met un peu d'ambiance. Pour un peu, on se croirait membres du syndicat du Hype.

16342ème jour

Escargots et ongles divers

Je retrouve Michael pour déjeuner dans un petit bistro à l'allure sympathique, sur la place du Marché Saint Honoré. Comme d'habitude, on a plein de choses à se dire. On commande la même chose -six escargots et une andouillette- et on commence à siroter en apéro un pot de pinot noir de bourgogne. C'est alors que je remarque un gros bonhomme installé à une table juste devant le bar. Il en est apparemment au café et il entreprend de se couper méthodiquement les ongles, à l'aide d'un gros coupe ongles. Cling Cling... Je le signale à Michael qui se retourne horrifié. Cling Cling... Moi ça me ferait plutôt rigoler mais Michael a l'air très très enervé de la scène. Cling Cling... Michael se retourne de nouveau et dit assez fort au bonhomme, de façon à ce que tout le restaurant entende clairement : "Vous voulez que je vous fasse les pieds après?" Pas de réponse. "Ah oui vous avez des sandales. Ben je vous fais les pieds si vous voulez."
Il y a comme un petit froid dans le bistro. Le mec se justifie en disant qu'il ne se trouve pas à proximité de la nourriture, grommelle, se lève et passe de l'autre comptoir. Apparemment c'est le patron des lieux et il vient de se faire humilier devant son personnel. Il quitte le bar, s'approche de nous et demande à Michael si ses mains à lui sont propres. Et Michael de lui tendre une main impeccable. Le gros mec dit alors : "C'est quand même incroyable, à soixante sept ans, de se faire faire une remarque de ce genre par quelqu'un de votre âge". "Je vois pas le rapport" répond Michael pas du tout perturbé. Le mec repart toujours aussi agacé.
Je dis tout doucement à Michael qu'il vaut mieux éviter de faire ca dans un restaurant. je lui raconte l'histoire de soldats affectés aux cuisines qui se branlaient dans l'assiette des officiers qui les avaient humiliés auparavant. C'est alors qu'on nous apporte nos escargots. Ils sentent super bon. Je m'apprête à me régaler lorsque le mec revient vers nous et nous dit que si on n'est pas contents, on peut partir, et qu'il nous offre le vin largement entamé. Il ne nous reste bien sûr que cette solution. Je fais bien attention de ne rien oublier sur la table car je ne sens pas trop la perspective de venir redemander mon téléphone. Je fais tellement attention que je pars même avec la serviette blanche du bistro dans la main. L'incident nous permet de tester le restaurant Barlotti qui est fort agréable et ouvert tous les jours jusqu'à deux heures du matin, et qui pourrait fort devenir notre nouvelle cantine de la nuit.

16341ème jour

L'empreinte de la séparation

Mon patron m'appelle à 9 heures alors que je sors juste de l'avion de Bucarest. Il me demande si j'ai mon PC avec moi. Je lui réponds que non, que mon PC se trouve sur mon bureau. Il me répond :"Non, il n'est plus sur ton bureau, il a été volé cette nuit". Sur l'autoroute du Nord entre Roissy et Paris je réfléchis à tous les documents que j'ai perdus, à ceux que j'ai envoyés à des collègues et que je retrouverai facilement, à ceux dont j'ai une copie papier et enfin, à ceux que je ne retrouverai jamais.
Je passe à la maison prendre une douche puis j'arrive au bureau. Ma porte a été fracturée, le penne est encore sorti, le montant à moitié défoncé. Plein de papiers par terre et le PC envolé. Une fonctionnaire de police est là. Elle passe la fameuse petite poudre noire tout autour de la porte afin de faire apparaître les empreintes qui pourraient se trouver là. Je dois à mon tour déposer l'ensemble de mes empreintes afin de les différencier de celles éventuellement présentes. Je passe le reste de la journée à récupérer 100 Mo de courriers et fichiers envoyés à divers collègues.
Le soir, je retrouve Michael qui fait quelques emplettes au Monoprix des Champs Elysées. Je lui offre le CD d'Ingrid acheté la veille dans un centre commercial de Bucarest, ansi qu'un petit guide pour touristes "My Bucharest".
Nous partons ensemble à Versailles récupérer A. et ses cinq valises en partance pour Londres. Un verre à la maison, un autre au café Beaubourg. A une heure du matin, je suis épuisé. Je suis levé depuis vingt deux heures. Nous rentrons chez moi pour une nuit de quatre heures. Je le dépose devant la gare du Nord. Il préfère que je ne l'accompagne pas à l'embarquement Eurostar. Je le regarde s'éloigner vers sa nouvelle vie, poussant son chariot, la casquette américaine bien enfoncée sur la tête, ses cheveux longs qui dépassent derrière.

16340ème jour

La ville des R12

Bien sûr je m'attendais à en voir mais je n'imaginais pas que les R12 Dacia représentaient encore 20 à 25% du parc automobile roumain. J'en ai vu de toutes les couleurs, de tous âges, des normales, des taxis et même des pick-ups. Dacia a légèrement changé la calandre avant dans les années 90, mais en respectant la silhouette inoubliable. Et ce matin, en retournant à l'aéroport, j'ai également eu le plaisir de monter dans un taxi BX. Jaune avec une jolie bande à damier noir et blanc.

16339ème jour

Impressions

Lorsque l'avion décolle, la pluie tombe et il fait jour. Lorsqu'il atterrit en douceur quelques heures plus tard, la pluie a cessé, il fait nuit, la température est de 15 degrés. Devant l'aéroport assez recent, une longue file de taxis jaunes avec une bande en damier noir et blanc. Le taxi m'emmène à mon hôtel situé sur la place Charles De Gaulle. Il m'en coute 300.000 unités de monnaie locale, soit dix euros environ. Tous les billets ont un petit soleil composé d'un film transparent.
Nuit.
Le matin, il fait beau. Je vais avec mon collègue chez notre client dont les locaux sont situés dans une grande tour moderne à quinze minutes à pieds. Le quartier est plutôt résidentiel avec d'assez jolies villas. La ville est globalement beaucoup plus aérée et verdoyante que je ne l'imaginais.
Après la réunion client, je retourne à l'hotel, je me change et je prends le métro pour deux stations jusqu'au centre ville. Le métro est très récent, les rames sont de style chenille, fabriquées par Bombardier. A l'extérieur, il fait maintenant 32 degrés. De grandes avenues impersonnelles. On aperçoit cependant parfois une petite église orthodoxe. Un petit bonhomme se tient sur le trottoir devant un pèse-personne. De temps à autre, un passant s'arrête, se pese, et lui donne un billet.
Je descends en direction de la place portant le nom de la date d'événements survenus le jour de mon trentième anniversaire.

16338ème jour

Où à défaut de lui tenir la jambe, je tiens la porte à Bernadette

Chaque année, je n'arrive pas à payer mes impots. Et chaque année, un peu avant le 15 septembre, je prends un rendez-vous pour aller pleurnicher un délai de paiement. Ce que j'ai fait aujourd'hui. Au moment de sortir du Centre des Impôts, tout à l'heure, j'appuie sur le bouton de la porte avec sas, je m'aperçois qu'il est occupé par Bernadette. Oui, oui! The Bernadette, chevelure figée dans la laque, lunettes fumées et sac Chanel. Je lui ai tenu la porte en la saluant. Elle a jugé bon de me dire d'une voix sombre: "La dame qui est derrière moi vient juste pour remettre une enveloppe au guichet... " Je n'ai pas osé lui demander si elle venait payer son troisième tiers en pièces jaunes, ou si elle tentait comme moi de quémander un délai de paiement, n'osant pas s'adresser directement à Sarkozy.
Je manque décidément de répartie.

16337ème jour

Jeu

Nouveau départ demain pour un pays que je ne connais pas. J'y resterai peu de temps, juste ce qu'il faut pour avoir quelques impressions. Alors j'en profite pour refaire mon petit concours qui consiste à deviner ma ville de destination. Le prix est le même : un CD d'une symphonie de Mahler, même si le précédent gagnant n'a toujours pas pris le temps de retirer son cadeau.

16336ème jour

Soirée folle

Je feuillette le Libé du jour dans le salon de l'aéroport d'Istanbul. Un article attire mon attention. Il est consacré à deux CD inattendus de la rentrée: Niko, chanteuse d'origine hispano-japonaise, et Riton, producteur anglais inclassable. Mais surtout, l'article se conclut par : "Un remarquable ovni à déguster live cette nuit à Paris en avant-première". Le genre de truc auquel je ne sais pas résister. Un appel à nina pour en savoir plus. Riton passe en fait à Minuit, il suffit apparemment de s'y présenter. Très envie d'y emmener A. A justement, je passe le chercher à Versailles et quatre heures d'avion et une douche plus tard, pour le quatrième vendredi de suite, je file sur l'autouroute de l'ouest. Pour une raison sur laquelle je n'insisterai pas, il est enfermé chez lui, impossible d'en partir. Après une tentative infructueuse à base de ceinturons joints et attachés au balcon, c'est avec une échelle et en escaladant le mur d'enceinte qu'il parvient à me rejoindre. Nous filons sur Paris. Dîner à l'Esplanade. Nous tentons le concert à la Maroquinerie. Nous arrivons très en retard. Je demande si le concert de Railletonne est commencé. La caissière me dit "Ah ça n'est pas ce soir!" suivi d'un "Aaaah, vous voulez dire Riton?".
En fait Riton n'est censé démarrer qu'à 1h30. Et pour finir, il n'arrivera qu'à 2h15. Trente minutes d'un show case amusant. Riton a un look vraiment british, cheveux longs blonds, teint rose, déanchement gentiment mal à l'aise. Ses deux acolytes jouant de synthés étranges ont le même look et la même tenue : une chemise dans les bordeaux, une cravate dans les roses. Le son est amusant, très anglais, un peu monotone peut être. Ce que j'entends ne m'incite pourtant guère à confirmer le texte stupidement racoleur de la pochette de son nouveau CD Homies and Homos : "Une pop arrogante et déviante matinée d'électro-funk cradingue"(sic).
A peines sortis, nina nous propose de passer à une soirée dans le 11ème. On file là bas. Dans un petit appartement, une dizaine de personnes, ambiance très cool. J'apprendrai plus tard que la plupart sont venus par hasard à cette soirée improvisée, uniquement parce qu'ils se trouvaient dans le même bar que nina et F.
Une fille montre à tout le monde son sein brûlé par une cigarette maladroite, des activités bizarres semblent se passer dans la chambre, A. a l'air de planer et d'aimer la soirée, on va faire un tour sur le balcon improvisé au dernier niveau d'un échafaudage recouvrant l'immeuble. La vue est belle sur le Boulevard Richard Lenoir avec une lune en son dernier quartier. On boit beaucoup, la fille au sein brûlé a maintenant une fesse de son pantalon déchirée. A. pisse généreusement de l'échafaudage vers la rue, quinze mètres plus bas. Il est saoul, je ne vaux guère mieux. nina est délicieuse, je me sens bien entre elle et A. J'ai envie de les serrer dans mes bras. On reboit de la zubrowka.
Il est l'heure de filer. République, les grands boulevards, Opéra, Saint Augustin. A. nous prépare un verre de Manzana. On fume une dernière cigarette. Je pense que c'est sans doute notre dernière soirée avant longtemps. Ca me rend triste. On se dit au revoir à notre façon, tendrement et sexuellement. A un moment je me dis que j'aimerais mourir, tellement je me sens bien à ce moment. Il est sept heures. On dort juste trois petites heures. Je ramène A. à Versailles avant de récupérer mes filles. Je suis fatigué. Lui aussi. Il dort dans la voiture. Je le réveille lorsqu'il arrive près de chez lui. Je voudrais l'étouffer dans mes bras, lui dire que je l'aime, que je vais être malheureux sans lui. Je n'y arrive pas. Je le regarde s'éloigner. Il ne se retourne pas. J'accélère en direction de l'autoroute de l'ouest. Je me sens mutilé d'une partie de moi. Je repense à ces trois semaines écoulées. Je ne comprends pas très bien ce qui s'est produit. Je me demande si ma vie va être bouleversée par le tourbillon de ces derniers jours ou s'il ne s'agit pour finir que d'une parenthèse surprenante.

16335ème jour

Heures tranquilles à Istanbul III

L'autre soir, j'ai revu Ozan qui ne cesse de m'étonner. Il conçoit actuellement une collection fétichiste pour une société hollandaise de ventes par correspondance. On a dîné ensemble sur la French street, petit Paris d'opérette récemment restauré.
Et puis j'ai pensé à toi que je n'ai pas vu depuis trop longtemps et que j'espère tant retrouver ce soir.

16334ème jour

Heures tranquilles à Istanbul II

Nouvelle réunion chez mon client ce matin. Je passe au tableau pour présenter les deux scénarios que je propose pour notre projet. Alors que je parle, mon voisin, d'un geste maladroit, renverse son verre de thé sur tout mon dossier qui était resté bien étalé à ma place. Je dis : "Thank you! Now we have a name for the project. It will be the T-Project!"
A part ça, je suis poursuivi par Patricia Kaas qui vient à Istanbul donner un concert après-demain. J'ai beau maugréer des Kaas toi, elle sera là quand même et je vais donc rentrer à Paris demain.
Et je pense à toi que je n'ai pas vu depuis quatre vingt six heures.

16333ème jour

Message personnel

de : Zazie
a : Zoé

Depuis ktu m'as lachement abandonnée au Marché Saint Honoré, j'en vis des vertes et des pas mûres. J'ai d'abord passé des jours et même des nuits sur la banquette arrière d'une guimbarde. Puis le grand serin à qui tu m'as refilée s'est enfin décidé à me ramener dans sa tanière. Tu parles, c'etait pour croupir sur son bureau. Personne pour s'occuper un peu de moi. Vlatipa que l'otjour, il me flanque dans une valise, on file illico a l'aéroport, je me suis fait à moitié écraser dans la soute et j'me suis retrouvée a pétaouchnock. Enfin bon Istanboule ksasapel askiparait. Depuis qu'on est là, ça va mieux. Il m'emmene souvent à la piscine, parfois dans son lit, bref il ne me quitte plus, il rigole même assez souvent en me regardant. Et tu sais pas? Le grand serin, à son âge, parait ki m'avait même pas encore lue. C'est dingue non? Bon mais c'est patoussa, à Istanboule ya aussi un métro, mais on y va jamais. C'est ma malédiction. Et l'air de Paris me manque. Alors merde! Fais kekchoz pour moi, Zoé! Steuplé.

16332ème jour

Heures tranquilles à Istanbul I

Journée de travail routinière dans nos petits locaux qui ont toutefois une jolie vue sur le Bosphore. On a fini tôt, j'en profite pour faire une petite balade dans cette ville que je connais encore mal, bien que j'en sois a ma sixième visite.
Je retourne au bazar égyptien qui a tant de charme. Profusion d'épices, de loukoums et de diverses patisseries, de bijoux, de narguilés, de babioles de toutes sortes. Le tout dans une ambiance bon enfant, on ne se fait jamais agresser par les vendeurs. Alors que je traverse le pont de Galata, je reçois un SMS de Stefano pour m'annoncer que Lorenzo a trouvé un appartement à Paris, tout près de celui que j'habitais jadis dans le 3ème. Je grimpe la côte raide jusqu'à la tour de Galata et je prends l'Istiklal Caddesi jusqu'à Taksim. En chemin, je me fais aborder par un petit cireur de chaussures qui se montre de plus en plus collant. Au bout d'un moment, je ne lui parle même plus. Il n'arrête pas de me dire "Look at your shoes! Look at your shoes!", ce que bien évidemment, je ne fais pas. Quand j'ai enfin réussi à le semer, je jette un coup d'oeil à mes chaussures. L'enculé de sa race a mis un gros paquet de cirage sur l'une d'entre elles, afin de m'obliger a utiliser ses services et l'un de mes lacets est englué dans la patia noire. Un bout de journal turc qui traine me sort de ce mauvais pas. Cela m'apprendra à avoir oublié de prendre avec moi une paire de Converse.
Et à part cela, j'ai pensé à toi que je n'ai pas vu depuis trente huit heures.

16331ème jour

Retour

C'est la première fois que j'embarque au Terminal 2E de Roissy depuis son effondrement partiel. Sur les panneaux d'affichage un seul vol : celui d'Istanbul. Le hall immense est quasiment vide, avec une atmosphère qui aurait fait rêver Jacques Tati. Dans le kiosque, j'achète le numéro de septembre de Edgar car je sais que cela fera plaisir à quelqu'un à mon retour.
Vol calme. Je dors un peu pour tenter de rattraper les quatre heures de sommeil de la nuit passée. Arrivée à l'aéroport Ataturk. Il pleut légèrement. Un taxi jaune Taurus, la sous marque de Fiat. Je demande le Swiss Hotel en prononcant bien s'viss, et pas souiss que les chauffeurs ne comprennent jamais. Le taxi sent une mauvaise odeur de caoutchouc brulé. Arrivée à l'hôtel. Internet. TV5.
Et je pense à toi que je n'ai pas vu depuis quatorze heures.

16330ème jour

Drôle d'endroit pour une rencontre

J'avais rendez-vous à 17h00 avec deux personnes que je ne connais pas pour discuter d'un projet extra professionnel. Comme l'un des deux habite le 17ème, il m'avait proposé de se retrouver aux Batignolles, sur la Place du Docteur Félix Lobligeois, dans un endroit qui s'appelle L'endroit. A l'heure dite, j'arrive sur la place. Aucun café ne s'appelle L'endroit, mais l'un des établissements, à l'angle de la rue Legendre n'a pas de nom. Je demande à la serveuse : "Bonjour! je cherche un endroit qui s'appelle L'endroit". Elle me répond :"c'est bien ici!".
Il y a un mec en terrasse. Je m'avance et lui demande : "Excusez moi, êtes-vous T.?" Il me répond "Pas du tout!" J'ai un peu l'air con. Mais surtout, un couple assis juste à côté a tout entendu et passe son temps à se marrer en me regardant, imaginant sans doute que je me livre à une sorte de rencontre par internet.
Pour finir le mec arrive. Pendant toute notre conversation, le couple continue de se marrer en matant.

16329ème jour

Douche, coca et dentifrice

Sur le rebord du lavabo, dans la salle de bains, il y a un verre contenant les brosses à dents de mes filles, chacune d'une couleur différente. Il y en a une supplémentaire depuis une semaine, mais elle risque de partir à Londres prochainement. Ce matin, je l'ai préparée à l'intention de son propriétaire qui prenait sa douche, mais au final, il a préféré boire un coca. Sous la douche. Si si. Juré craché.

16328ème jour

Un soir

Versailles, un peu d'attente comme à l'habitude, j'écoute la Septième Symphonie de Bruckner en direct des Proms pour patienter. Il arrive avec ses deux scottish Nelson et Paddington. J'avais envie de les voir depuis que je les avais croisés dans le faisceau des phares de la lada. Je les emmene faire un petit pipi dans les plates-bandes de la contre allée. Ils sont vraiment à mourir de rire tous les deux, quand ils tirent à fond sur leur laisse, chacun de leur côté. On repart sur Paris. Sur les quais, comme d'habitude Lady Eiffel clignote. Dîner au café Beaubourg. On passe chercher nina qui est dans un bar rue Amelot. Un mec monte dans la lada avec un verre de bière. Il a l'air totalement torché, oeil torve, peau suintante. Je lui dis gentiment mais fermement de finir sa bière avant que l'on ne parte. On va dans un pub bizarre le Truskel. C'est bondé. Clientèle très jeune et globalement torchée. Le contact passe bien entre nina et A. Il a vraiment le talent de séduire tous mes amis. L'atmosphère est enfumée. Vers 2h30 je propose de rentrer. En partant, on découvre qu'il y a maintenant une vingtaine de personnes derrière la porte qui poireautent afin de pouvoir pénétrer dans cet enfer pour les poumons.
Retour chez moi. Musique, fumette, vodka pamplemousse. Quelques appels désopilants de Michael depuis Barcelone. Fichtre! Il ne reste que quatre heures pour dormir un peu...

16327ème jour

Rue de Madrid

J'ai croisé récemment Philippe Jaroussky qui sortait du conservatoire de la rue de Madrid. Son regard adolescent a croisé le mien. Visiblement il a pensé m'avoir déjà vu quelque part, mais où...? Cela m'a fait sourire...

16326ème jour

Swann & Vincent

Hier soir dîner détendu chez Swann & Vincent avec Michael, A. et le Herr Professor. Ambiance un peu curieuse cependant, inhabituelle pour moi. Pensé à Manu avec qui je suis souvent venu ici, avant ou après une flashmob.
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