17207ème jour

Ma valise est morte

A Heathrow avec une collègue. Une arrivée tardive avant de partir pour Brighton en voiture de location. Nous sommes devant le tapis qui nous rapporte nos valises. La mienne est en tête avec son étiquette jaune prioritaire. L'une des deux poignées de cuir est arrachée. La réparation semble délicate. Je songe à tous les voyages que j'aurais fait en sa compagnie, peutêtre trois cent vols en avion, autant en voiture, une centaine peut-être en train. Facilement 400.000 kilomètres. Je songe aux quatre fois où elle a été perdue et retrouvée par une compagnie aérienne. On peut aussi la porter à l'épaule mais je n'aime pas celà. Je songe que nous allons nous séparer bientôt, qu'il est absurde de s'attacher à un objet. Surtout à une valise.

17206ème jour

GVSTERL

Lors de ma visite au Musée Leopold de Vienne, samedi, au delà des Klimt et des Schiele, j'ai été touché par une carte postale exposée dans une vitrine. Elle provient de l'Attersee, ce lac du Salzkammergut où les deux Gustav avaient leurs habitudes pendant les années 1890. On ne voyait que la face avec la photographie, une image en noir et blanc un peu fanée représentant le lac et couverte de plusieurs signatures. Et puis dans un cartouche et en majuscules "HEIL DEM KLEINEN GVSTERL". Le U changé en V que tout le monde connait des signatures du maître en bas des toiles, posé la comme un clin d'oeil d'écolier. A moins qu'il ne s'agisse d'un acte d'art. La signature de Klimt, fusse-t-elle sur une carte postale, pouvait-elle être banale?

17205ème jour

Vierundzwanzig Stunden aus dem Leben eines Wanderers in Wien

Ce séjour a beau être mon septième à Vienne, je ne connais pas si bien cette ville car je n'y ai jamais résidé plus de deux ou trois jours... Chaque passage a été l'occasion de quelques découvertes mais il reste de nombreuses pièces manquantes à mon puzzle. Les deux journées ont eu le même climat : froid et ensoleillé le matin, glacial et neigeux dès la fin de l'après-midi. J'ai cependant arpenté la ville en tous sens, j'ai enfin visité le merveilleux Musée Leopold aux sublimes Schiele et Klimt, j'ai revu la maison de Mozart de la Dom Gasse, avec son appartement lumineux qui respire une joie de vivre sans doute liée à la composition des Nozze di Figaro.
Samedi soir, j'ai quitté mon hôtel et après avoir tenté d'avancer à pied, les trottoirs recouverts de glace m'ont convaincu de prendre un taxi pour me rendre à Josefstadt dans le Huitième arrondissement, à l'angle de Lerchengasse et de Pfeilgasse. De là, j'ai appelé Ulrich. Il m'a dit d'avancer dans Pfeilgasse jusqu'à un grand bâtiment années soixante marqué Akademie. J'ai attendu quelques instants et il est venu me chercher. On a pris un immense ascenseur jusqu'au septième étage et il m'a accueilli dans sa minuscule chambre qui contenait juste un lit et un bureau. Il était très beau, moitié autrichien, moitié latino, avec un regard bleu intense sous ses cheveux sombres. Initialement je lui avais proposé d'aller dîner mais il devait absolument recevoir un appel de sa tante qui arrivait à Madrid en provenance du Vénézuela. Et l'appel en question ne pouvait arriver que sur un téléphone rose au pourtour de peluche, acheté pour la somme de un dollar à Singapour et qui tronait sur le bureau. J'ai tenté d'échafauder plusieurs solutions pour nous libérer du joug du truc en plume rose, mais sans succès. On s'est avachis sur le lit et on a parlé en sirotant des cannettes de bière légère. De temps à autres, il recevait un appel de sa patronne, française hystérique installée depuis des siècles à Vienne et dirigeant la filiale locale d'une marque de cosmétiques. Elle l'appelait à tout bout de champ, en sortant de chez sa psy, puis du restaurant, juste pour lui dire que tout allait bien. Et Ulrich acceptait because I'm very well paid. On a parlé de sa tante, une autrichienne plus très jeune qui tient une maison pour touristes néo-hyppies américains au milieu de la jungle et des tamanoirs, on a parlé de Paris et de Vichy, d'Hugo Chavez et du côté tellement posh de tout ce qui est français en Autriche. On a parlé de se revoir à Paris en février. Et puis comme la tante vénézuélienne n'appelait toujours pas, je suis reparti. Il m'a raccompagné à l'ascenseur. J'ai marché sur les trottoirs de Josefstadt transformés en patinoire alors que de gros flocons tombaient. Par chance j'ai trouvé un taxi sur Marchenfelder Straße et je suis rentré à l'hôtel par le Ring et le Franz-Josefs Kai.

17204ème jour

De la sécurité de l'aéroport de Varsovie

Comme j'avais déjà ma carte d'embarquement et au vu de la file d'attente invraisemblable à l'enregistrement des bagages à l'aéroport de Varsovie, j'ai choisi encore une fois de garder ma valise avec moi. J'avais récupéré quelques mini bouteilles de savon liquide à l'hôtel mais j'imaginais mal la sécurité de l'aéroport s'en rendre compte. Au pire, je les jetterais. Je range bien comme il faut mes affaires sur le tapis roulant, mon ordinateur à part et les liquides dans leur petite pochette de plastique transparent. Je passe le portique de sécurité comme une fleur mais le policier du tapis roulant me fait signe.
- Are you Polish?
- Non je suis français
- What is this small bottle?
- Euuh... du jus de jungle.
- It seems to be dangerous. It is written on it.

Et de fait il y a le symbole des produits inflammables sur l'étiquette.
Je l'ai donc jetée négligemment dans un carton au pied du tapis roulant qui comprenait déjà quelques bouteilles de boissons diverses dépassant 100 ml.
Le vol de Vienne avait du retard, nous avons du patienter et peu à peu l'affluence au contrôle des bagages a fortement diminué. L'équipe qui m'avait contrôlé est partie et a laissé le tapis roulant innoccupé. Je me suis approché du carton aux objets rejetés. J'ai réajusté mon lacet de chaussure. Et d'un geste rapide, j'ai récupèré la fiole et l'ai glissée dans la poche de mon manteau. Ni vu ni connu. Non pas que j'y tienne tant que ça, mais c'est vraiment difficile à trouver en France.

17203ème jour

Le checking le plus rapide de l'histoire de l'aviation civile

Cette journée m'inquiétait un peu. Trop chargée. Trop limite. En particulier cette connexion à Vienne en juste trente minutes. Malin, alors que depuis la règlementation sur les liquides en bagages à main, j'enregistre systématiquement ma valise, je m'étais dit que cette fois-ci, je la garderais avec moi. Et ce matin à l'hôtel j'ai mis mon shampoing et un objet tranchant dans une enveloppe et je l'ai laissée à mon hôtel de Bucarest jusqu'à mon prochain séjour. Mais je n'avais pas compté sur le fait que la réceptionniste mettrait dix minutes à me préparer ma facture. Ni que j'attendrais mon taxi cinq minutes. Ni que celui-ci mettrait une heure pour rejoindre l'aéroport. J'ai stressé tout au long du parcours et je commençais déjà à me demander si je trouverais un autre vol pour Varsovie ou si je rentrerais directement sur Paris. Alors que le décollage était à 8h45, je suis entré dans l'aéroport à 8h30. Le stand d'enregistrement était bien sûr marqué Closed. J'ai pris mon plus beau sourire gibbs et j'ai expliqué mon cas à la rombière de Tarom. Elle a passé un coup de fil, m'a sorti ma carte d'embarquement et m'a juste dit "You have to hurry". J'ai passé le contrôle de police, j'ai dépassé très calmement 200 personnes qui faisaient la queue pour le contrôle des bagages à main, et je me suis installé au dernier rang de l'Airbus Tarom.
Les hôtesses Tarom sont à Grace Kelly ce qu'une chenille est à un papillon, hélas sans espoir de chrysalide. Je me suis approché de la plus laide, qui avait l'air d'être la chef et j'ai négocié de m'asseoir à l'avant pour l'atterrissage à Vienne, afin d'avoir une chance d'avoir ma correspondance pour Varsovie. Tout celà en pure perte, puisque nous avons pris le bus à Vienne pour rejoindre le terminal. Je me suis présenté au guichet Transit dis minutes avant le décollage du vol Vienne Varsovie et on m'a immédiatement indiqué qu'il était trop tard. Il ne me restait qu'à attendre pendant trois heures le vol suivant.
Je pourrais aussi vous raconter les trente minutes de retard du vol suivant, la piste recouverte de glace de l'aéroport de Varsovie, mes quatre heures de retard chez le client, mon entretien avec des jeunes loups polonais aux dents longues, les rues de Varsovie sous la neige et par moins dix degrés, mais je préfère m'endormir et rattraper un peu du sommeil manquant.

17202ème jour

Echanges épistolaires

J'ai reçu il y a deux jours ce mail de Martine et Fernand que je ne connais ni d'Eve ni d'Adam
De : Martine xxxxxx [mailto:mamina.r@xxxx.fr]
Envoyé : lundi 22 janvier 2007 21:40
À : gvgvsse
Objet : bonne fête
NON NON NON !!! nous ne t'avons pas oublié! Fernand et moi nous ne souhaitons une bonne fête ! Fernand voulait t'appeler ce matin tôt, je l'en ai empêché... nous t'avons appellé ce soir vers 19 h et les enfants nous ont appris que tu étais dans le train!!nous pensions que tu partais demain avec Cécilia. voilà donc bonne fête encore et grosses bises !!! Martine et Fernand

J'ai bien sûr répondu à Fernand et Mamina :
Chers Martine et Fernand,
SI SI SI !!! je vous le demande. Oubliez moi. D’ailleurs ça n’est pas ma fête. Mon saint patron c’est St Vincent de Paul, il est nettement mieux que l’autre, ce pochard patron des vignerons.
Grosses bises (non pas du train mais de l’avion).

17201ème jour

Meilleurs voeux de Valachie

J'ai toujours ressenti une affection pour les régions aux noms improbables tendant vers la Syldavie, mais à l'existence bien réelle. Je pense en particulier à la Slovénie, hélas trop connue depuis qu'elle est un pays, la Slavonie, la Moravie, la Moldavie et la Valachie. Demandez à vos amis de les identifier, vous ne serez pas déçus. Afin de vous éviter de chercher sur Google, je vous donne les réponses.
- La Slavonie est une plaine de la Croatie, pas si éloignée de la Slovénie.
- La Moravie est une partie de la République Tchèque et elle est la région natale d'un certain Gustav Mahler. Quand j'étais enfant, mes parents nous faisaient parfois chanter la Prière des frères Moraves.
- Il ya maintenant deux Moldavie. L'une est une province de Roumanie. L'autre est une petite République indépendante qui faisait jadis partie de l'URSS. Les deux Moldavie sont séparées par le célèbre fleuve Prout.
- Les principautés de Moldavie et de Valachie ont fusionné pour former la Roumanie.
Bucarest en étant la capitale, c'est donc de Valachie, que je vous adresse mes meilleurs voeux...

17200ème jour

Vienne

Les rues étaient étrangement silencieuses dans le froid glacial du petit matin. J'ai rejoint le Schubertring que j'ai longé en essayant de ne pas trop regarder le Musikverein, j'ai rejoint mon collègue et un client pour cette réunion de travail au Marriott. Vers midi, j'ai supplié mon collègue de ne pas déjeuner dans les lieux, nous avons repris le Ring jusqu'au Staatsoper. Nous avons pris une Rindsuppe et un Apfelstrudel au café de l'Opéra, on a fait un tour au HMV de la Kärtnerstraße, et nous sommes repartis vers l'aéroport.
Lorsque j'ai vu que nous volions sur TAROM, j'ai dit à mon collègue "ça va sentir le chou" et de fait, en pénétrant dans l'avion, ça sentait le chou...

17199ème jour

Wien, Wien nur du allein

Le dernier vol Austria Airlines pour Vienne. Un tiers des place est occupé. Les hôtesses sont habillées entièrement en rouge, robe rouge, bas rouge, chaussures rouges. Pourtant les sièges sont habillés du même vert qu'Al Italia. J'arrive à l'aéroport de Vienne où j'avais retrouvé HL voici deux ans. Je songe au Don Giovanni qui a déjà commencé au Staatsoper, je songe que demain je devrai déjà repartir pour Bucarest. Dans le taxi qui m'emmene à vive allure le lond du canal du Danube, je songe à ceux qui me disent que j'ai tant de chance de voyager.

17198ème jour

Illusions

Cet après midi j'ai emmené les filles voir l'Illusioniste. Nous ne savions pas qu'à cinq cent kilomètres de là, Michael regardait le même film, dans une salle d'Amsterdam. Et Michael ne savait pas que dans cette même salle, quelque rangs derrière lui, tigger regardait le même film.

17197ème jour

Après Chitra

Après Fabien, mon coiffeur qui était parti à Toronto, le nouveau en titre, Romain, est parti en Australie. Sur les recommandations de P. j'ai confié mes cheveux à Chitra, une superbe métisse indienne.
Après l'avoir quittée, j'attends le bus pour rentrer chez moi, il pleut un peu et je m'abrite dans l'entrée d'un magasin de chaussures, à l'angle de la rue Beaubourg. Un type arrive, l'air un peu allumé. Sans que j'ai besoin d'en placer une, il me sort d'un coup: Ah ils l'embêtent au parti Socialiste hein? Ils l'embêtent parce que c'est une femme! Mais vous verrez, elle sera élue! Ca ne peut être que elle ou Sarkozy. J'ai rien contre Sarkozy hein! Mais j'aime moins ses idées sociales. Mais moi je pense que ça va être elle! Inch Allah!
J'ai pensé à l'homme aux lunettes, qui milite pour l'instauration d'un permis de vote, puis je suis retourné près de l'arrêt de bus malgré la pluie et j'ai aperçu un panneau indiquant que la ligne était interrompue ce samedi en raison de manifestations.

17196ème jour

Histoire de fesses

Vous ne me croirez sans doute pas, mais pendant l'une de mes toutes premières années d'activité professionnelle, j'ai eu au même moment cinquatre interlocuteurs parmi mes clients, qui répondaient aux noms de Madame Fessard, Madame Fion, Monsieur Derche et Monsieur Hanusse. J'ai caressé un instant le rêve de les inviter tous à un événement professionnel et de les présenter les uns aux autres, mais mes collègues se montraient tellement effarés par l'idée que j'y ai finalement renoncé.

17195ème jour

Distraction bavaroise

Dans mon hôtel de Nuremberg, à la décoration majestueusement laide, en voulant aller dans la salle de bains, je me suis trompé de porte, et je me suis retrouvé nu comme un ver dans le couloir conduisant aux chambres. Celui-ci était hélas désert...

17194ème jour

Al Bamberg II

Les avions d'Air Berlin sont des Airbus très récents aux fauteuils de cuir gris. Les hôtesses vêtues du même gris sont plutôt jolies. On se sent bien à bord, et tout le monde semble obsédé par la ponctualité. Et c'est exactement à l'heure que nous nous sommes posés à l'aéroport de Nuremberg. J'ai récupéré une Punto chez Avis et en attendant mon collègue qui arrivait de Vienne trois heures plus tard, je suis allé faire un tour dans le centre de ville. Soit ce dernier s'est beaucoup amélioré, soit mes souvenirs étaient erronés. La vieille ville de Nuremberg ne manque pas de charme et la reconstruction "à l'identique" typiquement allemande est plutôt réussie. J'ai acheté chez Müller le nouveau Martin Stadtfeld et quelques Mahler introuvables en France, puis j'ai dîné au Heilig Geist Spital dans la vieille salle voutée au dessus de la Pegnitz, six petites saucisses accompagnées de Sauerkraut et un merveilleux apfelstrudel. Puis je suis allé récupérer mon collègue à l'aéroport et nous sommes partis pour Bamberg, dont j'ai retrouvé la beauté avec beaucoup de plaisir, juste deux années après mon premier séjour.

17193ème jour

Cinq choses peu connues à mon sujet

Même si je déteste les questionnaires, certains d'entre eux peuvent entrer dans la ligne éditoriale et celui ci n'est d'ailleurs pas un questionnaire, plutôt une rédaction assez libre...
- je me suis fait surprendre une fois à la fnac Rennes alors que je volais un volume de la Pléiade.
- la différence d'âge la plus importante entre l'un de mes partenaires sexuels et moi-même est égale à trente.
- j'ai été interviewé sur Paris Dernière, mais j'ai refusé de venir sur le plateau de On a tout essayé.
- la première fois que j'ai vu mon nom écrit dans le journal, c'était dans un faire part de décès. Le sentiment de fierté qui en a résulté m'a fait terriblement honte.
- j'ai été très amis avec deux frères et j'ai même été plus qu'amis avec chacun d'entre eux... Leur mère éprouva elle aussi un sentiment pour moi, sentiment auquel je ne répondis pas, ce que je regrette fort aujourd'hui, juste pour avoir presque vécu Théorème.

17192ème jour

Il faudra bien...

Il faudra bien que je raconte un jour cette journée qui a commencé par deux SMS d'un voyageur sans passeport. Il faudra bien que je raconte cette petite femme grassouillette qui me disait il n'y a pas de problème pour me dire quelques secondes plus tard ah si! il y a quand même un problème. Il faudra bien que je raconte la lada disparue au sortir de ce triste entretien, il faudra bien que je raconte la fourrière de l'avenue Foch, cette journée passée à travailler pour oublier le reste... Il faudra bien que je raconte ces retrouvailles avec quelqu'un que je n'avais pas vu depuis plusieurs mois. Il faudra bien. Mais pas ce soir...

17191ème jour

Un après-midi

Comme d'habitude, il était en retard à notre lieu de rendez-vous, à deux pas de l'immense fauteuil placé devant la Comédie Française pour commémorer le 385ème anniversaire de la naissance de Molière. On a visité l'exposition Christobal Balenciaga que j'ai trouvée tristounette, mais je meublais mon ennui à admirer sa silhouette qui se reflétait dans les vitrines. On a marché du Louvre à chez moi, on a bu du Lapsang Souchong et on a dévoré un pain d'épices de chez Mariage, on a écouté James Morrison, on a dîné au Café de l'Esplanade. Je l'ai ramené chez lui à Nation. Et puis voilà. C'était un dimanche après-midi.

17190ème jour

Une fraise tagada

Tomiger a enfin publié la jolie photo de la fraise tadaga qui accompagnait notre café, juste avant un départ pour Bucarest, un après midi de septembre dernier...

17189ème jour

Des fois

Par une mauvaise habitude, j'utilise l'expression des fois... Mes filles me reprennent systématiquement en me disant : "Papa, on dit "parfois"!

17188ème jour

Un anniversaire

Il y a trois jours, j'ai raté l'anniversaire de David Bowie qui fêtait ses soixante ans le 8 janvier 2007.

17187ème jour

Le dernier concert de Klaus Tennstedt

Le 15 mai 1993, après avoir dirigé une extraordinaire Septième Symphonie de Mahler au Royal Festival Hall, le grand chef allemand Klaus Tennstedt posait pour la dernière fois sa baguette, à l'âge de 67 ans. Nombreux sont ceux qui ont tenté de le faire remonter sur le podium, sans succès.
Et cependant, l'année suivante, il fut nommé Docteur Honoris causa de l'Université d'Oxford. Par une ruse destinée à ce qu'il dirige de nouveau, on lui expliqua qu'une condition de cet honneur était de diriger une répétition de l'orchestre de l'Université. Après des heures de quasi altercation, il accepta juste une heure de répétition. Le 21 juin 1994, il se débarrassa de ses béquilles, se hissa sur le podium du Sheldonian Theatre et déclara aux étudiants : "Je suis vieux, mon anglais est mauvais, ma voix est mauvaise, mes hanches sont mauvaises, mes yeux sont mauvais, mais faisons un peu de musique." Pendant une heure, il revint à la vie et l'orchestre joua comme s'il était possédé. Ce fut la dernière fois qu'il dirigea.

17186ème jour

Où l'on découvre qu'il est préférable de voyager avec une viole de gambe plutôt qu'avec un violoncelle

Il est rentré peu après moi dans l'avion, avec son grand étui noir dans le dos. L'instrument me paraissait plus légèrement plus petit qu'un violoncelle mais je n'étais pas sûr. Il l'a installé à la place B du même rang que moi, de l'autre côté de l'allée centrale. Un passager est arrivé et lui a indiqué qu'il s'était trompé de place. Il a déplacé l'instrument et l'a mis à côté de moi, place E. Une hôtesse est alors venue et lui a demandé de le mettre tout au fond de l'avion, au dernier rang. Il y a donc eu une place vide entre nous pendant tout le vol.
Is it a cello? lui ai-je demandé
No, it's a gamba! a-t-il répondu
C'était un jeune grec qui habitait Paris et qui jouait donc de la viole de gambe. A ma grande surprise, il m'a indiqué qu'il ne payait jamais de place supplémentaire pour son instrument. Il disait simplement à la réservation qu'il aurait une guitare avec lui et ça passait. Il arrive parfois -rarement- que l'on aimerait rester en contact avec un voisin de voyage mais la vie ne s'y prête pas toujours...

17185ème jour

La taverne byzantine

A Athènes, je vais en général dîner à Plaka, dans un petit restaurant qui s'appelle la Taverna Byzantino. Rempli de touristes l'été, d'athéniens l'hiver, on y sert une cuisine toute simple et agréable et je me contente en général d'un tatziki, de croquettes d'aubergines et de courgettes grillées, arrosées d'un bon verre de vin rouge.

J'aime aussi ce restaurant car, il y a quelques années, alors que je séjournais à Athènes avec P. je n'étais fait voler mon portefeuille et j'avais du achever ce séjour avec seulement ma carte American Express. Et à la Taverna Byzantino, ils avaient la gentillesse de me faire du cash back, c'est à dire de le facturer un peu plus et de me donner quelques billets en échange. Un sens du commerce pareil, cela crée des liens...

17184ème jour

Si loin si proche

Arrivée du vol Olympic Paris Athènes. Ma valise est la troisième à arriver. Je sors de l'aéroport. Il fait doux. Il y a une quinzaine de personnes qui attendent un taxi, mais encore plus de taxis prêts à les prendre en charge. Comme je vais au Sofitel de l'aéroport, je n'indique ma destination au chauffeur qu'une fois mon bagage dans le coffre et moi installé sur la banquette arrière, de peur qu'il ne refuse une course aussi brève. Le chauffeur me fait répéter. The Sofitel Airport? Moi : Hmmm... yes! Lui : This one? en me montrant un bâtiment distant d'une trentaine de mètres. Je me suis excusé, j'ai repris mon bagage et je suis allé à l'hôtel à pied.

17183ème jour

Check-up

Une demie journée d'examens médicaux hier. Un bilan de santé proposé par la Sécurité Sociale tous les cinq ans, et que je me promettais de faire depuis fort longtemps et que je retardais en permanence par négligence. Dès l'arrivée, on est pris en charge tel un code barre avant de se balader de stand en stand : prise de sang, electrocardiogramme, examen des dents, de la vue et de l'ouïe...etc... par endroit il y a bouchon, et il faut attendre quelques instants, souvent avec les mêmes personnes. La dentiste appuye comme une folle sur l'une de mes dents avant de déraper et de m'enfoncer un instrument dans la gencive. A ma grande surprise il y a plus de peur que de mal. Sur le parcours, il y a un questionnaire de deux pages à remplir avec des questions psychologiques un peu bateau. Je suis surpris de constater les temps incroyablement différents que prennent les patients pour le remplir.
Tout se termine chez un médecin généraliste qui regarde mes résultats d'un air inquisiteur sur son écran d'ordinateur. Tout va bien! me dit-elle, presque surprise que je ne sois jamais allé encore à l'hôpital à mon âge, sauf pour y visiter d'autres malades. Je demande des tests supplémentaires d'HIV et d'hépathite. Juste au cas où.

17182ème jour

Les voyages de Mozart

Il est fascinant de faire la liste des villes que Mozart a visitées au cours de sa courte vie : Munich, Presbourg, Berlin, Mannheim, Paris, Lyon, Londres, Amsterdam, Milan, Florence, Rome, Naples, Bologne et puis bien sûr, Vienne, Prague et Salzbourg. Il serait intéressant de comptabiliser le temps qu'il a du passer en voiture où parait-il il composait dans sa tête avant de se contenter de copier à l'arrivée ce qu'il avait composé, comme une sorte de conclusion purement mécanique.
Le dernier voyage de Mozart a été la route de Vienne à Prague, pour le couronnement de l'empereur Leopold II. On sait beaucoup de choses de ce voyage de trois jours, depuis le départ où le mystérieux messager lui demande des comptes sur l'avancement du Requiem, jusqu'à l'arrivée à Prague trois jours plus tard le 28 août 1791. J'aimerais suivre cette route un jour, par les anciennes étapes de la diligence régulière : Stockerau, Sierndorf, Retz et ses vignobles, Znaim, sur la rive gauche de la Thaya, avec son vieux château des margraves de Moravie, Iglau, où un certain Gustav Mahler passerait son enfance soixante dix ans plus tard, Deutsch-brod, Caslau, Kollin, puis enfin Prague.

17181ème jour

La flûte désenchantée

En arrivant dans ce cinéma glauque du Forum des Halles, l'écran affichait 38 places disponibles pour la représentation de la Magic Flute de Kenneth Brannagh qui allait commencer quelques minutes plus tard. J'ai dit à Romain en plaisantant : Tiens il n'y a que deux spectateurs! Le plus terrible est que j'avais raison. Il y avait deux spectateurs lorsque nous nous sommes installés dans la petite salle. L'insuccès est fort mérité. Alors que la Flûte enchantée est l'un de mes opéras préférés, j'ai trouvé le temps long. La très mauvaise qualité du son dans cette salle ne rattrapait en rien les voix médiocres, les décors laids et les idées de mise en scène plus que discutables. En sortant je songeais à ma découverte de cette opéra, grâce au film de Bergman, voici trente ans.

17180ème jour

Paris-Amsterdam-Paris

Dans la mesure où Air France fait payer 700 euros les aller retours Paris-Amsterdam dans la journée, nous avons décidé, un collègue et moi, d'y aller par la route. On est partis vers sept heures, j'ai conduit tout l'aller. Le ciel du lever de jour était très beau vers Valenciennes. Entre Breda et Utrecht, mon collègue dormait. A son réveil, il m'a dit qu'il était très rare qu'il puisse dormir lorsque quelqu'un le conduit. Je l'ai pris comme un compliment. A peine arrivés, on s'est garés au parking Mahler et on a eu notre réunion de travail. Vers 16h00, tout était fini. Je suis allé chez Concerto Utrecht Straat pour acheter le coffret de DVD des Kerst Matinees de Haitink, puis on a pris une soupe au Cafe De Jaren avant de reprendre la route. On a écouté Q Musik. C'était un peu plus fatigant, mais au moins aussi agréable que l'avion.

17179ème jour

Romain

Il devait passer chez moi boire un verre. Il m'avait donné rendez vous au métro Saint Augustin, voulant sans doute voir à quoi je ressemblais avant de se retrouver chez moi. Alors que j'étais à mi chemin, rue Portalis, il m'envoie un SMS pour me dire qu'il est en retard. Je retourne chez moi. Il m'appelle et me dit qu'il a égaré sa carte de crédit, qu'il doit retourner à un videoclub vers Nation. Je lui propose d'aller le chercher là bas.
La circulation est fluide dans Paris en cette période de vancances scolaires. La Madeleine, la Concorde, les quais, la gare de Lyon, le boulevard Diderot. Au pied des colonnes m'a-t-il dit. Je m'y arrête avec les feu de détresse. Il arrive peu après. On se serre la main. Je le regarde à peine mais je sais déjà qu'il est d'une beauté idéale, le genre de personne que je peux regarder des heures sans rien dire tellement c'est une expérience agréable. J'en profiterai d'ailleurs pleinement tout au long de cette soirée. Nous allons dans ce bistro annexe d'un grand restaurant dont je tairai le nom tant il est agréable de pouvoir y aller encore à l'improviste déguster quelques sushis et un risotto. La discussion est agréable. Il me raconte ses expériences à Bayreuth ou à l'opéra de Francfort. Les serveurs en sous charge sont aux petits soins.
On va chez moi. Il ne boit pas d'alcool. Je prépare un thé qu'on boit devant le feu. On écoute la première Suite pour violoncelle, le début des Goldberg, Rufus Wainwright, Jeff Buckley, Devendra Barnhard, Damien Rice, la sonate de Kodaly. Je me sens bien. Je sens que lui aussi. Je sais que ca ne sera jamais rien d'autre qu'une peut-être belle amitié mais cela m'est égal. C'est peut-être mieux ainsi. Je le ramène à Nation. je regarde sa silhouette mince et élégante qui s'éloigne dans la nuit.

17178ème jour

Mon frère retrouvé II

Je rentre d'Auvergne avec mon frère comme passager. Ce serait un simple moment pour tout le monde. C'est un événement inimaginable pour nous deux. Celà me rend heureux. On parle du passé, de souvenirs enfouis dans nos mémoires. Le trajet passe vite. Je le dépose devant chez lui.
janvier 2017
decembre 2015
novembre 2015
octobre 2015
septembre 2015
aout 2015
juillet 2015
juin 2015
mai 2015
avril 2015
mars 2015
fevrier 2015
janvier 2015
decembre 2014
novembre 2014
octobre 2014
septembre 2014
aout 2014
juillet 2014
juin 2014
mai 2014
avril 2014
mars 2014
fevrier 2014
janvier 2014
decembre 2013
novembre 2013
octobre 2013
septembre 2013
aout 2013
juillet 2013
juin 2013
mai 2013
avril 2013
mars 2013
fevrier 2013
janvier 2013
decembre 2012
novembre 2012
octobre 2012
septembre 2012
aout 2012
juillet 2012
juin 2012
mai 2012
avril 2012
mars 2012
fevrier 2012
janvier 2012
decembre 2011
novembre 2011
octobre 2011
septembre 2011
aout 2011
juillet 2011
juin 2011
mai 2011
avril 2011
mars 2011
fevrier 2011
janvier 2011
decembre 2010
novembre 2010
octobre 2010
septembre 2010
aout 2010
juillet 2010
juin 2010
mai 2010
avril 2010
mars 2010
fevrier 2010
janvier 2010
decembre 2009
novembre 2009
octobre 2009
septembre 2009
aout 2009
juillet 2009
juin 2009
mai 2009
avril 2009
mars 2009
fevrier 2009
janvier 2009
decembre 2008
novembre 2008
octobre 2008
septembre 2008
aout 2008
juillet 2008
juin 2008
mai 2008
avril 2008
mars 2008
fevrier 2008
janvier 2008
decembre 2007
novembre 2007
octobre 2007
septembre 2007
aout 2007
juillet 2007
juin 2007
mai 2007
avril 2007
mars 2007
fevrier 2007
janvier 2007
decembre 2006
novembre 2006
octobre 2006
septembre 2006
aout 2006
juillet 2006
juin 2006
mai 2006
avril 2006
mars 2006
fevrier 2006
janvier 2006
decembre 2005
novembre 2005
octobre 2005
septembre 2005
aout 2005
juillet 2005
juin 2005
mai 2005
avril 2005
mars 2005
fevrier 2005
janvier 2005
decembre 2004
novembre 2004
octobre 2004
septembre 2004
aout 2004
juillet 2004
juin 2004
mai 2004
avril 2004
mars 2004
fevrier 2004
janvier 2004
decembre 2003
novembre 2003
octobre 2003
septembre 2003
aout 2003
juillet 2003
juin 2003
mai 2003
avril 2003
mars 2003
fevrier 2003
janvier 2003
decembre 2002
novembre 2002
octobre 2002
septembre 2002
aout 2002
juillet 2002