17694ème jour

Suite française

J’avais besoin de repos, j’ai eu la flemme de louer une voiture et de faire la route jusqu’à Abu Dhabi. Je suis resté au bord de la piscine à lire Suite Française d’Irène Némirovsky que mon père m'avait offert deux ans plus tôt. J'ai été extrèmement ému par la vie d'Irène Némirovsky, sa naissance à Kiev, son éducation par sa gouvernante française, sa mère ne s'étant jamais intéressée à elle, l'émigration en 1918 de sa famille de Saint Petersbourg en Finlande, son arrivée en France où elle passe le baccalauréat en 1919, sa soudaine célébrité en 1929, dès la publication de son deuxième roman, David Golder. De succès en succès, Irène Némirovsky devient une égérie littéraire, amie de Tristan Bernard et Henri de Régnier.
Et puis les années, sombres, la guerre, la fuite dans le Morvan où elle doit porter l'étoile jaune. Le 13 juillet 1942, Irène est arrêtée, puis déportée à Auschwitz, où elle meurt du typhus le 19 août 1942. Après la guerre, ses deux filles se rendront chez la mère d'Irène mais leur grand-mère leur criera à travers la porte d'aller dans un orphelinat.
Suite française est un manuscrit miraculeusement rescapé. Il est un témoignage étonnant de la débacle, un récit très cinématographique où les personnages souvent pitoyables se croisent et se recroisent dans ces terribles journées.

17693ème jour

Picasso Dhabi

C’est vendredi à Dubai, on ne travaille pas. Je me réveille à côté d’Evgeni. Nous envisageons d’aller visiter une exposition Picasso qui a lieu dans un grand-hôtel d’Abu Dhabi. Le Musée Picasso de Paris, en cours de restauration a prêté deux cents toiles et sculptures pour la modique somme de 15 Millions d’Euros. Evgeni appelle pour s’avoir s’il est faut réserver. Son interlocutrice étonnée par la question lui indique que l’on peut venir à l’improviste et que l’entrée est entièrement gratuite. La culture ne s’impose définitivement pas par l’argent…

17692ème jour

The Submarine

Evgeni me rejoint à mon hôtel où nous dînons ensemble. Nous passons dans ma chambre pour une étreinte un peu plus banale que la précédente puis nous repartons pour tester une boîte de nuit. Connaissant Dubai, je m’attends au pire, mais j’ai envie d’essayer. La soirée se déroule au Submarine, une boîte à laquelle on accède par un parking souterrain. C’est la dernière soirée dans l’endroit, frappé d’interdiction puisque parait-il, deux personnes de même sexe ont osé s’y embrasser récemment. Evgeni et moi arrivons et le garde chiourme nous explique que nous ne pouvons entrer car l’accès est réservé aux couples mixtes. Des mecs rentrent pourtant sous nos yeux mais ceux-ci sont sur la liste nous dit-on. Nous patientons, insistons, mais rien n’y fait, impossible d’entrer. Soudain, deux jeunes femmes –plutôt jolies- arrivent. Nous leur demandons si elles veulent bien nous servir de chaperon et amusées, elles acceptent aussitôt. Le videur nous accepte sans problème car les apparences sont sauves. A l’intérieur une déco de sous marin, un petit dance floor, une atmosphère de morne ennui. On boit un verre, on reparle un peu à nos chaperons, on danse un peu et on rentre en taxi.

17691ème jour

Paris Dubai

En avion les places devant les issues de secours sont agréables car on peut y étendre les jambes. J’arrive souvent à les obtenir mais parfois, les hôtesses au sol se trompent et me donnent une place de début de rangée. Elles font face à une paroi plus éloignée que ne le serait le dossier d’un siège mais il est totalement impossible d’y étendre les jambes. Par chance, le vol de ce soir n’est pas plein et je peux facilement changer de place et dormir un peu. Le vol arrive à 6h00, comme d’habitude il faut marcher beaucoup dans l’aéroport mais lorsqu’on arrive aux tapis roulants les bagages sont déjà là. Une bouffée de chaleur m’accueille à la sortie de l’aéroport. Cette fois ci j’ai un rendez vous à 10h00, je n’ai le temps de dormir qu’une demie heure à l’hôtel avant de démarrer ma journée.

17690ème jour

Thomas

Il y a un an ou deux, j’avais passé la soirée avec Thomas, on avait dîné à Risi e Bisi, je l’avais raccompagné chez lui dans une banlieue ouest lointaine, on s’était tenu la main dans la voiture, on s’était jurés de se revoir et je n’avais jamais eu de nouvelles. J’ai eu des nouvelles, Thomas est venu dîner chez moi ce soir. J'ai fait les courses, j'ai préparé une tomates mozarella en oubliant d’acheter des tomates, un saumon à l’unilatérale, j'ai mis plein de chandelles sur la table, on a écouté Nature Boy, Nat King Cole, Lisa Ekdahl et le quintette de Dvorak, je l'ai ramèné chez un ami à Oberkampf, on s'est tenu la main dans la voiture, on s'est juré que s’on le se reverrait mais je sais qu’on ne se reverra jamais.

17689ème jour

Mohammed steuplet

Dans le supermarché du bas de la rue de Rome, il y a un grand black en charge de la sécurité. Je l'ai vu régulièrement affronter d'un air débonnaire des bandes de racailles qui exigeaient d'être traité avec respect. Mohammed les considérait avec un mépris très respectueux et les surveillait jusqu'à la porte. Mais Mohammed est aussi en charge d'ouvrir les vitrines où se trouvent les articles les plus souvent dérobés et étroitement protégés: alcools, crabe en boîte, lames de rasoir. Et toutes les cinq minutes environ, la variété merdique braillée sur les haut-parleurs du supermarché est interrompue par la cantilène d'une caissière demandant à Mohammed son intervention pour ouvrir les portes du Fort Knox local. Et le Mohammed steuplet, systématiquement prononcé à l'identique me ravit intérieurement.

17688ème jour

Les mamies sac en plastique

J'ai entendu la première partie du concert de l'orchestre du Concertgebouw dans l'aile paire du premier balcon et ces places sont vraiment en déconseiller pour un récital orchestral. De là où je me trouvais, le son des contrebasses arrivait totalement assourdi et on perd beaucoup en équilibre.
J'ai donc choisi de rejoindre le premier balcon de face pour la seconde partie, aux côté de Paris-Broadway. J'ai du y faire face à un désagrément inattendu. Une vieille aux yeux de chouette, juste derrière nous, avait sur les genoux un sac fnac qu'elle prenanit un malin plaisir à manipuler en permanence. Et dans une situation de ce genre, je n'y peux rien, je n'entends plus l'orchestre, je n'entends que le sac en plastique. Passé la seconde Promenade et au milieu du Vecchio castello, je me suis retourné et j'ai fait preuve de mes meilleurs talents de mime pour lui signifier de déposer ledit sac à côté d'elle dans l'allée. Ce qu'elle fit, fort servilement. Qu'elle et ses descendances chouettes soient néanmoins maudites pendant quarante générations pour avoir gâché mon Gnome et ma première Promenade.

17687ème jour

Le concert de l'orchestre du Concertgebouw salle Pleyel

J'ai toujours eu du mal à m'intéresser aux deux premières symphonies de Schumann qui ne sont guère de mon point de vue que des exercices en vue des deux suivantes. Cette première partie qui réunissait la Deuxième Symphonie et l'ouverture d'Euryanthe de Weber a donc eu du mal à retenir toute mon attention, en dépit du son magnifique de l'orchestre du Concertgebouw, que l'acoustique de Pleyel avait tendance à rendre plus froide et beaucoup plus analytique que dans sa salle mythique d'Amsterdam.
Mais le clou de ce concert étaient les Tableaux d'une exposition dans une version absolument superbe. J'ai déjà entendu il ya des années la version originale des Tableaux dans un concert magnifique d'Anatol Ugorski sur la place de l'église du petit village de Cervo. C'est la première fois que j'entendais en concert l'orchestration de Ravel et on se demande comment certains chefs (Stokowski, Askhenazy, Macal, d'autres encore) ont pu avoir le courage de tenter une orchestration alternative après la celle époustouflante de Ravel. Les Tableaux d'une exposition sont sans doute la seule oeuvre que j'ai en quatre versions sur mon Ipod. Outre les versions piano (Pogorelich, bien mieux que le très surfait enregistrement de Sofia par Richter) et celle de Ravel (Gergiev - Vienne) j'ai aussi l'étonnante transcription pour orgue par Jean Guillou et celle plus rare par les violoncelles et contrebasses de l'orchestre Sinfonia Lahti.
A mon grand étonnement, Mariss Jansons et l'orchestre nous offrent deux bis à fondre en larmes. La chanson de Solveig et un extrait du final de Casse-Noisette qui m'a fait me demander si c'est bien la même oeuvre que j'ai entendu à l'Opéra de Kiev deux jours plus tôt.

17686ème jour

Un Casse-noisette très casse-couilles

Après notre déjeuner tardif, j'avais prévu d'aller dormir mais en passant devant l'opéra de Kiev, nous avons apris qu'on y donnait Casse-Noisette. Ma représentation avait démarré quinze minutes plus tôt mais le mec de l'accueil nous a vendu des places au black, sans billet, se mettant visiblement le revenu directement dans la poche. Comme lors de la dernière visite, les décors de carton pate étaient amusants, les chorégraphies gentiment ennuyeuses et l'orchestre quelque peu pâteux. Dans la salle, les spectateurs bavardaient entre eux et moi j'ai succombé au sommeil pendant une bonne partie de cette représentation très oubliable.

17685ème jour

Retour à Kiev

Je reviens à Kiev où il fait un temps extrêmement lourd. Je dépose ma valise dans l'appartement où je passe une nuit, l'un des pires où je n'ai jamais logé ici. L'immeuble est une barre aux allures des années cinquante. Je demande à mon collègue à quand remonte la construction. "Une quinzaine d'années, du temps de Gorbatchev", me répond-il avec plein de mépris dans la voix.
Nous prenons un taxi et bien sûr mon collègue négocie le prix sans que je ne me montre. Une fois à bord, le chauffeur demande d'où je suis. "Francouski? J'aurais du demander plus cher, alors!" commente-t-il.
Vers dix-huit heures, je dîne/déjeune avec mon collègue au restaurant Pantagruel, juste devant la Porte dorée de Kiev. Mon collègue me dit que c'est bien cette porte qui a inspiré la toile des Tableaux d'une exposition, et je la contemple, me disant que c'est un clin d'oeil au concert du lendemain.

17684ème jour

21

17683ème jour

Des nouvelles de ma valise III

Elle m'a été livrée aujourd'hui à mon bureau après qu'elle a fait dix ou vingt mille kilomètres sans moi. J'ai eu beau réfléchir je n'ai pas trouvé de motif valable pour demander une quelconque indemnisation à United Airlines.

17682ème jour

Londres

17681ème jour

Des nouvelles de Montreal

Un dîner avec Gaëtan hier, qui m'a apporté une interprétation rare de la Première Symphonie de Mahler (ma 121ème version, -j'ai honte-), celle dirigée par Zubin Mehta à la tête de l'orchestre symphonique de Montreal lors de l'inauguration de la salle de la Place des Arts le 21 septembre 1963. C'est un disque amusant, comportant le fac simile du programme du concert de ce soir qui, outre la Première Symphonie, comprenait La Valse de Ravel et une oeuvre pour piano et orchestre de Jean Papineau-Couture.

17680ème jour

Un homme accidentel

Cher Philippe, j’avais acheté votre livre lors de sa sortie en janvier et, je ne sais pourquoi, je ne l’avais pas encore lu. Je l’ai emporté dans mes bagages lors de mon récent séjour aux Etats-Unis et il a duré le temps exact du vol entre Chicago et New York. Il est rare qu’un livre me fasse pleurer mais vous y avez fort bien réussi. Lorsque je me demande la raison de cette émotion, je me dis dans un premier temps qu’elle est anormale, qu’il ne s’agit que d’un mélo comme un autre, d’une passion qui finit mal comme tant d’histoires d’amour.
Et puis je comprends que cette émotion est due avant tout à votre talent d’écrivain, à votre façon unique de raconter les ravages de la passion, ses bonheurs, ses ivresses et les drames qu’elle engendre.
Toutefois, il y a je pense d’autres aspects de vos livres qui me touchent particulièrement et que j’ai aimés, tant dans le Garçon d’Italie que dans ce dernier livre. Il s’agit d’un thème récurrent à votre œuvre et qui se résume en quelques questions : Peut-on aimer les hommes et les femmes ? Comment arrive-t-on à découvrir son identité sexuelle et à savoir qui on aime vraiment ? La passion et le mensonge sont-ils compatibles ?
Vous racontez les passions entre les hommes sur un ton qui est à la fois celui de la banalité –c’est une passion qui peut naître comme n’importe qu’elle autre- mais aussi le ton de la fulgurance et de la violence des grands amours mythiques.
C’est sans doute pour cela que j’ai tant aimé ces deux livres, et sans doute aussi parce que j’y retrouve une part de ma vie, de mon passé et de mon futur, comme je l’imagine votre propre expérience a nécessairement inspiré ces récits.
Je voulais donc tout simplement vous remercier, pour ces moments intenses que vous m’avez donnés, mais aussi ces moments d’introspection. Je vous souhaite encore de très nombreux succès et de nous donner beaucoup de bonheur comme vous avez déjà su le faire.

17679ème jour

Des nouvelles de ma valise II

Ma valise, qui prolonge ses vacances sans moi, aurait été aperçue aux aéroports de Washington et New York.

17678ème jour

Des nouvelles de ma valise I

J'ai appelé Air France pour avoir des nouvelles de ma valise. Celle-ci avait été sccannée la veille à l'aéroport de San Diego (CA). La bonne direction, mais pas le bon sens.

17677ème jour

Le goût du café et la senteur du lilas

C'est une petite habitude que j'ai prise la semaine passée en prenant chaque matin un cookie et un café chez Starbucks. Alors que j'attendais mon double expresso, il y avait en permanence quelques grains de café qui trainaient sur la machine à moudre. Je ne sais depuis quand ils étaient là, sûrement trop longtemps, mais je ne pouvais m'empêcher d'en prendre quelques uns et de les croquer. L'odeur et la saveur mélangées des grains me rappelaient aussitôt des souvenirs d'enfance, lorsque ma mère préparait à l'avance le café moulu sur un robot ménager Braun. J'aimais regarder les dessins formés sur le café moulu, j'aimais l'odeur du café et j'adorais grignoter quelques grains. Je ne sais depuis combien d'années je n'ai pas vu de machine à moudre le café chez un particulier mais ce souvenir me manque.
J'ai eu la même impression la semaine passée dans le jardin botanique de Brooklyn, parmi les lilas en fleurs. Le lilas, qui était autrefois l'un des symboles du printemps a Paris a quasiment disparu de la ville et son odeur si délicate n'existe plus guère que dans nos souvenirs.
Et l'enfant, soudain me dit "Monsieur,
Mais qu'avait-il de mieux
Ton Paris d'autrefois?"
"Mais qu'avait-il de mieux?
Mon enfant je ne sais pas
Peut-être ici où là,
Simplement du lilas."
"Du lilas, du lilas?
Qu'est-ce que c'est, du lilas?"

17676ème jour

Où il arrive qu'une succession de catastrophes finisse bien

Les problèmes ont commencé alors que je venais de passer à la vérification des bagages à main de l'aéroport de Chicago. En sortant un trousseau de clef de ma poche, je me suis rendu compte que j'avais gardé la clef de l'hôtel, une jolie clef en métal avec un porte clefs doré aux armes de l'hôtel Burnham. J'ai appelé l'hôtel et à ma grande surprise, ils m'ont calmement indiqué que je pouvais la garder. Celà me fera un porte clefs souvenir.
A l'arrivée sur New York, une magnifique vue sur Manhattan avec clairement visibles, l'Empire State Building et la statue de la liberté. Je vais à l'arrivée des bagages du Terminal 1 de Newark et, assez rapidement, je me rends compte que ma valise n'est pas là. Au service bagages d'United Airlines, on m'indique que ma valise a été scannée à Chicago mais qu'elle n'était dans l'avion. On ne sait donc pas très bien où elle est.
- J'ai un avion pour Paris dans deux heures, vous pensez qu'elle sera là à temps? ai-je demandé
- A quelle heure est votre avion?
- C'est le vol Air France de 16h35
- Vous êtes sûr? Il n'y a pas de vol Air France cet après-midi. Votre vol doit partir de JFK.

J'ai eu un petit moment de flottement. Je suis parti avec le petit train de Newark vers le Terminal 2 où se tiennent les vols Air France et j'ai aussitôt compris que le mec d'United Airlines a raison. Mon avion partait de JFK et je n'avais absolument plus le temps de prendre un taxi pour m'y rendre. Et pour une fois, Air France a été parfait. En un rien de temps et pour quarante euros, mon billet a été changé poir le vol de 19h00 qui partait de Newark. Par acquis de conscience je suis retourné au terminal 1 prendre des nouvelles de ma valise, mais il n'y avait rien de nouveau. Et le soir, je me suis envolé en direction de l'Europe sans ma valise.

17675ème jour

Où je retourne au Symphony Hall

J'ai craqué, je suis retourné au Symphony Hall et j'ai pris un billet parmi les moins chers (trente dollars) pour une place au premier rang centre du balcon supérieur. C'est très haut mais on voit et on entend parfaitement. Contrairement au vendredi, deux concerts plus tard, la symphonie de Haydn était mise en place et parfaite de beauté et d'élégance de bout en bout. Pour la deuxième partie, je suis descendu squatter une place incoccupée au premier rang de la salle, un mètre derrière les talons de Bernard Haitink. Cette deuxième audition de la Quatrième de Schostakovich, avec son effet stéréophonique un peu exacerbé restera longtemps dans ma mémoire comme un souvenir exceptionnel.
J'ai profité du soleil revenu pour me balader dans cette ville qui n'a à mes yeux, ni le charme de New York, ni celui de San Francisco. Mais se balader sur le El est un moment qui mérite d'être vécu.

17674ème jour

Drew

On devait se voir dès mon arrivée à Chicago, je lui avais proposé de venir avec moi au concert du CSO mais dans l’après-midi, il a subitement arrêté de répondre à tous mes messages. Le lendemain il a étrangement accepté un rendez-vous sur son lieu de travail. J’ai pris la ligne marron jusqu’à Belmont et je suis allé jusqu’à son salon. Il m’attendait dans l’entrée, il m’a regardé de ses yeux très bleus sous sa houppette blonde et il m’a emmené jusqu’au fauteuil où il officie. C’était amusant comme rencontre même si, au fond, je n’avais pas vraiment besoin d’aller chez le coiffeur.
En repartant, il m’a montré son planning où il était vraiment impossible d’intercaler un déjeuner, même rapide.
Le soir je suis retourné à Belmont, je l’ai retrouvé à la sortie du salon et nous sommes allés en taxi pour faire balader sa chienne qui répond au doux nom de Sofia. L’animal était dans un appartement étrange, en sous-sol, avec trois grands écrans de télévision plasma et occupé par deux autres chiens qui fientaient partout tant ils étaient enfermés.
Nous avons repris un taxi qui a longé le lac en direction du centre. Le spectacle des gratte ciels dans a nuit était magnifique. Nous avons dîné à mon hôtel, il a tenu à voir ma chambre, j’avais envie de l’embrasser mais je n’ai rien fait. Il est reparti chez lui en taxi. Quand il a passé la porte de ma chambre je savais que je ne le reverrais jamais.

17673ème jour

Un concert au Symphony Hall

C'est pour moi un des grands bonheurs de la vie que de découvrir l'un des plus grands orchestres dans sa salle. Et c'était l'un des buts avoués de ce voyage que d'entendre chez lui le Chicago Symphony Orchestra. Le Symphony Hall a été bâti en 1904. C'est une belle salle blanche aux fauteuils rouges avec un pavillon en forme de quart de sphère au dessus de l'orchestre. L'acoustique, comme la visibilité y sont excellentes de partout.
L'orchestre de Chicago a la réputation justifiée d'être le meilleur orchestre américain et l'un des meilleurs au monde. Au cours des quinze années de l'ère Barenboim (1991-2006), l'orchestre a pris une couleur de perfection technique, mais aussi d'une certaine froideur mécanique. Il est aujourd'hui dirigé principalement par Bernard Haitink et Pierre Boulez qui ont comme point commun d'être à l'opposé de tout show-off en terme de direction d'orchestre, d'être méticuleux, précis et sincères dans leur d"marche musicale. Le concert d'hier présentait en première partie, la symphonie l'Horloge de Haydn, interprétée de façon très claire et mettant en valeur les solistes de l'orchestre (magnifique Mathieu Dufour). Pourtant ça et là, des petits ratages venaient gâcher une interprétation qui aurait pu être exceptionnelle, un manque de répétition peut-être.
La deuxième partie, consacrée à l'immense Quatrième Symphonie de Schostakovich fut en revanche un moment extraordinaire de précision, de beauté, de clarté et d'émotion. Je me rappelerai jusqu'à mon dernier jour de l'ouverture grinçante et hurlante, de cette fugue bizarre et incroyablement virtuose de la fin du premier mouvement qui passe des premiers aux seconds violons et des altos aux violoncelles, des passages solistes hallucinants de beauté (les bois en général, et les cuivres puissants (incroyables tubas), de la petite cavalcade de cheval à la toute fin de ce premier mouvement et de la fin déliquescente marquée par le glockenspiel, dont Schostakovich arrive à nous faire nous demander si nous sommes dans le régistre de la joie ou dans celui des larmes.
A la sortie, j'ai littéralement incendié une ouvreuse en tailleur rouge et cheveux blanc qui a passé tout le Menuet de la symphonie de Haydn a discuter tranquillement à haute voix avec l'une de ses collègues, malgré les regards furibonds d'une partie de la galerie.

17672ème jour

Le vol American Airlines de New York à Chicago

Pour le jour de mon départ, la météo s'est remise au mauvais temps et c'est sous la pluie que mon taxi m'a emmené à Penn Station. C'était un indien (l'accent indien en anglais a de plus en plus tendance à m'énerver), il connaissait peu la ville et avait du mal à prendre la direction de l'ouest. Il m'a pour finir laché devant Penn Station et j'ai pris le train pour Newark. Nous nous sommes envolés dans un vieux McDonnel Douglas triréacteur et peu à peu, les nuages se sont clairsemés. Nous avons longé la rive sud du lac Erié, puis l'avion est descendu et a atterri à l'aéroport de Chicago O'Hare. Pour vingt dollars, j'ai acheté une carte de train hebdomadaire, qui ressemble un peu à la Metrocard new yorkaise, et j'ai pris directement une rame qui m'a conduit au milieu du Loop, à la station Washington, juste devant mon hôtel.

17671ème jour

Gramercy Tavern

Je n'ai rien fait de spécial au cours de ce séjour. Je n'ai presque rien visité, j'ai marché intensément dans Manhattan, j'ai retrouvé les lieux et les quartiers que j'aime, j'ai découvert le nouvel endroit tendance NOLITA (comme NOrth of LIttle ITAly). J'ai déjeuné deux fois avec mon ami Paul qui a maintenant une petite barbiche grise et dont le fait que nous réussissions à conserver intacte notre amitié marlgré le temps et la distance me réjouit. Je suis allé trois fois chez Balthazar à Spring Street, deux fois au Pershing Square et j'ai eu l'immense plaisir de retourner à Gramercy Tavern, où j'étais allé avec P. il y a bientôt huit ans. C'est un très bon restaurant au cadre agréable et à la cuisine trop internationale pour être française, trop bonne pour être internationale. C'est une cuisine new-yorkaise tout simplement, d'une inventivité et d'une sophistication qui est un vrai bonheur. Paul n'a pas commandé, il a dit au serveur de choisir pour lui, comme on le fait en Italie, et il a eu bien raison.
Et puis ce séjour, c'était aussi Michael et Walter, rencontres d'un soir dont je ne devrais pas être très fier, le premier de Baltimore et le second d'un pays d'Amérique latine que j'ai oublié.

17670ème jour

Central Park in the sun

Après un samedi au temps hivernal, l'été est subitement arrivé dimanche dernier. Les manteaux ont fait place aux tee shirts, les épaules se sont subitement dénudées et les pelouses de central Park se sont subitement remplies. J'ai donc repris mes habitudes new yorkaises. Vers treize heures, lorsque le soleil est au plus haut, je me rends dans le parc, près de la mare qui se trouve sur le côté de la Cinquième Avenue. Beaucoup de personnes qui travaillent aux alentours viennent y déjeuner d'une salade qu'ils remuent frénétiquement dans sa boîte de plastique pour la mélanger à la sauce.
Aujourd'hui, les ormes perdaient leurs samares toutes plates et, au moindre coup de vent, c'est un nuage pâle qui s'abattait sur les pelouses, au grand amusement de leurs locataires. J'en ai glisé quelques unes dans mon livre. Et puis à un instant, un gros mendiant aux allures de colosse est passé, hirsute et hilare. Il avait un grand tee shirt XXL noir sur lequel était marqué en hautes lettres blanches : "SHOW US YOUR TITS!"

17669ème jour

La Huitième de Mahler à Carnegie Hall

C'est une très grande Huitième qu'a dirigé aujourd'hui Christoph Eschenbach à la tête de son orchestre de Philadelphie, orchestre que j'entendais pour la première fois en concert et dont le niveau m'a très favorablement impressionné. La grande difficulté de l'interprétation de la Huitième consiste à obtenir quelque chose de cette orgie sonore, de faire en sorte qu'il subsiste quelque chose de ce métal en fusion aux lignes sonores complexes. C'est probablement la première fois que j'entendais tout ou presque, grâce à une remarquable clarté de direction d'Eschenbach. Les solistes, en particulier féminins étaient les plus éblouissants qu'il m'ait été donné d'entendre et elles méritent d'être toutes citées : Christine Brewer (exceptionnelle), Michaela Kaune, Marisol Montalvo, Stephanie Blythe et Charlotte Hellekant. Côté hommes, aux côtés de Franco Pomponi, un peu en retrait et de James Morris, se tenait Vinson Cole, que j'entendais pour la première fois et qui m'a rappelé avec émotion les dernières années Karajan, et qui a maintenant les cheveux blancs.
Seul petit regret à cette soirée les choeurs d'enfants qui, encore une fois, n'étaient pas assez fournis pour qu'on puisse les entendre distinctement.

17668ème jour

Elliott

C'est un monsieur âgé puisque le onze décembre prochain, le monde musical célèbrera ses cent ans. Je me suis accroupi devant lui, alors qu'il dégustait une assiette de fromages français et je lui ai dit: "A friend of mine is cellist in the Barcelona Orchestra. He loves so much your music and he told me to convey to you all his love". Il m'a semblé percevoir quelques larmes au coin de ses yeux et il m'a dit dans un français presque parfait : "Je vous remercie!"

17667ème jour

Ce qui change à New York

Il y a ce qui est immuable comme le savoureux "Stand clear from the closin' doors, please", quasiment chanté lors de la fermeture automatique des portes du métro.
Il y a les changements importants, comme le nouveau centre commercial de Columbus Circle qui transforme totalement l'allure du quartier, les immeubles Dior et Vuitton sur la 57eme rue ou la première tour d'une cinquantaine d'étages au pied de Ground Zero. Mais il y a aussi les petits rien imperceptibles. La saleté de la ville, un peu plus forte que du temps de Giulani, la pauvreté et les homeless, un peu plus présents ou plutôt un peu moins éloignés, les panneaux WALK/DONTWALK massivement remplacés par les mains blanches ou rouges, les Starbucks qui ont envahi la ville a un niveau hallucinant, les taxis qui sont de moins en moins des berlines basses et de plus en plus des véhicules de type Espace, version japonaise, mais en jaune bien sur. Ou encore les vélo-taxis qui son apparus un peu partout dans le centre il y a deux ans.
Et puis il y a la disparition des disquaires. Adieu mon HMV du 400 et quelques de la Cinquieme Avenue, adieu surtout mon Tower du Lincoln Centre ou j'aimais tant aller. La toile géante vous a engloutis.

17666ème jour

L'enlèvement au sérail au Metropolitan Opera

Il est difficile de comprendre pourquoi la plupart des scènes d'opéra se complaisent à présenter des spectacles abscons et souvent laids se bornant à présenter les fantasmes sexuels et politiques des metteurs en scènes et le plus souvent à assassiner la musique dans des contresens pitoyables. Il suffit en tout cas de venir au Met pour assister à un spectacle parfait, du plus haut niveau musical, à la mise en scène simple, drôle et respectueuse de la musique. J'ai bien peur que le départ (enfin) à la retraite de Gérard Mortier ne soit guère suffisant pour que l'on puisse enfin assister à Paris à des opéras dépourvus de ce fatras filandreux, plus destiné à faire du bruit autour dudit Mortier, que de procurer du bonheur et de l'intelligence au spectateur.
Moment de grâce donc cet après-midi au Met, pour un Enlèvement au sérail emmené par une merveilleuse Diana Damrau et par une troupe magnifiquement homogène. La salle semble parler parfaitement allemand puisqu'elle réagit au moindre gag du texte, sans même avoir besoin des sous-titrages. L'âge moyen est étonnant, probablement soixante en moyenne, sans que je sache si c'est toujours le cas ou juste pour les matinées (13h30). A la première entracte, toutefois, tiut le monde se lève dès le rideau retombé, et court vers les foyers. J'ai pensé un instant que les baignoires se vidaient pour remplir l'urinoir mais en fait rien de tout celà. L'assistance se pressait pour assister à un Quiz musical radiodiffusé et animé par Nathalie Dessay.

17665ème jour

Retour à New York

Le vol Continental Paris New York du matin. Ma voisine du siège B est tellement obèse que son arrière train a du mal à être contenu entre les deux accoudoirs qui séparent heureusement de façon étanche les deux sièges. Je passe une partie su vol a tenter de boucher les trous de ces pages au cours d'un mois d'avril à la fois si plein et si vide. Le ciel est blanc à l'arrivée à New York. Bien que je sois déjà entré aux Etats-Unis avec le même passeport, je dois fournir de nouveau les empreintes digitales de mes deux index. Je prends le petit train bas qui relie Newyark à Penn Station en vingt minutes. Puis un taxi jaune me conduit à tout allure à mon hôtel et à la chamre 1111 qui sera la mienne pour deux jours.

17664ème jour

Funny Games

J'avais très envie de voir ce film, attiré par son thème, par la façon de le traiter et bien sûr par les fims précédents du réalisateur. Je n'ai pas été déçu tant on se laisse entraîner dans le cauchemar gratuit de cette famille américaine. J'ai été en revanche très surpris par les rires quasi permanents d'une partie de la salle. J'ai beaucoup de mal à comprendre que l'on puisse rire à la vue d'un tel film. Ceux qui rient pour Funny Games rient-ils aussi en allant voir les Chtis? Deux raisons différentes mais complémentaires de désespérer de l'avenir de l'humanité.

17663ème jour

Le parapluie polonais (pour Alice)

A l'issue d'une réunion de travail dans un hôtel de Varsovie, je m'aperçois qu'un des participants, qui travaille pour une société locale concurrente, a oublié son parapluie. C'est un assez joli parapluie, en bois et tissus bordeaux, de style anglais, avec un logo assez discrètement imprimé. Estimant qu'il sera facile à son propriétaire de le remplacer, je décide de le garder et le rapporte à mon hôtel.
Alors que nous déjeunons avec un collègue dans ce qui reste de la vieille ville, je réalise soudain qu'ayant peu l'habitude d'avoir un parapluie avec moi, je l'ai laissé dans le lobby de l'hôtel. Nous rentrons, le parapluie a bien sûr disparu. Je me renseigne et aussitôt, quelq'un m'indique qu'il a été trouvé et porté aux objets trouvés de l'hôtel. On me le rapporte aussitôt.
Nous partons à l'aéroport. Au moment de l'enregistrement, la fille regarde le parapluie et me dit que, vu sa taille, il sera bloqué au contrôle des bagages à main. Je tente cependant de le garder avec moi et au moment du contrôle, je le glisse dans le scanner. A ma grande surprise, personne ne m'a rien dit. Et j'ai même réussi à ne pas l'oublier dans le compartiment à bagages de l'airbus.
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