17877ème jour

Pluie new yorkaise

Pour mon dernier jour à New York, il tombe des cordes, presque pour m’enlever tout regret de rentrer à Paris. J’ai pris un gros déjeuner à la terrasse couverte qui se trouve à l’angle de la Septième Avenue et de la 53ème rue, là où j’allais tous les jours avec ma mère la semaine du onze septembre.
J’étais passé la veille chez Abercrombie pour faire des cadeaux à mes filles, mais j’avais reculé devant la file d’attente devant le magasin. J’y retourne vers midi et malgré la pluie, c’est une file encore plus impressionnante qui se tient là. J’ai renoncé, je suis passé à l’hôtel récupérer mes bagages et j’ai pris la ligne jaune jusqu’à JFK.

17876ème jour

Un concert du New York Philharmonic

L’après midi, à Tribeca, partant du principe que les meilleurs sont ceux que l’on se fait à soi même, je me suis offert deux très beaux cadeaux de Noël.
Le soir je me suis rendu au Lincoln Centre où, pour la première depuis des années, j’ai entendu le New York Philharmonic. La fois précédente était, je crois, un concert de Kurt Masur au théâtre des Champs Elysées, quelques jours après la mort de Bernstein. Le concert de ce soir démarrait par un Concerto Brandebourgeois mortellement ennuyeux, étiré sur une demi-heure, comme personne n’ose plus jouer Bach aujourd’hui. Venait ensuite le Cinquième Concerto pour violon de Mozart, joliment interprété par Julia Fischer, mais là encore, les tempi du chef avaient du mal à sortir l’assistance de sa torpeur. Le concert s’achevait par la Quatrième Symphonie de Schumann, elle aussi jouée fort lentement, à l’exception du dernier mouvement pris à un train d’enfer. Mais qu’est-il arrivé au New York Philharmonic ? Ah oui. Lorin Maazel. Tout simplement.

17875ème jour

Philadelphia Story

Les trains entre New York est Philadelphie sont lents et vieux. La voie traverse des endroits improbables, usines désaffectées, terrains vagues, zones industrielles, dépotoirs sauvages, la voie elle-même étant souvent jonchée de détritus. Parfois, le spectacle est intéressant, au départ lorsque l’on voit l’Empire State Building de loin, où à l’arrivée, lorsque les tours du downtown de Philadelphie se détachent à l’horizon.
La ville a un intérêt limité, la gare de la 30th street est assez belle, le centre historique présente quelques bâtiments intéressants. L’objet de cette journée en Pennsylvanie était un concert par l’orchestre de la ville. Le Kimmel Center, bâti de 1999 à 2001, est un ensemble astucieusement construit. La salle, qui ressemble un peu à celle de Birmingham, mais dans des couleurs plus classiques, bénéficie d’une très belle acoustique. C’est une structure qui semble assez légère et qui est entièrement recouverte d’une arche transparente sous laquelle se trouve aussi le hall monumental et des boutiques.
Les concerts sont filmés et projetés en direct sur deux immenses écrans derrière l’orchestre, un peu comme un concert rock. Il y a du bon et du mauvais. L’attention est un peu attirée inutilement vers l’image, mais observer le jeu du soliste est assez agréable. Je ne sais comment font les chefs pour diriger sereinement avec face à eux leur propre image en quatre mètres par trois.
Le concert démarrait par un superbe Prélude et Mort d’Isolde où l’orchestre a montré ses extraordinaires qualités de son et d’homogénéité sous la baguette très inspirée du chef russe Andrey Boreyko. Suivait le Troisième Concerto pour piano de Beethoven, magnifiquement interprété par Garrick Ohlson.
La deuxième partie m’avait fait hésiter à faire le voyage de Philadelphie. Il s’agissait en effet de l’abominable transcription pour orchestre symphonique qu’a commise Arnold Schoenberg à partir du Quatuor avec piano op. 25 de Brahms. J’ai tenté d’y trouver objectivement quelques beautés mais je n’y suis pas parvenu, le dernier mouvement me consternant comme à l’habitude.

17874ème jour

Thanksgiving à New York

Cette journée a mal débuté. Je voulais passer au Barnes & Nobles près du Lincoln Centre, librairie qui, hélas, est devenue le meilleur disquaire classique de New York. Alors que je sors du métro à Colombus Circle, des hordes de badauds cherchent à y entrer après avoir assisté à la Thanksgiving Parade de Macy’s. Impossible d’avoir un café quelque part, le moindre Starbucks étant pris d’assaut. Le Barnes & Nobles était évidemment fermé, la billetterie du Lincoln Centre également, je suis donc allé à Penn Station pour acheter mon billet pour Philadelphie. C’est toujours avec beaucoup de tristesse que je me rends à Penn Station. Je ne peux m’empêcher de penser à tous ces bâtiments du New York du début du vingtième siècle aujourd’hui disparus. Il parait que l’ancienne Penn Station était aussi belle que Grandcentral. Aux Etats-Unis, il faut une pièce d’identité pour acheter un billet de train, billet qu’il faut ensuite aller retirer à un distributeur bleu.
J’ai déjeuné à mon cher Balthazar d’une soupe à l’oignon et d’un steak frites trop cuit, et je suis allé voir Milk, le nouveau Gus van Stan au Chelsea Theatre. C’est un film engagé, encensé par la critique, qui analyse le message et non le film. Cinématographiquement, c’est assez médiocre et il n’y a de mon point de vue pas matière à faire un film.

17873ème jour

Chicago New York

Je me suis promené un peu en ville le matin, alors que le ciel était toujours aussi magnifiquement bleu. J’ai été upgradé en première classe pour le vol retour où, comme à l’aller il y avait des français, mais surtout, beaucoup de familles qui se rendaient à New York pour Thanksgiving. A l’arrivée, Delta nous a fait nous balader du Terminal 2 au Terminal 3 puis de nouveau au Terminal 2 pour récupérer nos bagages.
J’ai un nouvel hôtel à Chelsea pour deux nuits. Balthazar était blindé, même au bar, alors j’ai dîné rapidement au coin de Spring Street et de Lafayette, en me consolant avec une bouteille de Prosecco très correct.

17872ème jour

La symphonie pour chœur, toux, et orchestre

Ce matin, il pleuvait sur Manhattan, je suis retourné à JFK prendre le vol Delta pour Chicago. A l’arrivée, en grand habitué, j’achète ma carte de métro d’un jour et je prends la ligne bleue jusqu’à la station Washington ou je retrouve avec plaisir l’hôtel Burnham tout décoré pour les fêtes de Noël. Il fait un temps superbe malgré le grand froid et j’en profite pour me promener dans la ville avant le concert qui était le prétexte à ces sept jours américains.
A 7h30, je me retrouve au parterre du Symphony Hall, l’orchestre et les chœurs sont là au grand complet. Je suis presque incapable de porter un jugement sur ce que j’ai entendu ce soir. Je me souviens avoir jugé que de nombreux passages étaient parfaits. Je me souviens que le contrechant des violoncelles, que j’aime tant dans le deuxième mouvement était éblouissant. Je me souviens que Christianne Stotijn était particulièrement humaine dans le Urlicht. Je me souviens que Miah Persson a raté son entrée en démarrant trop fort alors que toute la magie de ce passage réside dans la lente éclosion du chant au milieu du choeur. Je me souviens avoir regretté que les chœurs se lèvent avant leur entrée. Mais je me souviendrai surtout de ce concert comme d’une immense cacophonie de toux, éternuements et toussotements, en permanence, avec bien sûr un crescendo entre les mouvements. Un peu comme les klaxons du Caire, j’ai compté environ six secondes entre chaque bruit de toux. A ce niveau de perturbation, je suis incapable de me concentrer et mon esprit à tendance à être aux aguets des bruits et non plus du son. Ma voisine de gauche était une femme américaine typique avec son manteau de (fausse) fourrure et sa coiffure blonde sportive. Elle avait à ses côtés sa fille, sans doute malade, qui crachotait en permanence, toutes les minutes environ. Au lieu de la faire sortir, sa mère la câlinait, et celle-ci jouait avec le collier de sa mère (nouveau bruit) ou avec le programme au papier particulièrement bruyant. La salle fait une standing ovation à son orchestre, mais l’interrompt alors que les musiciens viennent de s’asseoir. Ceux-ci se relèvent et repartent penauds. J’ai quitté la salle passablement énervé et me suis consolé avec le menu du soir du Burnham.

17871ème jour

New York

Comme à l’habitude, j’ai peu dormi la nuit précédente et les sept heures de vol me semble très courtes. Air France vend maintenant les places devant les issues de secours ou les offre à ses meilleurs clients. J’ai donc beaucoup plus de chance désormais d’avoir de la place pour les jambes. On atterrit à JFK, je prends le train de l’aéroport, puis directement la ligne bleue. Je ne reste qu’une nuit à New York et j’ai choisi d’essayer le Pod Hotel, un concept ou toutes les (petites) chambres sont équipées de stations Ipod. Le temps est magnifique, aussi beau qu’il peut l’être à New York l’hiver. Je retrouve les habitudes, ma Metrocard, mes itinéraires à travers Times Square, Soho, Tribeca et Union Square. En fin d’après midi, je fais une orgie d’huîtres à l’Oyster bar de Grandcentral et je rentre dormir au Pod.

17870ème jour

Le Louvre

Nous profitons du froid et de la pluie pour visiter quelques galeries du Louvre. Mon troupeau de filles et de correspondantes américaines ne paye rien pour cause de jeunesse et moi je m’acquitte de neuf euros et surtout d’une longue file d’attente. Les américaines, une fois la Joconde vue en compagnie d’une centaine de badauds, ne s’intéressent plus à rien, alors j’entraîne ma plus jeune fille vers ce que je préfère : les Chardin, les Latour, les Corot, les Canaletto et Guardi et puis le jeune homme devant la mer de Flandrin qui ne cesse de m’émouvoir.

17869ème jour

Humour américain

Je dîne avec mes filles et la correspondante américaine de l’une d’entre elles. Très américaine, elle n’aime rien et laisse en général son assiette à moitié pleine. Je constate qu’elle a appris quelques gros mots à mes filles qui savent désormais fort bien distinguer fuck off de fuck it mais sont vraiment déçues que trop de gros mots anglais se concentrent autour de fuck. Je demande à ma plus jeune fille comment on dit seal en français et la correspondante trouve cela très drôle. Et puis je lui ai raconté mon histoire de Mickey, Minnie et Goofy, et celle des fumeuses de Camel qui l’ont bien fait rire.

17868ème jour

Moscou Paris

Je pense que je ne prendrai plus jamais un taxi pour me rendre à l’aéroport de Moscou. Je savais Domodedovo bien desservi depuis la gare de Paveletskaya mais aujourd’hui, pour nous rendre à Sheremetyevo, nous avons découvert qu’un magnifique train rouge flambant neuf pouvait aussi nous emmener en trente minutes. Seul inconvénient, un seul départ à cinquante cinq de chaque heure. Nous sommes donc arrivés bien à l’avance à Sheremetyevo, l’avion lui, a eu une heure de retard. Pendant le vol, je demande au steward la raison. L’équipage, qui venait lui aussi du Novotel, a été bloqué dans les embouteillages. Je lui ai fait de la publicité pour le train rouge.

17867ème jour

Ma première soirée au Bolchoi n’était pas au Bolchoi

Le matin, j’ai appris par les journaux le décès du père d’Orson. Je lui ai envoyé un petit mot pour lui dire que je pensais à lui depuis Moscou où il tombe beaucoup de neige. Elle recouvre la ville d’un épais manteau qui fond en fin de journée sous la pluie, alors que la température s’est adoucie. Le soir, après une journée de travail, c’est donc dans la gadoue que nous nous rendons à Teatralskaya pour ma première soirée au Bolchoi qui est hélas en travaux depuis plusieurs années, travaux destinés en particulier à supprimer les rénovations de l’ère soviétique qui ont détérioré l’acoustique de la salle. En attendant, les spectacles ont lieu dans un théâtre construit en six mois à l’intérieur d’un bâtiment voisin ancien et que les moscovites appellent le Nouveau Bolchoi. L’intérieur de la salle est effrayant de laideur, il ressemble à ce que l’on peut voir dans le golfe arabique. Le spectacle de ce soir, Carmen, chanté en français et pour le 1121ème (!) fois au Bolchoi. L’orchestre est bon sans être exceptionnel, les chanteurs un peu inégaux avec un Escamillo inaudible. Les paroles sur titrées en russe seraient incompréhensible si on ne connait pas l’opéra par cœur. Les spectateurs sont insupportables, bruyants, parlant, envoyant des SMS, changeant de place sans vergogne. Quant à la mise en scène, je suis certain que Gérard Mortier l’aurait adoré tant elle était laide, vulgaire et en contre sens complet avec l’ouvrage. Il n’y manquait qu’une fellation et quelques corps nus pour que la joie ait été parfaite.
Après le spectacle je dîne encore au café Pushkin. Je pousse le vice jusqu’à demander aux deux musiciennes si elles peuvent nous jouer l’intermezzo de Carmen où la harpe et la flûte ont les deux parties importantes. Elles s’en acquittent avec semble-t-il, beaucoup de plaisir.

17866ème jour

La neige, l’aéroport de Minsk, le vol Belavia pour Moscou, Purple Legion, Haydn, Mozart, Beethoven, Sasha, le café Pushkin et Simon ou Une journée bien remplie

Les rues de Minsk étaient recouvertes d’une belle couche de neige lorsque le chauffeur de taxi est venu me chercher à l’hôtel un peu avant 7h30. Il a roulé avec une très grande régularité sur l’autoroute blanche avant de me déposer devant l’aéroport désert. J’ai rapidement enregistré mon bagage et, après le contrôle des passeports, je suis allé attendre dans la salle d’embarquement meublée de grands fauteuils de cuirs profonds. Au bout de quelques minutes, la babouchka qui avait contrôlé mon passeport et mon visa russe me fait signe de la suivre. Elle me parle en russe, et me fait comprendre que c’est important mais pas grave. Je la suis dans des couloirs étroits et nous descendons dans les entrailles de l’aéroport jusqu’à la salle de contrôle des bagages de soute. Il y a la deux types qui me montrent l’image du scan et en particulier sur l’écran un objet bizarre que j’ai du mal à identifier et qui visiblement est interdit. Je le regarde attentivement, cela ressemble à un masque vénitien, peut-être une petite radio avec deux haut-parleurs mais cela ne ressemble à rien de ce qui est dans ma valise. Je demande de quel bagage il s’agit et ils me montrent une valise qui n’est pas du tout la mienne. J’ai eu un peu de mal à expliquer qu’il ne s’agissait pas de mon bagage, mais après vérification, ils m’ont laissé repartir. Peu après j’embarquais dans un Canadair pour le vol de Moscou. Le vol est très court entre Minsk et Moscou, une heure à peine et, en l’absence de frontière entre la Biélorussie et la Russie, il n’y a qu’un rapide contrôle des passeports à la sortie de l’avion et aucune autre formalité administrative. La fiche d’entrée en Biélorussie reste valide pour le séjour en Russie. Comme lorsque j’étais allé à Saint Pétersbourg à Pâques, j’ai repris le train très rapide qui va de Domodedovo à la gare de Paveletskaya, j’ai acheté une carte pour vingt trajets en métro et je suis allé à l’hôtel par la ligne circulaire. Dans l’après midi, je me suis rendu au magasin Purple Legion, qui m’avait été recommandé par une spectatrice su Conservatoire Tchaikokski lors du séjour précédent. C’est un magasin de disques sur la rive sud de la Moskova, sur la rue Novokuznetskaya, encore typique de l’ancien Moscou avec son vieux tramway et ses maisons basses anciennes.
Le soir je me suis rendu sous la neige au Conservatoire Tchaikovski pour un concert Haydn Mozart Beethoven de l’orchestre de Nouvelle Russie qui démarrait par le concerto en ré majeur de Haydn que j’entendais donc pour la seconde fois en un mois dans le Conservatoire. Suivait le Vingtième Concerto pour piano de Mozart dirigé du piano par Justus Frantz. J’ai des souvenirs d’adolescence de Justus Frantz alors qu’il formait avec Christoph Eschenbach un duo de deux jeunes pianistes très prometteurs. Il y a d’ailleurs une vidéo disponible sur le site de l’orchestre de Paris où l’on voit les deux pianistes accompagner Herbert von Karajan dans le concerto pour trois pianos de Mozart. Force est de constater que s’il reste un beau style très mozartien à Justus Frantz, sa technique n’est plus là et l’interprétation était émaillée de nombreuses fausses notes. Puis l’orchestre et son chef soliste ont donné un bis incongru : l’andante du Quatrième Concerto de Beethoven, un peu mieux réussi que le Mozart. Ce concert, fort long, s’achevait par une Symphonie Pastorale belle et inspirée.
Après le concert j’avais rendez-vous avec Sasha pour dîner au café Pushkin qui devient vraiment ma cantine à Moscou. Sasha était à l’heure mais bien qu’ayant l’adresse, il ne trouvait pas le café. J’ai su lui faire expliquer au téléphone par un serveur l’itinéraire pour s’y rendre. Le dîner fut vraiment agréable. Nous étions à l’étage, sorte de bibliothèque reconstituée dans les magnifiques armoires à médicaments de la Pharmacie qui occupait les lieux jadis. J’ai repris mon mélange russe que j’aime tant et Sasha a opté pour un bœuf Strogonoff. Une pianiste et une flûtiste jouaient là et moi je bénéficiais en plus du magnifique spectacle des yeux bleus et du sourire parfait de Sasha qui a tenu ensuite à me raccompagner sur le quai de mon métro pour Novoslobodskaya. Simon m’attendait dans le hall de l’hôtel. J’avais pour lui le tee-shirt de Barcelone et lui il avait un cadeau beaucoup plus personnel qui m’a empêché de me reposer véritablement de cette si longue journée.

17865ème jour

Minsk

Je me suis levé à 4h30 et j’ai demandé un taxi pour l’aéroport de Roissy où j’ai pris le premier vol pour Francfort, celui de 6h40. Là bas, j’ai attendu deux heures avant d’embarquer dans le vol pour Minsk. La clientèle était assez amusante, plus biélorusse que germanique. A côté de moi, j’avais un gros paysan au visage rouge qui feuilletait avec une satisfaction évidente le catalogue d’une foire de produits agricoles. On a atterri à l’heure dans un paysage plat et blanchâtre. Les formalités de douane se sont déroulées plutôt vite, le document à remplir étant le même pour la Russie et la Biélorussie. J’ai bien sûr dédaigné les taxis véreux pour en prendre un officiel qui m’a emmené sur une autoroute toute droite et interminable. Les premières impressions de la Biélorussie sont celles d’un pays très propre, très bien entretenu, très efficace. Lorsque l’autoroute, toujours sans virage aucun, est devenue une route très large et a pénétré dans Minsk, cette impression ne s’est pas démentie : de grands immeubles un rien staliniens, des monuments, des places un peu froides et pas un papier qui traîne.
J’ai travaillé un moment à l’hôtel puis mon collègue m’a rejoint et nous sommes partis à pied jusqu’au Ministère. Un jeune fonctionnaire nous attendait à l’entrée et nous a fait traverser d’immenses couloirs à l’allure soviétique recouverts d’une moquette rouge. Nous avons déposé nos manteaux dans une petite pièce marquée GardeRobe (le mot est identique en russe, en allemand et en turc et sans doute dans bien d’autres langages) puis nous sommes allés attendre dans une salle organisée de façon étrange avec une table en arc de cercle pour une dizaine de personnes et au moins soixante fauteuils placés comme pour un spectacle. Le ministre est entré avec assez peu de retard, visage rougeaud, gros pif à la russe et lèvres épaisses. Il ne parlait bien sûr pas anglais et mon collègue traduisait dans un sens, puis dans l’autre. J’ai déjà pratiqué de telles réunions que je trouve fort pratique tant elles permettent de réfléchir à ce que l’on va dire. La réunion a été très courtoise, plutôt détendue, j’ai même été surpris de constater combien il était facile de décider dans un tel pays. Au moment de se quitter, j’ai même reçu en échange de la mienne une belle carte de visite frappée aux armes de l’état, recto russe, verso anglais, où, au dessous du nom, était sobrement indiqué Ministre. Le soir, mon collègue et moi avons bénéficié de l’absence d’embargo de la Biélorussie envers la Georgie en dégustant un très bon vin rouge, très doux.

17864ème jour

A l'ambassade de Russie

Dès 8h30, il y avait déjà une vingtaine de personnes qui faisait la queue devant l’ambassade de Russie, hideuse barre inaugurée en présence de Léonid Brejnev et de Valery Giscard d’Estaing. C’est la première fois que je me rendais à l’ambassade mais, les critères d’attribution de visas étant devenus plus rigoureux avec l’arrivée du nouvel ambassadeur, on m’avait recommandé de m’y rendre moi-même, dans la mesure où j’avais besoin de mon visa pour le jour même. Après les contrôles de sécurités, je me suis retrouvé dans une pièce fort laide meublée de gros fauteuils de cuir fauve et équipée d’un vieux téléviseur diffusant une chaîne russe. Il y a de nombreux guichets, celui où l’on dépose les dossiers, celui où l’on paye les 70 euros du visa et celui où l’on récupère son passeport une heure plus tard. J’ai profité de l’attente pour observer les intermédiaires véreux qui proposent au vu et au su de tout le monde des vouchers de complaisance. Quarante cinq minutes plus tard je repartais avec mon précieux sésame, valable pour deux entrées pendant trois mois.
Le soir dîner chez Finzi avec J. qui vit toujours une étonnante idylle avec une jeune beauté noire de trente ans sa cadette.

17863ème jour

Trois concerts à l'Auditori

J’aurai donc encore entendu l’OBC trois fois de suite dans le même programme, identique jusqu’à la mazurka donnée en bis par Rafal Blechakz, le vendredi à 21h00, le samedi à 19h00 et le dimanche à 11h00. Pedrelliana a été aussi ennuyeux les trois fois et d’ailleurs peu applaudie par le public. Le concerto de Saint-Saens a gagné en beauté a chaque concert et je reste encore étonné de la façon dont un jeune pianiste polonais peu interpréter justement l’esprit d’une musique si française. Quant à la Deuxième Symphonie, elle a progressé de concert en concert jusqu’à donner une belle interprétation le dimanche. A l’entracte du samedi et du dimanche, je suis allé demander un autographe à Rafal Blechacz, m’amusant à chaque fois de la foule des catalans, venant comme moi faire dédicacer un disque, mais tenant tous expressément à lui serrer la main.
Le soir j’étais sur le dernier vol, il a bien eu lieu alors que les deux précédents étaient annulés. A l’aéroport, j’ai acheté un jambon entier pour mes filles et un tee-shirt Barcelona pour Simon.

17862ème jour

Ca, c'est Barcelone

Nous sortons de l’Auditori avec Alban Berg. Nous avons boire un verre au sous-sol d’un bar cutre. Il y a un jeune pianiste au beau sourire et dont les piercings contrastent avec la passion de son regard quand il évoque le trio avec cor et violon de Brahms. Et il y a une violoniste qui va jouer le mardi suivant la sonate pour violon et violoncelle de Ravel. L’atmosphère est agréable. Vers 22 heures trente, alors que nous sortons pour nous rendre à pied au Trobador, nous croisons une troupe d’une cinquantaine de personnes qui semblent manifester à cette heure tardive. Ils crient dans une atmosphère bon enfant. Soudain, de la fenêtre d’un immeuble, un trompettiste les encourage en jouant des mélodies un rien guerrières. La troupe s’arrête, acclame le musicien et un échange des vociférations, des tambours des manifestants et des mélopées du trompettiste rend le moment irrésistible. Irrésistible et si espagnol…

17861ème jour

Où je retrouve l'orchestre de Barcelone (et de Catalogne)

J’étais un peu inquiet de partir pour Barcelone en ce jour de grève des pilotes. Au final, le vol précédent et celui suivant le mien étaient annulés et c’est exactement à l’heure, par un beau soleil couchant que j’ai atterri à Barcelone. Je me suis rendu directement à l’appartement d’Alban Berg où nous avons discuté un moment avant de nous rendre à l’Auditori pour le concert du vendredi et que j’allais entendre trois fois ce week end.
Le programme commençait par Pedrelliana, une pièce catalane sans grand intérêt de Roberto Gerhard. Puis après que le piano a été installé, Rafal Blechacz est entré en scène, petit et si jeune, mais souriant et déjà très professionnel dans l’attitude du concertiste. Il nous offre une très belle interprétation du Deuxième Concerto de Saint-Saens, un des chevaux de bataille d’Artur Rubinstein et pour lequel j’ai toujours eu une faiblesse malgré, ou peut-être en raison même de ses facilités mélodiques. Après quatre rappels, il nous offre une fort belle mazurka qui explique en partie comment un jeune homme d’à peine 20 ans a pu remporter le dernier concours Chopin de Varsovie. Après l’entracte Víctor Pablo Pérez dirige une Deuxième Symphonie de Brahms assez peu brahmsienne, aux mouvements rapides trop rapides et aux mouvements lents trop lents où, je dois le confesser, je me suis un peu ennuyé.
Rafal Blechacz jour Haydn Beethoven et Chopin le 27 mars au Théâtre des Champs-Elysées.

17860ème jour

Les cigarettes d'Alice

Alice, c’était agréable de te retrouver hier après la préfecture de Police, le Lapsang Souchong, le feu de bois, Beethoven et notre papotage. La prochaine fois, c’est toi qui m’appelle, et s’il te plait, fume mes cigarettes. Ou alors arrête de fumer.

17859ème jour

Les petits bonheurs de la Préfecture de Police

Je me rends par erreur à la Préfecture de Police pour y effectuer le remplacement de mon deuxième passeport. Le service des passeports a déménagé il y a peu dans un autre bâtiment sur le quai de Grève. Je profite d’être sur place pour acheter le timbre fiscal à soixante euros dont j’aurai besoin. Je le paye en carte bancaire et je demande une facture. La fille du guichet me répond : "c’est impossible maintenant. Il fallait préciser que vous souhaitiez une facture avant le paiement…"

17858ème jour

Onze Onze

Ce 11 novembre est le deuxième de ma vie où je travaille. Le premier était il y a quatre ans, alors que j’avais du effectuer un déplacement à Milan ce jour là. Cette année, le 11 novembre était le jour de solidarité de mon entreprise. Presque tout le monde avait pris un jour de congé, les bureaux étaient déserts.

17857ème jour

Une bonne nouvelle pour les amoureux d'opéra

On apprend que Gérard Mortier renonce à aller au New York City Opera, pour des raisons liées au budget de fonctionnement dont il aurait bénéficié. On pourra donc continuer d’aller dans les différentes institutions du Lincoln Center sans risque particulier d’écœurement.

17856ème jour

Le crime est notre affaire

Film assez médiocre qui a peu à voir avec l’humour si british d’Agatha Christie. Il reste néanmoins la très belle prestation de Claude Rich qui a du beaucoup s’amuser à jouer un vieillard acariâtre et radin qui lape sa soupe en faisant un bruit effarant.

17855ème jour

Cher Velib

Alors que je prends un Vélib avec mes filles, je suis étonné de constater que ma carte ne fonctionne pas, puis que la borne m’indique que mon compte est débiteur de 35 euros. Intrigué, je prends un abonnement du jour pour me rendre au Café di Roma et de là bas je consulte mon compte sur l’Iphone. Je m’aperçois que lors de la dernière utilisation, alors que j’avais laissé ma carte à ma fille aînée, celle-ci a mal replacé le vélo, qui est resté ainsi plus de vingt quatre heures. En pleurant un peu au téléphone avec la hot line Velib, mon compte a été réapprovisionné.

17854ème jour

Mon nouveau jouet

C’est un IPhone noir dont il faut bien reconnaitre qu’il est le plus beau et le meilleur des téléphones sur le marché. Jusqu'à ce que celui-ci sorte...

17853ème jour

Une nouvelle dédicace

Pour mon cher ami V. un mahlerien dans l'âme, en souvenir de toutes les joies et les émotions mahlériennes que nous avons partagées en tant de lieux divers et dans l'espoir que nous en vivrons encore beaucoup ensemble!
Avec l'affectueuse pensée de
HLG
Paris, le 1er novembre 2008

17852ème jour

Orsay

Je passe la soirée au Musée d’Orsay dont la grande galerie et les salles des impressionnistes sont privatisées à notre intention. Il est fort agréable de déambuler dans les salles presque vides et de pouvoir s’attarder autant qu’on le souhaite devant les toiles. Je me régale en particulier d’observer mes clients musulmans fascinés par l’origine du monde.

17851ème jour

Fantôme

Je dîne au Grand Colbert avec une dizaine de clients britanniques. Non loin de nous, à la table près de la porte, se tient Pierre Cardin accompagné d’un jeune homme. Je le désigne à mes convives. "Ca n’est pas possible me disent-ils unanimement, il est mort !"

17850ème jour

Mahler Boulez à Pleyel

J’ai une fois de plus failli être en retard à Pleyel. J’ai eu la faiblesse d’accepter de ramener une cliente roumaine des environs de Senlis où nous avions un séminaire de travail. Elle a mis dix minutes à se préparer, dix minutes que je n’ai jamais rattrapées.
C’est en nage que je me suis assis au premier balcon, alors que les musiciens de l’orchestre étaient déjà en place. Il était amusant d’entendre une nouvelle fois quelques uns des Wunderhorn Lieder chantés une semaine plus tôt au même endroit par Mathias Goerne. Le tempo est plus lent, presque enlisé par un Pierre Boulez apollinien. Le résultat est plutôt moins que réussi que la semaine passée, en partie en raison du vibrato trop accentué de Dorothea Röschmann. En deuxième partie, la si merveilleuse Quatrième Symphonie dont HLG me fait toujours remarquer quelle est si complexe en dépit de son apparence simple. La encore, Pierre Boulez ralentit les tempi à l’excès et ce qui peut réussir au troisième mouvement devenu extatique ne convient guère de mon point de vue aux deux premiers.
Pierre Boulez et Daniel Barenboim redonneront leur cycle Mahler avec la Staatskapelle de Berlin à New York le printemps prochain, mais comme dit quelqu’un que j’aime beaucoup, "je ne peux pas être partout…"
Au retour, je ramène HLG et la sœur du maestro chez eux. Ils ont plus de cent soixante dix ans à eux deux, mais ils sont plus jeunes d’esprits que la plupart de mes passagers. J’ai même proposé à Jeanne de partir à Amsterdam sur le champ. Il y avait un peu de regret dans son refus.

17849ème jour

Londres Paris

Hier dans le métro c’était Halloween et alors qu’à Paris, ceux qui cèdent au déguisement ont juste l’air ridicule, ici à Londres, on aperçoit des créatures tellement étonnantes que le spectacle en vaut vraiment la peine. Je me sentais presque minoritaire.

17848ème jour

Antony & the LSO

C’est un concert que j’attendais depuis longtemps, Antony, the Johnsons et l’un de mes orchestres préférés. Je suis arrivé un peu à l’avance et j’ai pu facilement revendre mon deuxième ticket que j’avais acheté il y a si longtemps à l’attention de Pierre. Je lui ai d'ailleurs envoyé un SMS vachard prouvant sans doute qu'il me manque toujours un peu. L’audience du Barbican était amusante ce soir là avec absolument de tout, du public classique habituel au néo punk. L’orchestre est entré puis on a aperçu la silhouette d’Antony se placer sur le devant de la scène, dans l’obscurité. Peut-être par timidité, il restera dans cette obscurité pendant presque tout le concert, ne laissant que deviner qu’il est vêtu d’une sorte de toge romaine bleutée. Cela me fait terriblement de peine de le reconnaître, mais ce concert m’a terriblement déçu, principalement du fait des orchestrations si médiocres confiées au LSO. Celui-ci ayant sans doute fort peu répété, ne sortait qu’un son fort banal de variété qui faisait vraiment douter de la nécessité d’avoir mobilisé cent musiciens de ce niveau. Bien sûr il restait la voix surnaturelle et exceptionnelle d’Antony et ses belles mélodies mais une fois de plus j’ai observé que le cross over ne mène le plus souvent à rien…
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