16049ème jour

Célébrité

Grâce à Yarrow, je viens d'apprendre que je suis passé en photo dans Madame Figaro. Le top du glamour. L'objet du délit se trouve . Je suis le personnage au parapluie orange, acheté trente minutes plus tôt au BHV. Et le petit elfe qui a l'air de gambader autour de moi n'est autre que mennuie.

16048ème jour

Aiguillage

J'évoquais il y a quelque temps la perspective d'un nouveau travail. Après des heures au téléphone, un entretien à Genève et un autre à Madrid, on m'avait gentiment fait comprendre qu'on me rappellerait. Et, à ma grande surprise on m'a rappelé il y a deux jours, donc six mois plus tard, pour ce job assez proche de la fonction que j'occupe actuellement, basé à Paris mais très souvent à l'étranger, dans d'autres pays européens.
Par ailleurs j'ai été approché par une autre boîte qui me propose de travailler dans un domaine totalement différent du mien, également à l'international mais plutôt dans les pays d'Europe du Sud, Moyen-Orient et Amérique du Sud. Ce que j'ai le plus apprécié, c'est qu'ils m'ont proposé un mariage à l'essai. Je passe pas mal de temps avec eux en ce moment, on va aller essayer de faire un coup à Istanbul dans dix jours et si à l'issue de celà on s'aime vraiment, on signera le contrat de mariage.
Tout ceci me donne l'impression d'être à un aiguillage important de ma vie. Et que l'année prochaine devrait être fort différente de celle-ci.

16047ème jour

Réveils

Pendant une longue période, lorsque j'étais enfant, c'est ma mère qui avait la tâche de me réveiller. Etant le plus jeune, je commençais l'école plus tard que mes frères et soeurs et j'avais donc droit à une heure de plus de sommeil. A partir de mon entrée en Sixième, je commençais l'école à 8 heures et c'est mon père qui m'emmenait avec les autres en voiture, puisque nous habitions à une dizaine de kilomètres de l'école. C'est donc lui aussi qui me réveillait le matin. Vers 6h45, il poussait la porte de ma chambre, allumait la lumière et me disait de sa voix grave et sonore : "Vince, il est sept heures!"
Quelques années plus tard je me souviens d'un imbécile d'adjudant-chef qui hurlait dans les couloirs de la caserne: "Réveil!".
Je pensais à tout celà l'autre matin, alors que la deuxième de mes filles dormait chez moi. C'est la plus douce et la plus sensible d'entre elles. Je me suis approché de son lit, je lui ai caressé la main, je l'ai embrassée, je lui ai murmuré à l'oreille : "c'est l'heure mon lapin que j'aime, il ne faut pas te rendormir". J'ai laissé la lumière éteinte pour que ses yeux s'habituent à la légère clarté du petit matin. Puis je suis parti à la boulangerie acheter deux croissants. Nous les avons mangés ensemble sur la table de bois de la cuisine, puis nous sommes partis la main dans la main vers l'école.

16046ème jour

Les flots du Danube

L'une de mes scènes de film préférées est la fin de Agent X27 de Josef von Sternberg. L'héroïne, espionne jouée par Marlene Dietrich, est en prison, condamnée à mort. Pour la dernière nuit avant son exécution, on lui propose d'exaucer un dernier voeu. Elle demande un piano dans sa cellule. Et on voit Marlene, de dos, interpréter une valse de façon très virile, très puissante, en insistant sur le petit retard très typique du deuxième temps de la valse viennoise, puis en s'interrompant, lassée ou épuisée, au moment précis de ce retard.
J'ai longtemps cherché le nom de ce morceau, sans doute des années. Puis je l'ai entendue un jour par hasard sur France Musique. Il s'agit de la valse Donauwellen de Joseph Ivanovici. Il a fallu que j'aille jusqu'à Vienne pour en trouver un enregistrement assez minable d'ailleurs... Et depuis, cet air me poursuit. Je l'ai entendu par hasard à des moments importants de ma vie. Je me rappelle qu'un joueur d'orgue mécanique le massacrait il y a peu dans la gare RER de La Défense. Et l'autre jour, à Nice, alors que nous partagions un dernier déjeuner avec Mennuie, un accordéoniste s'est installé sur la place voisine pour jouer.... devinez quoi...

16045ème jour

Retrouvailles

Ce matin, je me suis levé au milieu de la nuit pour aller chercher à Roissy mon vieil ami Gaëtan en provenance de Montreal. J'étais en retard, son vol est arrivé en avance, au 2A au lieu du 2F prévu, mais les contrôles de douanes et le retard de ses bagages font que nous sommes arrivés ensemble. J'ai même pu le récupérer en me garant devant l'aérogare de qui est assez rare aujourd'hui. C'est toujours le bonheur de se retrouver après quelques mois. Nous avons évoqué la perspective de nos 25 ans d'amitié que nous fêterons en octobre prochain. J'irai le voir à cette occasion, je pense.
En attendant il a très envie d'assister aux Vêpres du premier dimanche de l'Avent à Cantorbery dimanche prochain. Moi je trouve que ça fait beaucoup de train en une journée. On va décider ça demain soir.

16044ème jour

Plus simple

Ce matin j'ai attendu un client pendant une dizaine de minutes dans le hall de son siège social à Nanterre. Sur la table visiteurs, il y avait quelques livres d'art, dont un passionnant sur les fonds sous-marins. J'ai appris plein de choses sur la façon dont les animaux marins et les crustacés se sont répandus à travers le monde avec l'extension des échanges maritimes. J'ai appris que les huîtres ont quasiment disparu des côtes européennes au XIXème siècle et qu'il a fallu les repeupler en important des huîtres des Amériques. Et puis j'ai appris que malgré leur système nerveux diffus, sans ganglion, les anémones ont quelquefois des comportements complexes. Ces animaux primitifs n'ont qu'une seule ouverture, qui leur sert à la fois de bouche et d'anus.
Heureux Valéry Giscard d'Estaing.

16043ème jour

Vieille

Aujourd'hui, en allant voir A la recherche de Nemo avec mes filles, la lada a passé le cap des cent mille kilomètres. Des suggestions pour son remplacement?

16041ème jour

Des nouvelles de Mennuie

Reçu ceci sous MSN Messenger.
Mennuie: Vincent touche entrer tuer encore en train de succéder dites
Mennuie: je te parle sans utiliser mon cabinet
Mennuie: malheureusement ça ne fonctionne pas merveille
Mennuie: cuir correct épicé mitaine
Mennuie: dans les camps de sortir boire un verre
Mennuie: cahota au
Mennuie: Vincent moteurs en Sébastien me demandait ce que veut dire cahota
Mennuie: dans le tel est donné
Mennuie: donné
Mennuie: l'année
Mennuie: bon lui
Mennuie: je n'arrive pas à lui certes souhaiter une bonne nuit
Mennuie: à frayer enfin

Je suis un peu inquiet pour lui.

16040ème jour

Spam

Toujours à propos de Nokia, un défaut habituel de la plupart des modèles est que, lorsqu'on appuie sept fois de suite sur la touche Menu, on envoie un SMS blanc au premier inscrit alphabétiquement de son répertoire. Lors de mon dernier séjour à New York, j'ai appuyé involontairement sur cette touche pendant plusieurs minutes et je me suis rendu compte que j'avais envoyé 21 SMS vierges à la même personne. Le SMS transatlantique coute trente centimes d'euros.
Pour corriger le tir, je n'ai eu qu'une solution : expédier un vingt-deuxième SMS. D'excuses, celui là.

16038ème jour

Sauvegarde I

Lorsque j'ai perdu tout l'annuaire de mon nokia pendant mon séjour à New York, j'ai angoissé sur la perspective de perdre quelques SMS archivés et qui me rappellent tous des souvenirs précis.
Je les recopie ici, comme sauvegarde. Comme je le fais égoïstement pour moi, je n'indique pas l'expéditeur.
- This little light of mine, I'm going let it shine for you for ever! (27/10/00 00:35)
- J'ai ta main dans ma main (27/03/01 23:34)
- Be Balach (05/05/01 15:09)
- gVgVssE, ici tigroo, vous me recevez? (24/08/01 12:28)
- Merci pour être toujours près de moi. Je t'aime (17/10/01 01:01)
- Je t'aime et mon voeu le plus cher est de ne jamais te perdre. Sweet kiss mon Vincent (23/10/01 00:23)
- Je t'aime de tout mon coeur. Happy birthday my Vincent (21/12/01 02:22)
- Je t'aime très fort mon Vincent et ça sera pour toujours (14/02/02 23:51)
- Je t'aime my gVgVssE (12/03/02 13:42)
- Je t'aime à un tel point que quand tu ne vas pas, moi c'est pareil. Je t'aime bisous (15/03/02 00:46)
- Je tenais à te dire que je t'aimerai toujours. Je pense très fort à toi. (03/04/02 18:50)
- Je suis de tout coeur avec toi. Je t'aime très fort. Je t'aime je t'aime je t'aime. (04/04/02 13:18)
- Douillousiqueubalbi (12/10/02 21:08)
- Merci, à chaque fois que j'en verrai un, je penserai à toi... à nous (02/11/02 16:54)
- Felicissimo 2003 Stefano (31/12/02 14:34)
- Ca fait longtemps que je n'avais lu un message aussi touchant de toi vraiment je t'embrasse si fort (01/03/03 22:05)
- Entao como estas querido esta bom em lisboa? eh bien bisous de Montpellier... (22/05/03 17:49)

16037ème jour

Le cercle (forum libre)

J'avais raté ce film lors de sa sortie en salle et je l'ai vu ce soir en DVD. Comme c'est indiqué sur l'affiche, "il existe une cassette video; si vous la regardez, vous mourrez sept jours plus tard". Pendant la majeure partie du film, on suit donc une journaliste qui a visionné la cassette et qui cherche à comprendre son origine. Dans une scène de la cassette, une mouche traverse le ciel comme si elle marchait sur l'écran, et la journaliste passe sa main sur le tube, et attrape la mouche. Quelques instants plus tard, elle découvre que la cassette a été tournée sur l'île de Moesko et elle cherche Moesko dans Google. Amusé, tout en regardant le film, je tape Moesko Island dans Google et je suis tombé sur ça.
Note du 16350ème jour : comme ce post est presque devenu une référence pour les commentaires sur le film "Le cercle", n'hésitez pas à le transformer en forum...

16036ème jour

Paris Nuit Magie

Comme souvent, je traverse Paris d'est en ouest pour rentrer chez moi. J'ai l'impression de regarder les interludes de Paris Dernière au ralenti. Je pense à mon grand-père qui, un jour, m'a confié que les moments les plus heureux de sa vie étaient les heures de conduite de nuit de Paris vers Clermont-Ferrand alors qu'il écoutait seul la radio. La grande marée verte des feux de la rue de Rivoli commence. Après le journal de 1h30 de France-Info, un air de jazz qui m'est familier, puis la voix de Montand qui s'élève, les paroles de Françoise Sagan : "Quand tu dors près de moi, tu murmures parfois le nom mal oublié de cet homme que tu aimais..." Je songe à la Troisième symphonie de Brahms dont cette mélodie a été tirée. Le programmateur de France Info a du y penser aussi puisque la belle mélodie de son troisième mouvement suit. J'ai envie de conduire en suivant les mouvements de valse, comme Montand précisément, au volant de son camion du Salaire de la peur.
Place de la Madeleine, rue Chauveau-Lagarde, Boulevard Malesherbes, Saint Augustin, rue Portalis, rue de Madrid, je suis chez moi.

16035ème jour

Ce qu'il restera

Longtemps, longtemps, longtemps après que j'aurai disparu, que restera-t-il? Mes chansons ne courront pas dans les rues, mes oeuvres n'empliront ni les librairies, ni les salles de concert, mon nom ne s'inscrira qu'au fronton de la tombe.
Quelques personnes conserveront après ma mort un souvenir de moi, bon ou mauvais. Le temps passant, leur nombre diminuera et leur âge s'accroîtra. Viendra un jour où tous ceux qui m'auront connu seront morts à leur tour.
Il ne restera que des photos papier qui jauniront, que des photos numériques qui s'effaceront. Ceux qui apercevront mon visage ne sauront plus qui j'étais, ils ne sauront plus qui j'aimais, ils ne se le demanderont sans doute même pas. Ils songeront à leur propre mort en lisant la mienne dans les pixels de mes yeux.
Il restera aussi quelques lignes dans les archives administratives, un nom, une date de naissance, une date de décès, des notes d'examen, des soldes d'imposition, des bulletins de salaire, des points retraite, beaucoup de chiffres symboles de nos maux, peu de mots à déchiffrer.
Mais au fond, il ne restera que la vanité d'une vie microscopique dissoute dans l'immensité du temps passé.

Une génération s'en va, une autre vient, et la terre subsiste toujours.
L'Ecclésiaste I.4

Ich wandle nach der Heimat, meiner Stätte
Ich werde niemals in die Ferne schweifen.
Still ist mein Herz und harret seiner Stunde!
Die liebe Erde allüberall
Blüht auf im Lenz und grünt aufs neu!
Allüberall und ewig
Blauen licht die Fernen!
Ewig... ewig...


Je chemine vers mon pays, vers mon refuge.
Pour moi, plus jamais d'horizons lointains,
Calme est mon coeur et il attend son heure.
Partout la terre bien aimée fleurit
Au printemps et verdit de nouveau!
Partout et éternellement, l'horizon sera bleu!
Eternellement... éternellement...


Gustav Mahler - das Lied von der Erde - adapté d'un poème chinois de Wang Wei

16034ème jour

Pour Sonia

Souvenirs du Quai-Ouest au siècle dernier: Come fa bene l'amore, Tarte Juliette, calandre rouge pour audi A3, trottinette dans l'ascenseur, cerise artificielle pour gâteau, rivière au dessus de la Seine, pourboire pour gardien de voiture, voiturier dégoûté, pfff on a un gage, oignon caramélisé, rat dégoûté, teinture ratée, Key-west fargo, Fargo et Millaut, des frères couenne de lard-tichaud-breton-c'est bon, history repeating, Lion King, abbatement de 50000, genre ya 3 co-acheteurs pour la calandre, grunch grunch la limite est-ouest, la pina del Papa, mauvaise chute, garage Toyota avec Chateaudin? Chateaudun? Chateldon! L'eau de Louis XIV, le Meurice et son bar, Louis XIV's water, water closed, ascenseur du bermuda, du bermuda oignon grillé au caramel, Zebra Square, île de la Jatte, téléphone rouillé, fellation, nokia salope, ah non, pas fellation, plein de monde en semaine, Propellerheads, en terrasse mais pas au soleil, pas de dessert, dessert, pas de dessert, dessert, entrée/plat ou plat/dessert, deux cafés, tu m'inviteras à Amsterdam, on voit rien de ce qu'il y a dans la morfule, avec chocolaaats, on n'a plus le Château Ott, pour ta trésorerie, Cats ça fait vingt ans déjà, c'est complet jusqu'à Noël, mais on s'endort a la première partie, les tee-shirts sont un peu larges , elle a mis le sien à l'envers, bronzage, bague, cicatrices, marques au dessus des poils, poils, je n'ai plus qu'un vieux poil à mazout, à mazout ville ou à mazout plage?

16033ème jour

Le jour où je suis mort

L'orchestre du Concertgebouw d'Amsterdam a une grande tradition mahlerienne. Tous les chefs qui sont nommés à sa tête (il n'y en a eu que cinq en cent-dix ans) ont organisé un festival Mahler. Le chef actuel, Riccardo Chailly a fait de même en mai 1995. Un mois de rêve au cours duquel l'intégralité de l'oeuvre de Mahler a été jouée par les plus grands interprètes mondiaux. J'y ai passé quelques jours à ce moment là.
Comme j'ai mes petites habitudes à Amsterdam, j'en ai profité pour acheter ce qu'on ne trouve légalement que là bas. Je me souviens fort bien du vendeur du Bulldog qui m'avait dit avec un clin d'oeil: "You'll see: this one is really good". De retour à l'hôtel, le soir, jai testé la marchandise et je me suis rendu compte assez vite qu'elle était très chargée en THC. J'ai feuilleté distraitement un magnifique bouquin mis en vente à l'occasion du festival : Gustav Mahler : the world listens.
Bizarrement, fumer a un effet aphrodisiaque sur moi et me donne une envie furieuse de sexe. V. avait l'air plutôt d'accord et nous nous sommes assez vite retrouvés l'un contre l'autre en pleine action. J'étais dans un état très étrange, à la fois très excité et très mal à l'aise. En approchant de la jouissance j'avais une peur terrible que mon coeur ne lache, j'ai pensé à ce qu'on appelle savamment l'épectase.
Au moment où j'ai joui, je crois que je me suis effondré dans un sentiment de douleur et de plaisir mélangés.
Et j'ai su que j'étais mort.
Oui, bien sûr, cela peut paraitre stupide mais j'en étais totalement convaincu. D'ailleurs, quand on est mort, comment le sait-on, qu'on est vraiment mort? Il y a quelqu'un pour nous le dire? J'étais épuisé, j'avais besoin de dormir mais à chaque fois que je m'assoupissais, je me relevais en sursaut, dans une sorte de réflexe vital, persuadé que si je m'endormais, je ne me réveillerais pas.
Je me souviens avoir rallumé la lumière pour vérifier si le temps s'écoulait encore ou s'il était resté bloqué au moment de ma mort. Ma montre n'avait pas de trotteuse. Je n'arrivais pas à voir si la grande aiguille avançait et j'angoissais. Je n'ai pas dormi de la nuit. J'ai tourné en rond pétrifié par cette mort irréelle. J'étais arrivé à me persuader qu'être mort, c'était tout simplement la prise de conscience de sa propre mortalité. Que la vie continuait mais qu'au fond de soi, on était vraiment mort.
J'ai mis du temps à redescendre : vingt-quatre heures pour arriver à revivre normalement. Je me souviens à peine du deuxième concert. Nous sommes rentrés à Paris. Je n'allais pas bien. Je dormais mal. J'avais des crises d'angoisse. Je suis allé voir le vieux médecin de famille de mes parents. Celui-ci m'a fait faire une bardée de tests dans un laboratoire. Il m'a fixé un nouveau rendez-vous pour analyser les résultats. Je le revois regarder les documents d'un air embarassé puis lever vers moi ses grands yeux tristes, pour me dire : "Un doute terrible m'assaille. Silence. J'ai très peur que vous ne soyez en parfaite santé".
J'ai refusé des pilules pour voir la vie en rose. Je voulais m'en sortir par moi même. Celà a pris beaucoup de temps. Je me souviens d'une crise d'angoisse dans un bus sur la place de l'Etoile, d'une autre dans un restaurant japonais de la rue Marbeuf. Je me souviens de crises nocturnes de tachycardie. Je me souviens avoir acheté de nombreux livres sur la mort. Je me souviens avoir été très mal à à l'aise pendant le film "Le hussard sur le toît" lorsque l'un des personnages, malade du choléra, se plaint d'avoir le corps qui refroidit. Je me souviens du retour soudain de l'angoisse alors que j'avançais dans la mer, près de Gibraltar lors d'une matinée où la brûme était très épaisse. Je me souviens de m'être quasiment effondré dans un restaurant de poissons à La Duquesa.
Je me souviens d'avoir relu en y faisant attention pour la première fois le magnifique texte de la résurrection de Klopstock :
O glaube: du wardst nicht umsonst geboren!
Hast nicht omsonst gelebt, gelitten!

Je me souviens d'avoir repris peu à peu goût à la vie. Ce sentiment d'être virtuellement passé de l'autre côté du miroir m'a au final fait aimer la vie encore plus intensément. Et si j'y réfléchis calmement, je crois être toujours en vie. Avec parfois ce petit doute qui m'assaille. Ce petit doute d'être mort dans une chambre austère de la banlieue d'Amsterdam.

16032ème jour

Post en stock

Au cours de ces trois jours à Nice, on a beaucoup discuté mennuie et moi, et toutes ces discussions m'ont donné des idées de post pour les jours à venir. Je les note ici comme pense-bête :
- Mon premier souvenir,
- Conducteur Krakassevich,
- Ma première voiture,
- Ma vieille 405,
- Les flots du Danube,
- Le jour où je suis mort,
- Ce qu'il restera,
- Sauvegarde.
Une fois n'est pas coutume, je propose un peu d'interactivité ici et le titre qui sera le plus demandé dans les commentaires fera l'objet du premier post.

16031ème jour

db2

Lever à 5h45 ce dimanche. Je vais au radar dans le métro, je n'ai plus l'habitude. Quelques racailles sur la ligne 3 dont l'un dit aux autres qu'il "ne défilera plus pour Gaultier, il est trop chiant". Sur la ligne 2, un beur maquillé me dit qu'il est trop tôt pour mettre des lunettes de soleil. Je retrouve mennuie à la Gare du Nord. Un coup de RER, un saut de bus et nous errons dans l'abominable aérogare T9 rebaptisée Terminal 3. Re-bus et nous arrivons dans le 737 d'Easyjet. L'hôtesse est vieille, le steward est moche, quelques mots d'humours improbables "Nous avons le plaisir de vous annoncer que le décollage a été réussi". Aéroport Nice côte d'azur, nous récupérons une 206 chez Europcar, traversons rapidement Nice, rejoignons la frontière italienne par la route de la corniche et filons sur l'autoroute en direction de Cervo.
Cervo est un petit village perché sur une colline qui domine la mer. Sur la place la plus haute, se tient une splendide église néo-baroque. J'ai eu un choc il y a quelques années en découvrant ce village et le petit resto Serafino, tenu par un géant poilu qui prépare comme personne les spaghettis aux fruits de mer. J'y suis retourné avec mes filles lors de nos passages en Italie. J'y ai assisté à un magnifique récital de piano où Anatol Ugorski avait magistralement interprêté les Tableaux d'une exposition. J'y suis enfin passé avec S. il y a dix-huit mois et nous aimions nous embrasser dans les petites ruelles où les chats se baladaient.
Premières frustrations : la facade de l'église est recouverte d'un vilain échafaudage et le resto Serafino est en congés annuels. Nous repartons pour Imperia où Monsieur Bibendum nous recommande un petit resto près du port.
Pendant le retour à Nice, nous nous arrêtons pour tenter de trouver le volume Festival Bar 2003 qui me manque, sans succès. J'appelle Stefano à Trieste pour lui faire un petit bonjour d'Italie. Il me dit : "Ah! je vois que tu es en Italie à cause de tous ces gens qui parlent autour de toi". Il s'agit en fait de troupeaux de retraités français qui font la queue pour acheter des alcools. Parmi eux, mennuie chargé de 48 cannettes de Redbull et d'une bouteille d'Absolut.
Retour à Nice, première pizza d'une série Kult.
Le lendemain nous attendons le concert en nous baladant dans le vieux Nice, montons à la colline du Château, parcourons la promenade des Anglais.
Le soir nous filons vers le Nikaia pour le concert Bowie. Avant d'entrer dans la salle, j'essaye de me procurer le tee-shirt des Dandy Warhols que je n'ai pas réussi à acheter à Bercy : une grande banane jaune avec une fermeture éclair. Lâs, le modèle est épuisé. Nous entrons avec près d'une heure d'avance, il est possible de se positionner assez près de la scène. Les Dandy Warhols ont nettement amélioré leur son depuis Bercy. Ils sont plus à l'aise même si on entend insuffisamment la voix de Courtney Taylor Taylor.
9h15 Bowie entre en scène devant 7500 fans en transe. Nous sommes à dix mètres de lui. Je passe un coup de fil à Manu pendant New Killer Star pour lui dire que je pense à lui. Je reprends mon pied pendant le fabuleux duo de Under pressure. J'appelle C. pendant China Girl pour lui rappeler que je suis là grâce à lui.
Pourtant, au bout de quatorze chansons, le récital tourne court. Bowie a mal à la gorge, il change le programme initialement prévu. Il montre ses yeux et ses oreilles à son band pour démarrer Sound and Vision. Il n'y aura ni Never get old, ni Let's dance. Cinq chansons supprimées pour finir sur Ziggy Stardust. Aucun rappel, la salle se rallume. Le public est déçu, mais visiblement Bowie ne va pas bien, il a même annulé le concert de Toulouse de jeudi.
Sans espoir, je vais redemander au stand s'ils ont les tee-shirts Dandy Warhols. A ma grande surprise ils en ont reçu et je peux arborer ma banane jaune alors que mennuie avale sa nouvelle pizza.
Easy-dodo, Easy-réveil, Easy-aéroport, DiffiKult-jet, Easy-bus, Easy-RER, Easy-metro.
I'm back.

16028ème jour

Un nouveau départ

Dans quelques heures, je me lèverai au milieu de la nuit pour rejoindre l'aéroport de Roissy. Un avion d'Easyjet devrait m'emmener avec mennuie pour Nice. Si tout va bien nous ferons un petit tour en Italie et nous assisterons lundi soir au passage de Bowie au Palais Nikaia.
A mardi.

16027ème jour

Soirée mexicaine

Hier, j'ai découvert qu'il y avait cent millions de mexicains. J'ai découvert qu'il y avait une ville de quatre millions d'habitants au nord de Mexico qui s'appelle León. J'ai découvert qu'un de ses habitants pouvait s'appeler Rodrigo et avoir de longues boucles blondes dans le cou. J'ai découvert que ma main aimait s'y attarder alors que nous buvions ensemble un whisky on the rocks. J'ai découvert que je ne me souvenais plus guère du roman de Malcolm Lowry "Under the vulcano". J'ai découvert qu'un roi mexicain pouvait répondre au nom merveilleux de Netzahualcóyotl (1391-1472). J'ai découvert qu'il pouvait être aussi poète et obsédé par la mort pour écrire des lignes aussi belles que :
Somos mortales
Todos habremos de irnos,
Todos habremos de morir en la tierra...
Como una pintura,
Todos iremos borrando.
Como una flor,
Nos iremos secando
Aquí sobre la tierra...
Meditadlo, señores águilas y tigres,
Aunque fuerais de jade,
Aunque fuerais de oro,
También allá iréis
Al lugar de los descansos.
Tendremos que despertar,
Nadie habrá de quedar.

J'ai découvert que j'avais furieusement envie de me donner au soleil mexicain.

16026ème jour

Encore un anniversaire...

Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de nin. On se connait depuis peu mais on se lit depuis longtemps... J'ai lu son post d'hier, alors je voudrais lui souhaiter un très bon anniversaire et espérer pour elle le plus beau des cadeaux, et tout ceci, euuh, comment dirais-je, fraternellement. Oui, c'est celà, fraternellement....

16025ème jour

Une collègue

J'ai en général d'assez bonnes relations avec mes collègues de travail. Il y a une exception notable envers une collègue dont je considère qu'elle a trahi son équipe. En effet, nous avons subi de janvier à juin un éphémère patron de division unanimement détesté dont je reviendrai sûrement un jour sur les aventures. Nous avions baptisé ce dictateur d'opérette Supermario au vu de sa petite taille et de sa ressemblance avec le moustachu aux yeux bleus. Dès son arrivée, Supermario a tout fait pour briser mon ancienne équipe qui le gênait dans l'établissement de son autorité. Tous le monde a résisté, sauf cette collègue qui, sentant le vent tourner, a totalement retourné sa veste à rayures. Comme elle est aussi de petite taille nous l'avons surnommée LSD pour "elle suce debout", ce à quoi j'avais inventé une variante : LSDMSM, "elle suce debout, même supermario". LSD a notamment passé des heures avec son nouveau dieu à moustaches pour débiner toute son ancienne équipe et l'aider à nous dézinguer.
Supermario négocie depuis quelques semaines son chèque de départ et LSD se sent désormais un peu seule, avec comme seul compagnon d'infortune le fruit amer de sa trahison.
Il y a quelques jours, je bavardais avec un collègue très sympathique et très bcbg au look résolument NAP-posh. Il me racontait ses sorties et apparemment il a eu ses habitudes au carré VIP du Queen. Comme je m'étonnais qu'il puisse apprécier les lieux, LSD, qui écoutait notre conversation, m'a regardé d'un air condescendant pour me dire : "Mais Vincent, le Queen, ça n'est pas *du tout* ce que tu peux imaginer!! C'est une boîte trèèèès branchée!!"
Je l'ai regardée à mon tour sans rien dire, mais intérieurement, le baromètre à plaisir indiquait le grand beau temps...

16024ème jour

L'homme pressé

Il y a quelque temps, un de mes amis m'a dit de quelqu'un qu'il était tellement pressé que pour gagner du temps, il tirait la chasse avant de pisser... L'expression m'a fait rire mais elle m'a aussi un peu ennuyé car j'ai presque l'habitude de tirer la chasse trop tôt ce qui, je le reconnais, est vraiment stupide. J'ai la manie d'essayer d'anticiper les actes ennuyeux de la vie : traverser les carrefours en croix dans le bon ordre pour minimiser l'attente, sortir mon badge de parking ou ma carte bleue avant d'en avoir besoin ...etc...
Mais dans l'histoire des toilettes, je suis vraiment agacé de ne pas arriver à stopper cette manie, même si, à chaque fois que je tire la chasse, je pense systématiquement au petit Prince :
- Bonjour, dit le petit Prince.
- Bonjour, dit le marchand.
C’était un marchand de pilules perfectionnées qui apaisent la soif. On en avale une par semaine, et on n’éprouve plus le besoin de boire.
- Pourquoi vends-tu ça ? demanda le petit Prince.
- C’est une grosse économie de temps, dit le marchand. Les experts ont fait des calculs. On épargne cinquante-trois minutes par semaine.
- Et que fait-on de ces cinquante-trois minutes ?
- On en fait ce que l’on veut…
- Moi, se dit le petit Prince, si j’avais cinquante-trois minutes à dépenser, je marcherais tout doucement vers une fontaine… "

16023ème jour

Un papillon sur l'épaule

Il y a deux semaines, j'ai observé qu'un petit bouton était apparu sur mon épaule gauche. Je ne m'en suis pas occupé outre mesure. Mais les jours passant, il a eu tendance à prendre du relief et à grossir un peu. Je ne suis pas du genre hypocondriaque mais je sais qu'il faut surveiller ce genre de trucs surtout quand on est comme moi un amoureux du soleil. En plus je ressentais un léger chatouillis (pas un gratouillis) autour de la chose, comme si la bête était en train de creuser la chair. J'ai donc préféré en avoir le coeur net et je suis passé ce matin voir une dermatologue.
Celle-ci m'accueille. Elle n'est plus toute jeune mais charmante. Mon cas décrit, elle m'invite à ôter ma chemise, met une sorte de casquette à ampoule incorporée et prend un air à la fois émerveillé et dégoûté pour regarder la chose. Verdict : une verrue. Berk.
Elle décide aussitôt de traiter la chose, se saisit d'un batonnet bien badigeonné à l'azote liquide (-196 °C) et me le flanque par deux fois sur l'épaule.
J'ai eu un bref instant de regret pour les jolies méthodes de la campagne de mon enfance où une guérisseuse avait pour habitude de frotter les verrues avec un morceau de lard, avant d'aller l'enterrer par une nuit de pleine lune. A la pleine lune suivante, la verrue disparaissait comme par enchantement.
Il parait que là, sous l'effet de l'azote liquide, elle va tomber d'elle même, comme une peau morte.

16022ème jour

Un dialogue

- Comment rêverais tu notre relation dans un an, dans le plus beau de tes rêves?
- Comment veux-tu que je sache !!!!!!!!!!!!!!!!!!!
- C’est une réponse....
- Tu fais chier, c'était le but de ma prochaine question...
- ...
- Tu me l'as piquée
- Ben vas y... moi je sais...
- Mais je pense qu'il faut qu'on en parle.
- Tu préfères par oral?
- Non, je trouve ça bien comme ça.
- Moi je veux bien te répondre.
- Comme ça, je suis sur que je te dirai tout.
- Te dire mon rêve...
- Vas y.
- Mon premier rêve serait que nous ayons l'un pour l'autre une confiance absolue, savoir que tu peux tout me dire, savoir que je peux tout te dire, un peu comme nous le faisons ici. Tout se dire n'est pas une obligation bien sûr ; ça serait gavant, mais quand on a confiance en l'autre, c’est plus un besoin.
Mon deuxième rêve serait qu’on arrive à trouver un peu de temps ensemble, peut-être un week-end de temps à autres. Tu aimes voyager, moi aussi.
Mon troisième rêve serait que tu sois très heureux et que peut être un tout petit bout de ce bonheur soit lié à moi...
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