16111ème jour

Olé

Le sort en est jeté. Je vais probablement faire un jaloux. Sans doute aussi une jalouse. Mais mon premier déplacement professionnel est planifié pour mardi. Destination Barcelone.

16110ème jour

Les joies du TER

En arrivant à Laval ce matin, le TGV avait du retard et j'avais très peur de rater ma correspondance pour Vitré, mais la SNCF a tout prévu. Comme le TER prend lui aussi la direction de Rennes, qu'il va moins vite que le TGV, et qu'il n'y a qu'une voie, il doit forcément partir après. Je n'ai donc eu aucun problème pour m'y installer. Ca ne va pas vite, un TER. Le paysage était beau. Des champs recouverts d'une pellicule de neige avec quelques bovins qui avaient l'air frigorifiés. On s'est arrêtés à Port Brillet où il y a un petit lac avec une presqu'île sur laquelle est construite une grande maison.
J'ai essayé les toilettes du TER. Le toilette donnait directement sur la voie, sans même un petit clapet de protection. On voyait les rails qui défilaient au bout d'un cylindre en métal d'une vingtaine de centimètres de diamètre. Je me suis amusé à uriner sans que le jet ne touche les parois du cylindre. En revanche, on ne le voyait pas atteindre le sol. Le mouvement du train emmenait le liquide dès qu'il arrivait à l'air libre, formant ainsi une belle parabole vers l'arrière.
J'étais presque triste d'arriver à destination.

16109ème jour

Retour à une vie "normale"

Ce n'est pas de me lever à 7h00 le matin qui me gêne. Juste de devoir consacrer 70% de ma vie verticale à l'activité professionnelle. J'ai hâte que la phase vraiment active des voyages commence. Istanbul sera plus distrayant que Nanterre.

16108ème jour

Patsy

J'ai revu le Docteur C. Il était très satisfait de son oeuvre. Il a quand même remis ça pour parachever le boulot. C'était moins intense que la première fois et je devrais avoir une gueule normale demain. En revanche j'ai décidé de franchir le pas et de pratiquer aussi le plan B. Rendez-vous pris dans vingt jours.

16107ème jour

Aujourd'hui

Ca ne m'était pas arrivé depuis des années. Débarquer dans un nouveau lieu, trouver ses repères, ranger ses affaires, découvrir un nouveau PC, commander ses cartes de visites, faire ses badges et puis surtout être présenté à une bonne centaine de personnes. Jusqu'à la nausée. Répéter la même phrase toute faite pour décrire sa mission en quinze secondes. Se mettre allègrement à mélanger les visages et les noms. Je suis épuisé.

16106ème jour

Demain

J'ai acheté une chemise neuve et un cahier neuf. J'ai remplacé la pile du réveil-matin.
Demain, c'est la rentrée.

16105ème jour

Chanson dans la nuit

Il y a maintenant fort longtemps que j'ai commencé à acheter des disques. Et lorsque le CD est apparu en 1983, j'avais un nombre de microsillons impressionnant. La plupart ont été aujourd'hui réédités en CD. Pas tous. Et j'ai encore quelques regrets, quelques sons que je ne peux plus entendre aujourd'hui: l'un d'entre eux était une musique pour harpe seule d'un compositeur obscur : Carlos Salzedo. Je me souviens de la pochette de ce disque de musique française pour harpe, enregistré par Nicanor Zabaleta, et en particulier d'avoir écouté des centaines de fois la courte pièce intitulée Chanson dans la Nuit.
J'ai appris récemment que Deutsche Grammophon avait réédité cette pièce dans un double CD très étrange qui est en fait une compilation de la plupart des 45 tours classiques (celà existait!) que cet éditeur a publié dans les années 50 et 60. On y trouve le meilleur (Simoneau, Wunderlich, Cherkassy, Segovia...) et le pire (des Kreisler réorchestrés et sirupeux, Kalinka par des choeurs soviétiques...) J'ai évidemment écouté immédiatement le Salzedo. Je n'ai pas été déçu : des harpèges mystérieuses, des accords violents, une mélodie envoutante, et j'ai surtout retrouvé le plus beau : quelques coups frappés avec les doigts sur le bois de la harpe, alors que les derniers accords s'évanouissent dans la nuit.

16103ème jour

Cocardier II

J'avais oublié qu'un oeil au beurre noir vire du violet au noir avant de revenir au rose en passant par un jaune bistre.

16102ème jour

Cocardier I

14h00 : Le Docteur C. ressemble un peu à Jacques Rigaud, l'ancien PDG de RTL, en plus bourgeois. Il me fait étendre sur une sorte de lit d'opération. J'ai seulement retiré ma veste. Le Docteur C. approche. Il a l'air plutôt content de lui, de ce qu'il a à faire. Je ferme les yeux. Je veux bien ressentir, mais pas voir. Quatre ou cinq fois de suite, il me pique sous la paupière droite. Plus il se rapproche du nez, plus j'ai mal. Puis il fait de même avec la paupière gauche. L'opération est rapide mais me parait longue. Le Docteur C. contemple son oeuvre d'un air satisfait et ajoute : "Celà fait déjà effet, si ça ne vous suffit pas, on coupera un peu".
22h00 : Il est debout devant ma porte un peu intimidé. Je vois en premier sa très belle chevelure, ses dents parfaites. Il n'ose pas entrer car l'intérieur de l'appartement est dans la pénombre avec quelques cartons ça et là. Puis il me serre la main et accepte d'entrer. Nous nous asseyons devant le feu de cheminée. J'ouvre une bouteille de champagne censée marquer notre rencontre après des heures de discussion sur Internet. Je propose de fumer. Il accepte. La fumée le fait rire. Moi aussi. Il me demande ce que j'ai à l'oeil. Je mens et je lui dit que je me suis cogné. Il me regarde en souriant. Moi aussi. Il me demande à quoi je pense. Je lui répond que j'ai très envie de l'embrasser. Il sourit encore. Je m'approche de lui. Il n'attend que ça. Ses lèvres sont très douces. Je me dis qu'il y avait longtemps. Trop longtemps. Le reste m'appartient et lui appartient.
2h00 : Je le raccompagne chez lui en lada. Nous écoutons des Lieder. L'accompagnement alambiqué au piano le fait rire. Je me gare devant chez lui. Nous resterons encore une heure à discuter. Quand une voiture s'arrête il a toujours peur qu'il s'agisse de la police. Il me raconte qu'il y a quelques années, à Bogota, la police l'a ainsi interrompu en pleine activité dans un véhicule. Il a eu très peur mais tout s'est terminé par un backshish. Il doit partir. Nous nous embrassons une dernière fois. Je lui dis que j'aimerais le revoir. Je repars rapidement en me disant que celà va être très dur de me lever pour mon meeting de 8h00.
7h55 : Je me réveille. Je n'ai pas entendu le réveil, ou il n'a pas sonné. J'appelle mon futur patron. je lui dit que j'ai un problème du à mon ancien boulot, que je ne serai là qu'à neuf heures. Juste avant de me raser, je réalise que j'ai un oeil au beurre noir.
8h15 : Je pars en voiture. Je m'arrête dans une pharmacie de Neuilly miraculeusement ouverte. je montre mon oeil au pharmacien hilare qui semble imaginer les restes d'une scène de ménage nocturne. Il me vend un fond de teint qui à la forme d'un tube de rouge à lèvres beige. Je me l'applique à un feu rouge. Je suis satisfait du résultat.
10h00 : A la pause je discute avec mon futur patron. Il me demande soudain : "Vous avez un coquart à l'oeil? Rien de grave?"
Non. Rien de grave. Juste un grain de folie.

16100ème jour

Un anniversaire III

Il y a cent ans aujourd'hui, le 19 janvier 1904, naissait mon grand-père Louis, le père de mon père. Il est le seul grand-père de mes souvenirs dans la mesure où mes grands parents maternels s'étant séparés fort longtemps avant ma naissance, je n'ai jamais connu mon autre grand père voué à un oubli haineux et définitif par toute ma famille maternelle.
Mon grand-père avait un caractère assez différent du reste de la famille : plutôt tendre, curieux de tout, désintéressé, il était un amoureux de la vie avec une petite pointe d'originalité. Il n'a pas eu un début de vie facile puisque son père est mort en tombant d'un toît alors qu'il avait huit ans. Il a été élevé par sa mère et son beau-père. Assez jeune, il prenait des cours de violon et était tombé amoureux de la fille de son professeur qui est devenue sa femme pour plus de soixante ans. Comme celle-ci avait une soeur jumelle, nous aimions lui demander pourquoi il avait choisi celle-ci et non l'autre. Il répondait invariablement avec un petit sourire malicieux : "Parce qu'elle était la plus douce".
Trop jeune pour participer au conflit de 1914, mon grand-père a été mobilisé pendant la drôle de guerre, à l'âge de 35 ans. Un jour, les sous-officiers ont demandé aux soldats de faire des travaux de terrassement. La plupart d'entre-eux ont cessé de travailler au bout de quelques heures. Mon grand-père a continué seul, trait assez caractéristique de sa personnalité : sens du devoir et du travail. Il a du être hospitalisé à cause des ampoules qu'il s'était faites aux mains. Quelques jours plus tard, tous ses camarades ont été tués par la poussée allemande de mai 1940. Il est rentré en Auvergne où il a exercé toute sa vie son métier de garagiste. Je me souviens comme j'aimais le visiter enfant dans le garage de la Pyramide, aujourd'hui disparu. J'aimais les odeurs de graisse et d'essence. Je me souviens aussi de l'odeur de poussière et des deux grands fauteuils en cuir qu'il y avait dans son bureau, de sa haute machine à écrire Underwood.
Mais mon grand-père, c'est avant-tout les week-ends de mon enfance. Je me souviens de longues promenades sur le chemin des crêtes, je me souviens de nos discussions, je me souviens des parties de Manille où il faisait toujours équipe avec mon frère, je me souviens de ses larmes lorsque je lui avais fait entendre le mouvement lent du Deuxième concerto de Chopin, je me souviens de son plaisir à discourir en société, à raconter les pages de son passé.
Je me souviens de la petite plaque dorée qui se trouvait sur sa boîte aux lettres, je me souviens de son dos de plus en plus voûté avec les ans, je me souviens de ses lunettes démodées et de ses chapeaux de toile grise. Je me souviens du Benedicite qu'il affectionnait en début de repas au grand dam de ma mère : "Seigneur donnez du pain à ceux qui ont de l'appetit et de l'appetit à ceux qui ont du pain." Je me souviens du jour où il a cessé de conduire et où il a vendu sa vieille Renault 8 grise. Je me souviens que j'aimais aller le chercher chez lui le dimanche alors que ma grand-mère ne voulait plus sortir de chez elle. Je me souviens que je le regardais entrer chez lui après l'avoir déposé, en me disant chaque fois que je ne le reverrais peut-être pas. Je me souviens d'une longue discussion de sa voix un peu traînante avec ma fille aînée qu'il tenait sur ses genoux. Je me souviens de notre dernière discussion à la clinique alors qu'il semblait bien se remettre d'une opération chirurgicale.
Je me souviens que j'étais en train de prendre mon bain à Bandol lorsqu'on m'a dit qu'il était parti. Je me souviens que j'ai pleuré.
Tu me manques.

16099ème jour

Ma vieille 405

Cette période est propice à me souvenir de l'autre, il y a quatre mille jours entre mon premier et mon second emploi. J'avais négocié un peu de fric pour quitter ce constructeur américain qui cherchait à diminuer ses effectifs au moment de la crise informatique qui a suivi de peu la première guerre du golfe. Je tentais de négocier de quoi remplacer la ruine qui me servait de véhicule à l'époque, une BMW 320 de plus de dix ans d'âge.
J'avais repéré chez le concessionnaire Renault proche de mon travail une 405 MI16 qui avait peu de kilomètres et qui avait visiblement du mal à partir. Elle me plaisait car elle n'avait pas le stupide aileron arrière qui orne normalement ce modèle. J'étais rentré dans la succursale, m'étais dit intéressé sans plus. Quelques temps plus tard, le véhicule était placé pour une semaine entière avec un énorme noeud rouge sur le toît. C'était l'occasion du mois. J'ai rongé mon frein mais attendu. La promo écoulée, le machin était toujours là. J'y suis allé et je l'ai eue pour un prix défiant vraiment toute concurrence.
Je l'ai bien aimée, cette voiture. Elle m'a emmené à Amsterdam, à Londres, à Gibraltar, à Rome...
Trois ans plus tard, un matin, je ne l'ai pas retrouvée dans la rue. Elle avait à l'époque plus de 100.000 kilomètres et il me semblait improbable qu'elle eut été volée. J'ai parcouru les rues alentour, j'ai appelé la fourrière et j'ai du me rendre à l'évidence. Elle avait été "empruntée".
L'assurance m'a plutôt bien remboursé alors qu'ils avaient payé six mois plus tôt une peinture neuve intégrale, la pauvre voiture ayant été massacrée au tourne-vis par un chauffeur de taxi qui convoitait la même place que moi, derrière le Grand Rex.
La police m'a appelé des mois plus tard. Ma 405 avait été brûlée par une bande près de Conflans Sainte Honorine. Ma fille aînée s'est longtemps demandé si son fauteuil enfant était parti dans l'autodafé.

16098ème jour

Rangement

J'ai vraiment honte mais j'avais encore vingt-quatre cartons non vidés depuis mon déménagement d'il y a ... dix huit mois. Je suis passé à quatorze aujourd'hui, avec l'aide de mes filles. Et j'ai retrouvé des disques dont je ne savais même plus que je les avais. C'est ce qu'on appelle une journée utilitaire.

16097ème jour

Etape

Tout à l'heure, au moment de partir, j'adresserai à 143 personnes de mon carnet d'adresses outlook le petit mot suivant :

"C'est aujourd'hui le dernier des 4000 jours que j'ai vécus au sein de ABCD. Au moment de lancer un dernier regard sur ce quart de ma vie, je tenais à vous dire tout le plaisir que j'ai eu à faire ce bout de chemin en votre compagnie. Je vous souhaite à tous beaucoup de bonheur et d'épanouissement.
A bientôt.
"

16096ème jour

Superstitions

L'autre jour, lorsque je suis allé écouter un équipement hifi haut de gamme, le propriétaire des lieux s'est livré à plusieurs rites étranges. En arrivant, j'ai bien sûr éteint mon GSM afin de ne pas être dérangé. Il s'est aussitôt précipité sur ma veste afin de l'éloigner. "Même éteint, il vaut mieux..." m'a-t-il assuré.
Avant chaque écoute il a emmené le CD pour le démagnétiser. Apparemment, les CD, en tournant à grande vitesse, surtout au démarrage, se magnétisent fortement.
Enfin j'ai eu droit à de grandes explications sur la qualité déplorable du courant électrique à Paris, sur le fait qu'il était de meilleure qualité le week-end que la semaine et qu'il était possible d'entendre à l'oreille sur un bon équipement, l'heure de fin des cotations à la Bourse de Paris.
J'y retourne demain. Je crois que je vais apporter ma patte de lapin.
Mais je la démagnétise avant.
Nan mais.

16095ème jour

Monsieur M. et le jeu de la Mosaïque

Depuis quatre ans que je fréquente mon garage actuel, je suis accueilli par M. M., petit Monsieur qui doit approcher la retraite, et dont l'activité principale consiste à mettre en doute les pannes décrites par ses clients. C'est énervant, mais je suis gentil avec M. M. car il a perdu sa femme il y a quelques mois et cela me fait de la peine de le voir bouger en tout sens les véhicules qui remplissent son garage. On dirait ces jeux pour enfant dont l'objectif est de reconstituer une mosaïque constituée de pièces carrées qu'il faut déplacer en utilisant l'emplacement laissé par la seule pièce manquante.
Ce matin, M. M. n'a pas eu besoin de contester mes fantasmes de panne. Il l'avait déjà fait la semaine précédente lors de la prise de rendez-vous. Il devait me prêter un véhicule de courtoisie. Las, l'engin n'était pas là à 8h30. Je suis donc allé au bureau en métro.
Ce soir je reprends le métro pour aller chercher le dit véhicule minuscule. M.M. s'affaire. Il prépare un contrat de prêt en deux exemplaires, me le fait signer et photocopie mon permis de conduire. Puis il me déclare : "J'ai deux choses à vous dire. Alors pour le problème moteur, apparemment tout est normal. Les bougies et le bobines fonctionnent normalement. Donc on ne remplace rien. Si le problème se renouvelle, vous revenez me voir." J'acquiesce. "Pour le problème de chauffage il faudrait remplacer deux valves, mais je ne les ai pas en stock." Moi : "Pas de problème... Quand les recevrez-vous?" Lui : "Je ne sais pas". Moi : "Mais euuh 24 heures? Une semaine? Un mois?" Lui : "Je ne sais pas. On ne sait jamais". Moi : "Mais donc, je peux repartir avec mon véhicule alors? Ca ne sert à rien que vous m'en prêtiez un!" Lui : "Ah ben oui! Ca ne sert à rien. Détruisez le contrat de prêt. Je vais vous chercher votre véhicule."
Et M. M. est retourné jouer au jeu de la mosaïque.

16094ème jour

Sons

J'ai acheté il y a une douzaine d'années une paire d'enceintes acoustiques dont j'avais longtemps rêvé. Je les avais payées en crédit-bail sur 3 ans car je n'avais pas du tout les moyens de me les offrir. Depuis je m'en suis lassé et je regarde depuis quelques semaines par quoi je pourrais les remplacer.
J'avais pris rendez-vous aujourd'hui chez un marchand de matériel pour écouter un ensemble de style formule 1. J'avais apporté cinq disques.
La Deuxième de Mahler par la Philharmonie de Vienne dirigée par Gilbert Kaplan. L'enregistrement est inouï. Le moindre pianissimo s'entend parfaitement. Et dans les fortissimo on a l'impression d'en avoir encore beaucoup sous le pied. Moment magique de la voix de l'alto qui s'élève dans le choeur final.
Schwanengesang par Thomas Quasthoff. Je ne reconnais pas les Lieder que j'écoute tous les jours en voiture. Voix grave et veloutée.
Les Variations Goldberg dans le nouvel enregistrement de Pierre Hantaï. Belles sonorités métalliques. Jeu parfois d'une grande rigueur, parfois swinguant.
Huitième Quatuor de Shostakovitch : Il est très facile de positionner spatialement chacun des quatre instrumentistes. Musique grinçante et ironique. Chaque fois qu'un peu de tendresse apparait, elle est immédiatement coupée par un masque grimaçant.
L'objectif est atteint. J'ai de nouveau envie.

16093ème jour

La Troisième à Mogador II

L'un des moments visuels que j'aime le plus de toute la pusique symphonique est la fin du long adagio de la Troisième de Mahler. Pendant les dernières mesures, les deux timbaliers jouent en cadence, de façon parfaitement synchronisée, alternativement sur deux de leurs timbales. Un coup à droite ensemble, un coup à gauche, un peu comme le joueur de tambour qui rythmait les mouvements des rameurs sur les galères romaines. Habituellement, l'effet visuel est superbe, les deux percussionniste tapant fort, d'un geste ample parfaitement parallèle.
Jeudi soir à Mogador, rien de tout celà : l'un des musiciens frappait normalement de sa mailloche. Mais l'autre avait besoin d'un petit battement de rythme intermédiaire entre chaque coup, comme si le rythme dans sa tête était un peu différent. Il a tout gaché. J'ai été très frustré.

16091ème jour

Charnière

Hier matin, j'ai signé mon nouveau contrat de travail avec mon futur patron.
Hier après-midi, j'ai revu mon patron actuel pour décider de ma date de départ. Elle est arrêtée au jour N°16097.

16090ème jour

La Troisième à Mogador I

J'ai connu Massimo sur Internet. Nous participions tous les deux à une mailing-list dédiée à notre compositeur préféré. Pendant quatre ans environ, je ne l'ai donc jamais rencontré. Il habitait à Tokyo et alimentait ma page web des concerts et nouveautés discographiques du Japon. En 2002, à ma grande surprise, il a été nommé dans un centre de recherche à Nancy, où il a déménagé, avec sa femme japonaise qui répond au doux nom d'Izumi (source en japonais). C'est à cette occasion que nous nous sommes rencontrés à Paris. Il m'avait rapporté toute une série de CDR pirates japonais, introuvables ailleurs.
Il y a quelques mois, nous avons décidé d'aller ensemble écouter la Troisième de Mahler dirigée par Christoph Eschenbach à la tête de l'orchestre de Paris. Nous avions rendez-vous chez moi hier à 19 heures pour boire un verre avant le concert. Une fois n'est pas coutume, j'arrive en métro, un peu à la bourre. Personne devant chez moi. Je monte. Vers 19h05, je reçois deux messages vocaux. C'est Massimo. Il me dit être devant le x de la rue de Rome, alors que j'habite au x de la rue de Madrid. Un peu surpris, je sors de chez moi en tee-shirt et je descends toute la rue de Rome en courant, en espérant qu'il s'y trouve encore. Arrivé devant le N°x, j'aperçois Izumi, toute contente de me voir. Elle me dit que Massimo est de nouveau dans la cabine téléphonique pour tenter de m'appeler. Je traverse le boulevard Haussmann et au moment où mon téléphone commence à vibrer, je le montre à Massimo à travers la vitre de la cabine téléphonique. Il me regarde amusé en souriant derrière sa barbe et ses lunettes. Je lui dis : "Massimo, tu sais quelle est la capitale de l'Espagne?" Il me répond : "Bien sûr! Madrid!" Je réponds : "En effet, et pas Rome!". C'est alors qu'il me brandit l'impression de l'e-mail par lequel je lui avais donné rendez-vous rue de... Rome. J'ai eu un peu honte et je ne m'explique jourjours pas comment j'ai pu me tromper sur ma propre adresse.
A part ça, une Troisième de Mahler très honorable dans l'acoustique médiocre de Mogador.

16089ème jour

OB

Il y a une dizaine d'années en allant à Londres, j'avais découvert par hasard Ozwald Boateng, un couturier qui dessine des costumes pour homme au design résolument dandy. J'avais essayé de me rendre dans la petite boutique qu'il avait à l'époque sur Vigo Street mais celle-ci était désespérément fermée. Plus récemment lors d'un autre séjour à Londres, j'avais regardé les vitrines de l'immense boutique de Savile Row que la clientèle de Bowie et de Mick Jagger lui ont permis de s'offrir. Le prix prohibitif de ce qui y était exposé m'avait dégouté à jamais de m'y habiller un jour.
J'avais également repéré un petit magasin près de Saint Germain des Près qui revendait quelques costumes Boateng mais là encore, le prix dépassait ce que j'accepte de dépenser pour faire le singe devant mes clients.
Et puis aujourd'hui par la grâce des soldes et des Galeries Lafayette réunies, j'ai pu enfin satisfaire cette envie. L'objet de mon choix est très sobre en apparence : un costume tout noir. La doublure est en revanche assez flashy et comble du raffinement, si l'on glisse le rabat des poches à l'intérieur de celles-ci, on découvre une seconde petite poche au rebord assorti à la couleur très voyante de la doublure. On voit vaguement ce que celà peut donner ici.

16087ème jour

gVgVssE

Il y a quelques années j'ai découvert le chat par le biais d'irc. Au moment de m'y inscrire, j'ai choisi pour nickname initial la première chose qui m'est passée par la tête, à savoir Gusterl, un diminutif autrichien pour Gustav. Ce nom suscitait des questions et des réactions assez bizarres, jusqu'au jour où l'un de mes interlocuteurs m'a traité de gugusse. J'ai choisi d'assumer la moquerie mais le nickname gugusse était pris et je l'ai transformé en gvgvsse. Et il est devenu gVgVssE, pour des raisons esthétiques sans doute discutables.
J'avais d'ailleurs une explication vaseuse pour justifier ce nouveau nick. J'indiquais que les u s'étaient transformés en V à force de faire des uV, mais que pour le E, je nE savais pas trEs biEn, que l'EnquEtE sE poursuivait...
Et si je vous raconte tout celà aujourd'hui, c'est parce que ma concierge m'a fièrement annoncé ce soir que le paquet que j'attendais d'Italie depuis un mois était enfin arrivé. Et croyez moi ou non, c'est à cause de tout celà que je porte en ce moment même ceci sur le dos.

16086ème jour

Décidé

Cet après-midi, j'ai annoncé mon départ imminent à mon patron. Il l'a pris calmement et sobrement, n'a pas parlé de trahison, ni amené le débat sur un ton affectif. J'ai sans doute été un peu déçu, voire vexé qu'il ne me retienne pas plus. Cela s'explique soit par le fait qu'il s'en fout un peu, soit parce que j'ai introduit le sujet en disant que ma décision était prise et irrévocable. Ou peut être pour un peu des deux.
Il ne reste plus qu'à décider de ma date de départ. J'aimerais bien éviter de faire mon préavis et souffler un peu dans la période délicieuse où l'on n'a plus les soucis de l'ancien boulot et pas encore ceux du suivant.

16085ème jour

Protestation

Plus de cinq heures pour rejoindre Paris aujourd'hui en raison des ralentissements dus à quelques accidents sans doute liés au verglas. Aussi dès que nous franchissons le périphérique, je passe un coup de fil pour prévenir que nous sommes bien arrivés. Le portable de ma soeur ne répond pas. Celui de ma mère reste muet. J'arrive un peu plus tard à parler avec ma soeur, lui explique n'être pas arrivé à les joindre et conclus par un "Aaaaah les femmes et les portables" un peu ironique. Je termine la conversation.
Tour d'un coup, une petite voix s'élève de la banquette arrière : "Merci papa, pour les femmes et les portables..."

16084ème jour

Mon frère retrouvé I

J'ai d'assez beaux souvenirs d'enfance avec mon frère: d'innombrables jeux, des balades fabuleuses en vélo, des cabanes dans les bois, des escalades sur les toits, des jeux de rôles et d'espions. Il avait une imagination débordante et il était souvent l'iniateur de ces jeux. Je me souviens aussi de rivalités terribles, de mon frère qui aimait me taquiner et de mes réactions violentes liées à mon mauvais caractère fort susceptible. Il y avait sans doute aussi un rien de jalousie que la plupart des aînés ressentent pour leur cadet.
Mon frère a eu une crise d'adolescence d'autant plus forte que son caractère lui faisait sans doute mal accepter la chappe de plomb que mes parents avaient posé sur leurs enfants en guise d'éducation. Lorsque j'avais 15 ans et mon frère 17, notre relation est devenue distante, nous nous parlions peu et lui même s'est isolé du reste le famille. Après son bac, à notre grande surprise, il a décidé d'entamer des études de médecine. C'est à cette époque qu'il a commencé à sortir, au grand dam de mes parents qui l'ont pour ainsi dire foutu dehors de la maison. J'ai su plus tard que la raison invoquée était la crainte d'une mauvaise influence sur moi. C'est à cette époque que tout a commencé. Après avoir logé quelques temps chez mes grands-parents, puis chez son parrain, il s'est loué un studio et n'est plus revenu à la maison. Moi même, à 19 ans, je suis parti à Paris poursuivre mes études et je suis revenu assez rarement en Auvergne, juste pour les vacances, comme un papillon ébloui par la ville lumière. Mon frère a débarqué à Paris cinq ans après moi. Je l'ai aperçu à quelques reprises dans des restaurants. Je lui ai proposé de se revoir. Il a esquivé. Au cours des quinze dernières années, j'ai du le revoir quatre ou cinq fois, dans des circonstances obligatoires comme mon propre mariage ou la mort de mon grand-père. Le contact a été difficile. Il est assez dur d'être deux frères, mais d'être devenu deux étrangers, de ne plus savoir qui est l'autre, quels sont ses goûts ou ses passions.
J'ai longtemps pensé que cette situation serait irréversible. J'ai observé avec un rien de jalousie les belles relations que certains de mes amis entretenaient avec leur frère. Je ressentais comme une mutilation, un abominable gâchis. Je culpabilisais aussi de ne pas avoir tendu immédiatement la main à ce frère abandonné par mes parents, ayant ainsi fait preuve d'une obéissance aveugle et stupide.
Et puis une ouverture est devenue possible grâce à une petire fille merveilleuse et décidée. J'en ai parlé ici.
Aussi, ce premier réveillon depuis tant d'années avec mon frère et ma soeur m'inquiétait un peu. Il s'est magnifiquement déroulé, sans heurt particulier, sans concession non plus. Le surlendemain, mon frère et moi avons effectué une belle promenade de quelques heures dans les prairies enneigées près de Manson. Alors que nos filles confectionnaient un bonhomme de neige, nous avons tous deux évoqué ces routes ou nous nous promenions en vélo, ce virage devant chez ma grand-mère où nous faisions la police les dimanches soirs, cette colline où il était allé me capturer un Machaon. On était heureux de se raconter tout ça de rouvrir des pans de mémoires jusqu'alors interdits. Et puis pour conclure cette promenade, nous sommes allés boire une boisson chaude dans une brasserie poussiéreuse de Royat. La musique y semblait venue d'un autre siècle, de notre enfance précisément. Il y a si longtemps que je n'avais entendu le Concerto pour une voix.

16082ème jour

Un 1er janvier

Pas de circulation en ce début d'après midi du 31 décembre. Je rallie Clermont-Ferrand en respectant les limitations de vitesse. Ou presque. Jamais plus de 140. Je m'arrête sur une halte d'autoroute vers 16 heures pour négocier au téléphone quatre points de détail de mon futur contrat de travail.
En arrivant, le ciel est couvert mais à gauche la chaîne des Puys domine la Limagne dans une belle lumière dorée. Je passe chez ma mère puis nous allons chez ma soeur qui a préparé le dîner de réveillon. Mon frère arrive. Je le trouve beaucoup plus serein que lors de nos rencontres de l'été. Ma mère voit ses trois enfants ensemble, pour la première fois depuis onze ans. Etrange soirée beaucoup plus pacifiée que je ne l'aurais imaginé.
Minuit approche avec ses salves de SMS de France et d'Italie. Vers 3 heures mennuie m'envoie un message vocal où on entend la voix de Bowie émerger d'un lieu très bruyant et apparemment très arrosé. Puis les éboueurs m'empêchent d'avoir mon quota de sommeil en me réveillant vers 6 heures.
Aujourd'hui, il a neigé toute la journée. Nous avons fait une promenade tous ensemble dans les vieilles rues de la butte de la Cathédrale recouvertes d'une épaisse couche de neige. En entrant dans la Cathédrale je regarde les voutes et les flêches que j'ai visité adolescent avec mon professeur de Terminale C, vieux prêtre original qui nous recommandait de ne pas être à plus d'une personne par voute pour eviter un effondrement.
Etrange début d'une année dont je sais maintenant qu'elle va être fort différente des précédentes. C'est agréable de démarrer janvier avec plein de projets.
Bonne année à vous aussi.
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