19703ème jour

Mozart et Bruckner par Rafal Blechaz, Kent Nagano et l’orchestre de l’Académie Sainte Cécile

Vers midi j’émerge de mon lit. Ambr*ise est connecté sur grindr et, comme cela est désormais notre moyen de communication privilégié, nous avons cette conversation :
- Hello. Tu ne m’as pas répondu.
- Je ne sais pas. C’est peut-être pas une super idée de remuer le couteau dans la plaie.
- OK. Alors restons en là.
- Qu’est ce que tu en penses, toi ?
- Que si tu ne le souhaites pas, il vaut mieux en rester là.
- Bien sûr que j’ai envie de te revoir, mais tu me l’as déjà dit, tu pourras jamais me pardonner.
- Ah bon ? J’ai dit ça ?
- Je t’avais déjà fait un coup du genre « je me casse pendant plusieurs semaines sans donner de nouvelles » à la suite duquel on est redevenus amis mais tu as bien spécifié que si ça se reproduisait, jamais tu ne me pardonnerais.
- Oui c’est vrai, j’avais dit ça.
- Partant de là, est-ce que ça pourrait déboucher sur autre chose que de la souffrance en plus ?
- Tu as sans doute raison. Donc restons-en là. Bonne chance à toi.
Je pars me promener dans les belles rues romaines, sous un ciel aussi bleu que la veille. Je déjeune seul à Colline Emiliano, près de la Piazza Barberini. J’achète les Mémoires de Lorenzo da Ponte que j’ai l’intention d’offrir à Franco pour son anniversaire.
En fin d’après midi, je prends le bus à Termini pour le concert de 18h00 au Parco della Musica. Un peu avant le concert, une salve d’applaudissements crépite : c’est le très populaire Président Napolitano qui assiste au concert, deux rangs derrière moi. Kent Nagano dirige Rafal Blechaz dans le 24ème Concerto pour piano de Mozart (très belle cadence rare de Hummel) puis dans la Troisième Symphonie de Bruckner (son de l’orchestre un peu cru et acide), malgré le beau premier cor solo Alessio Allegrini avec lequel Claudio Abbado a enregistré récemment les concertos pour cor de Mozart.
Je dîne chez Da Pietro un restaurant dont je ne sais plus qui me l’avait recommandé. C’est un vrai établissement romain (hélas sans puntarella) dont l’ambiance serait merveilleuse s’il n’était pas bondé de français. Retour difficile en buis et à pied jusqu’à l’Hôtel Atlantico.

19702ème jour

Luca

Le ciel est d’un bleu intense et nous partons pour Pomezia pour une journée agrémentée d’un déjeuner et d’une courte promenade sur la plage, belle mais sale et enlaidie par des constructions minables. Spaghetti Vongole e Bottarga.
Le soir, je rentre à mon hôtel et vers 20h30, je retrouve Luca à Vittorio Emmanuelle II, exactement là où nous nous étions rencontrés la première fois. Il a changé, s’est épilé les sourcils et fait du body building. Je sens qu’il va mal finir et finir comme un clône des ghettos gays. On va a pied à Porta Maggiore car j’ai réservé le dîner chez Ottavio, restaurant recommandé par de nombreux internautes. C’est absolument délicieux, en particulier le Misto Crudo, une grande assiette de crevettes crues, avec celles que j’adore, les crevettes rouges de Sicile. Après le spaghetti au homard, je découvre qu’il y a à la carte du sgroppino qui s’avère être préparé selon la même recette que celle de mon ami Stefano de Do Farai. Luca ne connaissait pas le sgroppino, mais il lui fait l’effet d’une petite madeleine car, enfant, il prenait quelque chose de similaire sans en connaître le nom. Il est surprenant que l’on donne un dessert à base de vodka à un enfant, mais il a l’air convaincu de son histoire.
Nous partons à pied en passant devant Saint Jean de Latran et jusqu’à la rue près du Colisée où nous avions bu des vodka pomme l’an passé. Nous reprenons le même programme, puis repartons en direction de la Piazza Venezia car Luca a besoin de cigarettes. Il y a des travaux de construction de la ligne de métro et je ne vois plus les bancs sur lesquels nous nous étions longuement embrassés lors de notre première rencontre. Nous prenons un taxi jusqu’à Mucassassina la soirée courue des garçons sensibles à Rome. On fait la queue partout, pour entrer, puis pour le vestiaire et je ne peux m’empêcher de me demander ce que je fais là et quel est l’intérêt d’aller en boite. Il y a un monde fou, Luca et moi buvons trop, on s’embrasse, on reboit et on se ré embrasse. De temps en temps, Luca veut fumer, il faut aller dehors, dans une petite cour où les fumeurs papotent gentiment avec tout le monde. Vers trois heures, Luca tient à peine debout, il parle avec tout le monde. On lui répond gentiment mais devient difficile à gérer. Je sais qu’il faut que je le ramène, mais je ne suis pas en bon état non plus, je pense même ne pas avoir été aussi saoul depuis des années. On reprend taxi, par chance, Luca n’habite pas très loin et vers quatre heures, je suis dans mon lit.

19701ème jour

Paris Rome

Nouveau départ pour Rome en fin d’après-midi. Je retrouve mon collègue milanais à Fiumicino et nous allons en taxi dans le centre. Dîner à La Matriciana avec nos partenaires romains. En entrant dans le restaurant, j’avais salivé en voyant la grande vasque de puntarella mais le serveur nous dit qu’elle est déjà vendue. Nous arrivons à en négocier trois portions à mon grand soulagement. Merveilleux artichauts alla romana et très bonne Melanzane a la parmigiana.

19700ème jour

Le concert du Quatuor Pavel Haas et de Daniil Trifonov à l’Auditorium du Louvre

Depuis son récital du 23 octobre à l’Auditorium du Louvre j’avais hâte de réentendre Daniil Trifonov. L’occasion m’en était donnée ce soir puisqu’il participait au concert du Quatuor Pavel Haas, toujours au Louvre. Le concert était complet depuis au moins deux mois, mais l’auditorium revend les chaises du dernier rang de la salle trente minutes avant le début du concert et j’ai donc pu assister au concert avec mon ami H. Première partie de quatuor pur avec le Premier Quatuor de Schostakovich (1939) qui, pour un coup d’essai est un coup de maître, même s’il n’atteint pas le sublime du genre que Schostakovich atteindra à partir du Septième Quatuor. Le Quatuor Pavel Haas jour avec une magnifique unité, tant cette première œuvre que le Quatuor op.51 d'Anton Dvorak, très classique et un rien ennuyeux. Mais j’étais venu pour le Quintette avec piano de Schostakovich (1940) œuvre incomparablement plus mure et à laquelle Daniil Trifonov joint ses forces, son talent, sa fabuleuse conviction et son enthousiasme souriant. L’interprétation est parfaite et le public muet de stupeur du début à la fin de l’œuvre, hélas trop courte. Le premier mouvement est rejoué en forme de bis.
Dîner chez Finzi.

19699ème jour

PE, JC, VGE, YSL & PB

Je passe la soirée à échanger des SMS avec PE avec qui je m’entends de mieux en mieux. Nous regardons chacun de notre côté le programme de France 3 avec en particulier le téléfilm sur les relations entre Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac de 1974 à 1981, puis le documentaire sur la relation entre Yves Saint Laurent (charmant et perdu) et Pierre Bergé (odieux et manipulateur).

19698ème jour

Fernando VII

Nouvelle journée très dense, comme souvent en ces jours. Je rentre tard du bureau en parlant par SMS avec Sofiane que je n’ai pas trop envie de revoir. Fernando passe chez moi pour une soirée joint-champagne (Il m’a prévenu qu’en ce moment, il n’a "pas de libido". On écoute de la musique et il me fait découvrir le groupe Skype & Die et leur titre (qui ne s’invente pas) Love Jihad.

19697ème jour

Inside Llewyn Davis

Je discute de nouveau avec Luca qui semble avoir vraiment envie de me voir. Cela tombe bien, j’envisage d’aller à Rome en fin de semaine. Le soir, je vais avec ma plus jeune fille au Pathé Wepler pour voir Inside Llewyn Davis, le nouveau film des frères Coen, particulièrement réussi. Ma fille est contente de retrouver John Goodman, acteur qu’elle avait aimé enfant dans Le petit monde des Borrowers et ici dans un rôle extraordinaire.
Dîner à trois à Pizzetta piu Grande.
Longue discussion avec PE au téléphone.

19696ème jour

Le Père de Florian Zeller au Théâtre Hébertot

Ma plus jeune fille me réveille vers dix heures en m’apportant des croissants. Nous prenons notre petit déjeuner ensemble et c’est doux. On regarde aussi Petits meurtres entre amis que je n’avais pas vu depuis sa sortie et qui est toujours aussi formidable.
Dans l’après-midi, Sofiane m’indique être malade et je comprends que pour la deuxième fois de suite, il ne m’accompagnera pas. Je propose sa place à mon ami E. qui a la gentillesse et la flexibilité d’accepter. On se retrouve donc un peu avant 21h00 devant le Théâtre Hébertot pour cette pièce de Florian Zeller que j’avais envie de voir depuis sa création il y a quelques mois. La pièce est remarquable car elle réussit à nous faire ressentir assez bien ce qui peut se passer dans la tête du Père, magnifiquement interprété par Robert Hirsch (que je avais vu une seule fois sur scène il y a un peu plus de trente cinq ans dans le rôle d’Alceste à l’Opéra Municipal de Clermont-Ferrand dans le cadre des Galas Karsenty), et dont le personnage souffre de la maladie d’Alzheimer.
Dîner avec E. au Dôme de Villiers.

19695ème jour

Les deux ans du Piccolino

Après cette semaine épuisante, je dois cependant être au bureau à huit heures pour ma réunion mensuelle. Je rentre le soir avec soulagement, passe prendre une place supplémentaire à l’intention de PE pour le concert Schostakovich Gergiev du 1er décembre et deux places pour la représentation du Père de Florian Zeller demain.
Dîner avec ma plus jeune fille au Piccolino. Franco nous offre deux coupes de prosecco pour fêter les deux ans du Piccolino, ce qui me fait penser avec un petit pincement au cœur que j’étais là avec Ambr*ise il y a exactement un an (vérification faite c’était le 24 et non le 22).
Longue conversation avec PE au téléphone.

19694ème jour

Fernando VI

Après une longue journée de travail, Fernando passe chez moi pour notre soirée désormais habituelle, joint champagne poppers et sexe dans ce que j'ai baptisé la position Fernando. Je ne suis pas en état de conduire et je lui offre un taxi pour aller en banlieue. Longue discussion avec PE,un grindrien de Louviers qui doit venir prochainement à Paris.

19693ème jour

Orsay

Le matin, je récupère Ali à son hôtel et je l’emmène à Villepinte, ce qui m’amuse car cela me rappelle les si nombreuses fois où il m’a récupéré à la station Ayazaga pour m’emmener à Silivri.
Je rentre de bonne heure sous une pluie battante et je me rends en métro au Musée d’Orsay. Visite privée de la nouvelle présentation des espaces d’exposition que je n’avais encore jamais vue et buffet. Avant de partir je prends en photo l’affiche de l’exposition sur le nu masculin qui ne me laisse pas insensible et je rentre en métro avec mon client russe de la veille que je retrouve par hasard sur le quai de la station Solferino.

19692ème jour

Ali

Deuxième jour de la semaine infernale à Villepinte.
A midi je retrouve Ali, mon ami turc avec lequel j’ai passé tant de journées, dans d’heures de travail et tant de dîners à Istanbul voila deux ans. Il m’a si souvent invité en Turquie que je considère que c’est mon tour. Je réserve une table à l’Auberge des Saints-Pères, seul restaurant étoilé à proximité de notre prison de Villepinte. La conversation se passe agréablement. Le soir, je profite de la présence dans la file d’attente des vestiaires de mon client russe Andrei (celui qui avait été à l’origine de la soirée amusante passée à pousser un minibus sur les Champs Elysées) pour doubler tout le monde et je le ramène à Paris. Je le dépose cette fois encore sur les Champs-Elysées car il a envie d’aller au Lido.

19691ème jour

Des nouvelles d’Ambr*ise (suite)

Au réveil, je découvre une nouvelle salve de messages d’Ambr*ise, toujours sur grindr. J'ai hésité à reproduire ces phrases très personnelles et un peu trop flatteuses. Les voici cependant (j'ai juste corrigé quelques (rares) fautes:
Tu es quelqu’un de profondément bon, t’es drôle, aimant, intelligent, cultivé, charmant et je voudrais que ma vie soit remplie de gens comme toi. Mais je m’en voudrai toujours d’avoir fermé les yeux par confort sur la réalité de tes sentiments. Et même si j’en ai peut-être un peu besoin, je sais pas si j’ai envie de passer des heures à me justifier par la parole, je n’ai pas forcément envie de voir en face qui j’ai été et ce que j’ai pu faire. Je me suis trompé sur énormément de choses par rapport à toi, je t’ai aimé comme un membre de ma famille et j’avais une confiance totale en toi. Je sais que tu es quelqu’un de vraiment bon et pourtant, je ne sais pas si ce que j’ai fait avec toi était bon, ne serait-ce que fumer des pétards tout le temps. C’était idiot et tous les torts me reviennent, mais j’ai pensé qu’un adulte m’aimant d’une telle force ne pouvait que me conduire vers ce qu’il fallait faire pour m’accomplir. Avec un ami de 18 ans, ça n’est pas du tout pareil qu’avec un ami de 30, comprends-le... Je ne t’en ai jamais voulu et je ne t’en voudrai jamais, parce que je sais qu’à n’importe quel âge, le cœur l’emporte sur la tête. Mais je m’en veux à moi, même si rien n’a été calculé et que j’ai des souvenirs parmi les plus beaux de ma vie avec toi (Milan, Paris, Amsterdam, Bali), j’ai l’impression d’avoir été quelqu’un de mauvais, d’avoir trahi mes principes, mon éducation, et de t’avoir trahi toi. Je pense qu’à jamais, tu éprouveras une sorte de rancœur à mon égard, je crois aussi qu’elle est tout à fait justifiée. Je n’ai plus envie d’être la promesse de « bonheur inaccessible » que j’ai été pour toi, plus envie de te rendre triste, envieux ou frustré. Je n’ai plus envie de jouer, de te plaire, de t’amuser... Je voudrais juste que tu sois heureux, avec ou sans moi. Et je crois qu’avec moi c’est impossible si je ne suis véritablement et sincèrement qu’un simple ami. Voila, c’est pour toutes ces raisons que je pense que notre relation ne peut plus être saine, c’est aussi pour ça que j’ai mis tant de temps à venir t’apporter les explications que je te devais. Je n’ai jamais vraiment cessé d’y penser, j’ai retourné le problème en y cherchant une solution, la possibilité d’une issue heureuse, d’un compromis juste. Les cartes que j’ai en main ne m’ont jamais permis d’arriver à une telle solution. Tes cartes sont surement différentes et les miennes ne représentant que la moitié du tout, ton jeu m’intéresse, s’il peut m’aider à y voir plus clair.
Je réponds toujours dans le style service minimum: Je ne pensais pas que notre relation et sa fin t’avaient autant marqué. Parlons-en si tu veux. Mais plutôt ce week-end. J’ai une semaine chargée.
J'ai en effet une journée dense avec une centaine de clients et dîner dans un musée près de chez moi. L’occupation me fait oublier ce texte qui bien sûr me remue beaucoup.

19690ème jour

Roméo et Juliette par le LSO et Valery Gergiev à Pleyel

Déjeuner avec mes filles et J. qui préparent la cuisine. Dans l’après midi, je retourne à Pleyel pour le concert de seize heures : Roméo et Juliette de Berlioz par le London Symphony Orchestra et son chœurs, tous venus de Londres. C’est une œuvre que j’ai toujours affectionnée, depuis que je l’ai découverte dans l’enregistrement de Colin Davis, alors que j’étais adolescent. Je suis peu réceptif à la musique en cet après midi et je profite mal du concert. Je me rappelle cependant du très beau timbre de Kenneth Tarver, élégant ténor de grâce qui, dans sa queue de pie, contraste avec la basse russe, Evgeny Nikitin, couvert de tatouages.
Dîner agréable à l’Hôtel Costes avec un client anglais.

19689ème jour

La Symphonie Fantastique par le LSO et Valery Gergiev ou des nouvelles d’Ambr*ise

Déjeuner chez Allard avec mes clients italiens qui sont ravis. Je devais normalement retrouver Sofiane pour aller voir une exposition au musée Galliera mais je suis en retard et c’est trop tard pour lui. On décide de se retrouver directement à Pleyel.
Alors que je passe chez moi, je reçois une salve de messages d’Ambr*ise sur grindr, messages auxquels je réponds en mode service minimum :
- Un visage familier ! Souvent me prend l’envie de t’écrire quelque chose. Comme j’ai changé plusieurs fois de phone depuis la dernière fois qu’on s’est vus, j’ai plus ton numéro j’ai donc commencé 2 ou 3 fois une lettre que j’aurais envoyé à ton adresse. Jamais réussi à aller très loin... Trop d’arguments, de coïncidences, de ressentis, de non-dits inexplicables… J’ai préféré le silence au risque de passer pour un marchand de tapis voire un menteur. Je ne cherche pas à retrouver ce qu’on a pu vivre, j’ai juste envie de répondre à des interrogations qui me viennent assez régulièrement à propos de la manière dont ca s’est fini. Si à Bali ou à Paris, j’ai fait ou dit quelque chose qui t’a dégouté, j’aimerais bien le savoir, pour ma part le conflit était interne, et a eu des répercussions aussi bien sur ma vie familiale que sur la pseudo vie affective que j’avais avec le type avec qui j’étais.
- La manière dont ça s’est fini ? Très simplement devant un taxi de retour de Roissy et tu m’as dit « à ce soir ».
- Je ne l’ai pas vu comme ça. Tu allais pas bien au retour, t’avais pas l’air de vouloir m’expliquer et je n’ai pas non plus essayé de comprendre. C’est ça qui m’échappe.
- Je n’ai pas souvenir de ça. Tu veux dire quoi par conflit interne ?
- Toi peut-être un peu amoureux de moi et moi d’un autre, ça m’a donné l’impression d’être un imposteur. Et d’un profiteur.
- OK
- Et puis finalement mes parents et l’amoureux ont compris que je n’avais pas été sincère (pour le dire dans des termes convenables) ça a déplacé le problème.
- Désolé. Tu as du tout expliquer ?
- Pas mal de trucs.
- OK. J’espère que tu as retrouvé un équilibre. Je dois déconnecter. Bonne soirée.
- Oui j’espère que tu es heureux dans le tien. Bonne soirée.
Je dois en effet partir pour le concert alors que Sofiane ne donne plus de nouvelles. Je pars seul à Pleyel à pied et c’est alors qu’il m’appelle. Il a eu un accident de scooter, pas trop grave mais préfère passer à l’hôpital.
J’assiste donc seul au concert Berlioz du London Symphony Orchestra. Je suis à l’orchestre, ce qui me permet de mieux entendre la voix de Karen Cargill dans la Mort de Cléopâtre, puis la rarement jouée Ouverture Waverley. Je profite de l’entracte pour bouger vers l’arrière scène et je profite pleinement de l’interprétation extraordinaire de Gergiev, déchainé dans les deux derniers mouvements de la Fantastique. En bis, l’orchestre et son chef nous font rester dans l’univers berliozien avec la célébrissime Marche hongroise de la Damnation de Faust. Alors que je quitte la salle, Pierre Bouteiller m’arrête (pourquoi moi?) pour me demander ce qu’était le bis. Je le renseigne avec plaisir.

19688ème jour

Pour S.

A midi je m’éclipse du bureau pour aller acheter Salle Pleyel une seconde place pour le concert de samedi au cours duquel le London Symphony Orchestra jouera la Symphonie Fantastique de Berlioz. Sofiane doit m’accompagner.

19687ème jour

Fernando V

C’est un peu par hasard que j’accompagne mon ami E. au théâtre Adyar, dans une petite impasse donnant sur l’avenue Rapp, pour un concert d’Eric Le Sage. Le programme est présenté par un type qui se sort plutôt bien de ce genre impossible. Au programme, la sonate Waldstein et la Fantaisie de Schumann dont j’ignorais que les deux derniers mouvements etaient un hommage à Beethoven, et en seconde partie, la dernière sonate de Schubert. C’est un bon concert mais à aucun moment on ne se sent transporté. Dîner au New Jawad. Je récupère Fernando qui habite juste en face, de l’autre côté de la Seine. Il arrive à ma voiture avec plein de sacs, il a l’air un peu fatigué et énervé. On va chez moi. Joint, champagne, poppers, méthode de sexe habituelle de Fernando. Je ne sais comment je trouve la force de le déposer à République. Je rentre chez moi vers deux heures.

19686ème jour

Cosi fan tutte au Palais Garnier

La journée débute mal car j’ai égaré mes boutons de manchette Tiffany, que j’ai achetés à New York et que j’affectionne particulièrement. Déjeuner avec un client au Café de Charenton qui sent bon la province. Je rentre chez moi pour découvrir qu’il y a une inondation dans la cuisine. Je place deux récipients au sol pour récupérer l’eau venant des étages supérieurs et je pars à l’Opéra Garnier pour la dernière représentation de Cosi fan Tutte. Je suis placé au premier rang de l’orchestre avec quelques clients et cette soirée est un véritable enchantement : version très classique, décors superbes, voix homogènes sans être inoubliables, direction souple et attentive de l’élégant chef danois Michael Schonwandt. De là où nous sommes placés, on entend magnifiquement le magnifique dialogue des vents et des cordes.
Souper dans les foyers de l’opéra, pris en charge par un serveur à la beauté à couper le souffle. Je suis à deux doigts de lui laisser mon numéro de téléphone au moment de partir, mais je n’ai pas de stylo sur moi.
De retour chez moi, je constate que l’inondation continue.
Dans la nuit, Luca me parle. Il a envie de me revoir. Moi aussi. On envisage un week-end à Paris.

19685ème jour

Fernando IV

Retour de ce week-end minable par le vol City-Orly du matin. Journée banale de travail à Paris. Le soir, Fernando passe chez moi pour me réconforter. En arrivant je détecte qu’il sent beaucoup l’alcool, mais ça ne l’empêche pas de boire du champagne avec moi alors qu’il prépare notre joint habituel. Comme à chacune de ses visites, on va dans la chambre et on procède à notre jeu habituel, moi au dessus lui, lui malaxant nos deux queues dans sa main, partageant du poppers de temps à autre. Soudain il me fait signe qu’il a envie de vomir, je vais vite lui chercher une serviette et il part rapidement aux toilettes. Dix minutes plus tard il revient. J’hésite un peu mais on reprend le jeu là où on en était. L’excitation revient et pour terminer, il me jouit dans la bouche.

19684ème jour

Londres pour rien

En me réveillant, j’envoie un message à Kit pour lui demander s’il souhaite que l’on se voie, je prends mon petit déjeuner –particulièrement médiocre- je dépose ma valise à mon nouvel hôtel à côté de Marble Arch et je pars me promener en ville sous une fine pluie pénétrante. En fin de matinée, je visite l’exposition Portrait à la National Portrait Gallery, que j’avais prévue de voir avec Kit. C’est une très belle anthologie du portrait viennois des XIXème et XXème siècles. On y retrouve bien sûr Klimt, Kokoschka et Schiele mais aussi des artistes moins connus. Je me suis longuement arrêté devant l’autoportrait de Carl Moll à sa table de travail, peint en 1908 et que Mahler a forcément vu chez ses beaux parents. Mahler est d’ailleurs présent dans l’exposition par le biais de son masque mortuaire saisi par Carl Moll lui-même. J’ai hésité à déjeuner seul chez Rules et son fameux gibier, mais finalement je me suis contenté d’un rapide déjeuner italien chez Polpo. Marche à pied jusqu’à Southbank et retour laborieux en bus.
13h06 : de V. à K.: I suppose no answer means « no ». No problem. I wish you a very good day.
13h12 : de K. à V.: I have some things to sort out today (bank, doctors appointment) but we could meet for dinner?
20h14 : de V. à K.: Can I call u?
21h10 : de V. à K.: OK. End of our short story. I wish you all the best. V.

19683ème jour

Encore un lapin

Mon collègue nous emmène visiter la Tour de Constance dont Saint Louis décida de la construction. Sa silhouette massive cache en fait une grande délicatesse des voutes. Déjeuner à la capitainerie de La Grande Motte où je mets les pieds pour la première fois, puis je prends mon vol Montpellier Londres Gatwick.
Un peu plus d’une heure plus tard, j’aperçois les côtes anglaises à travers le hublot dans le jour qui tombe. Je me dépêche de passer le contrôle des passeports pour prendre le train pour Victoria Station, je dépose vite ma valise à l’hôtel et je marche jusqu’à Piccadilly pour retrouver Kit. Je l’attends pendant longtemps et au bout d’une heure, je dois me rendre à l’évidence, je n’aurai pas de nouvelle. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi il se comporte de cette façon, j’annule rageusement le bon restaurant indien de Chelsea que j’avais réservé et après un Big Mac sur Oxford Street, je rentre à mon hôtel.
A 22h30, Kit m’envoie un SMS où il m’explique qu’il est bloqué à son travail jusqu’à minuit et qu’il n’a pu me prévenir avant pour une raison obscure, qu’il essayera de m’appeler à ce moment là. Il a beau se confondre en excuses, je ne sais pas trop qu’en penser, je ne réponds pas et je m’endors.

19682ème jour

Aigues Mortes

Avant de prendre mon vol pour Montpellier, j’achète à l’attention de Kit un agenda dont le leitmotiv est le Petit Prince. Montpellier Aigues Mortes. Après midi et dîner à Aigues-Mortes avec deux clients portugais adorables et un collègue.

19681ème jour

Fernando III

Dans la nuit Fernando, que j’avais totalement perdu de vue, m’envoie un message. Il avait perdu tous ses contacts grindr, ce qui explique sa longue absence. Il a envie de me voir, cela tombe bien, moi aussi. On se retrouve chez moi vers treize heures, il est ravi de savoir que j’ai ramené de l’herbe d’Amsterdam, on boit du champagne, on fume un joint et très vite, on se retrouve dans sa position préférée que j’aime beaucoup aussi : lui sur le dos, moi assis sur ses jambes, nos deux queues l’une contre l’autre qu’il branle doucement puis fortement, l’action n’étant entrecoupée que par des prises de poppers. On jouit ensemble sur son ventre. Il ne reprend pas son tee shirt qu’il avait oublié chez moi lors de sa dernière visite et je le dépose à son bureau près de la tour Eiffel. Dans l’après midi, Kit m’envoie un message, ce qui me remplit de joie. Il me confirme que sa mère est malade qu’il a eu besoin de rester seul pendant ces jours. Je lui en veux un peu de cette absence mais j’ai tellement envie de nous donner une chance que je passe l’éponge.
En ce jour où j’aurais du être à Dortmund pour le concert de Claudio Abbado, je dîne chez HL et nous constituons une longue liste de clients potentiels pour le projet de buste.
A 22h00, longue conversation avec kit à propos de la journée de lundi que nous passerons ensemble.

19680ème jour

Sofiane

A l’exception du dîner, cette journée a été un véritable cauchemar. Elle commence à huit heures par un petit déjeuner place du Trocadéro pendant lequel ma voiture est emmenée par la fourrière alors que je lui tourne le dos. Elle se poursuit par une attente de trente minutes devant mon bureau pour attendre un taxi qui ne vient pas, par un déjeuner à la Grande Armée avec un ancien collègue juriste qui ne peut plus lire le menu même avec ses lunettes, puis par un léger accident dans le parking de la fourrière de l’avenue Foch alors que je récupère mon véhicule, et se termine par un pot de départ en forme d’abécédaire, juste avant donc le seul moment agréable, par un dîner avec Sofiane, un grindrien que j’emmène à Itinéraires (rien à voir avec celui avec un Y). Pas grand-chose à dire de ce dîner mis à part que Sofiane ne mange ni poisson, ni cochon, qu’il est plutôt sympa même s’il semble à fleur de peau, que nos voisins de tables sont un couple stupide qui s’engueule à tout bout de champ. Je le ramène à son scooter garé sous le pont de la rue du Rocher et je rentre chez moi.

19679ème jour

Itinéraires, encore

A l’issue de ma journée passée à Dijon, je dîne à Itinéraires avec un nouveau collègue avec qui je passerai beaucoup de temps l’année prochaine et qui semble beaucoup aimer lui aussi mon restaurant préféré.

19678ème jour

Paris Dijon

Lapin d’un garçon du quartier que je devais voir au moment du déjeuner et qui répondait au joli prénom d’Arthur.
Paris Dijon en train.
Diner avec des clients au restaurant Les œnologues à Dijon.
Dans la nuit, depuis La Cloche je commande le magnifique coffret de 154 CD que le Concertgebouw édite à l’occasion de son cent-vingt-cinquième anniversaire.

19677ème jour

Camille

Après une journée encore emplie de réunions épuisantes, je retrouve chez moi Camille, que je zappais depuis quelques semaines mais qui a envie de me revoir. Il passe boire un verre de champagne chez moi, on fume l’un des joints d’Amsterdam, il veut absolument que l’on sorte mais je lui tiens tête, j’avais oublié qu’il était aussi capricieux. Il trouve finalement sur grindr une âme charitable du quartier pour le ramener chez lui.
J'envoie un message à Kit pour lui demander la raison de son silence.

19676ème jour

Amsterdam avec E. & S. II

Nous allons dès l’ouverture au Rijksmuseum où nous n’étions pas allés depuis les travaux de restauration. Le résultat est absolument magnifique, les Rembrandt et Vermeer sont magnifiquement mis en valeur dans la grande salle d’honneur sous les toits. Je découvre grâce à une copie exposée que la Ronde de nuit a été découpée de façon à tenir sur une paroi de mur lors d’un déménagement au XVIIIème siècle. Ainsi, à l’origine, les personnages principaux étaient encore moins centrés qu’ils ne le sont aujourd’hui.
Je traverse Museumplein sous un ciel très gris et je me rends au Concertgebouw pour un court concert avec au programme la seule Première Symphonie de Mahler sous la direction de Markus Stenz. Avant que je ne rejoigne le Podium Nord, la fanfare répète consciencieusement son intervention du premier mouvement. Le Radio Filharmonish Orkest se sort fort bien de cette partition difficile avec en particulier deux magnifiques mouvements médians. Seul reproche, la pédale de La initiale (dont je découvre qu’elle est aussi jouée aux contrebasses) mais que Markus Stenz interrompt beaucoup trop tôt, sans que le bruit de la nature ne se mette véritablement en place.
Bisque de crevette chez Keyzer puis retour à Paris et dîner avec mes filles chez Garnier. J’ai juste frémi en voyant le grand nombre de douaniers contrôlant les bagages à notre arrivée à Roissy.

19675ème jour

Amsterdam avec E & S I

J’emmène mes amis E & S visiter Amsterdam, Nous nous promenons dans Jordaan, puis sur Kalberstraat où je repère une veste militaire magnifique chez Ralph Lauren. Nous passons chez Scotch & Soda, descendons Leidsestraat et marchons jusqu’au Concertgebouw où je réussis à négocier le décrochage de la belle affiche du concert de la veille, imprimée, comme pour les événements exceptionnels sur papier miroir. Nous prenons un taxi jusqu’à Concerto où se tient un petit concert de rock amateur amusant, nous déjeunons en face dans un restaurant français médiocre Quartier latin et je laisse E & S tenter leur chance au musée Van Gogh alors que je retourne acheter ma veste Ralph Lauren et cinq grammes d’herbe.
Le soir, nous dînons dans une pizzeria du quartier rouge avec le neveu de S. qui habite Amsterdam depuis quatre ans. Retour à l’hôtel en tramway dans la nuit.

19674ème jour

La Deuxième Symphonie de Mahler par Mariss Jansons au Concertgebouw

Je prends le vol Paris Amsterdam, deux heures après mes amis E & S avec qui je passe le week end. On se retrouve à l’hôtel, assez médiocre malgré ses quatre étoiles, et on se promène dans la rue des antiquaires, puis jusqu’à Leidseplein. Quelques amuse-gueule au Keyzer et nous traversons la rue pour le concert du soir : La Deuxième symphonie de Mahler que j’entends pour la quatrième fois sous la direction de Mariss Jansons. L’interprétation est magnifiquement soignée, Jansons a de plus en plus un grand souci des détails d’orchestration, il place les fanfares à trois endroits différents de façon à créer un bel effet multiphonique. Les deux premiers mouvements sont absolument parfaits, Anna Larsson, qui a maintenant une coupe garçonne, est très émouvante dans Urlicht. Seul regret, un dernier mouvement peut être un peu moins émouvant que lorsqu’Abbado est à la baguette. Triomphe de la salle, debout pour son orchestre et son chef, à qui la ministre de la Culture des Pays Bas remet la médaille de chevalier de l’ordre du Lion néerlandais. Jansons, qui fête les 25 ans de son premier concert à la tête du Concertgebouw, semble fatigué, mais ému et surpris.
Diner à la Brasserie van Baerle où je n’étais pas allé depuis mon déjeuner d'il y a dix huit mois et qui s’avère être le meilleur restaurant du quartier.
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